
La mort me pop up aux yeux et au visage ce matin.
Hier soir, Madrinha Rita, la matriache du mouvement Santo Daime est décédée au Brésil à l’âge de 100 ans. Viva Madrinha Rita !

Puis je lis qu’une jeune brésilienne de 36 ans et une mère de famille elle aussi, est morte gelée en tentant de franchir la frontière canadienne à plusieurs reprises à partir des USA il y a deux ans. C’est le rapport d’autopsie qui confirme que la femme serait morte de froid. Quelle fin tragique. Et inattendue. Reposez en paix chère âme.
https://www.lapresse.ca/actualites/2026-04-30/femme-morte-gelee-en-estrie/refusee-trois-fois-a-la-frontiere-canadienne.php
Quand même drôle la vie. Certain.e.s attendent la mort qui ne vient pas, pas assez vite du moins, d’autres se font attraper par elle à l’improviste. D’où la citation ci-haut qui nous rappelle de vivre totalement maintenant car on ne sait jamais.
La mort, on la craint, ou on la souhaite. On la nie, ou on l’invite, On l’attend, ou on l’évite. Pour un certain temps, temps incertain.
Si on apprend les morts plus fréquemment qu’avant avec les réseaux sociaux, on ne s’y habitue jamais, du moins pas nécessairement plus qu’avant alors que les gens mourraient souvent dans l’ombre, sans qu’on l’apprenne.
Si on peut se désensibiliser à la mort des autres, nul.le n’est insensible à l’idée de sa propre mort. Qu’on trouve l’idée drôle, ou pas, ou trépas.

Bien sûr qu’on doit vivre totalement pendant que la vie nous est prêtée. Qu’une location la vie, un prêt avec beaucoup d’intérêt si on le veut ainsi, mais clairement pas un don. Jamais nôtre le vie. On l’oublie parfois, souvent même me semble.
Nous sommes une toile de vie jouant un certain rôle pendant un certain temps qui, dit-on, semble passer trop vite quand on s’en approche. Qui mourra verra.

Moi qui viens de franchir le cap de la retraite officielle, je contemple la mort à venir à partir d’un nouveau point de vue. Pas qu’elle soit imminente, mais l’idée vient de franchir un autre pas. Un très pas. Je ne suis rendu qu’au transport en commun gratuit quand j’irai en ville, et aux rabais chez mon ami Johnny Coutu les mardis. Ou les mercredis ? Je vais m’informer à la FADOQ.
Je vois vieillir mes ami.e.s plus âgé.e.s que moi, et je relativise.
La mort se vit parfois par étape, parfois d’un coup sec.
Et comme on dit, on est toujours le vieux/la vieille de quelqu’un.e d’autre. Et le/la jeune d’autrui.
Ainsi passe la vie.
Ci-bas,pour rester dans le mood, la touchante lettre de Roméo Bouchard sur FB qui vient de franchir le cap des 90 ans.
Alors ce matin, respect pour la vie qu’on partage, et respect surtout vers tous ceux et celles qui ont plus d’ancienneté et d’expérience que moi dans l’art de vieillir, dans l’art de vivre.
Aho d’ici bas !
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Je franchis aujourd’hui le cap des 90 ans.
« 80 ans, c’est la vieillesse; 90 ans, c’est la grande vieillesse », a dit Jeannette.
La grande fragilité du corps et de l’esprit.
Les petites et grandes souffrances.
La dépendance.
Le retour en enfance.
Et la présence à chaque instant de la mort qui viendra comme un voleur.
Le Cap Desrosiers, au bout de la péninsule de Gaspé, le bout du monde : au-delà, c’est le golfe, l’inconnu, l’infini…comme au bout de ma vie.
Le Mont-Albert, au cœur des Chics-Chocs, d’où on voit tout, les caribous, d’où on voit loin, la vallée qui mène au Fleuve…comme au sommet de ma vie.
Je suis un peu désorienté.
Je ne m’attendais pas à me rendre là.
J’avais prévu mon départ.
Mes bagages étaient prêts.
J’étais déjà loin derrière la foule qui avance.
Mais voilà qu’il faut me refaire une raison de vivre, une manière de vivre en hauteur, de revoir ma vie d’en haut, de transformer l’attente en joie de vivre, de maintenir le lien avec la terre et la tribu, de continuer ma route sans trop savoir où elle me mène.
Pour commencer, j’ai décidé de me pardonner mes fautes, mes erreurs et mes échecs,
d’oublier ceux qui ne m’aiment pas,
de ne pas me plaindre des maux qui m’atteignent
de me réjouir en silence d’exister
de vénérer mes proches
de continuer à prendre des nouvelles du monde… et à lui écrire
d’honorer ce corps usé qui me relie encore au monde
de parler souvent avec mes arbres
de regarder chaque jour l’humeur du Fleuve
d’apprivoiser discrètement la mort.
Je ne souhaite pas vivre trop longtemps.
Je sais que j’ai fait ce que j’avais à faire, dit ce que j’avais à dire, vécu ce que j’avais à vivre.
J’ai tout donné, pour le meilleur et pour le pire.
Je ne demande que le respect.
90 ans, c’est long.
J’ai vécu l’ère de l’industrialisation et de l’urbanisation du Québec sous Duplessis, celle de la Révolution tranquille, de la décolonisation et de la contre-culture sous René Lévesque, celle du libre échange et de l’agrobusiness sous l’aile des États-Unis d’Amérique sous les Trudeau, et je vois aujourd’hui se profiler l’effondrement de notre civilisation et de notre habitat sur cette planète.
Comme bien d’autres de ma génération, je ne suis pas fâché de partir avant les grandes débâcles climatiques et sociales qui grondent, mais je serai de tout mon être aux côtés des jeunes qui, comme Noé, auront à construire l’arche qui permettra de sauver le « petit reste » de notre l’humanité.
– Roméo Bouchard





























