MOMAN PRÉSENTE

Le coeur encore plein des souvenirs soulevés par la photo qui a inspiré ma chronique d’hier au sujet de ma directrice aux études supérieures, Mme Marie-Andrée Bertrand, j’ai envie de poursuivre sur cette lancée.

On dirait qu’il est vrai qu’on devient plus nostalgique quand on vieillit. Vrai pour moi en tous cas ces jours-ci. C’est peut-être mes 65 ans qui s’en viennent qui rentrent dans le dash de mon ptit coeur.

D’ailleurs, cette chronique hommage d’hier a été pas mal appréciée et consultée plus que d’habitude par les ami.e.s de mon ptit monde FB et les lecteurs/trices de ce blogue à part.

Toujours étrange de voir ce qui circule le plus auprès des gens quand on écrit. Je crois que lorsqu’on parle de soi à notre plus simple expression, les gens sont touchés, se reconnaissent dans notre humanité partagée, et nos mots résonnent en eux et elles. Intérêt humain dit-on dans la langue de Molière. En tous cas, j’avais la langue molle hier 😉 Xcusez-la.

Et j’ai le coeur encore plus mou aujourd’hui.

C’est qu’il y avait deux photos de ma mère dans le tas de photos que Charu m’a remises récemment, deux photos que je n’avais jamais vues et qui m’ont pincé le coeur et remué la cale du bateau en les découvrant.

Celle-ci, prise lors de ses derniers jours.

On dirait qu’elle fait Yo avec son doigt pointé. Cool ma mom à moi. À moins qu’elle ne pointe l’endroit où elle allait partir bientôt et où on pourrait aller rejoindre. Plus de 21 years ago. C’est en anglais pour la rime câline, bientôt, ago et Yo ! Elle semble me dire : on se retrouve là-bas mon gars. Mais c’est plus dans son coeur qu’il la trouve sa môman le ptit atiguy. Là qu’elle habite depuis toujours. Et à jamais. Et surtout maintenant.

Mais c’est cette photo, surtout, qui m’a le plus touché le coeur, même si elle est floue et old style.

Je n’avais que très vague souvenir d’avoir dansé ainsi ma mère. Mais en même temps, cette photo m’a fait me rappeler que lorsque j’étais jeune ado, je faisais souvent le nono pour faire rire ma mère aux larmes. Elle qui avait eu quelques passages étroits à un moment, ça remplissait mon coeur de ticul de la savoir heureuse et légère. Et de rire à en brailler avec matan Néné, sa soeur Fortunata, dans notre cuisine de la rue St-Michel le samedi au souper avant qu’elles ne partent danser.

C’est cette photo que j’aurais aimer mettre en haut de page, mais je ne voulais que nous soyons ainsi exposés trop at large et aux regards de tous. Pour cette raison que j’ai placé ci-haut la photo de ma mère toute belle et jeune, même si ce n’est pas surtout ce look que je conserve d’elle.

Mais trop intime à mon goût de placer celle-ci à la vue de tous les regards. Pour cette raison que seul.e.s ceux et celles qui se sont rendus jusqu’ici, dans l’intimité de ce blogue, peuvent entrer dans notre intimité. On se garde une ptite gêne tout de même.

Dimanche, c’était la journée dédiée aux femmes et à leurs droits, et j’avouais ma réticence à écrire en cette journée particulière en tant qu’homme. Mais depuis, ces deux photos retrouvées m’ont fait plonger dans des souvenirs liés à deux des femmes les plus importantes de ma vie de ptit gars et de plus jeune homme que maintenant.

Ce qui me fait réaliser combien aucun homme au monde ne peut jamais ne pas être lié du plus près de lui-même au coeur d’au moins une femme, notamment sa propre mère, Notre home base initiale. Qu’elle ait été présente, ou pas, notre mère a été et est toujours le nombril de notre ptit monde. Si les hommes pouvaient traiter le monde entier en y incluant leur propre mère, il n’y aurait possiblement plus de guerres sur terre car qui pourrait bien vouloir faire du mal à sa mère ? Pourtant, toutes nos mères, surtout la Terre, toutes nos filles et toutes nos soeurs.

Ceux qui me lisent régulièrement savent que j’ai entamé un projet d’écriture au sujet des principales personnes importantes de ma vie. J’aimerais léguer mon histoire, mes histoires de grands amours, à mes deux filles, question qu’elles sachent de qui elles descendent, d’où elles viennent, et qu’elles connaissent une partie de leur papatrimoine.

Ces quelques photos retrouvées relancent ce projet déjà bien entamé mais que j’ai souvent tendance à mettre de côté, me demandant pourquoi bon Dieu écrire à propos de moi ?

Mais en y réfléchissant un peu plus encore ce matin, je réalise qu’on n’écrit jamais à propos de soi, que pour soi, ni au sujet seulement de soi-même. On écrit toujours à propos de ce que l’on a reçu comme amour, des êtres qui nous ont aimés. On écrit toujours au sujet de l’amour qu’on a reçu, et de l’amour que l’on peut et veut transmettre à ceux et celles qu’on a aimés et qu’on aime pour toujours.

En fait, on écrit toujours l’amour, toujours par amour.

Par amour du simple acte d’écrire, par amour des mots qui peuvent transmettre les sentiments d’amour qu’on porte aux autres.

On écrit toujours l’amour. Et l’amour nous écrit.

Et l’amour nous ramène toujours à la maison. Sweet home again. Para sempre.

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Ce qui importe, c’est de se détacher du petit moi pour se tourner vers le travail, vers les autres…
Tu dois passer du personnel au supra-personnel.

– Etty Hillesum, Une vie bouleversée via Cristina RJ

CHEERS MAB, ET MERCI

Ce matin, cette photo a fait popper ma boîte à souvenirs et a donné envie au ptit chroniqueur des moyens et grands écrans de retourner dans le passé, un passé pas si lointain. Son passé à lui, un passé riche que j’avais enfoui un peu par écoeurantite suite à des études exigeantes qui se sont étendues sur une douzaine d’années. Un passé qui date d’une trentaine d’années, mais un passé qui s’est révélé un inestimable présent, même si le futur s’avère de plus en plus simple, tout simplement de plus en plus simpliste.

