MARCHER AVEC SON COEUR

Ton coeur connait le chemin, va dans cette direction.

Cette citation de Rumi me fait penser à ces quelques mots que j’ai bien appréciés de l’ami Adam du village ici qui écrivait la semaine dernière : Le sens est pour moi là où le cœur s’ouvre.

Deux façons de dire la même chose.

Deux façons de dire que ce n’est pas la tête qui doit mener notre vie, même si on est plutôt éduqués, de par notre culture de performance, dans une société d’actuariat, de planification et de prévision, à penser notre chemin, à prévoir et préparer notre demain.

Combien de fois nous sommes-nous fait demander, enfants : que veux-tu faire quand tu vas être grand(e) ?

Dès l’école secondaire, sinon primaire, on demande aux jeunes de choisir leur avenir, de penser leur vie à venir, de préparer leur carrière. Si cela était plus courant jadis, il semble que cette époque soit un peu révolue. Un peu. Car on réalise que l’avenir est imprévisible, imprédictible. On ne peut vivre que maintenant.

Pas rare désormais d’avoir 3-4 carrières au cours de la même vie. Pas rare de fonder quelques familles, ou d’en reconstituer une. Pas rare non plus de voir des gens quitter de bonnes grosses jobs payantes pour partir faire ce qu’ils/elles aiment, ce qui les passionnent, au risque et périls de leur coeur. Et c’est tant mieux. Le coeur peut en prendre.

Car en effet, c’est le coeur qui devrait mener notre vie. Pas que la tête ne serve à rien, toujours utile d’avoir une calculette pas trop loin. Mais elle devrait n’être qu’au service du coeur, et non l’inverse comme c’est trop souvent le cas. Très censé de savoir compter sur son coeur.

Parfois, quand on arrive à ce point où l’on ne sait plus par où avancer, quand on ne sait plus où faire le prochain pas, on ne peut que s’arrêter, faire silence et écouter son coeur. Sous le poupoum poupoum initial de notre pompe biologique, réside une autre dimension. Au-delà, ou au-dessous de ce que l’on entend, et ressent dans un premier temps quand on se branche sur son coeur, résonne une délicate musique, chante et chuchote une petite voix, se cache une douce inspiration logée au plus profond des ramifications intimes de notre coeur.

Mais pour entendre les aspirations profondes de son coeur, il faut s’arrêter assez longtemps, et régulièrement, et écouter, et sentir. Car le coeur est un muscle qui demande du temps et de l’attention. Le coeur est un orgue de barbarie, a grand pipe organ.

Nos petits coeurs individuels battent en choeur au même rythme que le grand coeur du monde, même si chacun(e) a son rythme qui lui est propre. Ces coeurs qui battent à différentes rythmes forment une grande harmonie, l’harmonie des coeurs humains, animaux et végétaux qui règne en cette existence.

Malgré les apparences. Même si on dirait que les coeurs battent en retraite ces temps-ci, même s’ils semblent en chamaille. Au fond, ce ne sont que nos têtes qui s’enfargent dans les fleurs tapies dans le chaos, car les coeurs ne sont qu’un, ne forment qu’un. Un seul coeur humain.

– Grand-mère, la guerre a commencé !
Mon enfant, la guerre est déjà dans le monde. Et depuis si longtemps. Ce que tu vois aujourd’hui n’est pas le début, mais l’extension de la stupidité humaine.

– N’y a-t-il aucun moyen d’arrêter cette stupidité ?
– On ne peut l’arrêter qu’avec du courage. En regardant à l’intérieur de soi. Il est temps de déposer les armes de la peur, de faire taire les bombes du raisonnement, de lâcher les avions de contrôle. Et de mener la seule bataille qui en vaudrait la peine : celle contre notre propre résistance à la vie !

– Mais grand-mère, il y a des bébés qui meurent, des personnes âgées, des jeunes… que peut-on faire ?
– Demande-toi plutôt ce que tu veux ÊTRE. Et sois l’amour, partout autour de toi. Ce qui signifie suivre son cœur, toujours !
Même si tu es obligé de mettre ta vie sans dessus dessous. C’est avec nos cœurs que nous sommes en guerre depuis toujours, commençons par là et trouvons la paix ! Il est temps d’allumer les candelabres de notre feu intérieur.

– Elena Bernabè via François Thiboutot sur FB

SERVIR À QUOI OU SERVIR À SOI

Les cultures Occidentales laissent entendre que nous sommes né(e)s dans un but précis, soit pour travailler, produire, faire de l’argent; au contraire, dans certaines cultures indigènes, on dit plutôt que nous sommes tout simplement vivants(e)s comme l’est la nature: pour être ici et maintenant, pour être beau/belle et étrange. Nous n’avons pas à atteindre quoi que ce soit pour être confirmé(e) dans notre humanité.

Intéressants propos cette dame, propos qui posent quelques questions connexes dans ma caboche.

Être ou faire ? Être et faire ?

Servir à quelque chose, ou servir à rien ?

En effet, nous sommes pour la plupart pris dans une logique de produire, d’être utile, de servir à quelque chose, si ce n’est à quelqu’un. Nous devons faire rouler une machine. Nous sommes des consommateurs/trices. Mais consommateurs tristes.

Pour avoir oeuvré longtemps dans le domaine de la toxicomanie, j’ai toujours été émerveillé d’entendre les gens qui prenaient diverses substances psychoactives trop régulièrement dire qu’ils/elles consommaient, sans mentionner quoi. Comme si le simple de fait de consommer les définissaient, faisait d’eux quelqu’un. Je consomme donc je suis. Peu importe l’objet de la consommation. Désormais, les influenceurs font un peu ce jeu, en étant sur les réseaux, ils existent.

