KARMACADABRA

Le Karma ne se presse pas. Il documente. Et lorsqu’il ferme les comptes, il ne manque rien.

Chronique Abrakadakarmique aujourd’hui. Si on réfère souvent au karma, personne ne sait trop réellement ce que c’est pour de vrai. Il existe ou pas le karma ? En tous les cas, le karma prendra forme selon ce qu’on en pense et ce qu’on en dit. Et si abracadabra signifie je crée comme je parle (ou comme je pense ou j’écris) on peut en faire/dire/penser ce que l’on veut de ce karma, ou ce que l’on peut. Abracabra de longue haleine ou à bras raccourcis.

Le karma, issu du sanskrit signifiant action, serait une loi universelle de cause à effet présente dans les religions indiennes. Chaque intention, parole ou acte (physique, mental, énergétique) générerait une énergie qui déterminerait les expériences futures, agissant comme une mémoire invisible influençant le cycle des réincarnations (Samsara). On parle ici des religions indiennes mais l’idée du paradis – ou de l’enfer – à la fin de notre vie va pas mal dans le même sens à mon humble avis.

En fait, le karma se résumerait plus succinctement par l’expression on récolte ce que l’on sème.

Parfois on dit que le karma est instantané, soit que le résultat se manifeste au moment même où l’on pose le geste; la récolte serait donc immédiate. Si on agit en fonction de ses valeurs et de son intégrité personnelle, on vivra aligné.e. Certains définissent d’ailleurs ainsi le péché, soit par le fait de ne pas agir à partir du coeur.

Mais le karma existe-t-il ? Certains en sont certains, ça c’est sûr 😉 Dont Vishrant ci-bas: Le karma est réel. Peu importe ce que tu donnes dans la vie, tu le retires, soit dans cette vie, ou dans une autre. Ce n’est un système magique, c’est une loi énergétique.

Comme la réincarnation, le concept de karma fait du sens mais il est bien difficile à vérifier. Alors in God we will trust. Ou pas. Moi j’aime bien l’idée tout de même. Qui ramène un certain sens de justice, de comptes à rendre, de résultats face aux actions posées, que ça soit immédiat ou comptabilisé dans la grande banque centrale karmique storée probablement dans les annales akashiques. And swell.

Comme l’impression que quelques zillionnaires de grands chemins doivent avoir peur de mourir, au cas où… Quelques-uns sont sûrement dans le rouge karmique (nouvelle couleur chez Sico).

De façon plus terre à terre, le karma peut être défini ainsi: lorsque vous finissez le rouleau de papier de toilette sans la remplacer et que vous êtes la prochaine personne à utiliser la salle de bain. Version karma merdique védique va-vite.

Imagé, le karma pourrait ressembler à ce domino. Avec un certain time delay avant le retour.

Comme l’impression que le karma est intergénérationnel, soit qu’une génération peut payer pour les erreurs des précédentes. Parlons-en à nos enfants. Mais on dit aussi qu’on apprend de nos erreurs, ou pas toujours. Car on dirait souvent que ce sont les autres qui apprennent des nôtres et que si on ne soigne pas nos blessures, on risque de saigner sur autrui. À soigner.

Certains sont plus catégoriques: le karma suit tout le monde éventuellement. Tu ne peux flouer les gens toute ta vie, je me fous qui tu es. Ce qui va finit toujours par revenir. C’est ainsi que ça fonctionne. Tôt ou tard, l’univers te rendra la monnaie de ta pièce. Pas mal certaine d’elle-même la Jessica.

Comme on peut voir, le karma porte flanc à diverses interprétations. Celle-ci de Wayne Dyer me plaît bien car elle nous remet la responsabilité: la façon dont les gens vous traitent est leur karma, comment vous réagissez est le vôtre.

Au final peu importe la nature du karma, suivons donc notre coeur pour déterminer nos actions.

Ci-bas le karma avec une twist Zen.

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Karma, renaissance et la personne disparue

La plupart des gens, en entendant le mot karma, imaginent tout de suite un boomerang cosmique.
Faites le bien, et le bien vous sera rendu.
Faites le mal, et le mal vous reviendra avec un goût amer.
Quelque part derrière le rideau, il semble y avoir un tribunal invisible, un juge invisible, un registre invisible et un univers très patient qui tient les comptes.
Mais le zen n’a besoin de rien de tout cela.

Dépouillez-vous de tout ça, et le karma devient douloureusement ordinaire : cause et effet.
Placez votre main sur une plaque chauffante et vous vous brûlerez.
Appuyez sur l’accélérateur, et la voiture ira plus vite.
Mentez à quelqu’un, et la confiance commencera à se corrompre.
Nourrissez le ressentiment assez longtemps, et le ressentiment deviendra l’air que vous respirez.
Pratiquez l’attention, et l’attention deviendra moins dispersée.
Parlez fort tous les jours, et la dureté deviendra le langage naturel du corps et de l’esprit.
Soyez généreux assez souvent, et la générosité cessera d’être une idée et deviendra une façon d’être au monde.

Pas besoin d’un comptable cosmique.
Juste la conséquence.
Le vrai problème commence lorsque le karma se transforme en une agence de voyages métaphysique : cette vie, la suivante, une meilleure naissance, une pire naissance, le fardeau karmique, les dettes impayées, les ascensions spirituelles, le châtiment cosmique, la récompense et le retour.
À ce stade, quelque chose de très insidieux se produit.
Un « quelqu’un » s’est infiltré dans l’enseignement, un propriétaire, un vecteur, une personne cachée traînant une valise karmique à travers le temps.

Et c’est précisément ce que l’enseignement du Bouddha sur le non-soi, les cinq skandhas et la production conditionnée déconstruit.
Les cinq skandhas ne sont pas une âme. Ils ne sont pas une personne cachée dans l’expérience.
Ce sont des processus : forme, sensation, perception, formations, conscience.
Ils apparaissent, interagissent, se transforment, s’estompent et réapparaissent sous de nouvelles formes.
Ce qu’on appelle « moi » est une étiquette commode apposée sur cet ensemble mouvant, tout comme on appelle une rivière « la rivière » alors que son eau n’est jamais la même d’un moment à l’autre.

Une étiquette utile ? Oui.
Un propriétaire permanent ? Non.

La production conditionnée va encore plus loin.
Rien n’est isolé.
Rien ne se possède.
Rien n’existe en soi comme une entité fixe et indépendante.
Chaque événement résulte de conditions.
Ça se produit, donc ça se produit.
Supprimez les conditions, et ce qu’on appelle « ça » ne peut pas exister par lui-même.
Dès lors, la question devient très troublante : qu’est-ce qui renaît exactement ?
Une étiquette ?
Un processus ?
Un flot de souvenirs ?
Un ensemble de conditions ?
Une habitude ?
Et si tout cela est vide de toute appropriation à l’heure actuelle, à qui appartiendra le karma plus tard ?

C’est là que le langage religieux, souvent vague, entre en jeu pour combler le vide.
Il dit : « Ce n’est pas la même personne, mais ce n’est pas non plus complètement différent.»
Soit.
Ça peut servir d’indice.
Une flamme en allume une autre.
Une vague déferle dans l’océan.
Une boule de billard frappe une autre.
Une habitude d’aujourd’hui façonne une réaction de demain.
La colère d’hier devient l’ambiance d’aujourd’hui.
Une blessure non examinée devient une personnalité entière.
Mais remarquez ce qui a discrètement disparu : la personne.
Il y a continuité, certes.
Mais la continuité n’est pas l’identité.
Un enfant devient adulte, mais aucune entité enfantine figée ne traverse le temps inchangée.
La colère d’hier influence l’humeur d’aujourd’hui, mais c’est pas un p’tit fantôme tapi dans le sang.
Un souvenir peut façonner une vie pendant des décennies, mais il n’en est pas le maître.
C’est un modèle qui se répète en raison des circonstances.

Ça se manifeste déjà dans une vie ordinaire.
On se réveille de mauvaise humeur à cause de paroles prononcées la veille, et cette humeur colore le petit-déjeuner, la façon de répondre à un message, le ton employé avec un proche, l’impatience palpable dans nos mains, tout l’état d’esprit qui nous caractérise avant même que la journée ne commence.
Un instant en engendre un autre. Un monde entier renaît avant le déjeuner.
Pas besoin d’une vie antérieure.
Pas besoin de passeport métaphysique.
Juste du conditionnement.
C’est déjà le karma.

