
Cher William, toujours les mots pour le dire. Old chap va !
Rester fidèle à soi-même peu importe les circonstances, peu importe qui nous entoure. Sure. On n’a que ça. On n’est que ça.
Avant notre naissance, nous n’étions rien du tout, rien dans le grand tout. Après notre mort, on redeviendra poussière.
Que se passe-t-il donc entre les deux ?
On aime se considérer comme quelqu’un. On cherche à se connaître, à approfondir notre connaissance de soi. On explore les chemins les moins explorés en quête de soi, du vrai soi. On chemine sur la route incessante de la croissance personnelle.
Et si l’idée était plutôt de décroître jusqu’à notre essence originelle ? On est déjà en masse non ?
Car au fond, qui sommes-nous ? Qui est ce petit moi qui aime se prendre pour quelque chose ?
Oui je sais, la question a déjà été posée à maintes reprises. Quiconque a déjà travaillé avec des koans la connait bien celle-là: Dis-moi qui tu es. Même pas une question, qu’une confrontation, un affront, une investigation sans réponse, un papier sablé sur ce qui recouvre notre petit bout d’âme, qu’un processus de défilement de ce que nous ne sommes pas, nous ne sommes plus. De ce que nous avons déjà pensé être peut-être, ce que nous ne sommes plus déjà, et probablement jamais été vraiment car oush ! parti en poussière ce passé pensé. Que de souvenirs, que des souvenirs. Avec quelques marques encore dans l’corps.
Connais-toi toi-même disait Socrate.
Mais qu’est-ce que se connaître ? Sinon vivre, expérimenter et laisser aller ?
Et qu’est-ce, aussi, que soi-même ? Un ramassis d’expériences, de souvenirs, d’attachements et de détachements, de choses qui ont peut-être déjà été mais qui ne sont plus désormais ? Maybe baby. Or not peanut.
Plus je cherche, moins je sais. Plus je creuse, moins je trouve. Plus je m’élève, comme dans aller à l’école de la vie, moins ça sait. Et plus le petit Je, qui se prend pour ati, se liquéfie, s’évapore et se dissout. Je ne gagerais pas cincennes là-dessus. C’est pour le jeu de mots. Quatre trente sous pour une piasse je et moi.
Plus le temps file dans mon corps et mon esprit, plus le vide s’installe et plus je me sens en transition permanente, je ne me sens qu’en train de passer, le temps comme le corps. Je me considère de plus en plus simplement que comme une fenêtre ouverte sur la vie, qui observe et regarde, qui se laisse traverser par les impressions, un point d’observation, une perspective en transition.
Avec des pensées qui passent sans cesse, des sentiments et des émotions qui vont et viennent, des souvenirs qui font et refont surface et re disparaissent. Et tout cela est juste et bon, tout simplement. Que ce qui est anyway. Et qui n’est déjà plus.
Peut-être que ces mots de Rumi ci-bas sont synonymes de ceux de Socrate ci-haut ?

Je n’en sais rien, comme j’en sais de moins en moins en général comme en particulier, et je ne me plains pas du tout de moins en moins en savoir de plus en plus. Plus ou moins.
Mais dites-moi, une âme est-elle une chose ? Et l’a-t-on vraiment apporter avec soi ? Qui ça ? Ou n’est-ce pas plutôt elle qui nous a porté jusqu’ici ? Ce que l’on considère comme soi du moins. Questions, questions qui se posent et qu’on laisse se déposer sinon pas reposant.
Parfois, j’observe les gens qui souffrent et je remarque que la souffrance est en partie liée au fait qu’ielles se regardent trop, qu’ielles sont constamment centré.e.s. sur leur propre personne. Pris dans leurs propres pensées et émotions salissantes.

À force de trop se regarder, on finit par se prendre trop au sérieux, par se figer, et à se prendre pour toute la vie, à ne voir que soi. On se bouche nos yeux. Pourtant, si vaste le monde.
On s’accorde beaucoup d’attention, à ce que l’on considère soi, soit nos pensées, nos sentiments et émotions, notre corps et notre personnalité.
Pourtant

Nous sommes davantage que nos pensées incessantes. Nous ne me semblons qu’être un.e observateur/trice de la grande vie qui nous passe dedans comme dehors.
Respirons, ouvrons nos yeux et apprécions le simple flow de la vie qui n’arrête jamais. Et comme c’est l’action de grâce, rendons grâce car

___
Tout vous renvoie à Qui vous êtes vraiment.
L’une des choses les plus fascinantes, c’est que vous n’avez jamais bougé.
Ça c’est étrange.
Vous n’avez jamais bougé !
Pas même d’un centimètre !
Certes le bonhomme ou la bonne femme dans le miroir court dans tous les sens comme une fourmi agitée.
Nous déplorons que tout aille trop vite dans le monde moderne, nous parlons de tensions qui montent, et nous cavalons à travers le monde parce que nous pensons que nous sommes dans le monde.
Nous n’avons pas de paix, pas de tranquillité intérieure.
Nous sommes le fruit de l’agitation, et c’est encore un mensonge.
…Vous découvrirez que les poteaux télégraphiques vous prêchent tous l’évangile de votre immobilité. Aristote disait ; « Dieu est le moteur immobile du monde ».
…Vous êtes immobiles et ce sont les poteaux télégraphiques qui défilent, les bâtiments qui dansent, et les collines voisines qui glissent lentement le long des collines plus lointaines ?
…Vous êtes Qui vous êtes vraiment, vraiment, vraiment, le Moteur Immobile du monde.
Si vous ne me croyez pas, installez un caméscope dans votre voiture, et vous verrez le monde bouger.
Les caméras ne mentent pas.’’
– Harding Douglas. L’immensité intérieure, l’originel, p. 32-33.


