Pour la plupart d’entre nous, la plupart du temps du moins, nous définissons nos journées comme positives si on a accompli quelque chose de concret, si on a fait quelque chose. Si on a créé. Comme si ne rien faire n’était rien justement.

Pourtant, ne rien faire est déjà quelque chose en soi. Comme on dit, quand il n’y a plus rien à faire, que peut-on faire ?

Dans notre société de consommation, société de production à outrance, on doit servir à quelque chose, on doit faire rouler les choses. Pour cela que les vieux sont si peu considérés probablement, ils ne servent plus à rien. Pourtant les enfants ne servent à rien eux non plus sauf qu’ils/elles représentent l’avenir. Deux poids deux mesures.

S’il en revient à chacun(e) de de trouver un sens à sa propre vie, on pourrait aussi commencer à enseigner à être, tout simplement. Apprécier sa propre valeur en tant qu’organisme vivant. Comme les arbres qui ne font que se faire aller au vent (même si on dit qu’il se passe toute une vie communautaire sous la terre), comme les pierres qui ne font que leur têtes dures, comme les animaux qui ne font que vivre, courir, se défendre, se nourrir et se reproduire tout naturellement, selon leur instinct, selon leur flair. La nature coule avec la vie. Tout simplement.

Nous, les humains, dans les sociétés occidentales du moins, depuis des décennies, nous devons servir, à quelque chose, mais la plupart du temps surtout à faire rouler la machine. Pour avoir du sens, on doit faire, on doit produire, divertir, faire du bien, qu’ils soit humain mais le plus souvent utile.

Plusieurs politicien(ne)s disent vouloir servir le bien public. Si j’aime croire que la plupart le font en toute sincérité et de bonne foi, on constate que certains préfèrent se servir dans le bien public. Mais ceci est un autre débat.

Pas évident de ne simplement qu’être, être, tout simplement. Simplement parce que la vie en a décidé ainsi, ou Dieu, ou le destin. Nous ne sommes que le résultat d’une équation biochimique. Et un grand mystère.

Pourtant, sans l’avoir décidé ni toujours le comprendre, on naît, on meurt, et entre les deux, on vit. Et chacun chacune nous sommes face au fait de notre propre existence. Peu importe le sens qu’on lui donne, peu importe le sens qu’on en fait.

En ces temps de guerre, après deux années déstabilisantes, nous sommes en proie à nous poser quelques questions quant à note existence.

Car en effet, quelle période intrigante, quelle période questionnante.

Car le sol sur lequel on marche, court et roule, l’air que l’on respire et le ciel au-dessus de notre tête nous menacent sans qu’on veuille entendre. La température monte et monte et monte, même si on ne veut pas le réaliser et surtout changer nos habitudes à la base de cette hausse, hausse, hausse.

Alors quand il semble ne plus rien y avoir à faire, on fait quoi ?

Peut-être qu’il ne sert à rien de servir à quoi que ce soit, peut-être qu’il ne suffit d’être. Et de se suffire à soi. Et comme on se posait la question récemment, qu’est-ce que le soi de toute façon ? Qu’est-ce que le soi sans les autres ?

Et peut-être aussi qu’il n’y a tout simplement pas de réponse à ce genre de questionnement, peut-être qu’il ne suffit que vivre puisqu’on nous prête souffle. Une respiration à la fois, chaque respiration dans la foi.

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15/3/2022

SILENCE DE PAIX SOUS BRUIT DES BOMBES

On a tendance à l’oublier. Mais le monde est surtout rempli d’amour. Malgré les apparences. D’ailleurs, haine ou peur ?

Car la guerre fait beaucoup de bruit, elle prend toute la place. Elle est grossière, spectaculaire, tueuse, blessante, ordurière. Elle en met plein les yeux et lève le coeur. Surtout pour ceux et celles qui la subissent directement. Des millions de personnes qui fuient, se protègent, se sauvent des chars, des balles et des bombes sales.

Un grand nombre de personnes subissent la guerre que quelques-uns seulement leur imposent. Ceux qui veulent le pouvoir absolu, ceux qui font commerce de cette guerre et de leurs armes. Ceux qui ne peuvent trouver refuge dans leur coeur et qui massacrent le bonheur des autres.

Mais malgré la guerre, le monde est surtout constitué d’amour, d’amitié, de compassion, d’empathie, d’entraide et de beauté. Also comme disait Veeresh. La guerre ne fait que cacher la paix car elle crie plus fort, elle fait beaucoup de bruit. La guerre fait exploser la paix. Mais peut-être que la paix lui tout de même supérieure. Malgré les apparences.

Mais derrière ce bruit, dans ce bruit, le silence persiste. Comme au coeur de la guerre c’est la paix qui résiste. Au coeur de toute guerre, la paix insiste et subsiste.

Nous, qui regardons ces guerres dans nos écrans, bien confortables, au chaud, choyés, nous ne pouvons connaître la réalité de cette folie meurtrière au quotidien. Nous ne pouvons qu’imaginer. Tout ce que l’on peut faire est regarder, sentir, imaginer, compatir. Pendant que d’autres courent, se protègent et se défendent, nous on observe.

Pendant que les bombes tombent, lancées par ceux qui se bombent le torse et fourbissent leurs canons, nous on regarde. Pendant que les avions tournent et grondent au-dessus de la tête de nos frères et soeurs, nous on observe. Pourtant, tous et toutes nos frères et soeurs, attaquants comme attaqués. Et on apprécie que ce n’est pas sur nos têtes que ces bombes tombent. En cherchant ce que l’on pourrait faire pour aider. En vain souvent car quoi faire face à cette guerre incompréhensible ?