J’ai récemment reçu une pile de photos diverses datant des 30 dernières années. Souvenirs de famille surtout, salut m’man, et de la fratrie, mais du lot est ressortie cette photo ci-haut datant de novembre 2003 suite au dépôt de ma thèse de doctorat et à la collation des grades, en compagnie de ma directrice de maîtrise et de doctorat auprès de qui j’ai étudié de 1994 à 2003.

Marie-Andrée Bertrand a été ma maîtresse – wô les moteurs, que platonique et intellectuelle !!! – une maître à penser sharp et chirurgicale, qui m’a forcé à me dépasser sur le plan de la rigueur intellectuelle. Une femme de tête, de coeur et de convictions avec qui j’ai appris à argumenter en toute logique, à me questionner, à formuler ma pensée et à la structurer. Ce fut un immense privilège de pouvoir étudier en sa compagnie aussi longtemps. Pas facile, mais riche. Un privilège comme très peu de gens ont la chance de vivre. Car Mme Bertrand était dédiée rare.

Ainsi, ce matin, je vous présente quelques bribes de mon parcours en compagnie de Madame Marie-Andrée Bertrand. Mme Bertrand pour moi, ou MAB pour la plupart des gens, pour faire plus court.

Tout d’abord, un peu d’histoire ayant mené à notre rencontre.

Après avoir passé deux ans en Hollande à la Humaniversity, de 1988 à 1990 pour étudier la psychologie expérientielle et le travail émotionnel, je suis revenu vivre au Québec en 1990 pour m’occuper de ma fille Léonie. Pendant mon séjour chez Veeresh, j’ai acquis bacc. et maîtrise en psychologie clinique avec spécialité en travail émotionnel et en toxicomanie. Mais comme mes diplômes n’étaient pas reconnus ici à mon retour, et tanné de courir les jobines diverses pour soutenir ma fille, j’ai décidé de m’inscrire à l’université, ici au Québec, en 1992.

Je n’avais jamais été au Cégep après le secondaire, préférant courir le vaste monde et suivre mon gourou de l’époque et ses communes. Mais j’ai pu être accepté en tant qu’étudiant adulte à la faculté de l’éducation permanente de l’U de M. J’ai débuté en psycho mais l’approche trop rationnelle m’a turné off, moi qui avait déjà exploré corps, âme et tripes les expériences intenses et intensives de la psychologie expérientielle de la Humaniversity pendant plus de deux ans. Trop intello la psycho trad.

J’ai donc fait un bacc. par cumul de certificats – toxicomanie, mineur arts et science et mineur en psycho-éducation – en mode express, clenchant le bacc en 2 ans 1/2, incluant les premiers cours en ligne ever et les cours aux sessions d’été.

Au terme du bacc, comme je trouvais que j’avais surtout appris par coeur, l’idée de continuer à la maîtrise m’atitillait. Comme j’avais vécu en Hollande pendant deux ans, pays plus libéral en matière de politiques sur les drogues, et plus intelligentes à mon avis, j’ai contacté Mme Bertrand pour explorer l’idée d’entamer une maîtrise en criminologie sous sa supervision.

Mme Bertrand avait siégé sur la Commission d’enquête sur l’usage des drogues à des fins non médicales, la Commission Le Dain, de 1969 à 1972. Si le rapport majoritaire de la Commission recommandait l’abrogation de l’interdiction de la simple possession de cannabis et de la culture à des fins personnelles, Mme Bertrand avait déposé un rapport minoritaire, suggérant la légalisation de toutes les substances interdites criminellement. Parallèlement, elle avait fondé la ligue internationale antiprohibitionniste (LIA) et était reconnue comme une leader en ce domaine dans le monde francophone. Une grosse pointure la petite dame.

Pas besoin de vous dire – et non plus de vous l’écrire – que j’étais légèrement nerveux en entrant dans son bureau lors de notre première rencontre pour lui demander de devenir ma directrice. Probablement sous le coup de la nervosité, je lui ai déclaré candidement dès ma première phrase : Je suis votre successeur. Et elle de répondre: enfin, quelqu’un pour soutenir la cause, bienvenu camarade ! The rest is history.

Ainsi, pour les deux années suivantes, dans le cadre de mes études de maîtrise, j’ai comparé les politiques sur les drogues de la Hollande et celles du Canada pour explorer sur quelles bases juridiques les premières pourraient influencer les politiques canadiennes trop rigoureusement répressives à mon avis. Après quelques cours préparatoires en criminologie, j’ai complété mes études de maîtrise en moins de deux ans, remportant même le prix du meilleur mémoire de maîtrise du département de criminologie de l’université de Montréal. On parlait d’égo hier ici.
Yes sir ! Grande fierté quand même.

Puis, non rassasié suite aux études de maîtrise, mon ptit mental hyperactif en demandant encore, et sous ses recommandations, Mme Bertrand m’a offert de poursuivre au doctorat. Le ptit intello wannabe ex-décrocheur du secondaire a mordu à l’hameçon et c’est ainsi que j’ai entamé des études doctorales en 1997. Ces études m’ont permis de commencer à enseigner en tant que chargé de cours à l’université de Montréal, puis ensuite à Sherbrooke, en plus de me permettre d’obtenir prêts mais surtout bourses, ce qui me permettait de vivre et de soutenir ma famille. Ainsi, pendant six ans, j’ai mené de front, en vras et dans le désordre une job d’intervenant en toxicomanie, l’enseignement universitaire, la rédaction de rapports gouvernementaux, une vie de famille et la direction conjointe d’un centre de croissance estival. Vive la jeunesse et l’ambition. Et la santé du corps qui le soutient.

Les études doctorales se sont étendues sur six longues années et ont été ardues. Mme Bertrand avait toute une personnalité, et moi aussi j’imagine. Ainsi nous avons quelques discussions très épicées à certaines occasions. Nous avons même rompu à une occasion, car elle trouvait que je consacrais trop de temps à ma famille et pas assez à mes études, elle qui était célibataire et complètement dédiée à sa carrière. Après quelques mois, j’ai pilé sur mon orgueil et l’ai recontacté en m’excusant. Car je voulais terminer, pas tant pour moi car rendu là, j’en avais marre des études doctorales et je n’avais pas l’ambition de devenir prof d’université, mais en bonne partie pour elle, pour que son travail et son soutien indéfectible de longue date soient reconnus et aboutissent. Ce qui fut fait.