Je me souviens de Nisargadatta Maharaj qui, d’une remarque qui m’est restée en mémoire, a mis fin à toute cette histoire sentimentale de continuité personnelle.
Il a fait remarquer, avec sa franchise habituelle, que les souvenirs, les impressions, les images et les concepts peuvent persister comme une forme d’énergie pour une autre incarnation, mais qu’ils ne continuent pas d’appartenir à la même personne.
Ça a fait mouche.
Même si quelque chose perdure, ce n’est pas « la même personne ».
Ce qui perdure, ce sont des schémas, des dynamiques, des conditionnements, des traces de mémoire, des tendances inachevées, la force d’identification cherchant un autre masque.
Une fois la notion de « même personne » écartée, tout le système de récompenses et de punitions perd son sens.
Et Nisargadatta était encore plus intransigeant lorsqu’il s’agissait de la théorie de la renaissance.
Il n’en faisait pas un dogme.
Son vrai message était toujours le suivant : comprendre cette naissance, ce « je suis », cette illusion présente d’être une personne distincte, avant de spéculer sur une autre.
Car si le « je » n’est pas réel maintenant, qu’est-ce qui est censé survivre plus tard ?
L’enseignement du Bouddha à Bāhiya va encore plus loin :
« Dans le vu, il n’y a que le vu.
Dans l’entendu, il n’y a que l’entendu.
Dans le perçu, il n’y a que le perçu.
Dans le connu, il n’y a que le connu.»

Ce n’est pas de la philosophie.
C’est de la chirurgie à vif.
Il y a la vision, puis la pensée dit : « Je vois.
« Il y a la douleur, puis la pensée dit : « Je souffre. »
Il y a la colère, puis la pensée s’approprie : « Ma colère.
« Il y a le souvenir, puis la pensée s’approprie : « Mon passé.
« Il y a la peur de la mort, puis la pensée demande : « Qu’est-ce qui va m’arriver ? »

Mais à y regarder de plus près, le « moi » arrive toujours en dernier.
L’expérience précède l’appropriation.
L’appropriation vient ensuite.
On entend un son, puis on affirme : « Je l’ai entendu. « Un choc traverse le corps, puis on affirme : « Je suis choqué.

« Une pensée surgit, puis on affirme : « Je pense. « Une vie se déroule, puis on dit : « C’est ma vie. » Finalement, cette même habitude s’étend au-delà de la mort et demande : « Qu’est-ce qui va m’arriver après cette vie ? »

Mais d’abord, il nous faut poser la question plus dangereuse : où est ce « moi » maintenant ?
Pas comme une idée, pas comme une croyance, pas comme une réponse rassurante, pas comme un emprunt au bouddhisme, à l’Advaita Vedanta, au Zen ou à qui que ce soit d’autre.
Regardez vraiment.
Est-ce dans le corps ?
Dans la mémoire ?
Dans la conscience ?
Chez le témoin ?
Dans le récit ?
Dans la trouille ?
Chez celui qui pose la question ?

Partout où nous portons notre regard, nous trouvons mouvement, sensation, pensée, mémoire, réaction, image, sentiment, conscience, mais pas d’entité fixe.
La personne apparaît comme un schéma, pas comme une chose.
Le soi est plus comme une flamme que comme une pierre : vacillant, changeant, dépendant du combustible, impossible à saisir.

Nāgārjuna a placé la lame exactement là où elle devait être : « Les Bouddhas ont enseigné le soi.
Ils ont enseigné le non-soi.
Ils n’ont pas non plus enseigné le soi ni le non-soi.»
Pourquoi donc ?
Parce que l’esprit s’accroche à n’importe quelle position.
Donnez-lui le « soi », et il bâtit une âme.
Donnez-lui le « non-soi », et il bâtit une doctrine.
Donnez-lui la « renaissance », et il imagine une continuation personnelle.
Si on lui refuse la renaissance, il imagine l’anéantissement.
L’esprit ne se contente pas de désirer la vérité ; il aspire à un point d’ancrage, et il transformera même le vide en réalité.

Le Zen rejette ces deux pièges.

C’est pourquoi l’enseignement de Bankei sur l’Inné est si bouleversant.
Il ne nous pousse pas à rechercher une renaissance future meilleure.
Il désigne ce qui est déjà à l’œuvre avant même que l’esprit ne divise l’expérience en « moi » et « monde », avant que la saisie ne commence, avant que le récit ne se forme.
L’Inné n’est pas une âme.
Ce n’est pas une entité spirituelle.
Ce n’est pas une personne intérieure rayonnante qui attend de survivre à la mort.
C’est ce fonctionnement immédiat, avant même d’être saisi par la construction de soi.
Voir ce produit.
Entendre se produit.
Respirer se produit.
Penser se produit.
Ressentir se produit.
Choisir semble se produire.
Mais le propriétaire demeure introuvable.

Ainsi, lorsque le Zen affirme « Inné », il ne propose pas une nouvelle croyance métaphysique.
Il tranche avec tout le mécanisme du devenir.
Si ce qu’il y a de plus réel est inné, comment peut-il renaître ?
Et si ce qui renaît n’est que schéma, habitude, souvenir, attachement, peur et élan inachevé, pourquoi l’appeler « moi » ?
C’est là que le récit habituel de la renaissance commence à vaciller.
S’il n’y a pas de maître maintenant, il n’y en aura pas plus tard.
Si les skandhas sont vides maintenant, ils ne deviennent pas une âme à la mort.
Si la conscience est apparue de manière dépendante maintenant, elle ne devient pas soudainement un voyageur permanent après la chute du corps.
Si le soi est une construction maintenant, pourquoi cette construction deviendrait-elle réelle simplement parce qu’on la projette au-delà de la tombe ?

Le vieux koan va droit au but :
« Quel était votre visage original avant la naissance de vos parents ? »

Cette question n’invite pas à la spéculation sur les vies antérieures.
Elle ne demande pas de théorie.
Elle ne dit pas : « Veuillez décrire votre biographie karmique.
Elle pointe avant la biographie, avant le nom, avant le genre, avant la nationalité, avant l’identité spirituelle, avant le souvenir, avant toute cette fragile fiction du « ceci est moi ».
Avant la naissance de tes parents, qui étais-tu ?
Pas qui.
Quoi. Et si on répond trop vite, c’est déjà trop tard.

Cela met également en lumière un problème négligé que presque personne n’ose aborder : la soi-disant première naissance.
Si chaque naissance est conditionnée par un karma antérieur, qu’est-ce qui a conditionné la première ?
S’il y a eu une première vie, aucun karma antérieur ne peut l’expliquer.
S’il n’y a pas eu de première vie, alors on se retrouve face à une chaîne infinie qui n’explique rien, ne faisant que repousser la question indéfiniment.
Dans tous les cas, des ajustements sont nécessaires.
Et lorsqu’un enseignement nécessite trop d’ajustements, il est peut-être judicieux de se demander si nous protégeons la vérité ou nos habitudes.

Rien de tout ça ne nie la causalité.
Ça serait naïf.
Nos gestes comptent.
Nos paroles comptent.
Nos habitudes comptent.
La cruauté laisse des traces.
La bienveillance transforme l’atmosphère.
L’attention modifie le système nerveux.
La cupidité restreint le monde.
La générosité l’ouvre.
Nos actions influencent nos conséquences.
C’est une évidence.

Mais l’idée d’un être permanent recevant une rétribution cosmique à travers les vies est difficilement compatible avec le concept d’absence de soi.
Cela peut apaiser l’imagination morale, mais cela réintroduit aussi, insidieusement, le propriétaire même que le Bouddha n’a cessé de démanteler.

L’hypothèse la plus plausible est la suivante : la renaissance est constante, non pas comme une âme passant d’un corps à l’autre, mais comme la renaissance répétée du « moi » au sein de l’expérience.