Pendant que les chars d’assaut avancent, pillent et détruisent tout sur leur passage, pendant que des bombent tombent sur des hôpitaux, pendant que la stratégie des uns se déploient sur le dos, la maison et dans le coeur des autres, ces autres fuient et courent. Pendant que nous on se demande ce que l’on peut faire.

Évidemment on ne peut que commencer par cultiver la paix en soi, ce qui semble le premier pas. Mais encore peut-on se demander.

Joindre les rangs ?
Envoyer un peu d’argent ?
Prier pour la paix ?

Un peu de tout ça j’imagine. À la mesure de nos capacités.

Mais, peut-être surtout et tout d’abord, ne pas oublier que l’amour domine le monde et que cette folle guerre apportera peut-être finalement la paix. Comme on a espéré que toutes les précédentes le feraient. Et pourtant, nous en sommes encore là. Peut-être est-ce la bonne ?

Car on ne peut et ne doit pas s’habituer à la guerre. On doit bien sûr accepter qu’elle existe et qu’elle frappe en certains endroits du monde, même si celle en Ukraine nous semble plus réelle, plus près de nous. Mais elle est aussi souvent en nous-même cette foutue guerre.

Avec les heurts au coeur de nos frères et soeurs qui subissent les guerres, rappelons-nous que tous les êtres humains ont un coeur, que tous et toutes sont les fils et les filles de parents qui les ont aimés, tous et toutes nous sommes les parents d’enfants, des frères et des soeurs, amis et amies d’autrui. Et que ces coeurs cherchent la lumière, à leur façon.

Car nous partageons tous et toutes les mêmes besoins. Nous foulons tous et toutes la même terre.

Et quotidiennement, malgré les horreurs guerrières, tant de bonté, d’amour et de compassion se déploient et peuplent le coeur de la plupart des êtres humains. Tous et toutes, chacun chacune, nous sommes en quête de paix, autant en nous qu’autour. Avec les mêmes quelques besoins fondamentaux à combler. Même si cela semble improbable quand la guerre frappe, ce qu’elle constamment depuis le début des temps.

N’oublions pas la paix, l’amour, le bien.

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image via ma voisine Christine Tupper, amoureuse des chevaux
11/3/2022

BONTHÉ DIVINE À TOUS LES HUMAIN(E)S

Si tu désires un monde de bonté, alors agis avec bonté.
Si tu désires un monde de paix, fais la paix en toi-même.
– Dan Millman

Quel monde fou et étrange dans lequel nous vivons.

Que de haine et de guerre un peu partout sur la terre. Et en nous-même.

Cette terre que nous malmenons à coups de hache et d’achats compulsifs.

Je n’entrerai pas dans les grandes analyses stratégiques car bien trop complexes les jeux de guerre et de pouvoir pour le pauvre petit pois que je porte en ma caboche. Mais comme vous, je sens et ressens le monde qui souffre, le monde qui cherche la paix alors que d’autres font commerce de la guerre.

Quoi faire d’autre que de tenter la paix à petite échelle car que là qu’on ne puisse vivre. À sa propre petite échelle humaine et humaniste. Car la grande majorité de l’humanité en est une de bonté.

Les événements qui prennent place nous dépassent largement. On peut être tenté(e) de chercher – et de trouver – un ou des coupables, peut-être le sommes-nous tous et toutes un peu d’ailleurs. Coupables ou responsables ? Responsables du moins de cette grande guerre qui trouve racine tout d’abord dans les petites guerres qui vivent en nous, en chacun chacune. Toujours tout d’abord en soi la guerre ? Peut-être, je ne sais trop. Cette guerre qui semble nous toucher plus que d’autres, mais qui au fond ne fait que nous révéler toutes les autres, quelque soit la couleur ou le lieu.

Pour penser viser la paix mondiale, tentons la paix en soi, la paix autour de notre petit nombril, pour retrouver le cordon qui nous relie. Cultivons tout d’abord la paix en notre propre coeur. Pour apaiser nos propres peurs, pour calmer et apprivoiser nos ardeurs.

On dit que la lumière appelle l’ombre et la noirceur. Peut-être alors que cette grande ombre, cette période sombre ne fait qu’appeler encore plus de lumière. Peut-être. On l’espère du moins.

D’ici, apprécions la chance que l’on a de vivre en paix. Autour du moins. Pour l’intérieur, chacun(e) son champs de bataille à pacifier, plus ou moins chargé.

Pour ma part, je ne peux que tenter de générer paix et lumière en et autour de moi. Grâce à ce thé sacré qui nous révèle nos parts d’ombre. Pour ensuite partager cette lumière autour de moi. En toute humilité, en tout respect, et avec une immense gratitude.

Alors pensées, empathie et compassion envers tous ceux et celles qui subissent ces guerres, ici, là, comme partout ailleurs. À ceux et celles qui se protègent et se défendent, comme à ceux et celles qui fuient. Pensées toutes spéciales envers les enfants.

Et à ceux qui les créent et qui tirent profit de ces guerres, paix vers vous aussi, paix en vous. Surtout à vous la paix en fait, car vous qui en avez le plus besoin. J’espère que vous n’êtes pas conscients de la portée de vos actes. Et espérons que cette ombre que vous propagez saura instiller la lumière dans notre monde.

Amen !

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« La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde.

C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société enfin parfaite, ou des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière.

C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais.

Et cela, pour la simple raison que nous l’avons déjà. »

– Jacques Lusseyran,
Le monde commence aujourd’hui, via Jean Gagliardi

10/3/2022

ESTIME DE QUOI ?