Toujours, avec elle, on savait à quoi s’en tenir. Je me souviens de la semaine précédant le dépôt de ma thèse alors que je me suis rendu chez elle à chaque jour du matin au soir pour tout repasser et relire, soupeser, vérifier. Ma thèse a perdu quelques pages. Un peu à l’image des maîtres à penser de la Grèce Antique, elle s’est investie totalement et avec rigueur et exigence dans la supervision de mon parcours. Inestimable. Je crois avoir été son dernier étudiant qu’elle a mené à terme, ou l’un des derniers. D’ailleurs, je suis le seul étudiant qui a complété des études de maîtrise ET de doctorat en sa compagnie. La plupart qui ont fait leur maîtrise sous sa supervision en ont eu assez. Mais il faut croire qu’un taureau peut en prendre et qu’une tête dure peut servir.

En fouillant un peu suite à la découverte de cette photo, je me suis rendu compte que ça fait 15 ans presque jour pour jour que Mme Bertrand est décédée (6 mars 2011), et qu’elle est née en 1925, donc qu’elle aurait célébré ses 100 ans l’an passé. Bien heureux qu’on ait pu faire la paix avant son départ tel qu’en témoigne la photo ci-haut.

Mme Bertrand est d’une classe à part, une fonceuse qui a ouvert de multiples portes dans divers domaines avant son temps, notamment au niveau des politiques sur les drogues, des droits des femmes en droit pénal, ainsi qu’au sujet de la discrimination de genre, de couleur et de classe sociale. Elle fut la première Québécoise et la première femme titulaire d’un doctorat en criminologie de l’Université de Californie, à Berkeley (une école de criminologie critique) en 1967.

Elle a reçu de nombreux honneurs et quelques prix portent son nom. Et moi, j’ai eu l’honneur d’étudier et de me former – dans tous les sens – en sa compagnie.

En terminant, j’aimerais simplement affirmer qu’on ne se fait jamais seul.e, nous sommes le fruit des multiples rencontres et influences croisées au cours de notre vie. J’ai eu la chance et le grand privilège de recevoir des enseignements de quelques êtres plus que précieux à mon coeur (Osho, Veeresh, Mestre Irineu, Mme Bertand), enseignements qui perdurent toute une vie durant, et même après la mort peut-être.

Alors Gratidao, merci, thank you à mes maîtres.

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Si vous avez envie d’en savoir un peu plus sur MAB, un vieux document mais intéressant.

ÉGOS À GOGO

Que sommes-nous ? Des égos !
Et que voulons-nous ? Des problèmes !
Pourquoi ? Pour être des victimes !
Et y trouvons-nous du plaisir ? Oui !

Ce matin, je laisse toute la place à mon cher et unique égo, mon ptit égo juste à moi, celui qui se voudrait plus gros que le taureau. Bien sûr, différent du vôtre, et en même temps, same same. Nous sommes tous et toutes égaux.

Pas que mon égo ne m’accompagne pas d’habitude quand j’écris par ici car bien difficile de s’en séparer complètement, encore plus de s’en débarasser. L’égo on aime bien l’embrasser. Mais ce matin, je le reconnais, je le célèbre, je l’honore. Je vous l’offre sur un écran d’argent. Et je ris de lui. Un peu. Juste un peu. Car un égo pucké ça peut kicker back pas à peu près.

Fragile un égo right ? Mais toujours right en effet. Comme papa, c’est Legault qui a toujours raison.

On critique trop souvent notre égo, ce pauvre petit égo de rien du tout. Ce petit égo fragile et susceptible qui n’était même pas encore présent à notre naissance, et qui se doute bien qu’il s’évaporera lorsque cessera notre coeur de battre, et de souffler notre souffle. Pas beau ça ? Full mon égo ça msieur dame.

Pfff ! Out the door flyera l’égo à notre mort pour se re-fondre au reste de la création. Et il le sait le coquin. Pour ça qu’il se démène tant pendant qu’il le peut. L’égo se tue à prouver qu’il existe.

Certains disent de l’égo que c’est le sujet pensant. Pour ça que ça fait aussi mal. Car ça pense tout le temps l’égo. Ça se pense séparé du tout, du reste de ce qui vit. Alors que ça n’existe même pas. Pas vraiment en fait. Un peu gonflé l’égo.

On dit aussi de l’égo que c’est le Moi. Qui ça ?

Moi je pense que c’est surtout le Ça l’égo, un ptit ça de rien du tout qui se prend pour un gros moi du tout. L’égo se prend souvent pour un nombril. Celui du monde. Un gros moi dur et pas mou du tout. Car ça se pense dur un égo, mais au fond, c’est mou mou, tout mou. Au fond de l’égo, c’est tout mou, tout doux. Mais tel a prick, ça aime se penser dur un égo. Probablement pour ça que les égos mâles disent tant d’alpha bêtises. Surtout à la surface que ça ne veut surtout pas perdre la face un égo. Ni la A, ni la B. Et surtout pas devant les autres. Car en privé, l’égo se révèle bien pâle.

L’égo c’est un peu comme le jeu de ptits blocs. Ça se bâtit une pièce après l’autre dès notre plus tendre enfance. Au début, comme le film de cow-boy, mon nom est personne. Puis un ptit morceau de robot à la fois, on devient quelqu’un. De plus en plus. Jusqu’à preuve du contraire. À force de contrariétés. Et de chocs. Car ça a besoin d’un gros bumper un égo.

Certains égos, un peu plus sophistiqués, comme dans la philosophie, disent que l’égo est la conscience et la représentation que nous avons de nous-mêmes en tant que personne. SI au début, mon nom est personne, l’égo devient en fait une personne à part entière, et séparée du tout.

Et c’est ici que les excréments se mettent à rencontrer le divin ventilateur. Car pas mal venteux dans la vie qu’on nous offre à vivre. Et le vent pogne parfois dans les voiles de notre personnalité. Et cet égo, si fragile est-il, devra apprendre à manoeuvrer dans les dédales d’une société pas toujours amicale. Parfois, l’égo plie les genoux et devient même personne alitée. Jusqu’à retomber sur ses pieds. L’égo veut devenir maître.

Plus l’égo est reconnu et adulé par autrui, plus l’égo se met à enfler, à se gonfler, à pavoiser. Regarde-moi dit-il. J’existe, je suis unique, le seul, le meilleur.

