
Oui, la joie plutôt que le désespoir. On revient encore au fameux verre d’eau. Oui, oui, celui-ci.

Mais ça aurait pu être celui-là remarquez

Car lorsqu’on a vraiment soif, tous les verres d’eau se valent. Presque. Parlez-en aux gens de Gaza et d’ailleurs qui en manquent cruellement et qui expérimentent davantage la moitié vide du verre, souvent obligés de boire des moitiés pleines de qualité douteuse. Petite parenthèse pour nous faire apprécier la pluie qui tombe si généreusement ici. Même si on ne devrait pas se comparer, quand on se compare on se console et quand on voit le sort de certains de nos frères et soeurs, on se désole.
Car oui on reçoit de la joie de la terre à chaque jour si on veut ou peut le voir ainsi, comme le recevoir. On reçoit aussi de l’eau, de la nourriture, du soleil et de l’air. Tout ce que l’on a besoin pour survivre et pour vivre. Si les éléments de base sont nécessaires pour survivre, la joie l’est tout autant pour bien vivre.
Mais qu’est-ce que la joie ?
Certains la comparent au bonheur, mais d’autres psys les distinguent en affirmant que la joie est une émotion primaire profonde que les individus ressentent lorsqu’ils se sentent véritablement connectés dans des relations, en phase avec leurs valeurs et/ou ont un sentiment de sens et d’objectif, alors que le bonheur se traduirait par un état émotionnel qui peut se produire à travers des expériences spontanées et qui dépend souvent de facteurs externes comme une réussite ou l’obtention d’une satisfaction matérielle. Ainsi le bonheur serait éphémère et la joie est plus durable.
Je suis certain que vous saisissez la nuance. Le bonheur serait les vagues des événements de la vie alors que la joie serait davantage le fond de la mer. Pour les besoins de la cause, on va y aller avec la joie aujourd’hui, cette source de menoum menoum permanente qui git au fond de soi quand on peut vraiment apprécier les cadeaux de la vie et ressentir pleinement la gratitude d’être en vie, soit l’énergie fondamentale que l’on reçoit de la terre à chaque jour selon Mme Kimmerer ci-haut.
Pas toujours évident de sentir et de ressentir cette joie. Nous sommes souvent distraits par les vagues événementielles, autant les mondiales que les personnelles. En ce sens, j’aime bien l’image de la joie comme le fond de la mer car pour la sentir, il faut plonger en soi. Peut-être que la joie permanente repose dans le coeur alors que le bonheur serait davantage une affaire de tête. Grosso modo mais là n’est pas mon propos. je dis vagues mais je divague.
Il est possible et essentiel même d’apprendre à recevoir la joie qui émane de la terre à chaque jour si on s’y branche, s’y on s’y gounde. Les oiseaux le font et la chantent, les plantes, les arbres et les fleurs et la manifestent aussi. Comme le soleil qui fait sa job et qui allume toute vie sur terre, ainsi que l’eau qui nous abreuve. Tous ces éléments sont des manifestations concrètes de la joie pure que nous offre la vie, celle avec un grand V, celle qui ne s’achète pas.
Cela n’élimine pas les défis, les obstacles et les petits soucis du quotidien, mais tant qu’on les considère comme de simples vagues qui vont et viennent, on peut toujours revenir au fond de joie qui dort en soi, au fond de la mère, de la Terre mère.
Et s’inspirer de cette joie pour changer concrètement le cours des choses en cette ère de déshumanisation. En commençant par semer de la joie et du bonheur ici en soi et autour de soi, tout en gardant au coeur la situation des plus démunis sur terre. Lorsqu’on reçoit autant de bénédictions de la terre, on ne peut que la redonner, la partager, la faire fructifier, sinon on coupe le courant.
Car même chez certains ci-bas, dans leurs yeux, cette joie de la terre transperce. Alors si eux peuvent la trouver, de même le pouvons-nous.
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et je reposte ci-bas une citation d’une psychanalyse françaises déjà postée il y a quelques jours mais trop parfaite avec le meme ci-haut.
La folie tranquille de la joie : Traverser le monde sans lui abandonner notre puissance de vivre
Il y a des jours où la joie paraît presque indécente.
Le monde brûle, les guerres déchirent, les liens se durcissent, les corps fatiguent.
Nous avançons parmi les pertes, les inquiétudes et les informations qui semblent chaque matin nous demander de renoncer un peu davantage à l’avenir.
Et pourtant, quelqu’un rit.
Une musique traverse une fenêtre.
Une main se pose sur une épaule.
Un arbre continue de faire de l’ombre.
Deux êtres dansent quelques minutes au milieu d’une époque qui ne leur promet rien.
Cette joie n’est pas une ignorance du désastre.
Elle est parfois exactement l’inverse : la décision silencieuse de ne pas laisser le désastre occuper toute la scène.
La joie ne nie pas l’épreuve
Il existe une joie défensive, bruyante, obligée, qui exige que tout aille bien.
Elle recouvre la souffrance d’un sourire et transforme la fragilité en faute.
Mais la joie dont il est question ici ne commande rien.
Elle ne dit pas : « Oublie ce qui t’est arrivé. »
Elle dit plutôt : « Ce qui t’est arrivé ne possédera pas toute ta vie. »
Elle connaît la perte.
Elle a parfois dormi près du chagrin pendant des années.
Elle n’efface ni les morts, ni les humiliations, ni les abandons.
Elle pousse parmi eux, comme une plante surgissant dans la fissure d’un mur.
Ce n’est pas la joie de celui qui n’a jamais souffert.
C’est la joie de celui qui refuse que la souffrance devienne son unique identité.
Traverser n’est pas vaincre
Nous rêvons souvent de sortir définitivement de nos épreuves.
Nous voudrions refermer la porte, achever le deuil, résoudre le conflit, déposer le passé derrière nous comme un bagage devenu inutile.
Mais certaines expériences ne disparaissent pas.
Elles se transforment.
Traverser ne signifie pas arriver intact de l’autre côté.
Traverser, c’est consentir à être modifié sans être détruit.
C’est découvrir que nous pouvons porter certaines cicatrices sans leur demander de se rouvrir chaque jour pour prouver qu’elles existent.
La traversée n’a rien d’une marche triomphale.
Elle connaît les retours en arrière, les nuits de doute, la fatigue et les moments où l’on croit n’avoir rien appris.
Puis un matin, presque sans s’en apercevoir, on recommence à désirer quelque chose.
Un repas.
Une promenade.
Une chanson.
Une rencontre.
Un projet minuscule.
Ce désir qui revient est déjà une victoire du vivant.
La folie tranquille
Pourquoi parler de folie ?
Parce qu’il y a quelque chose de déraisonnable à continuer d’aimer lorsque l’on a été trahi, à créer lorsque tant de choses sont détruites, à faire confiance au lendemain lorsque le présent paraît si incertain.
Mais cette folie est tranquille.
Elle ne cherche ni l’exploit ni l’admiration.
Elle ne se met pas en scène.
Elle ne prétend pas sauver le monde.
Elle prépare du café.
Elle soigne une plante.
Elle ouvre les volets.
Elle téléphone à quelqu’un qui se croit oublié.
Elle écoute un morceau de saxophone jusqu’au bout.
La folie tranquille de la joie ne fait pas beaucoup de bruit.
Elle travaille discrètement contre les puissances de mort.
Elle maintient ouvertes des zones de respiration là où tout semblait devoir se refermer.
La joie est une force de liaison
La souffrance isole.
Elle enferme parfois le sujet dans une scène intérieure où le passé se répète sans témoin.
Le monde devient menaçant, l’autre devient lointain, et le corps lui-même peut sembler étranger.
La joie, lorsqu’elle n’est pas imposée, remet du lien.
Elle relie le corps au présent.
Elle relie une sensation à une présence, une mémoire à un devenir, un être humain à un autre.
Elle permet de sentir que quelque chose circule encore.
On peut avoir beaucoup pensé, beaucoup compris, beaucoup parlé de son histoire, et demeurer pourtant retenu au seuil de la vie.
Il faut parfois qu’une expérience simple survienne : être accueilli sans être envahi, rire sans être moqué, se reposer sans être abandonné, éprouver du plaisir sans avoir aussitôt à le payer.
Alors le psychisme découvre que le monde n’est pas uniquement le lieu de la menace.
La joie devient une expérience de sécurité.
Ne pas livrer toute la maison au malheur
Le malheur, lorsqu’il entre, voudrait souvent occuper toutes les pièces.
Il s’installe dans la mémoire, dans le sommeil, dans le corps.
Il transforme chaque événement nouveau en confirmation de ce qui a déjà été vécu.
Il murmure que rien ne changera, que toute ouverture est dangereuse, que l’avenir ne fera que répéter le passé.
Il ne s’agit pas de le chasser de force.
Certaines douleurs doivent être entendues, reconnues, accompagnées.
Mais nous pouvons refuser de leur livrer toute la maison.
Une pièce peut rester ouverte pour la musique.
Une autre pour l’amitié.
Une autre encore pour le silence, les livres, le jardin, les animaux, les rêves, le désir.
La joie commence parfois par cette limite intérieure : « Tu peux habiter une partie de moi, mais tu ne seras pas tout ce que je suis. »
Le droit d’être heureux sans réparer le monde entier
Certaines personnes ne s’autorisent à vivre qu’après avoir réparé tous ceux qu’elles aiment.
Elles attendent que leurs enfants aillent bien, que leur compagnon change, que leur mère ne souffre plus, que les conflits s’apaisent.
Leur joie demeure suspendue à l’état du monde extérieur.
Mais le monde extérieur ne sera jamais entièrement réparé.
S’autoriser un moment de bonheur ne signifie pas abandonner les autres.
Cela signifie reconnaître que nul ne peut durablement soutenir autrui en se condamnant lui-même à l’épuisement.
La joie n’est pas une dette envers ceux qui souffrent.
Elle peut même devenir ce que nous leur transmettons de plus précieux : la preuve qu’une existence ne se réduit pas à ce qui l’a blessée.
…
La joie véritable ne demande aucune promesse d’éternité.
Elle sait que l’instant passera.
La musique s’arrêtera.
La personne aimée s’éloignera un jour.
L’été prendra fin.
Le corps changera.
Mais elle ne transforme pas cette finitude en raison de ne plus rien vivre.
Elle murmure : « Cela ne durera peut-être pas. Mais cela existe maintenant. »
Accueillir la joie, c’est consentir à ne pas la posséder.
C’est la laisser nous traverser sans vouloir la retenir jusqu’à l’étouffer.
La joie ressemble alors à un souffle.
Elle vient.
Elle ouvre.
Elle repart parfois.
Mais après son passage, quelque chose en nous se souvient qu’il est encore possible de respirer.
Continuer, avec poésie et avec force.
Nous ne traverserons pas ce monde uniquement par le courage.
Le courage peut s’épuiser.
Nous aurons aussi besoin de beauté, de musique, de récits, de gestes inutiles, de rires inattendus et de tendresse.
Nous aurons besoin de tout ce qui ne résout rien immédiatement, mais empêche l’existence de se réduire à la survie.
La poésie ne protège pas des catastrophes.
Elle protège quelque chose de notre humanité au cœur des catastrophes.
La joie ne nie pas les ténèbres.
Elle y allume une lampe.
Elle n’est ni naïve ni légère.
Elle est une force grave, une insoumission intime, une manière de dire au monde :
« Tu peux me blesser. Tu peux m’éprouver. Mais tu ne décideras pas seul de ce que je ferai de ma vie. »
Voilà peut-être la folie tranquille de la joie : continuer à aimer ce qui peut l’être, créer ce qui peut naître, transmettre ce qui mérite de durer.
Et, au milieu du fracas, entendre encore la musique.
– Joelle Lanteri, psychanalyste

