Hier, suite à ma chronique sur l’arrogance – chronique dans laquelle je parlais de l’arrogance de petit moi que je découvre dans le contexte du Daime, et de sa contre-partie que j’apprends à développer, soit l’humilité – un ami a laissé un commentaire qui m’a fait réfléchir une partie de l’après-midi lors de ma séance de pelletage printanier. Il disait que «l’on peut aussi tomber dans l’abus inverse [à l’arrogance] et se sentir insignifiant et inutile» et que «l’équilibre c’est d’avoir une saine estime de soi même». Ce qui est tout à fait juste dans l’esprit, mais c’est dans la lettre que ça se corse pour moi. Car qu’est-ce que le Soi ?

Et suite à ce commentaire au sujet de l’estime de soi, je me suis mis à me demander ce qu’est au fond ce soi même, ou le Soi comme on le présente en psychologie. Me demandant aussi s’il y avait une différence entre le Je ou le Moi, avec ou sans lettres majuscules (quoi que déjà que d’y placer des MAJUSCULES révèle quelque chose).

Puis je suis tombé sur un vidéo (ci-bas) – ou c’est plutôt un vidéo m’est tombé dessus – qui distingue entre l’estime de soi et l’auto-compassion, ou la compassion pour soi-même, concept qui me semble plus éclairant.

Car avec le concept d’estime de soi, il me semble difficile de ne pas tomber dans la glorification de l’égo, notre petit moi privé et juste à soi, qui marque une séparation d’avec le grant tout. Bien sûr qu’il faille s’aimer soi-même, mais le terrain est glissant en ce domaine.

Quand j’ai demandé à mon ami ce que signifiait estime de soi, il m’a répondu l’estime du Soi, sans que je ne saisisse davantage, attisant mon propre questionnement. Pour une génération d’entre nous qui avons plus ou moins flirté avec la psychanalyse de Freud, on réfère souvent au Ça, au Moi et au surmoi.

Grosso modo, par Ça on réfère au réservoir primaire de l’énergie mentale et physique, aux instincts, pulsions, envies et désirs, et, de manière générale, à toutes les forces qui tendent à satisfaire nos besoins physiques et psychiques irrépressibles.

Par Surmoi, on entend la prise en compte de ce qui a été intériorisé à-travers l’éducation reçue, un ensemble de valeurs apprises, notamment dans le cercle familial, qui correspondent à la morale, au bien, et à ce qui permet d’être reconnu(e) et aimé(e) au niveau de la société.

Dans le concept du Surmoi, on réfère également au Moi idéal, qui décrirait nos intérêts narcissiques, soit un modèle de référence que l’on veut atteindre. L’idéal du moi ne serait pas à confondre avec le Moi idéal, qui serait davantage une identification imaginaire à un personnage prestigieux ou fabuleux.

Finalement, qu’en est-il du fameux Moi ? Il serait en quelque sorte la part de nous qui fait le lien entre le Ça (bas) et le Surmoi (haut), ainsi qu’avec avec «la Réalité» (l’horizontal); encore ici, quelques nuances persistent car on se rend compte que les réalités peuvent être multiples.

Ce Moi a pour fonction de s’adapter au réel, soit le monde extérieur, les situations et les contraintes qui vont à l’encontre des besoins du Ça), tout en gérant les instincts du Ça et la loi intérieure (le Surmoi).

On dit que le Moi est à la fois conscient et inconscient, plus ou moins rationnel, et qu’il cherche l’équilibre en tentant d’harmoniser notre psychisme. On dit que le Moi fonde notre personnalité, notre égo.

Comme vous voyez, nous ne sommes pas sortis de l’égo système. Ça, Moi, Surmoi et tout le tralala et etcetera.

Donc l’estime de Soi est l’estime de quoi au juste ?

Avant notre naissance et suite à notre mort de corps, que sont ces trois instances qui nous définissent de notre vivant ? Que reste-il du Moi après la mort ? Ce qui nous ramène au koan question : Qui sommes-nous ?

L’observateur/trice de ce qui se passe en nous et autour ?

L’observateur/trice qui observe cet(te) observateur/trice observer ?

Pour les gens de la Tribu qui jetez les yeux sur ces mots, si l’envie d’en discuter vous tenaille, faisons-le sur l’espace de la Tribune.

JE SUIS ARROGANT, ET MOI MOI MOI AUSSI

Le moment de vérité lors de ta méditation quand tu réalises que tu n’es pas un des quelques travailleur(se)s de lumière choisi(e)s par Dieu, mais qu’un(e) simple mortel(le) ben ordinaire.

Je reviens du Brésil où j’ai passé une semaine à prendre part à un feitio, processus de fabrication du thé Daime. Une semaine à être un gringo au sein d’un groupe qui m’a accepté comme un membre de la famille il y a de cela des années. Une semaine à ne pas tout comprendre au début car mon portugais était rouillé après deux ans sans y aller à cause de vous savez quoi. Une semaine à travailler au sein d’un groupe qui peut très fonctionner sans moi. Une semaine à me soumettre à l’infinie sagesse du Daime, qui vient remuer les fins fonds et tous les racoins des plus éloignés tréfonds de notre corps, de notre psyché jusqu’à notre âme, jusqu’à l’âme commune de Dieu dont nous faisons tous et toutes partie.

Car nous sommes tous et toutes des enfants de Dieu, peu importe le nom qu’on aime donner à l’ensemble de la création, ou prétendre que rien de supérieur à soi n’existe.

L’une des principales leçons que j’apprends et que j’intègre dans mon parcours au sein du Santo Daime est l’humilité, encore et encore. Pas l’humilité du plus humble, que la simple humilité de l’ordinaire être humain que je suis et deviens, le ptit gars de Montréal-Nord, le ptit Guy devenu Ati.