L’égo ne veut que l’or; il veut briller, shiner, être le meilleur, le plus fort, le plus dur. Ça nous rappelle quelqu’un non ? Number one ! L’égo ne se trump jamais.

En fait, si ce n’était des conséquences de ses actes pour tant de civils, on pourrait remercier le gros POTUS infaillible tout d’or chevelu de Marre à Légo car il nous offre l’occasion de voir l’égo à l’oeuvre dans toute sa splendeur. Case study parfait en égo 101. Euh, non, sorry, en égo # 1.

L’égo ne se satisfait que de la plus haute marche, du top of the top, the best of the best. D’ailleurs, avez-vous remarqué pendant les récents Mc jeux Ozempic, comment l’argent a déçu ? Même ceux et celles qui gagnent le bronze sont plus heureux que ceux qui remportent l’argent. De là vient l’expression l’argent ne fait pas le bonheur ? Ça doit remonter à l’âge de bronze. D’ors et déjà.

Tellement drôle l’égo quand il veut être sérieux.

Chacun.e a son propre égo, à ne pas confondre avec son amour propre. La ligne est mince en nuance dans la dentelle entre les deux. Et la vie consiste à trouver la ligne de démarcation. Car qu’on le veuille ou pas, on ne peut vivre sans son égo. Tous cons damnés à l’égo. Si on ne développait pas d’égo à l’enfance, on ne pourrait survivre et on se laisserait mourir.

Moi moi moi j’existe et je veux vivre.

Mais éventuellement, il nous faudra bien passer du moi au nous. Ce nous qui inclut chaque bout de vie en dehors de soi.

Oh que We.

HUMANITÉ PARTAGÉE

Je viens juste d’entendre quelqu’un dire: la somme des bonnes choses de ta vie repose sur ta capacité à les apprécier. Depuis, je ne peux pas voir la vie autrement.

Cette citation, que j’ai postée l’autre jour, dit un peu la même chose je trouve, soit : nous sommes un musée de tout ce que nous avons aimé dans la vie.

En effet, à nous d’apprécier notre chance. Sans toutefois oublier ceux et celles qui souffrent. Là repose notre humanité partagée.

Voyez-vous, ce matin, avec le sort des gens de Gaza encore au coeur, et toujours hanté par le drame des 150 petites filles tuées par l’armée américaine au début de cette plus récente guerre de folie, j’allais poster ceci: le sang des enfants dans les classes indique l’échec de l’humanité.

Et j’hésitais même entre ces mots et cette photo:

Je sais, je sais, on ne veut pas voir ça. Mais c’est ce qui se passe dans une bonne partie du monde. En ce moment même. On ne peut ni ne doit fermer les yeux. Même si c’est affreux.

Et le lien entre mes 2 premières images et les deux dernières me direz-vous ?

Il y a encore de l’humanité sur terre. Beaucoup. En moi, en vous, en nous. Et on doit l’apprécier, la nourrir et la reconnaitre. Et la vouloir pour tous et toutes.

Oh bien sûr, ce sont les bullies qui possèdent les armes, les tanks et les bombes. Et ce sont les drames qui font les manchettes.

Mais nous sommes nombreux, des 100 % humain.e.s de bonne volonté à vouloir la paix et le bien, et c’est ce que l’on doit prôner. Malgré la guerre et l’inhumanité qui sévissent, promouvoir la paix et l’humanité partagée.

On peut vouloir utiliser de nombreux mots pour tenter d’expliquer, mais il n’y a rien à expliquer. Car l’amour et la fraternité/sororité ne s’expliquent pas, ils se portent au coeur et à l’âme, au plus profond de soi. En toute simplicité, en toute humanité.

Et, ultimement, on doit conserver la foi que tout est possible, et que l’amour et la paix triompheront. Tout en continuant à planter de petites graines de foi et d’espoir en cette humanité partagée.

Oui, aigre-douce la vie.

Mais si riche en humanité vécue et partagée.

8 MARS ?

Je crois que les plus grandes vérités de l’univers ne se trouvent pas à l’extérieur, dans l’étude des étoiles et des planètes. Elles se trouvent en nous, dans la magnificience de notre coeur, esprit et notre âme. Tant qu’on n’a pas compris ce qui se trouve en nous, nous ne pouvons comprendre ce qui se trouve en dehors.
– Anita Mourjani

J’hésite toujours à écrire le 8 mars. Petite pudeur masculine.

Premièrement à cause du nom. Et en tant qu’homme. Que dire ?

Jadis la Journée de la femme, beurk ! Elles sont plus de 4 milliards. Toutes uniques, toutes différentes.

Ensuite, la Journée internationale des femmes. Pas ben ben mieux à mon humble avis. Trop c’est comme pas assez. Surtout quand on pense à la situation des filles et des femmes en général sur la terre, en particulier en Afghanistan, mais dans bon nombre d’autres pays aussi si vous voulez avis tout aussi humble puisse-t-il être.

Désormais on dirait qu’on la nomme officiellement La Journée des droits des femmes. Encore là, un peu mieux, mais on pourrait faire encore un peu mieux me semble, un peu plus juste dans le sens de justesse. Le droit, ça sonne très cérébral, très calculé. Considérant notamment l’état du droit ces temps-ci.

How about la Journée du Respect intégral de toutes les filles et les femmes du monde entier ?

Je sais un peu long, mais faut c’qui faut. J’aurais pu dire de la féminité, mais ce concept est inévitablement incarné. Et vécu au quotidien par des milliards de filles et de femmes.

J’inclus le mot filles car avant d’être femmes, elles sont filles et avec la schnoutt qui sort ces temps-ci avec les epstines de dossiers, on pourrait commencer plus tôt en matière de respect envers les femmes. Dès la naissance en fait. On le voit d’ailleurs dans certaines cultures traditionnelles, notamment en Inde où, dès la naissance, le fait d’être une fille est une sorte de tare. On tuerait même encore aujourd’hui des bébés parce qu’elles sont filles.

D’ailleurs pourquoi déclarer une seule journée dans l’année right ? Jamais bon signe ça me semble. Pensons à la St-Valentin et à l’amour. Ou aux peuples autochtones. Peut-être que lorsqu’on n’aura plus besoin de désigner une seule journée à une cause, les progrès seront réels. Pas de journée des hommes à ce qu’il me semble.

