IMPOSER ET S’OPPOSER

art: Jocelyn Gardner

Je ne suis pas allé à Ottawa. Mais plusieurs ami(e)s et connaissances y sont allé(e)s. Et plusieurs disent que ce que les médias rapportent ne représente pas ce qu’ils et elles ont vu de leurs yeux là-bas. Et de violence, il semble ne pas y en avoir eu, du moins très peu, du moins moins qu’on aurait pu penser. En soi, ceci est digne de mention car les risques de déraillement étaient là. À Ottawa comme à Québec.

SI à première vue, cette manifestation d’Ottawa me questionne et m’intrigue, je constate que plusieurs personnes ont besoin d’exprimer leur ras-le-bol après 2 ans de liberté réduite. Leur désaccord avec les moyens mis en place, avec les stratégies qui semblent dépassées plus que jamais. Et ça il faut l’entendre et l’écouter car sinon le ton pourrait encore monter. Personne n’est pour la violence mais si une parole n’est pas entendue, elle se transformera en cri, puis en geste.

La situation actuelle semble sans issue. Pour le moment du moins. D’un côté, on veut imposer une vaccination plus que moins obligatoire, et un passeport qui prouverait notre statut et qui limite les accès d’une proportion de la population à certains services et lieux. De l’autre, des gens qui ne veulent pas qu’on leur impose un choix de santé qui n’est pas le leur.

D’un côté donc, une majorité qui a accepté de se faire vacciner, peu importe les raisons pour l’avoir fait, et, de l’autre, une minorité qui ne le fera jamais, peu importe les stratégies que le gouvernement utilise pour les inciter à le faire. Deux camps bien délimités, avec au centre un groupe d’individus plus nuancés, vaccinés ou pas. Heureusement, ce groupe semble grandir, malgré ce qui se passe dans les rues, les nuances émergent.

On peut bien prendre position pour un camp comme pour l’autre, la réalité se situe inévitablement quelque part entre les deux extrêmes, quelque part dans une zone floue à redéfinir constamment au centre de l’échiquier. Ce qui rend la situation difficile à gérer et quasi impossible à régler.

Personne n’est pour la violence, mais quand on veut obliger des gens à poser un geste qui a une incidence directe sur leur corps, possible que la résistance à une telle décision mène à une certaine démonstration de force, d’un côté comme de l’autre. Soit pour imposer, soit pour s’y opposer.

Impossible pour moi de prendre position quand à cet enjeu. Je suis ambivalent, comme je me doute que plusieurs d’entre nous le sont. D’ailleurs, je me méfie de quiconque est trop certain da savoir car cette situation en particulier requiert une bonne dose de nuance, et la nuance exige de considérer la totalité des arguments adverses pour trouver un terrain d’entente, du moins un terrain d’écoute et de respect des différences.

Je ne peux observer la situation actuelle autrement qu’à partir de la voie du milieu, qu’à partir du centre de gravité, en tenant compte des deux bouts du spectre. Je comprends les arguments des un(e)s et des autres, les récriminations des deux côtés et je ne vois pas de solution possible. L’idée d’une vaccination obligatoire – et d’un passeport le prouvant – me semble irréaliste et impossible à imposer.

De l’autre côté, le vaccin, comme l’immunité naturelle – semble avoir contribuer à stabiliser la situation. Mais ils sont nombreux à exprimer que l’on n’a pas accès à toutes les données auxquelles ont devrait avoir accès pour évaluer avec plus de justesse autant la contribution du vaccin que certains effets secondaires. Mais de vouloir obliger la vaccination heurte toute notion de libre arbitre et d’autonomie personnelle et de toute façon n’est pas applicable, certains étant prêt à mourir pour la cause.

Alors que faire ?

Je crois que nous voulons tous et toutes à peu près la même chose: se sentir en sécurité, libre et autonome, protégé et contribuant au meilleur de soi à la société dans laquelle on vit. Mais les moyens divergent.

Nous vivons dans une société libre et démocratique – avec des nuances et des questions qui se posent autant au niveau de la liberté que de la réelle démocratie – mais toujours difficile de mettre en pratique le respect de nos choix et de faire cohabiter l’expression de nos voix discordantes.

J’ai des ami(e)s et connaissances des deux côtés. J’entends les arguments des un(e)s et des autres et plein de pertinence des deux bords mais je me demande si un jour on en arrivera à une certaine conciliation minimale. Je le souhaite mais j’en doute. En ce moment du moins. Quoi que la nuance semble vouloir émerger.

Peut-être que cette situation nous éveille quant à besoin de nous impliquer socialement ce que nous avions négligé jusqu’à maintenant. Et peut-être que nous commençons à prendre conscience que nous sommes divisé(e)s plus qu’uni(e)s, et que nous devons apprendre de nouveau à nous unir, à trouver un terrain d’entente qui ne peut être parfait mais saura minimalement satisfaire les deux côtés.

La violence ne peut mener à l’émergence d’une solution permanente mais en même temps, une certaine proportion de la population qui n’est pas d’accord avec les moyens que prennent les élus pour tenter de remédier à la situation et ne se sent pas entendue. Et ça il est essentiel de le reconnaître, essentiel d’entendre ce que les gens ont à dire car le mouvement de manifestation dit quelque chose, il le crie même.

Sous les Fuck Trudeau, on sent que les gens peuvent enfin faire quelque chose pour être entendus, ils peuvent manifester leur désaccord. Ils et elles expriment leur frustration, ce que nous éprouvons tous et toutes depuis 2 ans à des degrés divers. Certains le crient et le montrent, d’autres décrient la situation.

Sans pouvoir prendre clairement position, je ne peux m’empêcher de penser aux gens qui vivent au coeur du centre-ville d’Ottawa qui subissent la situation et d’éprouver pour eux et elles de l’empathie car quiconque a déjà un voisin bruyant ne peut jamais l’oublier ni négliger les conséquences.

Et en même temps, j’observe la différence de perception d’une même et unique situation et je me dis que définitivement, notre perception est très différente et très influencée par ce que l’on veut voir. D’un côté comme de l’autre.

Facile de dire qu’il faut écouter ce que les gens ont à dire, en prendre note et voir comment on peut tenter de concilier deux points de vue apparement totalement divergents, mais réussir à le faire s’avère délicat, difficile, voir quasi impossible. La preuve ? la manifestation continue.

La population est divisée, comme probablement nous-même en chacun chacune de nous le sommes aussi. Une partie de soi veut demeurer libre et suivre son feeling, l’autre veut contribuer au bien-être du plus grand nombre et faire ce que doit, ce que probablement chacun chacune des individus des deux côtés a l’impression de faire. En respect de ses convictions et ses valeurs. Mais celles-ci varient plus que jamais on dirait bien.

Mais peu importe notre tendance, notre bord de la clôture, tentons de toujours garder notre propre humanité au coeur de nos considérations et, surtout, de nos interactions et nos échanges avec ceux et celles qui voient la situation autrement que nous car a-t-on vraiment le choix de ne pas s’écouter et encore moins s’entendre ?

Lorsque vous en êtes rendus à utiliser la violence, vous jouez le jeu du système.
Les autorités vont vous irriter, tirer votre barbe, frapper votre visage – afin de vous entrainer à vous battre.
Parce que lorsqu’ils ont réussi à vous rendre violent, ils savent comment vous manipuler.
La seule chose avec laquelle ils ne savent pas quoi faire est la non-violence et l’humour.


– John Lennon

Et ci-bas, un reportage d’un résidant d’Ottawa qui est allé à la rencontre des manifestants:

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