Et à chaque fois, je réalise combien je suis arrogant, imbu de moi-même, centré sur mon image et sur mon petit moi, moi le petit roi. Je le réalise à chaque cérémonie que nous tenons ici à notre église locale, mais ça me saute aux yeux et au visage encore davantage lors des feitios car le processus s’étend sur plus d’une semaine et que je ne suis en charge de rien. Là-bas, je ne suis que moi, petit moi très dispensable car si je n’y suis pas, tout se déroule quand même très bien. Comme le chantait Charlebois, je suis qu’un gars ben ordinaire.

À chaque fois que je prends part à un feitio, je réalise comment – ou combien c’est selon – pour survivre en ce monde de compétition et de chacun(e) pour soi, en ce monde nombriliste où le monde tourne autour de moi, autour de chacun(e) de nous, on a appris à développer une subtile arrogance qui ne nous quitte jamais et qui finit par créer une deuxième peau. Une arrogance qu’on ne perçoit même plus tellement elle est ancrée en nous, tellement nous sommes ancré(e)s en elle. Comme si c’était par cette douce arrogance qu’on tenait en un seul morceau.

Je réalise comment je finis par imposer mon regard et ma petite compréhension limitée à tout ce qui se passe autour de moi. Comment, dans le cadre de mes recherches, je suis toujours et constamment en quête de sources de confirmation de mes propres biais.

Je réalise que sans même m’en apercevoir désormais, je me prends pour le nombril du monde, je suis le nombril, et ce, avec un cordon mondebilical coupé, sectionné, déconnecté du reste de la création. Moi et le monde. Mon monde à Moi. Mon petit monde à moi. Et je tries et choisis tout ce qui y entre. Pour que rien ne vienne me déranger, que rien ne dérange l’ordre établi au fil des croyances et des expériences.

Quand, au fond, la réalité, ou du moins une autre réalité, se situe davantage au niveau du Monde et moi, moi dans le Monde, le Monde en moi.

Là où je vais, dans ma familia Brasileira, je ne suis qu’un membre parmi d’autres. Ati do Canada. Je n’ai rien à faire pour être spécial, qu’à être moi. Pas meilleur, ni pire, ni plus, ni moins qu’aucun des autres membres de la famille.

Et là-bas, dans mon troupeau Brasileiro, je ne suis qu’un mouton parmi la horde, ce terme qui nous fait si peur et qu’on utilise pour qualifier les gens soumis, nous qui préférons plutôt être des loups et des louves éveillées. Et cela est juste et bon de n’être qu’un simple soldat au sein d’une armée de coeur. Et même plus, cela est reposant et relaxant. Un esclave au service de la Vie, pour faire ce que doit.

Car ici dans notre monde de compétition, on doit toujours en faire un peu plus pour seulement être soi, car on se définit beaucoup par ce que l’on fait, par nos réalisations.

Si, plutôt que de se proclamer indépendant(e) et souverain(e), on pouvait seulement réaliser et accepter que nous sommes des êtres vulnérables, soumis aux lois de la nature comme à celles des hommes. Des êtres inter-dépendant(e)s, tout simplement dépendants les un(e)s des autres. Nous sommes de simples maillons dans la grande chaîne humaine.

Pas grand chose que l’on ne puisse faire contre cette arrogance, tout d’abord la reconnaître et l’accepter. Et ainsi grandira l’humilité. Comme on ne peut rien faire contre la noirceur d’autre que de laisser briller la lumière, la reconnaissance de sa propre arrogance deviendra peut-être d’elle-même humilité.

Et en cette journée des droits des femmes, pas négligeable de reconnaître l’arrogance systémique masculine que nous, moitié mâle de l’humanité, portons en tant qu’hommes et dont, au fil des siècles, nous avons tant abusé de notre force physique.

Lorsqu’on découvrira le centre de l’univers, plusieurs seront déçus d’apprendre que ce n’est pas eux/elles.

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7/3/2022

LIBERTÉS ÉCLATÉES !

Si votre liberté repose sur le déni de la liberté d’autrui, alors votre liberté n’était du tout liberté, ce n’était qu’un privilège.
– Chef Derek Nepinak de la première nation Pine Creek

Le thème de la liberté est sur tous les écrans ces temps-ci, elle déborde de nos claviers et se déplace sur les ponts et dans les rues. On parle de liberté mais on devrait plutôt parler des libertés. Car si le mot liberté est clamé, les multiples libertés se font toujours concurrence.

Comme le veut la maxime (non pas Bernier, quoi qu’il pige à pleines mains dans ce grand plat de bonbons 😉 la liberté des un(e)s se termine où commence celle des autres, ou, au pluriel, ce qui serait plus juste, les libertés des un(e)s se terminent où commencent celles des autres.

En ce moment, sur la scène publique, différentes libertés sont en compétition les unes avec les autres, ou plutôt les unes contre les autres. En observant les scènes – car comme les libertés, scènes ne peuvent qu’être plurielles – on voit que diverses conceptions du concept de liberté s’affrontent, s’opposent et semblent avoir de la difficulté à cohabiter.

Pour certain(e)s, la manifestation d’Ottawa représente un historique truck in d’espoir, pour d’autres, c’est un cauchemar au sein duquel ils et elles vivent depuis quelques semaines. Même scène, différentes perceptions. Certains affirment que c’est pour nous tous qu’ils manifestent, d’autres considèrent que c’est une mutinerie.

Ayant quelques ami(e)s et plusieurs connaissances qui sont allés passer plus ou moins de temps à Ottawa, j’ai entendu de nombreux témoignages rapportant que tout se déroulait dans la paix et dans la joie dans le cadre de ce rassemblement. Je ne peux que les croire n’y étant pas allé moi-même, les foules me faisant peur. Par contre, pas certain que les gens du centre-ville d’Ottawa partagent le point de vue enthousiaste des manifestant(e)s, mais ça c’est une autre histoire.