Dès mon plus jeune âge, j’ai vécu entouré des femmes. Tout d’abord, ma jeunesse avec une mère monoparentale avec 4 enfants à faire vivre. Je l’ai vu aller. Le sort des femmes mono, je l’ai eu dans la face, dans le corps et dans le coeur. Et encore full et éternel respect pour ma môman.

J’ai vécu, seul ptit gars puis ado, avec mes deux soeurs et ma mère mono. J’en ai beaucoup appris sur tous les cycles, rythmes et quelques autres spécificités féminines.

Puis dès l’âge de 20 ans, je suis devenu père de filles; une à 20, l’autre à 33. En effet, j’ai eu deux filles, aujourd’hui âgées de 44 et 31 ans. Quelle joie pour un homme de pouvoir jouer à la poupée et de porter du rose for a good cause.

J’ai aussi eu 3 relations à long terme avec des femmes, 2 avec les mères de mes filles, relations qui sont éternelles, et une autre encore actuelle avec ma voisine d’amour, sans enfant partagé, mais avec une église en commun.

Et on dirait que plusieurs de mes amies les plus proches dans ma vie ont été, étaient ou sont des filles, ou, plus tard, des femmes.

Comme plusieurs d’entre vous, je regarde l’évolution ? de la masculinité et ça m’inquiète. Un peu, beaucoup, a l’extrême.

On dit souvent aux filles de faire attention, de se protéger. Mais si on enseignait plutôt aux ti-gars, aux gars, garçons et aux boys de faire preuve de respect, de prendre soin, d’être doux envers les filles et les femmes ? De prendre soin.

On ne devrait pas avoir à dire cela car tous les gars et les hommes ont été portés par une femme. On dit que tous les hommes portent une femme en eux. Mais la réalité est plutôt que tous les hommes ont été portés par une femme. Ça devrait nous donner un regard de l’intérieur non ? Dont les actions devraient naturellement suivre.

Alors en ce 8 mars, je ne dirai rien d’autre que merci à toutes les filles et les femmes du monde entier d’être vous-mêmes, d’être simplement qui vous êtes. Que nous avons créé un monde hostile et dur envers et pour vous toutes, et veuillez nous en excuser.

Et aux homme des bonne volonté, continuons dans ce respect et dans cette égalité.

Tandis qu’aux hommes de mauvaise volonté, de brutalité et de maltrance, wake up guys !

Ce sont toutes nos filles, nos soeurs, nos mères.

Et nous sommes tous et toutes des enfants de la même mère. La mère Terre.

C’est en nous que commence ce respect.

SAIN DOUTE MA FOI DES BONS YEUX

La vraie sagesse repose non pas sur ce qui est vu, mais plutôt sur ce qui est ressenti dans les profondeurs de notre être.
– Lao Tzu

En effet, on ne peut plus simplement croire ce que l’on voit de nos yeux désormais.

Jadis on disait il faut le voir pour le croire. D’autres prétendaient au contraire qu’il fallait le croire pour le voir. En effet, c’est selon.

Mais de nos jours, même voir est devenu trompeur et trompe l’oeil. Trump peur même. TRUTH SOCIAL. Hé hé…

La prétendue réalité visuelle peut s’inventer dorénavant grâce aux machines créées par certains Tech (little) boys et il est devenu presque impossible de distinguer le vrai du faux. Créatifs quand même ces humains. Pour le meilleur il faut le dire. Et pour le pire, on peut le lire. Et le voir. Et le croire.

D’autre part, la distinction entre doute et foi est si mince.

Le doute est essentiel dans la vie car rien n’est certain et trop grande certitude peut nous jouer de mauvais tours. Mais le doute a ses limites. Comme la foi j’imagine. Car si la foi est essentielle, il me semble qu’elle doit s’accompagner de gestes concrets. Mince nuance en effet.

Si on ne peut pas voir la vérité, pas plus que la réalité d’ailleurs, je crois qu’on peut toutefois la ressentir en soi, deep down. Mais pour ça il faut être en contact avec quelque chose de juste en soi, quelque chose de plus grand que soi.

Tel que l’affirmait hier Maurice Zundel sur cet écran :
Dieu est ce secret d’amour dont notre cœur est l’écrin.
Dieu ne peut pas se faire jour autrement qu’à travers le silence.

Il s’agit donc d’entretenir en nous ce silence et d’y revenir constamment (…)

Et cela ne constitue pas une job de bras, mais plutôt une grosse job de coeur. Les yeux du coeur. Même et surtout en pleine crise de foi telle que celle que nous connaissons ces temps-ci. Aucun doute là-dessus

Ci-bas, quelques mots de mon amie (virtuelle) Joan qui en parle aussi.

Bon ouiquènne

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Qu’est-ce que le doute ?

Le doute est parfois sage et important.
Mais il peut aussi devenir une habitude, un moyen de s’accrocher au connu, de ne pas lâcher prise et de se laisser submerger par l’immensité insaisissable de ce qui dépasse les mots.
J’ai moi-même souffert de ce genre de doute, et peut-être certains d’entre vous aussi.
Il n’y a pas de ligne claire entre le doute sage et le doute addictif, mais on peut apprendre à les distinguer.

Qu’est-ce que la foi ?
Par la foi, on entend souvent croyance, mais ce n’est pas ce que je veux dire par là.
À mon avis, la croyance est l’antithèse de la vraie spiritualité.
La croyance relève des idées et de l’idéologie.
C’est une sorte de filet de sécurité, ou ce que Marx appelait l’opium du peuple.
Elle se transforme facilement en fondamentalisme et en les pires aspects de la religion.
La foi est tout autre chose.

Je dirais que la foi est une confiance en ce que nous savons profondément et intuitivement, une confiance qui naît de l’expérience directe, et non de la croyance.
Mais cette immense ouverture que je désigne ne peut jamais être saisie, circonscrite ni prouvée scientifiquement.
Et parfois, même si elle n’est jamais vraiment absente, il nous arrive de perdre contact avec elle.
Elle peut donc facilement être sujette au doute, très souvent à ce doute addictif qui nous paralyse.

David Steindl-Rast, un moine catholique, décrit la foi comme suit :

La foi est une confiance radicale — confiance en la vie et confiance en Dieu…
Avancer dans la foi n’est pas comme prendre le train -où il suffit de monter et où il nous mène à destination – c’est plutôt comme marcher sur l’eau.