Une pensée surgit, et le « je » naît.
Une peur surgit, et le « je » est menacé.
Un désir surgit, et le « je » doit obtenir quelque chose.
Un souvenir surgit, et le « je » devient mon passé.
Une intuition spirituelle émerge, et le « je » progresse.
Une doctrine émerge, et le « je » devient celui qui sait.

C’est cette renaissance qu’on peut observer.
Instant après instant, le récit de soi se réincarne.
Le masque change, mais le procédé reste le même.
La pratique zen ne consiste pas à obtenir une meilleure renaissance.
Il s’agit de voir la naissance de son propre être tel qu’il se produit.
Pas demain.
Pas après la mort.
Maintenant.
À ce moment précis.
La légère contraction.
L’affirmation.
Le « mien ».
Le « je suis ça ».
Le resserrement soudain autour de l’expérience.

Voyez ça clairement, et tout le drame commence à perdre son emprise.
Le passé apparaît maintenant comme un souvenir.
Le futur apparaît maintenant comme une imagination.
Même l’idée d’une autre vie apparaît maintenant comme une pensée.
Alors, où est le voyageur ?
Où est celui qui traverse le temps ?
Où est le maître du karma ?
Pas en théorie.
Ici.
Regardez.
S’il y a vision, il n’y a que vision.
S’il y a ouïe, il n’y a qu’ouïe.
S’il y a pensée, il n’y a que pensée.
« Celui qui continue » est aussi une pensée.

Ça ne nous donne pas de réponse définitive, et ça n’a pas besoin de l’être.
Il ne s’agit pas de remplacer la croyance en la renaissance par la croyance en la non-renaissance.
Ça serait juste une autre vision, un autre petit drapeau planté dans le brouillard.
Le problème est plus simple, plus dangereux et beaucoup plus proche de nous : quelque chose cloche.
L’absence de soi et « ma renaissance » ne font pas bon ménage.
La production conditionnée et un maître karmique caché ne font pas bon ménage.
L’inné et la continuation personnelle ne font pas bon ménage.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas : « Vais-je renaître ? »
« Peut-être que la vraie question est : « Qui pose la question ? »

Et quand on l’examine sans détourner le regard, la réponse ne se présente pas comme une doctrine.
Quelque chose se libère, tout simplement.
On n’a jamais trouvé le propriétaire.
Seulement des causes.
Seulement des conditions.
Seulement cette renaissance vacillante du « moi », encore et encore, jusqu’à ce qu’elle soit perçue pour ce qu’elle est.

Sonnerie de cloche :
S’il n’y a pas de propriétaire maintenant, il n’y en aura pas plus tard.
La seule chose qui se réincarne sans cesse, c’est l’habitude de prétendre qu’il y en a un.

– Roberto Borrebach Klaui, Gasho

UNE PERLE AU CREUX DES MAINS DU CHAGRIN

Lorsque le chagrin se manifeste, accueillez-le. Car Dieu a placé une perle au creux des mains du chagrin.

Ce cher Rumi. Toujours les mots pour le dire, même quand ce n’est pas les siens. Car on lui en fait dire bien des choses à ce cher Rumi. Comme à bien d’autres d’ailleurs. Mais est-ce bien important que ce soient ses mots à lui ? Car lorsque les mots sont beaux, qu’ils sont complets en soi, ils n’ont pas besoin de propriétaire et leur source est secondaire. Alors merci de toute façon Rumi.

Une perle au creux des mains du chagrin. Quelle belle expression.

Parfois quand on observe le monde, il y a matière à chagrin, à désolation, à tristesse et à coeur gros. Le sort de tant de peuples est triste, comme celui de tant de gens même parmi les sociétés les plus choyées.

Tout le monde court après le bonheur et ce faisant, on fuit tous devant le chagrin. Comme si on ne voulait que les jours de soleil et de ciel bleu. Pourtant, la terre serait asséchée rapidement et la vie cesserait.

Je pense souvent aux gens de Gaza, du Liban, aux peuples Iranien et d’Haïti, et à tant d’autres endroits où règnent souffrance, pauvreté, guerre, famine et soif. Ces pensées alourdissent mon esprit et apportent une certaine part d’ombre sur mon coeur. Mias je ne veux pas ignorer ce chagrin.

Car par ce chagrin, ces pensées de solidarité me permettent de me relier à ces gens, de me faire sentir la compassion, l’empathie, notre humanité partagée. Et je ne veux pas les oublier, je ne veux jamais les oublier. Je veux les porter en mon coeur, en notre coeur.

Car leur tristesse et leur chagrin sont miens, sont nôtres.

Quand mes ami.e.s. et mes proches souffrent, je prends toujours une petite part de leur souffrance. Auparavant, je voulais me couper de leur mal d’âme, me protéger de leur souffrance, contre leur chagrin et leur trouble d’humeur.

Maintenant, je la respire, j’en prends une infime partie sur moi, en moi. Et comme nous l’a appris Atisha avec sa technique de méditation, je respire ce mal-être directement dans le feu brûlant au coeur de mon coeur, là où veille une flamme éternelle qui peut tout transformer et tout transmuter. Et à l’expiration, je laisse s’échapper une douce brise de braise de guérison et de soulagement.

Oh je sais bien que ça n’atténue pas leur réalité difficile, que ça ne change pas leur malaise, mais moi ça me permet de rester connecté, à moi comme à eux et elles. Je crois sincèrement que cette simple technique de méditation peut nous permettre de nous sentir liés avec les gens qui souffrent, avec les gens qui peinent à vivre et même à survivre. Et qui sait, peut-être qu’un jour ce sera notre tour et nous aurons ce minimum d’entraînement pour affronter une situation difficile.

Car parfois, d’ici en nos contrées choyées, on se pense à l’abri de la misère humaine. Mais elle n’est peut-être que de l’autre côté du tournant. Et on doit faire face à la possibilité que la vie puisse basculer et devenir plus lourde car on ne peut changer ce que l’on ne veut confronter.

Et en ce moment, des millions de personnes souffrent sur terre. Si nous sommes le moindrement sensibles et ouverts, ce chagrin planétaire passe inévitablement en nous, par nous. Même si on ne le sait pas, même si on ne le voit pas, Quand nos frères et soeurs souffrent un peu partout sur la terre comme c’est le cas en ce moment, comment pourrions-nous ne pas le sentir et en souffrir un peu nous aussi ? La peine et la joie peuvent danser le tango dans notre coeur.

Et quand les mains du chagrin s’ouvrent doucement, juste ici au creux, la perle.

La même perle que dans le coeur de ceux et celles qui souffrent, au loin, là-bas, ailleurs.

D’ailleurs, le seul et même coeur non ?

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Le véritable courage, c’est faire en soi un espace à la peine.
Un lieu immatériel où elle peut s’exprimer.
L’autoriser à habiter le cœur et les pensées.
Sans la laisser coloniser.
Juste à sa place.
À sa juste place.
La vivre comme elle vient, quand elle vient.

– Anne-Dauphine Julliand, Ajouter de la vie aux jours, via Cristina RJ

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Ci-bas, les mots de Pamela Chrabieh, une Libanaise qui tient un blogue en ces temps de guerre au Sud-Liban.https://pamelachrabiehblog.com/

Je suis tombée sur l’histoire d’Abu Ali – Hajj Hussein Ali Faqiah, de Srifa, au Sud-Liban – comme beaucoup d’entre nous, à travers une image devenue presque insoutenable à regarder.
On y voyait un homme âgé, revenu parmi les ruines de sa maison détruite, allongé sur une dalle de pierre comme on se couche encore dans un lieu familier. Quelques jours plus tard, la nouvelle de son décès a circulé à son tour, ajoutant au cliché une douleur plus dense encore, comme si cette maison effondrée avait fini par l’appeler entièrement à elle.

Cette photo n’avait rien d’un symbole fabriqué pour les caméras.
Elle montrait un corps fatigué qui ne négociait plus avec la perte, un homme qui ne se tenait pas devant les ruines pour les désigner, mais qui s’y déposait, presque confondu avec elles.
Abu Ali ne semblait pas revenir visiter ce qui restait de sa demeure au quotidien; il semblait revenir habiter l’impossible, poser son corps là où son âme refusait encore l’exil, faisant de la pierre froide une extension de sa propre peau.
Je n’ai pas pu ne pas m’y attarder.
Je n’ai pas pu ne pas dessiner cette scène, non pour reproduire la photo, mais pour tenter d’approcher ce qu’elle déposait en moi, cette jonction insoutenable entre le corps, la pierre, la perte et l’attachement.

Cette image est une sidération.
Elle résonne aussi avec une ironie cruelle.
Car le nom d’Abu Ali, pour beaucoup de Libanaises et de Libanais, porte déjà une mémoire sonore, celle de Ziad Rahbani, de son instrumental de la fin des années 1970, où les arrangements arabes croisent le disco, le jazz, le funk et cette nervosité si libanaise, sortie comme du cœur de la rue, de sa vitesse, de son chaos, de son humour noir et de son inquiétude.
Mais ici, le nom change de matière.
Il ne vient plus comme un rythme, ni comme une énergie collective.
Il vient comme un silence.
Celui d’un homme allongé sur les ruines de sa maison, plus assourdissant que n’importe quelle partition.

(…)

Que reste-t-il quand les bulldozers ont fini leur œuvre et que les diplomates se sont tus ?
Il reste cette racine que ni les missiles, ni la dynamite, ni les “-cides” de notre temps ne peuvent totalement arracher : gén**ocide, éc**ocide, dom&&icide, patrimoin&&ocide, mémori((cide, socio))cide, topo&&cide…
Il reste cet attachement qui ramène un homme de 87 ans sur son tas de pierres.
Il reste cette fidélité dangereuse et nécessaire, cette façon de dire qu’un lieu détruit n’est pas un lieu annulé, qu’une maison éventrée n’est pas une adresse supprimée, qu’une terre violée n’est pas une terre abandonnée.

Ce n’est pas une faiblesse.
C’est notre seule véritable souveraineté.
Car une racine, même tranchée, continue de chercher la terre.

RIP Abu Ali

SE CREUSER L’ÂME ET Y TROUVER…

L’Univers: Tout ce que dont tu as besoin est déjà en toi. Creuse plus profondément.
Moi:

On se prend tous et toutes pour quelqu’un.

Quoique, de plus en plus, personnellement, j’ai plutôt tendance à me prendre pour quelque chose que pour quelqu’un. De Qui suis-je ? je suis passé à Que suis-je ?

Paolo Coelho, lui, dit qu’il est parti de Qui suis-je ? pour aboutir à Je suis. Chacun son chemin.

Quand on fouille en soi, au plus profond de soi, qu’y trouve-t-on ?

Une respiration récurrente, qui a débuté avec une première inspiration initiale qu’on dit qu’elle est le vrai début de la vie. Puis tout au long de la vie, une courte pause sépare une inspiration de l’expiration, pendant laquelle la vie est suspendue. Ainsi de suite jusqu’à l’expiration finale.

Simultanément, des pensées vont et viennent, sans arrêt ni sens précis, une tornade de pensées diverses et sans queue ni tête qu’on ne contrôle même pas. Des sensations émergent aussi, en réaction avec les situations dans lesquelles on se trouve et elles aussi passent, et/ou reviennent parfois, selon les enjeux plus ou moins résolus de notre passé. Des émotions aussi émergent dans notre corps, notre appareil, émotions et sensations plaisantes ou pas; plaisantes on veut les faire durer, déplaisantes plutôt s’en débarrasser. Grosso modo ainsi va la petite valse de la vie. 1-2-3.

Mais cela se passe en nous, sans nous indiquer qui nous sommes, ou quoi. Ça prend place à l’intérieur de notre corps et nous en sommes soit témoin, soit victime.

On se tient ensemble par la force de la croyance que nous sommes quelqu’un ou quelque chose, un tout, un ensemble de membres, de croyances et de concepts. Nous nous tenons ensemble en nous-même. Et à l’aide de cet ensemble que nous croyons être, nous percevons le monde tel qu’on pense être, tel qu’on pense qu’il est. En fait nous construisons le monde avec ce que nous portons dans nos yeux, ces yeux qui voient ce que nous croyons vrai et réel.

On dit qu’il faut le voir pour le croire.

Mais peut-être que c’est plutôt parce qu’on le croit qu’on le voit ?

I see said the blind man.

Par exemple, on se prend pour quelqu’un.e, séparé.e de tout et du tout. Différent.e d’autrui. Mais au début, avant que l’on naisse, avant qu’on se prenne pour quelqu’un.e, qu’étions-nous ? Qui étions-nous ? Et après notre mort, qui ou que serons-nous ? La question se pose. Et se re pose. Mais pas reposante. On préfère ne pas y penser. On préfère souvent dépenser.

Peut-être que nous n’avons pas trouvé qui, ou ce que, nous sommes, notre vrai soi, notre vraie nature, parce que nous n’avons pas fouillé assez profondément ?

Mais dans quel fouilli fouiller ? Au fond, il n’y a peut-être pas de fond ? Continuons à creuser et trouvons-y du plaisir.

Ou peut-être que la vie est simplement plus plate qu’on le pense ?

Et que tout n’est que question de sens et de perspective ?

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Dieu est chez lui à l’intérieur de nous-mêmes, et – ce qui n’est pas moins beau – c’est qu’à l’intérieur de nous-mêmes nous sommes chez Dieu.
– Maurice Zundel via Cristina RJ

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Pourquoi le Soi n’est pas une caractéristique intrinsèque de la réalité

C’est le créateur du Soi qui détourne la réalité et qui est la dernière chose qui émerge de l’expérience une fois toutes les conditions réunies.
Si on médite correctement, on peut voir qu’à la fin de tous les processus, le soi est le tout dernier maillon à recevoir l’événement a posteriori.
Exemple :
Un objet tombe au sol.
Un contact s’établit, suivi d’une explosion d’ondes sonores.
Les ondes sonores se propagent et atteignent l’oreille.
L’information circule ensuite dans le système nerveux.
Le cerveau traite l’information.
La réaction produite est un choc.
Au tout dernier maillon de la chaîne, un soi émerge de ce processus et s’approprie l’événement : « Je suis choqué ».

Mais ce « je suis » est illusoire.
Es-tu choqué ?
Bien sûr que non.
Ce n’est qu’un événement momentané, né de certaines conditions et qui a maintenant disparu dans le néant.
Comment peut-on prétendre à une identité ou à la propriété de cela ?
C’est comme un virus informatique, pour employer une terminologie moderne, qui corrompt le système.
La mine est une illusion, car rien ne nous appartient.
Le corps, l’esprit, sont des produits de la nature, créés par elle.
Si c’est votre corps, pourquoi ne pas le rajeunir ?
Si c’est votre esprit, pourquoi ne pouvez-vous pas arrêter vos pensées d’un claquement de doigts ?
Si ce sont vos sentiments, pourquoi ne pouvez-vous pas commander le bonheur comme un général commande ses légions ?
La réponse est simple : parce que ÇA ne t’appartient pas.
Tout appartient à la nature et à ses processus impersonnels (non soi).
Tous ces processus de pensée ne sont pas de votre fait ; ils se déroulent en arrière-plan, et vous n’y jouez aucun rôle conscient.
Quand avez-vous créé une pensée à la main ?
Jamais.
Quand avez-vous régénéré manuellement une cellule de votre corps ?
Jamais.

Mais encore une fois, c’est l’intrus qui domine tous ces processus et s’en attribue le mérite.
Le moi est comparable à quelqu’un qui reçoit une lettre, en lit le contenu et s’autoproclame auteur.
L’Ata, ou « moi », est l’adversaire fantôme qui se cache entre les lignes, sabotant le bon déroulement des processus.
Il prétend que toute existence doit d’abord passer par lui, comme un gardien, mais l’existence n’a besoin ni d’un moi, ni d’une personnalité.
En réalité, c’est le but ultime de toute chose.
Le moi n’est rien de plus qu’un support où les souillures peuvent prospérer et s’enraciner.
Mais l’immortel n’a ni support ni lieu où la souillure puisse se déposer et prendre racine, car l’immortel est « nulle part » (l’utopie).

Il n’y a jamais eu de moi et il n’y en aura jamais.
Il n’existe tout simplement pas.
Le moi est le Grand Mur de l’Ouest qu’il faut abattre pour que ce qui est véritablement originel, véritablement rayonnant, sans ligne ni caractéristique, sans centre, vide et sans raison, puisse briller sans entrave.
Puissions-nous tous être libérés de ce mal et puissions-nous tous être libérés d’Ata.

– Connor Donohoe

LA BANALITÉ DU BIEN

Alors qu’n nombre grandissant de gens se branchent sur la guidance de l’intelligence du coeur, ils/elles aident à modifier la dynamique des contraintes planétaires qui, à son tour, peut transformer la conscience globale.
– Doc Childre

On essaie de nous faire croire que le monde n’est que mauvais, sale et méchant. Que l’avenir n’est que sombre et sans issue. Du moins, on ne rapporte que les histoires les plus sordides, les guerres les plus sales, les scandales les plus outrageux. Comme on rapporte sans cesse les moindres propos du gros monsieur d’en bas.

Le corps humain n’a pas été conçu pour savoir ce que la pire personne du monde est en train de faire à toutes les quinze minutes.

Simple loi de la nature et à un moment donné, il faut fermer la shoppe car lui ne se ferme pas la trappe et c’est ce jeu que jouent la plupart des médias.

La plupart des grands médias nous entertainent et nous injectent du fast food intellectuel facile à gober mais indigeste qui nous reste pris dans la gorge et dans l’intestin grêle de notre conscience. Les réseaux asociaux s’en font les porte-voix et, ainsi, les propos merdiers frappent le ventilateur social des qu’en-dira-t-on. Et on prend ça pour du ca$h. On finit par penser que c’est ce qu’est rendu le monde aujourd’hui, notre monde, celui dans lequel on vit

Oui ils sont nombreux à ne vouloir faire que du ca$h, détenir un prétendu pouvoir sur autrui, à vendre des armes et à avoir le bien du monde. Mais nous sommes bien plus nombreux à vouloir le bien, et à le faire du mieux que nous pouvons, au meilleur de notre expérience et de notre connaissance. Avec notre coeur. Du mieux que nous le pouvons. Et c’est déjà beaucoup.

Car pendant que les mauvaises nouvelles font tant de bruit et occupent à peu près tout le devant de l’espace public, toute une génération d’humain.e.s s’éveille à leur coeur. Pendant que les médias ne rapportent que la schnout, et des profit$ (encore), pendant ce temps, des milliards de gestes d’amour sont posés généreusement et gratuitement à chaque jour, sans qu’on en parle, sans qu’on ne les mentionne.

Aucun geste de bonté, peu importe sa portée, n’est jamais perdu.

Comme on dit, un arbre qui tombe fait beaucoup de bruit mais une forêt pousse toujours en silence. Il nous faut apprendre à développer ce silence en soi, à l’écouter davantage, à mieux l’écouter, pour l’entendre, le reconnaître et par la suite le diffuser. Car là que les vraies choses se passent. Le reste n’est qu’un bruyant et spectaculaire feu d’artifice plaqué or cheapette qui va passer son chemin, qui doit passer son chemin.

On dit que l’ombre cherche la lumière. En tous cas, ces temps-ci, elle le trouve amplement.

Mais en back scene, partout dans le monde, des millions de médecins, infirmières et préposé.e.s donnent des soins et mettent leur coeur à sauver des vies. Des mères, des pères, des familles entières soutiennent leurs enfants et leurs ainé.e.s. Des groupes communautaires s’occupent des laisser pour compte et des bénévoles s’activent en silence.

On nous parle des politiciens verreux, mais ils et elles sont aussi très nombreux à s’impliquer au niveau municipal pour améliorer le sort de leurs concitoyen.ne.s.

On parle et on montre abondamment les guerres qui sont menées un peu partout sur la planète. Mais les vrais guerriers ne sont peut-être pas seulement ceux que nous définissons ainsi.

___
La technologie nous met au courant dans la minute de tout ce qu’il se passe dans le monde comme atrocités, les journalistes, avides de sensationnel, nous inondant d’images violentes et barbares.
Hélas les médias ne mentionnent pas (ou rarement) ce qu’il y a de beau, de bon et de simple dans le monde, ni à côté de chez nous.
Je pense qu’il faut redonner de l’espoir et une image plus juste de la nature humaine.
Une personne qui a vingt ans, en Europe, a vu plus de 40 000 images de morts violentes dans les médias.
La technologie nous rend au courant de tout.
Il y a une surdose de l’aberrant et du barbare.
Cette distorsion phénoménale nous amène à l’idée du «mauvais monde».
L’Homme serait mauvais.
Le monde, un puits de violence.
En réalité, elle n’a cessé de diminuer en cinq siècles.
La plupart du temps, la vaste majorité des sept milliards d’êtres humains se comportent de façon décente les uns envers les autres.
On oublie la banalité du bien.

– Matthieu Ricard via Francine Barabant

LA MORT D’AMOR

Votre mort arrivera un jour ordinaire, au beau milieu de plans non réalisés. Le monde continuera sans vous. Alors vivez pleinement.

La mort me pop up aux yeux et au visage ce matin.

Hier soir, Madrinha Rita, la matriache du mouvement Santo Daime est décédée au Brésil à l’âge de 100 ans. Viva Madrinha Rita !

Puis je lis qu’une jeune brésilienne de 36 ans et une mère de famille elle aussi, est morte gelée en tentant de franchir la frontière canadienne à plusieurs reprises à partir des USA il y a deux ans. C’est le rapport d’autopsie qui confirme que la femme serait morte de froid. Quelle fin tragique. Et inattendue. Reposez en paix chère âme.
https://www.lapresse.ca/actualites/2026-04-30/femme-morte-gelee-en-estrie/refusee-trois-fois-a-la-frontiere-canadienne.php

Quand même drôle la vie. Certain.e.s attendent la mort qui ne vient pas, pas assez vite du moins, d’autres se font attraper par elle à l’improviste. D’où la citation ci-haut qui nous rappelle de vivre totalement maintenant car on ne sait jamais.

La mort, on la craint, ou on la souhaite. On la nie, ou on l’invite, On l’attend, ou on l’évite. Pour un certain temps, temps incertain.

Si on apprend les morts plus fréquemment qu’avant avec les réseaux sociaux, on ne s’y habitue jamais, du moins pas nécessairement plus qu’avant alors que les gens mourraient souvent dans l’ombre, sans qu’on l’apprenne.

Si on peut se désensibiliser à la mort des autres, nul.le n’est insensible à l’idée de sa propre mort. Qu’on trouve l’idée drôle, ou pas, ou trépas.

Bien sûr qu’on doit vivre totalement pendant que la vie nous est prêtée. Qu’une location la vie, un prêt avec beaucoup d’intérêt si on le veut ainsi, mais clairement pas un don. Jamais nôtre le vie. On l’oublie parfois, souvent même me semble.

Nous sommes une toile de vie jouant un certain rôle pendant un certain temps qui, dit-on, semble passer trop vite quand on s’en approche. Qui mourra verra.

Moi qui viens de franchir le cap de la retraite officielle, je contemple la mort à venir à partir d’un nouveau point de vue. Pas qu’elle soit imminente, mais l’idée vient de franchir un autre pas. Un très pas. Je ne suis rendu qu’au transport en commun gratuit quand j’irai en ville, et aux rabais chez mon ami Johnny Coutu les mardis. Ou les mercredis ? Je vais m’informer à la FADOQ.

Je vois vieillir mes ami.e.s plus âgé.e.s que moi, et je relativise.

La mort se vit parfois par étape, parfois d’un coup sec.

Et comme on dit, on est toujours le vieux/la vieille de quelqu’un.e d’autre. Et le/la jeune d’autrui.

Ainsi passe la vie.

Ci-bas,pour rester dans le mood, la touchante lettre de Roméo Bouchard sur FB qui vient de franchir le cap des 90 ans.

Alors ce matin, respect pour la vie qu’on partage, et respect surtout vers tous ceux et celles qui ont plus d’ancienneté et d’expérience que moi dans l’art de vieillir, dans l’art de vivre.

Aho d’ici bas !

___
Je franchis aujourd’hui le cap des 90 ans.
« 80 ans, c’est la vieillesse; 90 ans, c’est la grande vieillesse », a dit Jeannette.
La grande fragilité du corps et de l’esprit.
Les petites et grandes souffrances.
La dépendance.
Le retour en enfance.
Et la présence à chaque instant de la mort qui viendra comme un voleur.
Le Cap Desrosiers, au bout de la péninsule de Gaspé, le bout du monde : au-delà, c’est le golfe, l’inconnu, l’infini…comme au bout de ma vie.
Le Mont-Albert, au cœur des Chics-Chocs, d’où on voit tout, les caribous, d’où on voit loin, la vallée qui mène au Fleuve…comme au sommet de ma vie.
Je suis un peu désorienté.
Je ne m’attendais pas à me rendre là.
J’avais prévu mon départ.
Mes bagages étaient prêts.
J’étais déjà loin derrière la foule qui avance.
Mais voilà qu’il faut me refaire une raison de vivre, une manière de vivre en hauteur, de revoir ma vie d’en haut, de transformer l’attente en joie de vivre, de maintenir le lien avec la terre et la tribu, de continuer ma route sans trop savoir où elle me mène.
Pour commencer, j’ai décidé de me pardonner mes fautes, mes erreurs et mes échecs,
d’oublier ceux qui ne m’aiment pas,
de ne pas me plaindre des maux qui m’atteignent
de me réjouir en silence d’exister
de vénérer mes proches
de continuer à prendre des nouvelles du monde… et à lui écrire
d’honorer ce corps usé qui me relie encore au monde
de parler souvent avec mes arbres
de regarder chaque jour l’humeur du Fleuve
d’apprivoiser discrètement la mort.
Je ne souhaite pas vivre trop longtemps.
Je sais que j’ai fait ce que j’avais à faire, dit ce que j’avais à dire, vécu ce que j’avais à vivre.
J’ai tout donné, pour le meilleur et pour le pire.

Je ne demande que le respect.
90 ans, c’est long.

J’ai vécu l’ère de l’industrialisation et de l’urbanisation du Québec sous Duplessis, celle de la Révolution tranquille, de la décolonisation et de la contre-culture sous René Lévesque, celle du libre échange et de l’agrobusiness sous l’aile des États-Unis d’Amérique sous les Trudeau, et je vois aujourd’hui se profiler l’effondrement de notre civilisation et de notre habitat sur cette planète.
Comme bien d’autres de ma génération, je ne suis pas fâché de partir avant les grandes débâcles climatiques et sociales qui grondent, mais je serai de tout mon être aux côtés des jeunes qui, comme Noé, auront à construire l’arche qui permettra de sauver le « petit reste » de notre l’humanité.

– Roméo Bouchard

GUÉRIRE

La chose la plus radicale dans une société malade consiste à se guérir soi-même puis à doucement aider les autres à faire de même.

Guérir est un gros mot je trouve. Un mot infini. Un processus. Qui consiste simplement à prendre la vie comme elle vient, à accepter tout ce que l’on vit, tout ce qui s’y passe, tout ce que l’on ressent. Sans tout comprendre, sans compliquer quoi que ce soit, sans chercher la faute à l’extérieur de soi, sans chercher de faute tout court en fait, mais plutôt la solution quand ça coince. Et à profiter du moment, de chaque moment, tout simplement.

Et à faire en sorte que tout le monde puisse faire de même. Mais sur cela, on n’a aucun contrôle alors commençons par soi et on verra bien pour les autres. Mais peut-être au moins se soucier du sort du monde, et non seulement du nôtre constitue un bon début.

Et dans guérir, il y a rire. Ben, presque. Rire de soi en tous cas.

Guérir est la job d’une vie. Guérir ne concerne pas seulement la maladie, ça vise aussi à se sentir mieux, de mieux en mieux. À comprendre et intégrer ses propres traumatismes, ses petits et gros malaises existentiels, comme ceux de la famille de laquelle on provient car on ne nait pas tout à fait tabula rasa. L’héritage arrive peut-être plus au début de la vie qu’à la fin.

Mais souvent, cela on ne le découvre qu’en vivant, et qu’après maintes introspections et répétitions de comportements inapropriés. Veeresh disait qu’on apprend par chocs ou par répétitions.

Alors patience et persévérance chers ami.e.s lecteur/trices hein ?

De même qu’ouverture et acceptation de tout ce qui monte et pop up au fur et à mesure que la vie se déploie en nous et autour chaque matin que la vie amène. Morning has broken chantait Steven Demetre Georgiou, aussi connu sous le nom de Cat Stevens, qui est devenu Yusuf Islam. What’s in a name ? Amen la vie !

Mais trop souvent dans notre monde hyper individualisé, superficiel et capitalismé à outrance, c’est cette situation qui prédomine :

Je n’avais pas de souliers, et je trouvais que je faisais pitié. Puis j’ai rencontré un homme qui n’avait pas de pieds. Alors j’ai pris ses souliers. Maintenant je me sens mieux.
– George Carlin

Chacun pour soi et au yable le bien commun. Quand même, so far so good malgré cette folie passagère. Surprenant que le monde tourne encore aussi rondement malgré les multiples philosophies de chambres d’échos, et de commerce.

Depuis quelques jours, j’ai beaucoup travaillé sur le terrain autour de la maison et en forêt. Quel plaisir de prendre soin de sa mère. Mamma Mia ! Mama Terra !

Pendant mon intensif en nature, j’ai bien vu passer quelques vieilles nouvelles in between. Un peu plate et redondant notre monde non ? Un vrai film de série bébé. Gros bébé. Même si on en a parfois bien envie, on n’abandonnera pas la game sociale. Mais parfois, je nous trouve très décourageants, nous les humains. Notamment les gens d’en bas.

Avec la neige qui fond et la vie qui revient, tant de soin à apporter au vivant, à la nature, à la vie. Et tant de good feelings qui en résultent ce faisant. Alors on va laisser les ptites vues plates aux intéressé.e.s, aux amateurs et aux critiques. Ici, la vue et la vie se passent dewow.

Comme le dit Mme Macy : Parce que la relation entre soi et le Monde est réciproque, il ne s’agit pas de tout d’abord s’éveiller ou d’être sauvé avant d’agir. En agissant à guérir la Terre, la Terre nous guérit. Personne ne doit attendre.

Je prêche pour ma paroisse. Celle de la Terre, la nature, l’environnement comme on dit parfois.

Mais ça m’a fait tellement de bien de faire du ménage que je ne veux que continuer. Car en effet, quand on prend soin de Mama, quand on écoute et qu’on regarde les oiseaux, quand on sent la vie vibrer autour, c’est avec soi qu’on reprend contact. Ma Mamma à moi.

Alors aujourd’hui, je vais continuer car infinie la guérison.

Et j’irai googler cet artiste demain quand il mouillera. Hiramatsu Reiji

DES MOTS DES MOTS

Artiste: Hiramatsu Reiji

Ce matin, pas envie de parler. Pas le temps en fait car il ne reste que quelques heures pour jouir du soleil, on nous annonce une semaine de pluie à venir. Et encore tant à faire dehors.

Ce matin, pas envie d’aimer avec seulement des mots ou des discours, mais avec des actions concrètes et en vérité.

Et encore tant à faire dehors.

Et si Jean le dit en 3.18, ça doit être vrai car les plus vieux parmi nous se souviendront du fameux jeu Jean dit…

Et Jean dit qu’il est Jean.

Étrange, dans le même jeu, en anglais, Jean s’identifiait en Simon. Pas simple la vie anymore. On reparlera peut-être d’identité plus tard. Ou pas.

Alors ces quelques niaiseries pitchées vite vite sur écran en relative hâte, simplement pour vous ramener à la beauté de l’oeuvre ci-haut de Hiramatsu Reiji, un artiste japonais que je googlerai sûrement demain quand il va pleuvoir. Merci Senhor et Miss Météo.

Mais pour le moment, enwèye dehors le petit parleur et grand tapeur tapageur. La nature t’appelle.

Eh la vie. Il y a de ces chroniques écrites à la va vite quand la vie nous appelle ailleurs.