Le thème de la liberté, qui suscite ébats de mots, débats d’idées et combats de juridictions, nous prend tout au coeur, aux valeurs et aux tripes. Nous voulons tous et toutes être libres.

Et en même temps, comme l’impression que tant que nous sommes incarné(e)s, la vie se rit bien de ce simili contrôle qu’on pense avoir sur nos décisions personnelles. Car notre corps ne nous appartient pas, il ne nous est que prêté à plus ou moins longue échéance. Bail à plus ou moins long terme, sans possibilité de rachat. On devra le rendre éventuellement, le rendre à la terre, ou au feu et à l’air.

Je comprends tout à fait les gens qui sentent qu’on leur retire une certaine liberté en exigeant une vaccination forcée, ou du moins en la rendant fortement suggérée, sinon quasi inévitable. L’idée d’une quelconque obligation nous heurte nous citoyens d’une société de droit. Dès qu’on nous en retire quelques-uns, on est prompt à vouloir les ravoir.

Mais si on regardait avec plus d’acuité, et plus globalement, on réaliserait que la grande majorité des peuples et individus du monde entier n’ont même pas une infime partie des privilèges dont nous jouissons. Privilèges que nous nommons droits et qui selon George Carlin, sont une illusion.

Car on a beau se dresser devant le parlement et le gouvernement – déjà en soi un droit non négligeable et primordial à protéger – pas certain que ce soit cette instance qui tire vraiment les ficelles depuis une quarantaine d’années, les corporations semblant leur avoir damer le pion, et transformer le pouvoir politique en pion justement dans ce grand échiquier mondial et transnational.

La liberté donc. Toute relative qu’elle soit, on la veut, la désire et nous sommes prêts à nous battre pour, à la revendiquer. Certains plus que d’autres, certains plus lourdement que d’autres, et plus bruyamment. Et tout cela fait le monde, fait partie du monde.

Pris par l’autre bout du dictionnaire, on pourrait définir la liberté comme la moins grande entrave à nos droits et privilèges. Car nous sommes des privilégié(e)s en ce cette société de droits. De plus en plus à droite.

Toutes ces réclamations de libertés de la part de nous, chers blancs becs, sur un continent emprunté à des peuples qui y vivaient déjà, libres et en paix avec la nature avant notre arrivée colonisatrice. Quand même drôle la vie.

Vraiment pas facile de faire cohabiter nos libertés.

Hey, ceci ne sont que quelques pensées qui me roulent en tête, mais ne les achetez pas, elles sont gratuites de toute façon.

P.S. Je ne suis vraiment pas l’ennemi de votre liberté, singulière ni plurielles, je vous en souhaite et vous la laisse tranquille.

Car de toute façon

et pour une autre perspective:
https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2022-02-18/le-canada-du-double-standard.php?fbclid=IwAR2nVblPfkCMpSqYmOfWsb5srVRYH1zP-Ql_Q1rDg5SAreUWAik4OqROuBI

BLABLAS D’AMOUR

Sois une lumière en toi-même,
ne vis pas avec une lumière empruntée.

– Osho

Hier c’était le boxing day de l’amour. Ce jour de l’année où l’amour r’vole de tous bords tous côtés, accompagné de chocolat, de fleurs et surtout de mots. Car c’est souvent tout ce que l’on a les mots pour tenter de décrire l’amour.

Tant de mots flying all over the public place, via nos écrans et nos claviers pour dire de toutes sortes de façons que c’est en-dedans que se cherche et se trouve l’amour, qu’on doit s’aimer soi-même avant quiconque, que si on veut en donner il faut qu’on s’arrange pour déborder d’amour, etc. et autres blablas.

Tant de mots pour dire l’amour. Pour tenter de dire l’amour. Tant de mots pour essayer de dire l’indicible. Tant – trop ? – de mots pour dire ce qu’au fond on ne peut qu’être, ou tenter de devenir. L’amour est un travail en cours. Qui ne peut se vivre qu’un moment à la fois, chaque moment dans la foi, cette qu’est l’amour.

Et pourtant, dans la vraie vie, tant de brassage d’émotions, tant de haine sur les réseaux de plus en plus asociaux et dans les médias massue. Tant de peur en fait devant nos différences, devant l’inconnu. L’amour et la liberté sont probablement similaires: on leur court toujours après alors qu’on est assis dedans, qu’on en est rempli(e)s, qu’on en déborde même. Sans s’en rendre compte. Souvent trop aveuglé(e)s et obnubilé(e)s par la peur, par le sombre avenir à venir.

Pendant que nous nous divisons, que nous nous scisissionnons, que nous nous polarisons d’un côté comme de l’autre, et vice et versa, tant de mots d’amour.

On dit que le contraire de l’amour n’est pas la haine mais la peur. J’achète ça. On dit aussi que l’on exprime ce que l’on a besoin de. À ça aussi j’adhère. Ainsi donc, on dirait que l’on a besoin de beaucoup beaucoup d’amour ces temps-ci et qu’on le cherche.

Peut-être qu’on ne cherche tout simplement pas à la bonne place. Alors, we keep looking.

J’ai cherché longtemps, longtemps, pour cette chose qu’on appelle l’amour. J’ai chevauché des comètes dans le ciel, et j’ai regardé en haut et bas.
Puis un jour j’ai regardé à l’intérieur de moi, et c’est ce que j’ai trouvé:
un soleil d’or y réside, rayonnant la lumière et le son de Dieu.
– Rumi

et tenez, pour se mélanger encore un ptit peu plus quant à l’amour :

GRANDÂME

En ce petit matin croustillant, c’est avec une légère gêne au coeur et aux doigts que je tape ces quelques mots d’admiration envers Nathalie. Légère gêne par-dessus laquelle je passe et tape tape taperai donc.