Par Dieu, il ne parle pas d’un vieil homme dans le ciel.
Frère David parle de Dieu comme du « Grand Mystère » ou de la « Réalité Ultime » et comme de « notre être le plus profond ».

Et qu’est-ce qu’il veut dire par « marcher sur l’eau » ?
Je ne pense pas qu’il parle de marcher littéralement sur l’eau.
Je pense qu’il fait référence à l’esprit d’une histoire sur Jésus.
Le passage ci-dessous, tiré de ce livre, décrit un événement qui s’est produit en 2017, alors que j’étais hospitalisé à la suite d’une opération à la suite d’un cancer.
J’allais bientôt commencer la radiothérapie et la chimiothérapie, et on m’avait décrit la radiothérapie comme très douloureuse.
J’étais terrifiée.

Voici ce que j’ai écrit :
Une des infirmières qui s’occupait de moi était née aux Philippines, et un après-midi, on a longuement discuté de tout et de rien.
Je lui ai confié ma peur des douleurs liées à la radiothérapie.
Elle m’a dit que pour surmonter la douleur, il fallait garder les yeux rivés sur Jésus.
« C’est là que Pierre s’est trompé », m’a-t-elle dit.
« Sur la mer, alors qu’il marchait sur l’eau, il a détourné le regard de Jésus et a commencé à couler.
Il faut garder son attention focalisée sur Jésus.
« Je me suis souvenue que, dans l’histoire, Pierre avait été distrait par la violence du vent, pris de peur et de doute, et avait perdu la foi.
Dans mon esprit, j’ai traduit « Jésus » dans ma propre langue, selon ma compréhension : Présence, Conscience, Ici-Maintenant, Dieu.
Et peut-être que « le vent » représente le jeu incessant des pensées, des émotions, des circonstances, et aussi ce qu’une amie appelle « l’application du doute » : cet esprit qui doute, se sent séparé de la vie et donc en danger, cet esprit qui perd la foi.
Pas la foi en quelque chose d’extérieur ou en un système de croyances (une chaîne dorée), mais la foi en ce qui est réellement digne de confiance : cette présence consciente, ouverte, spacieuse et inconditionnelle, ici et maintenant.
Alors je lui ai dit que j’étais d’accord, que c’était la clé, rester concentré sur Jésus, même si ce n’est pas toujours facile.
Elle a acquiescé.

« Pas toujours facile, mais c’est le chemin. »

– Joan Tollifson

ET L’AMOUR

Vous êtes un musée de tout ce que vous avez déjà aimé.

Hier je demandais publiquement : Et Gaza dans tout ça ? Et Haïti ? et le Soudan ? Et la Syrie ? et et et…

Car on en n’a toujours que pour l’affaire du moment. Qui, ça aussi, et assez rapidement, va inévitablement céder sa place à autre chose, à la une, lorsque la prochaine saveur du jour se manifestera, lorsque les grands titres pointeront ailleurs.

Car on vit vite vite vite désormais, Et à la surface des choses. On vit la crise du moment. Puis on passe à autre chose. Comme si délibérament, on nous menait par le goût des yeux. Comme si.

Et suite à ma série de et et et… ma bf a déposé ce simple : Et l’amour ?

Alors ce Et l’amour ? sera l’étincelle de mes mots du matin ce matin.

Et l’amour ? tu dis ?

Oui. L’amour.

Que l’amour.

Tout l’amour.

Toujours l’amour.

L’amour tout simplement.

Mais l’amour ne se dit pas vraiment. L’amour se dit mal même s’il se chante un peu mieux. L’amour se montre, l’amour se fait, l’amour se chante.

L’amour se fait, mais il se fait surtout discret.

L’amour n’aime pas les grands titres. L’amour est pudique. L’amour aime mieux les pages du dedans, les bas de pages. L’amour aime mieux le coeur dans la marge. Pour ça que le monde est plein d’amour mais on ne le voit pas tant. Pas dans les médias du moins. Il faut regarder un peu plus creux dans le coeur des gens. Il faut regarder les actions car en général, l’amour se fait.

L’amour est pudique et n’aime pas flasher, ni s’exhiber. L’amour se fait, mais il se fait discret. Ouais.

Ce sont plutôt la haine, le sensationnel, le bling bling, l’arrogance et la peur qui aiment s’afficher, crier, s’écrire en majuscules, se frotter, insulter, se comparer, se coltailler, se marteller, se provoquer. Eux sont publiques, l’amour, pudique.

L’amour se glisse en douce. Entre les mots, entre les lignes. L’amour se souffle.

L’amour pleure dans les larmes des familles des petites tuées dans l’école en cette première journée de cette nouvelle guerre à la mode. L’amour s’ensevelit dans les trous de leurs cercueils. Mais il survit, toujours. Pour l’éternité.

Dieu (...ou ce que vous voulez ou préférez) est ce secret d’amour dont notre cœur est l’écrin.
Dieu ne peut pas se faire jour autrement qu’à travers le silence.

Il s’agit donc d’entretenir en nous ce silence et d’y revenir constamment (…)
– Maurice Zundel, via Cristina RJ

Alors oui ma chère bf, oui, tu as raison d’ajouter: et l’amour.

Tout simplement.

Mais l’amour ne peut se demander, il ne se quémande pas, il ne peut que se donner et déborder des coeurs aimants.

L’amour ne s’imprime pas non plus, et l’amour s’écrit mal, l’amour ne show pas off.

En fait, dès que l’amour s’écrit, le vide s’écrie.

Alors l’amour, juste comme ça, l’amour malgré la guerre.

Juste l’amour. Tout l’amour.

L’amour, un point c’est tout. Avec un grand, ou un petit. Mais l’amour surtout, l’Amour c’est tout.

Le courage de l’amour. Le coeur rage d’amour.

___
Sentir dans ma propre douleur la douleur de tous ceux/celles qui souffrent
et puiser mon courage dans la nécessité de vivre pour me battre pour eux/elles.

– Frida Kahlo via Samano

___
J’ai grandi à l’intérieur d’une larme.
À travers sa vitre scintillante, j’ai vu le monde éclatant de lumière.
– Christian Bobin via Cristina RJ

___
L’amour sur et dans toutes les langues, amor dans tous les coeurs.


AHO D’EN BAS

Il existe un mouvement sur le chemin de l’éveil qui ne mène nullement vers le haut. Il mène vers le bas – dans le corps, au coeur de la mémoire, en ce qui attendait en nous.
– Matt Licata

Tout le monde veut aller au ciel…

mais personne ne veut mourir, chantait Pétula.