Allez, sortez vous aussi si vous le pouvez car ça achève ce beau temps. Vous me remercierez demain. Ou pas.

Allons jouer dehors.

PETIT RIEN DU GRAND DU TOUT

J’ai reçu ces quelques mots de Jodo comme un koan il y a quelques jours. Je les ai déjà postés dans le cadre d’une autre chronique sans tout à fait avoir saisi leur essence. Alors je les poste de nouveau pour jouer encore avec eux et autour car ils me semblent aller de pair avec la citation de Bobin ci-bas à propos de rien.

On nait avec rien dans la vie. Rien dans les mains rien dans les poches, puis on se fait remplir la tête et le coeur, on se fait envahir par les gens et les choses de la vie. Tout d’abord par un genre et un prénom, puis par un nom de famille, et par divers compléments identitaires tels ce que l’on nomme un caractère, traits physiques et autres attributs. Mais initialement, l’âme se présente plutôt tabula rasa. Tout d’abord la nature l’offre à la vie, brute et dénudée, et ensuite, la culture se charge de l’habiller et l’habiter.

Puis notre famille nous dit qui nous sommes, en fait, nous le suggère plus ou moins fortement. Soit on achète, soit on se rebelle. Du moins, on nous fait sentir comment on devrait agir. Et même parfois, comment on devrait penser la vie. Plus ou moins.

Puis, par soi-même, on acquiert nos propres traits de caractère, nos likes et nos dislikes, comme on se met à accumuler nos propres affinités, ami.e.s et choses spécifiques, et on se définit ensuite par celles-ci. Elles peuvent être matérielles, émotionnelles ou relationnelles. Avec ou sans ailes.

Et au fur et à mesure des années qui passent, les amitiés passent aussi, même si certaines demeurent, et les choses commencent à perdre de leur importance. Le matériel cède lentement, mais pas si sûrement pour tous, sa place à l’invisible, à l’intangible.

Ce que l’on cherche, et recherche, de plus en plus devient plus immatériel, senti, subtil. Plus au fait de l’impermanence que dans nos (plus) jeunes années, quelque chose en soi se met en quête d’une certaine permanence, de ce qui était là avant notre naissance, comme de ce que l’on sent y sera après la mort.

Certain.e.s se mettent à contempler et à apprivoiser la mort, d’autres à la craindre.

Et puis un jour, au fil du temps, on commence à regarder en arrière.

Oh, on regarde toujours un peu par en avant, car il reste tout de même un bout de chemin à se dérouler avant le fil d’arrivée, et il faut voir où déposer le prochain pas, mais on dirait que chaque moment s’avère plus riche, plus lent, plus potent. On va moins, on est davantage. On devient plus lentement qu’avant.

Ce qui est, en fait ce qui a toujours été, émerge et s’avère de plus en plus, libéré et dégagé de ce qui l’envahissait, de ce qui l’a envahi pendant nos années plus actives, plus matérielles.

Et on se rend compte que chaque petit moment de silence peut autant nous amener dans le présent que nous mener vers l’avant.

Et que dans le subtil rien qui émerge de plus en plus avec les années qui filent, tout y est.

___
Je n’ai rien fait de ma vie, rien, juste bâti un nid d’hirondelle sous la poutre du langage.

– Qu’est-ce que c’est que n’être rien ? demande le journaliste au poète.

On vous apprend dans cette vie, quand vous êtes petit et un peu plus tard aussi à chercher des choses solides. Les choses solides vous sont données parfois par la morale, par un travail, par des récompenses, par de l’argent, par des soucis, ainsi de suite…
Or, peu à peu, on s’aperçoit que les choses dites solides, ne le sont pas en vérité :
L’argent, les affaires, les soucis, les savoirs, les certitudes, ça ne tient pas vraiment le coup, ça ne tient pas le choc, ni de la grâce, ni de l’épreuve.

– Qu’est ce qui reste ?

Il reste ce qu’on peut appeler «rien». Mais ce «rien», il est de la plus haute qualité, c’est la fleur même de la vie.

– Christian Bobin via Monique Vendel

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Quand quelqu’un meurt, il ne disparaît pas.
C’est l’inverse.
C’est à ce moment-là que la personne apparaît, parce qu’elle est délivrée d’elle-même, de ses ombres, de sa volonté, de son ambition, de tout projet, de toute connaissance que l’on croyait avoir d’elle.
Et il y a un surgissement de quelque chose qui, bizarrement, à l’instant où tout s’efface, est ineffaçable. (…)
Les disparus ne sont donc pas des disparus, ils sont une armée douce, fidèle, qui nous assure de recevoir un rayon de soleil.

– Christian Bobin

DÉMANGE MATIN

La lumière de printemps ! elle va, elle vient. Elle ne désigne aucune chose du monde et les célèbre toutes.
~ Christian Bobin via Alain N

Hier, avec le beau temps, que dis-je, le superbe temps, j’ai commencé le ménage du terrain. Et comme on a quelques acres à s’occuper de, on en a pour l’été. Et même plus. La job d’une vie que de s’occuper de la terre. Mais s’occuper de la terre n’est rien d’autre que s’occuper de soi-même finalement. Car la terre c’est nous. Pas que notre mère. Hello Mama !

Hier comme je commençais à ramasser les restes de l’hiver sur cette terre autour de la maison justement, je me sentais vu par la vie, par plus grand que moi, je me sentais faire partie de la vie, je me sentais bel et bien vivant. Je me sentais en vie. Parfaitement ici, juste là, comme je suis. Parfait, imparfait, perfectible et parfaitement heureux. Je ne voulais être nulle part ailleurs sur terre. Avec ma voisine d’amour pas loin à faire ses trucs, et la chienne Coco qu’on garde pour quelques jours ronflant au soleil sur le balcon, puis à l’ombre, la vie était ici, là, partout. Ni belle, ni laide, juste la Vie avec un grand V, sans vitesse aucune et sans destination. Dans l’oeil du taureau en ce samedi de fin avril.

Hier je ne faisais simplement que voir la vie, et ça s’adonne que j’étais dedans. Comme le dit le dicton zoulou, je voyais la vie et j’étais vu par elle. Je ne voyais pas petit moi ET la vie, ni la vie autour de petit moi. Je ne voyais que la vie, avec moi dedans. Pas plus important que l’érable qui coule encore, les herbes secs ou la chienne qui rêve. Tout petit bonhomme parmi la grande vie.

Parce que j’ai franchi le cap du 65 vendredi, Bullseye !, j’ai envie de relaxer désormais. Je suis rendu. Ici, maintenant, et en plus il fait beau. Le reste à venir, c’est de l’extra, comme un extra fromage sur une pizza.

Plus envie de penser que je dois améliorer quelque chose en moi, non plus que je dois changer ou me perfectionner. Je suis prêt à mourir tel quel, donc aussi à vivre complètement as is.

Oh bien sûr, je demeure ouvert à apprendre, à rafiner les choses et ma façon d’être, à faire de plus en plus dans la dentelle, mais plus envie de sentir que quelque chose doit changer, que tout n’est pas OK avec moi, ce qui est bien souvent le sort de nous pauvres petits cathos de naissance. Et je me doute bien que chaque système religieux a ses propres façons de nous faire sentir fautifs.

Comme si on essayait de squeezer le grand mystère dans une boîte et un système.

Mais Dieu ne rentre dans aucune boîte.

Les esprits préfèrent voler, r’vole, s’envoler et spacer out.

Et ils et elles sont toujours invités chez-nous. Et le savent. Et nous visitent. Et nous protègent.

C’est dimanche mais ça me démange alors je tape quelques bribes en extra, comme le fromage de la pizza.

Allez bon jour du Zenneur.
En chair et en os.
Et avec un ptit peu de gras autour de la ceinture.

Et ci-bas, un texte sur le péché que j’ai bien apprécié. Ce terme (trop) chargé et instrumentalisé qui ne signifie au fond rien d’autre ni de plus que d’agir sans son coeur. Mais qui a fini par s’incruster jusque dans notre moelle. Alors, vivement le ménage du printemps.

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L’enseignement religieux sur le « péché » est peut-être l’un des systèmes psychologiques les plus efficaces jamais créés, non pas parce qu’il révèle quelque chose de profond sur la nature humaine, mais parce qu’il nous apprend à nous méfier de nous-mêmes tout en qualifiant cette méfiance de maturité spirituelle.
Le péché ne vous définit pas.