Je ne connais pas Nathalie personnellement, n’étant qu’ami FB avec elle. Mais je la vois aller et passer via les posts de ses péripéties sur FB depuis un bout et son courage et sa détermination sont édifiants, surprenants, flabbergastants. C’est d’ailleurs un de ses posts d’hier qui m’a inspiré à faire jaser mon clavier à son propos d’elle ce matin.

Devant l’adversité de la maladie, cette femme bien en corps et de coeur est tenace, elle résiste, elle fonce et continue, et continue et continue. Pendant que le monde manifeste, elle c’est toute sa détermination envers la vie qu’elle manifeste. Chacun ses combats, chacune ses batailles.

Mais personnellement, le sien relativise le nôtre, et tous les autres. Elle c’est pour la vie qu’elle se bat, pour sa vie qu’elle continue à se tenir dignement debout. Pour les autres aussi car par ses efforts constants, elle est une source d’inspiration pour tant d’autres.

Pendant que le monde s’affronte, elle, elle c’est le cancer qu’elle affronte, avec force et dignité, avec courage et détermination. Ou devrais-je dire les cancers ? Car j’ignore si c’est toujours le même qui ré-apparait encore et encore sous diverses formes et en divers endroits de son corps ou si c’est plutôt la progéniture du premier qui s’est installée à résidence dans son corps depuis 2005 et qui s’y reproduit.

Depuis des années donc, son courage et sa détermination que je vois passer dans mon écran sont inspirants. De la voir aller dans ses péripéties médico-institutionnelles donne espoir et courage. De la voir aller nous donne un certain air d’aller, nous rend plus fort(e)s et plus humain(e)s. Tout en nous rappelant de demeurer humbles devant la vie qui passe et qui nous passe dans le corps, surtout par le coeur.

Si j’avais à définir le mot résilience, c’est son visage que je collerais sur le poster.

Depuis des années qu’elle mène ce combat et se démène comme une grande dame devant la bureaucratite, une guerrière dans ses bibittes (cancéreuses), une grande âme dans cette vie-citte – c’est pour la rime. Comme Nathalie rime avec Vie.

Pour l’avoir vue passer sporadiquement au fil du sans fil, je sais qu’elle représente une inspiration pour plusieurs personnes qui se débattent elles aussi avec différentes maladies. Par son courage, elle en inspirent d’autres à continuer, à ne pas lâcher. Par sa ténacité, elle en incite d’autres à s’accrocher quand ça tangue; elle à sa vie, nous à la vie. Toute la même vie.

Avec ce nouveau blogue, j’ai voulu parler davantage au sujet des choses du monde et non plus seulement des choses de l’âme. Mais dans le parcours de Nathalie, les deux mondes se rejoignent, tous les mondes se rejoignent et tout le monde qui la connait la soutient.

C’est très humblement ce matin que je poste ces quelques mots, comme un intrus dans sa vie, comme un outsider, en vous invitant à contribuer quelques dollars si le porte-monnaie ou la carte vous le permet. Car je suis certain que chaque don constitue pour elle une ptite shot de vie, et une grosse dose d’espoir et de réconfort.

Merci Nathalie d’être qui tu es et de ne jamais lâcher. Tu n’est pas seule.

https://www.gofundme.com/f/vers-la-gurison-merci-xoxo?member=16336699&utm_campaign=p_cp+share-sheet&utm_medium=copy_link_all&utm_source=customer

et ces mots d’une chanson de Lara Fabian qu’elle postait hier:

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14/2/2022

IMPOSER ET S’OPPOSER

art: Jocelyn Gardner

Je ne suis pas allé à Ottawa. Mais plusieurs ami(e)s et connaissances y sont allé(e)s. Et plusieurs disent que ce que les médias rapportent ne représente pas ce qu’ils et elles ont vu de leurs yeux là-bas. Et de violence, il semble ne pas y en avoir eu, du moins très peu, du moins moins qu’on aurait pu penser. En soi, ceci est digne de mention car les risques de déraillement étaient là. À Ottawa comme à Québec.

SI à première vue, cette manifestation d’Ottawa me questionne et m’intrigue, je constate que plusieurs personnes ont besoin d’exprimer leur ras-le-bol après 2 ans de liberté réduite. Leur désaccord avec les moyens mis en place, avec les stratégies qui semblent dépassées plus que jamais. Et ça il faut l’entendre et l’écouter car sinon le ton pourrait encore monter. Personne n’est pour la violence mais si une parole n’est pas entendue, elle se transformera en cri, puis en geste.

La situation actuelle semble sans issue. Pour le moment du moins. D’un côté, on veut imposer une vaccination plus que moins obligatoire, et un passeport qui prouverait notre statut et qui limite les accès d’une proportion de la population à certains services et lieux. De l’autre, des gens qui ne veulent pas qu’on leur impose un choix de santé qui n’est pas le leur.

D’un côté donc, une majorité qui a accepté de se faire vacciner, peu importe les raisons pour l’avoir fait, et, de l’autre, une minorité qui ne le fera jamais, peu importe les stratégies que le gouvernement utilise pour les inciter à le faire. Deux camps bien délimités, avec au centre un groupe d’individus plus nuancés, vaccinés ou pas. Heureusement, ce groupe semble grandir, malgré ce qui se passe dans les rues, les nuances émergent.