J’avoue, j’ai dû la googler celle-là. Tout de même, ça nous rajeunit pas. 😉

Indeed, tout le monde veut monter, transcender, dépasser cette simple humanité qu’on nous offre à vivre – d’ailleurs on dit qu’on l’a choisie, si on pouvait s’en souvenir plus souvent – mais peu d’entre nous sommes prêt.e.s à habiter notre corps totalement, à descendre dans nos racines, à fouiller dans nos trous noirs, à explorer nos pénombres intérieurs. On aime mieux vivre up there, dans les nuages.

Et pourtant. Tout ce qui descend finit par toucher le ciel.

Cette année, juste avant de partir pour le Brésil pour notre périple annuel, j’ai découvert qu’une poutre de ma maison, celle qui soutient le réservoir à eau chaude, a besoin d’être solidifiée assez rapidement car elle faiblit sérieusement. Inquiéteusement. Excusez-là.

Et tout au long du voyage, bien que l’élan de notre visite à notre église brésilienne consiste à s’élever dans les hautes sphères – subi subi subi – cette poutre m’a gardé bien groundé, en contact avec mes racines, sur le plancher des taureaux. La pensée de ma poutre n’était pas que dans mes yeux, elle occupait toutes mes pensées.

Avant-hier, j’ai posté une photo de ma maison, ce que je fais rarement, privilégiant et protégeant habituellement mon intimité. Et bien que l’enveloppe de mon home soit bien esthétique et attrayante, personne ne voit son besoin de solidification. Seuls vous le savez. D’ailleurs on fait la job ce vendredi, soit après demain.

Depuis que j’ai constaté que ma fondation a besoin d’être solidifiée, je vis avec ce besoin fondamental de retourner à mes fondements justement. Et j’y vois une certaine illustration de nous, les humains, qui mettons beaucoup d’attention et d’énergie à notre image, au paraître, au désir de nous élever au-dessus de la mêlée, tout en négligeant trop souvent la base de notre vie. Je parle pour moi ici mais j’imagine que je ne suis pas seul.

Cette job de poutre m’occupe à temps plein depuis que j’ai constaté sa faiblesse. Je sens le sol fragile sous mes pieds, sous mes pas, qui se font feutrés depuis. En fait, le sol est toujours fragile sous nos pas. Toute la vie ne tient toujours qu’à un fil. C’est simplement qu’on vit plus haut, trop haut.

Avant de chercher à s’élever, je réalise comme jamais auparavant qu’il est essentiel et primordial de retourner à la base et de solidifier ses racines, consolider son ancrage. Et c’est dans le corps que cet ancrage doit prendre place, Car pour qu’un taureau puisse voler, il lui faut tout d’abord bien attacher ses racines. Sinon il devient un cerf-volant au fil coupé, un cerveau lent échevelé, déconnecté de sa base. Flying Bull on the loose.

Il est souvent plus tentant de chercher à prendre de la hauteur, à s’élever, que d’oser faire le chemin vers le bas. Mais je réalise qu’avec le temps qui passe, la vie nous ramène à notre corps, à nos besoins fondamentaux, elle nous force à ralentir et à revenir à la base.

ati phone home

Hier un ami cher postait, avec une grande sincérité et une lucidité qui l’honore, ces quelques mots :
Je me réfugie parfois en hauteur.
Dans l’idée.
Dans l’esprit.
Dans une spiritualité brillante qui évite le bruit.

La plupart d’entre nous adoptons cette stratégie. On vit souvent en haut le corps.

Puis, il a rajouté:
Alors je redescends.
Je reviens au corps.
Au souffle court.
À l’effort.

Exactement la raison pour laquelle je pratique le shaking quotidiennement ces temps-ci. Pour redescendre dans mon corps, jusqu’aux pieds, jusqu’au sol, pour laisser aller, pour m’auto-effeuiller, strip atise, pour laisser passer toute la folie de ce monde qui nous frappe de plein fouet ces temps-ci à-travers moi.

Shake and wake.

Aho d’ici bas.

Je m’incline bien bas. Mais nus-pieds 😉

UNIQUE HUMANITÉ

Le monde n’est pas divisé entre l’Occident et l’Orient. Vous êtes Américains, je suis Iranienne, nous ne nous connaissons pas mais nous nous parlons et nous nous comprenons parfaitement. La différence entre vous et votre gouvernement est nettement plus grande que celle entre vous et moi. Et la différence entre moi et mon gouvernement est nettement plus grande qu’entre moi et vous. Et nos gouvernements sont très semblalbles.
– Marjanne Satrapi

C’est ici que je vis. Je sais, je suis chanceux, je sais et j’apprécie. Du mieux que je peux. Car en background sévit la guerre et je ne peux l’oublier.

Hier je marchais dans la forêt derrière chez-moi, en toute tranquilité. Que les oiseaux qui piaillent et s’éveillent. Et je me trouvais chanceux. Et en même temps, je pensais à la guerre. Je portais la guerre lourdement au coeur.

En paix ici. Très loin de l’Iran et du Moyen-Orient. Mais comme plusieurs d’entre nous, depuis samedi, je pense beaucoup aux Iraniens et aux Iraniennes, aux enfants de l’Iran en particulier. Je vous épargne la photo de la centaine de trous qui ont été creusés pour enterrer les cadavres des enfants tués lorsqu’une école a été bombardée. Dommages collatéraux disent-ils

Je pense à nos enfants ici aussi, eux et elles qui doivent apprendre à vivre avec la folie de la guerre généralisée et médiatisée. Comme ceux et celles qui ont connu d’autres guerres j’imagine. Difficile de seulement penser à tout ça sans le ressentir.

Je pense aux gens de toute la région du Moyen-Orient, dont certains doivent courir pour se réfugier aux bunkers plusieurs fois par jour. J’ai une connaissance qui vit à Tel-aviv qui raconte son quotidien sur FB. Pas plus reposant pour tous les gens de toute la région. Zone et zones de guerre.

Et nous ici, d’ici, on regarde, on observe, on commente. D’autres encore préfèrent plutôt détourner le regard et se divertir. Pas notre guerre disent-ils. Mais ils s’inquiètent tout de même du prix de l’essence qui risque d’augmenter.

On a beau vouloir ne pas s’intéresser à la guerre, on ne peut prétendre qu’elle ne sévit pas en ce moment. Encore. Et encore. Et toute guerre est notre guerre. On a beau dire que la guerre extérieure symbolise et se veut le miroir de notre guerre intérieure, ça serait gênant d’aller expliquer ça aux gens qui la vivent, comme à leurs proches.

J’ai quelques ami.e.s qui ont de la famille en Iran, en Israël, en Afghanistan (guerre avec le Pakistan) et en Jordanie. Je leur ai écrit pour leur dire que je priais pour eux et elles.

Quoi faire d’autre ? Que faire d’autre face à la guerre ? À part désirer qu’elle disparaisse. Et détester ceux qui la veulent et qui la causent. Mais même ça, ça n’amène guère la paix.

Et sentir notre impuissance, apprécier notre privilège et reconnaître notre immense chance de vivre ici. Et continuer de se relier au reste du monde, se relier à ceux et celles qui subissent la guerre. Empathie. Compassion. Humanité partagée.

Je postais ici dimanche un texte de Joan Tollifson qui citait une de ses enseignantes, Charlotte Joko Beck, qui leur faisait pratiquer la révérence : soit de s’incliner devant tout ce que nous n’aimons pas ou ne désirons pas. On ne peut que s’incliner devant la guerre et l’inhumanité qui la sous-tend. Et demeurer aimant.e et dans le coeur.

Plutôt que de s’incliner et de sentir, certains préfèrent se réfugier dans leur tête pour expliquer, justifier et faire comprendre aux autres. Chacun sa façon de coper.

Comme devant toute horreur, une partie de nous veut détourner le regard et passer à autre chose, une autre veut se mettre le nez dedans.

La guerre génère beaucoup d’arrogance aussi, surtout chez ceux qui la soutiennent ou qui la regardent à distance. Certains approuvent un côté, d’autres l’autre. Certains justifient les attaques, d’autres les réprouvent.

Mais la guerre nous laisse pantois, la guerre nous la bouche. La bouche, comme la vue.

Si seulement la guerre pouvait nous unir. Dans le coeur. Je sais, je sais, wishful thinking.

Mais quoi faire d’autre que de s’incliner devant cette inhumanité ? Eet reconnaîtr que c’est ce qui se passe. Et cultiver la paix en soi. Et se soutenir les un.e.s les autres.

Car un seul et même coeur. Une seule humanité partagée.

___
Seuls, sans communauté, nous ne pouvons pas faire grand-chose.
Nous avons besoin d’une communauté d’amis et de collègues partageant les mêmes idées pour nous aider à réaliser nos rêves les plus chers.
Notre communauté peut devenir une source de soutien et un refuge pour plusieurs.
Nous nourrissons notre communauté tout au long de notre vie, et elle nous porte vers l’avenir.

-Thich Nhat Hanh (L’art de vivre)

L’AMOUR AU-DELÀ DE LA HAINE

Ce matin, je ressens, comme tant parmi nous, l’impuissance devant la folie guerrière qui frappe encore et encore. Je garde en particulier l’image de cette école de petites filles en Iran qui a été frappée par des missiles. Les petits sacs à dos empilés. Ce sont mes filles, ce sont nos enfants.

Alors je vous invite à regarder cette vidéo même si l’image est répugnante. Ça donne une certaine distance. Ça dépersonnalise. Ça aide à comprendre, à faire sens et à relativiser. Un peu. Car on ne peut tomber dans la peur et la haine permanente sans conserver ni alimenter une graine d’espoir en notre humanité commune.

D’ici on regarde toujours la guerre par des écrans, protégés par nos écrans. Mais tant de nos frères et soeurs, pères et mères comme nos enfants la vivent et la subissent. Pour eux et elles alors.

Et ci-bas, un puissant texte de Jay Naidoo.

À l’heure des empires mourants
Quand Donald Trump parle de force et Benjamin Netanyahu de sécurité, les missiles traduisent leurs paroles en feu.

L’assassinat du multilatéralisme et de ce que nous considérons comme les normes de la civilisation.
Les villes deviennent des monnaies d’échange.
Les enfants deviennent des dommages collatéraux.
L’histoire devient justification.
Les empires au bord de l’épuisement ne se retirent pas en douceur.

Ils intensifient leur puissance.
Ils jouent avec le sang
pour préserver leur influence.
Gramsci nous avait prévenus.

Quand l’ancien ordre s’éteint et que la nouvelle peine à naître, des monstres apparaissent.
On vit cette heure.
L’activisme sacré ne prétend pas à la neutralité.
Il appelle la guerre un échec.
Il nomme la domination comme une peur.
Il refuse la séduction des hommes forts et le théâtre de la vengeance.
Pourtant, l’activisme sacré refuse aussi l’hystérie.
Il ne reproduit pas la violence qu’il condamne.
Il ne confond pas indignation et transformation.

Au contraire, il revient aux principes fondamentaux.
Nourrir la terre d’abord.
Protéger l’enfant d’abord.
Guérir le corps d’abord.
Établir une gouvernance au service de la vie et non du pouvoir.

Alors que les dirigeants font étalage de leur influence sur la scène internationale, l’activisme sacré plante des forêts nourricières.
Régénère les sols.
Purifie l’eau.
Pratiquez l’acupuncture.
Étudie l’Ayurveda.
Bâtit des communautés suffisamment résilientes pour survivre à la fièvre impériale.

Il ne s’agit pas de se retirer de la politique.
Il s’agit d’une politique plus profonde.
Quand les bombes tombent au nom de l’ordre, l’activiste sacré construit la cohérence.

Quand la peur se propage à travers les réseaux, l’activiste sacré cultive le courage en silence.
L’empire peut se débattre.
Laissons-le s’épuiser.
Notre tâche n’est pas de préserver des systèmes mourants.
Notre tâche est d’accompagner la relève.
Planter.
Guérir.
Organiser.
Protéger.
Afin que, lorsque les hommes forts et colériques s’effacent et que leurs discours tombent dans l’oubli, il reste un espace vivant où les enfants peuvent se tenir sans crainte et se rappeler de ce que signifie être humain.

– Jay Naidoo