C’est ce qu’on vous a appris à croire.
On vous dit que vous êtes corrompu au fond de vous-même, incapable de vous faire confiance, menacé de l’intérieur comme de l’extérieur, et on vous propose comme remède la dépendance, la soumission et une suspicion permanente envers votre propre humanité.
Ce n’est pas de la perspicacité.
C’est du contrôle déguisé en sainteté.
On vous a appris à vous méfier de vous-même et à appeler ça de la dévotion.
Observez attentivement ce que cela produit : des personnes honteuses d’être humaines, qui rejettent la responsabilité sur la tentation ou le diable, qui gèrent leur comportement juste assez pour se sentir acceptables sans jamais affronter les fondements profonds de leur existence.
Ce n’est pas une transformation.
C’est le maintien d’un dysfonctionnement, recouvert d’un langage religieux.
La dépendance n’est pas la liberté, aussi sacrée qu’elle puisse paraître.
Ce qui se passe réellement est beaucoup moins mystique et beaucoup plus exigeant.
Tu n’atteins pas le plein potentiel de ta vie.
Tu déformes la réalité.
Tu agis à partir d’un moi construit, réactif, sur la défensive et en décalage avec ce que tu perçois déjà comme vrai.
Tu n’as pas besoin d’être sauvé de ta condition humaine.
Tu dois comprendre ce que signifie être humain.
Ça ne fait pas de toi une mauvaise personne.
Ça te rend inachevé.
Le problème n’est pas que tu sois fondamentalement mauvais.
Le problème, c’est que tu as été façonné par une fausse histoire sur qui tu es, et que tu continues d’y vivre.
Un système qui t’oblige à te percevoir comme le problème se présentera toujours comme la solution.
Le langage du « péché » est ici instrumentalisé.
Il réduit votre identité à vos pires habitudes et vous offre un soulagement qui ne nécessite aucun véritable changement.
Blâmer, avouer, recommencer à zéro, recommencer.
Vous pouvez passer toute votre vie dans ce cycle et appeler cela la foi, sans jamais entreprendre le véritable travail de lucidité, de prise de responsabilité et de déconstruction de vos propres schémas.

Ce que tu appelles tentation n’est souvent qu’un comportement irréfléchi qui se répète.
Tu peux confesser tes fautes indéfiniment sans jamais rien changer d’essentiel.
On ne peut pas se soustraire à une vie choisie par la prière.
On peut dire tout ce qu’il faut et pourtant s’éviter.
On ne peut pas déléguer son développement et espérer devenir entier. La tension que l’on ressent entre sa capacité de nuire et sa capacité à prendre soin des autres n’est pas un défaut théologique. C’est la condition humaine par excellence.

Cela exige de la participation, pas de l’évitement.
C’est là que la scission devient flagrante.
Une grande partie du christianisme tourne autour du péché, de la culpabilité et de la perspective d’une vie acceptable après la mort.
La vie et l’enseignement attribués à Jésus pointent vers quelque chose de bien plus immédiat : l’amour, la libération, la restauration, la participation à la réalité telle qu’elle est.
Un système nous garde dans la peur et la fuite.
L’autre nous confronte à la responsabilité de nous réveiller et de vivre.

Si on se débarrasse de cette distorsion, ce qui reste est à la fois plus simple et plus difficile à éviter.
Le problème n’est pas qu’on soit répugnant aux yeux de Dieu, qu’on soit fondamentalement pécheur, ou qu’on soit mû par une force maléfique extérieure.
Le problème, c’est que vous avez appris à vous méfier de votre propre profondeur, à vous identifier à une fausse version de vous-même et à vivre dans cette confusion.

Vous n’avez pas besoin d’être sauvé de votre nature.
Vous avez besoin de clarté à son sujet.
Vous ne combattez pas un ennemi surnaturel.
Vous naviguez entre le récit qu’on vous a donné de vous-même et la vérité que vous n’avez pas encore pleinement acceptée.
Vous ne pouvez pas devenir entier en restant fidèle à une fausse version de vous-même.
La transformation n’est pas une question de gestion comportementale ou de comptabilité morale.
C’est le démantèlement de ce récit mensonger et la reconnaissance vécue de ce qui a toujours été vrai en vous.
La tragédie n’est pas que les gens soient des pécheurs.
C’est qu’on leur a appris à le croire, et qu’ils passent ensuite leur vie à essayer de régler le mauvais problème.

Jim Palmer

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Et une autre pensée juste pour toi car Sawubona.

MERCI MERCI MERCI

That’s it, la vie s’est rendue jusqu’ici. Comme disait notre amie Paule, keep the flame alive. Mais en fait, la flamme s’occupe d’elle-même. On ne fait que ne pas l’éteindre car pas nous qui l’avons allumée.

Rendu à 65 années de vie faites, complétées, on commence la 66ème. Life goes on. 65 années de vie faites, 65 fêtes de vie. Le faîte de la vie 65 ans ? Qui vivra verra.

Première étape de vie complétée. Le reste sera du bônus. On dit qu’à 65 ans, le meilleur reste à venir. Certain.e.s le disent du moins. Dont une partie de plus jeunes que ça. La cerise sur le dimanche de la vie après 65 ans maybe baby. Le jour du Saigneur étant le dernier de la semaine de la vie dans ce cas-ci. Qui vivra verra verrat !

Quand même étrange ce chiffre. 65. Si chaque année qui passe est toujours un peu spéciale au fur et à mesure que les années s’accumulent, et parfois avec craintes, le plateau du 65 l’est un peu plus que les autres car la société nous renvoie une certaine image de soi. Et un certain statut de pensionné qui vient avec. Cool ! Et quelque peu renversant.

Si je regarde en arrière, je vois encore un ti-cul à sa première communion, un ti-cul qui prie, ou qui fait namasté sans en connaître encore le sens. Mains jointes anyway. Je revois ce ptit gars de Montréal-Nord qui a toujours eu hâte d’être vieux, de se bercer dans sa chaise berçante justement et d’observer le monde rouler sur lui-même, avec une distance et sans trop savoir. Pas mal rendu là.

J’ai beau écrire plusieurs jours par semaine, aujourd’hui, je suis bouche bée, je suis bouché.

À chaque année, pour mon anniversaire, je cherche un ptit quelque chose à offrir aux gens qui me contactent sur FB et par courriel pour me la souhaiter bonne et douce cette nouvelle année à venir.

Alors cette année, j’aimerais vous offrir de l’amour. De l’amour en musique, dans toutes les langues comme pour tous nos bras. Parce que l’amour, c’est le boutt du boutt.

Cette année, pour mon anniversaire, on garde la chienne de nos amis pour le week-end, sweet Coco. Petit service qu’on leur rend, mais cadeau surtout pour moi et ma voisine d’amour aussi. Ptit week-end de farniente à la maison ce sera. À regarder le temps passer et rouler. Avec soleil en prime.

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La solitude s’avère le contraire de l’égocentrisme, du repli sur soi et de la revendication pour sa petite personne. Le véritable solitaire se passe de témoins, de courtisans et de disciples.


Ainsi parlait Démocrite : « Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui ».

Le solitaire sait qu’il a beaucoup à apprendre alors que la plupart ne cherchent qu’à enseigner, à avoir des disciples. Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments.
En cet état, il pèse le moins possible sur autrui : il ne cherche pas, au moindre désagrément, une oreille où déverser ses plaintes, il ne rend pas l’autre responsable de ses faiblesses et de ses incompétences, il ne peut exercer sur personne un chantage affectif.
La solitude est bien une école de respect de l’autre et de maîtrise de soi.

– Jacqueline Kelen, L’esprit de solitude, via Cristina RJ

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Et ci-bas, petit bônus, la première version de l’intro de ce récit auto-biographique sur lequel je travaille depuis quelques années sans trop oser le montrer. Je le ferai donc en relative intimité ici. Vous ne me voyez pas, mais je rougis.

Alors encore Merci la vie ! Et Merci à vous de poser vos yeux sur mes mots, jusqu’ici.