On peut bien prendre position pour un camp comme pour l’autre, la réalité se situe inévitablement quelque part entre les deux extrêmes, quelque part dans une zone floue à redéfinir constamment au centre de l’échiquier. Ce qui rend la situation difficile à gérer et quasi impossible à régler.

Personne n’est pour la violence, mais quand on veut obliger des gens à poser un geste qui a une incidence directe sur leur corps, possible que la résistance à une telle décision mène à une certaine démonstration de force, d’un côté comme de l’autre. Soit pour imposer, soit pour s’y opposer.

Impossible pour moi de prendre position quand à cet enjeu. Je suis ambivalent, comme je me doute que plusieurs d’entre nous le sont. D’ailleurs, je me méfie de quiconque est trop certain da savoir car cette situation en particulier requiert une bonne dose de nuance, et la nuance exige de considérer la totalité des arguments adverses pour trouver un terrain d’entente, du moins un terrain d’écoute et de respect des différences.

Je ne peux observer la situation actuelle autrement qu’à partir de la voie du milieu, qu’à partir du centre de gravité, en tenant compte des deux bouts du spectre. Je comprends les arguments des un(e)s et des autres, les récriminations des deux côtés et je ne vois pas de solution possible. L’idée d’une vaccination obligatoire – et d’un passeport le prouvant – me semble irréaliste et impossible à imposer.

De l’autre côté, le vaccin, comme l’immunité naturelle – semble avoir contribuer à stabiliser la situation. Mais ils sont nombreux à exprimer que l’on n’a pas accès à toutes les données auxquelles ont devrait avoir accès pour évaluer avec plus de justesse autant la contribution du vaccin que certains effets secondaires. Mais de vouloir obliger la vaccination heurte toute notion de libre arbitre et d’autonomie personnelle et de toute façon n’est pas applicable, certains étant prêt à mourir pour la cause.

Alors que faire ?

Je crois que nous voulons tous et toutes à peu près la même chose: se sentir en sécurité, libre et autonome, protégé et contribuant au meilleur de soi à la société dans laquelle on vit. Mais les moyens divergent.

Nous vivons dans une société libre et démocratique – avec des nuances et des questions qui se posent autant au niveau de la liberté que de la réelle démocratie – mais toujours difficile de mettre en pratique le respect de nos choix et de faire cohabiter l’expression de nos voix discordantes.

J’ai des ami(e)s et connaissances des deux côtés. J’entends les arguments des un(e)s et des autres et plein de pertinence des deux bords mais je me demande si un jour on en arrivera à une certaine conciliation minimale. Je le souhaite mais j’en doute. En ce moment du moins. Quoi que la nuance semble vouloir émerger.

Peut-être que cette situation nous éveille quant à besoin de nous impliquer socialement ce que nous avions négligé jusqu’à maintenant. Et peut-être que nous commençons à prendre conscience que nous sommes divisé(e)s plus qu’uni(e)s, et que nous devons apprendre de nouveau à nous unir, à trouver un terrain d’entente qui ne peut être parfait mais saura minimalement satisfaire les deux côtés.

La violence ne peut mener à l’émergence d’une solution permanente mais en même temps, une certaine proportion de la population qui n’est pas d’accord avec les moyens que prennent les élus pour tenter de remédier à la situation et ne se sent pas entendue. Et ça il est essentiel de le reconnaître, essentiel d’entendre ce que les gens ont à dire car le mouvement de manifestation dit quelque chose, il le crie même.

Sous les Fuck Trudeau, on sent que les gens peuvent enfin faire quelque chose pour être entendus, ils peuvent manifester leur désaccord. Ils et elles expriment leur frustration, ce que nous éprouvons tous et toutes depuis 2 ans à des degrés divers. Certains le crient et le montrent, d’autres décrient la situation.

Sans pouvoir prendre clairement position, je ne peux m’empêcher de penser aux gens qui vivent au coeur du centre-ville d’Ottawa qui subissent la situation et d’éprouver pour eux et elles de l’empathie car quiconque a déjà un voisin bruyant ne peut jamais l’oublier ni négliger les conséquences.

Et en même temps, j’observe la différence de perception d’une même et unique situation et je me dis que définitivement, notre perception est très différente et très influencée par ce que l’on veut voir. D’un côté comme de l’autre.

Facile de dire qu’il faut écouter ce que les gens ont à dire, en prendre note et voir comment on peut tenter de concilier deux points de vue apparement totalement divergents, mais réussir à le faire s’avère délicat, difficile, voir quasi impossible. La preuve ? la manifestation continue.

La population est divisée, comme probablement nous-même en chacun chacune de nous le sommes aussi. Une partie de soi veut demeurer libre et suivre son feeling, l’autre veut contribuer au bien-être du plus grand nombre et faire ce que doit, ce que probablement chacun chacune des individus des deux côtés a l’impression de faire. En respect de ses convictions et ses valeurs. Mais celles-ci varient plus que jamais on dirait bien.

Mais peu importe notre tendance, notre bord de la clôture, tentons de toujours garder notre propre humanité au coeur de nos considérations et, surtout, de nos interactions et nos échanges avec ceux et celles qui voient la situation autrement que nous car a-t-on vraiment le choix de ne pas s’écouter et encore moins s’entendre ?

Lorsque vous en êtes rendus à utiliser la violence, vous jouez le jeu du système.
Les autorités vont vous irriter, tirer votre barbe, frapper votre visage – afin de vous entrainer à vous battre.
Parce que lorsqu’ils ont réussi à vous rendre violent, ils savent comment vous manipuler.
La seule chose avec laquelle ils ne savent pas quoi faire est la non-violence et l’humour.


– John Lennon

Et ci-bas, un reportage d’un résidant d’Ottawa qui est allé à la rencontre des manifestants: