PETIT RIEN DU GRAND DU TOUT

J’ai reçu ces quelques mots de Jodo comme un koan il y a quelques jours. Je les ai déjà postés dans le cadre d’une autre chronique sans tout à fait avoir saisi leur essence. Alors je les poste de nouveau pour jouer encore autour avec eux et autour car ils me semblent aller de pair avec la citation de Bobin ci-bas à propos de rien.

On nait avec rien dans la vie. Rien dans les mains rien dans les poches, puis on se fait remplir la tête et le coeur, on se fait envahir. Tout d’abord par un genre et un prénom, puis par un nom de famille, et par divers compléments identitaires tels ce que l’on nomme un caractère, traits physiques et autres attributs. Mais initialement, l’âme se présente plutôt tabula rasa. Tout d’abord la nature l’offre à la vie, brute et dénudée, et ensuite, la culture se charge de l’habiller et l’habiter.

Puis notre famille nous dit qui nous sommes, en fait, nous le suggère plus ou moins fortement. Soit on achète, soit on se rebelle. Du moins, on nous fait sentir comment on devrait agir. Et même parfois, comment on devrait penser la vie. Plus, ou moins.

Puis, par soi-même, on acquiert nos propres traits de caractère, nos likes et nos dislikes, comme on se met à accumuler nos propres affinités, ami.e.s et choses spécifiques, et on se définit ensuite par celles-ci. Elles peuvent être matérielles, émotionnelles ou relationnelles. Avec ou sans ailes.

Et au fur et à mesure des années qui passent, les amitiés passent aussi, même si certaines demeurent, et les choses commencent à perdre de leur importance. Le matériel cède lentement, mais si sûrement pour tous, sa place à l’invisible, à l’intangible.

Ce que l’on cherche, et recherche, de plus en plus devient de plus en plus immatériel, senti, subtil. Plus au fait de l’impermanence que dans nos (plus) jeunes années, quelque chose en soi se met en quête d’une certaine permanence, de ce qui était là avant notre naissance, comme de ce que l’on sent qui y sera après la mort.

Certain.e.s se mettent à contempler et à apprivoiser la mort, d’autres à la craindre.

Et puis un jour, au fil du temps, on commence à regarder en arrière.

Oh, on regarde toujours un peu par en avant, car il reste tout de même un bout de chemin à se dérouler avant le grand et petit fil d’arrivée, et il faut voir où faire le prochain pas, mais on dirait que chaque moment s’avère plus riche, plus lent, plus potent. On va moins que l’on est. On devient plus lentement qu’avant.

Ce qui est, en fait ce qui a toujours été, émerge et s’avère de plus en plus, libéré et dégagé de ce qui l’envahissait, de ce qui l’a envahi pendant nos années plus actives, plus matérielles.

Et on se rend compte que chaque petit moment de silence peut autant nous amener dans le présent que nous mener vers l’avant.

Et que dans le subtil rien qui émerge de plus en plus avec les années qui filent, tout y est.

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Je n’ai rien fait de ma vie, rien, juste bâti un nid d’hirondelle sous la poutre du langage.

– Qu’est-ce que c’est que n’être rien ? demande le journaliste au poète.

On vous apprend dans cette vie, quand vous êtes petit et un peu plus tard aussi à chercher des choses solides. Les choses solides vous sont données parfois par la morale, par un travail, par des récompenses, par de l’argent, par des soucis, ainsi de suite…
Or, peu à peu, on s’aperçoit que les choses dites solides, ne le sont pas en vérité :
L’argent, les affaires, les soucis, les savoirs, les certitudes, ça ne tient pas vraiment le coup, ça ne tient pas le choc, ni de la grâce, ni de l’épreuve.

– Qu’est ce qui reste ?

Il reste ce qu’on peut appeler «rien». Mais ce «rien», il est de la plus haute qualité, c’est la fleur même de la vie.

– Christian Bobin via Monique Vendel

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Quand quelqu’un meurt, il ne disparaît pas.
C’est l’inverse.
C’est à ce moment-là que la personne apparaît, parce qu’elle est délivrée d’elle-même, de ses ombres, de sa volonté, de son ambition, de tout projet, de toute connaissance que l’on croyait avoir d’elle.
Et il y a un surgissement de quelque chose qui, bizarrement, à l’instant où tout s’efface, est ineffaçable. (…)
Les disparus ne sont donc pas des disparus, ils sont une armée douce, fidèle, qui nous assure de recevoir un rayon de soleil.

– Christian Bobin

DÉMANGE MATIN

La lumière de printemps ! elle va, elle vient. Elle ne désigne aucune chose du monde et les célèbre toutes.
~ Christian Bobin via Alain N

Hier, avec le beau temps, que dis-je, le superbe temps, j’ai commencé le ménage du terrain. Et comme on a quelques acres à s’occuper de, on en a pour l’été. Et même plus. La job d’une vie que de s’occuper de la terre. Mais s’occuper de la terre n’est rien d’autre que s’occuper de soi-même finalement. Car la terre c’est nous. Pas que notre mère. Hello Mama !

Hier comme je commençais à ramasser les restes de l’hiver sur cette terre autour de la maison justement, je me sentais vu par la vie, par plus grand que moi, je me sentais faire partie de la vie, je me sentais bel et bien vivant. Je me sentais en vie. Parfaitement ici, juste là, comme je suis. Parfait, imparfait, perfectible et parfaitement heureux. Je ne voulais être nulle part ailleurs sur terre. Avec ma voisine d’amour pas loin à faire ses trucs, et la chienne Coco qu’on garde pour quelques jours ronflant au soleil sur le balcon, puis à l’ombre, la vie était ici, là, partout. Ni belle, ni laide, juste la Vie avec un grand V, sans vitesse aucune et sans destination. Dans l’oeil du taureau en ce samedi de fin avril.

Hier je ne faisais simplement que voir la vie, et ça s’adonne que j’étais dedans. Comme le dit le dicton zoulou, je voyais la vie et j’étais vu par elle. Je ne voyais pas petit moi ET la vie, ni la vie autour de petit moi. Je ne voyais que la vie, avec moi dedans. Pas plus important que l’érable qui coule encore, les herbes secs ou la chienne qui rêve. Tout petit bonhomme parmi la grande vie.

Parce que j’ai franchi le cap du 65 vendredi, Bullseye !, j’ai envie de relaxer désormais. Je suis rendu. Ici, maintenant, et en plus il fait beau. Le reste à venir, c’est de l’extra, comme un extra fromage sur une pizza.

Plus envie de penser que je dois améliorer quelque chose en moi, non plus que je dois changer ou me perfectionner. Je suis prêt à mourir tel quel, donc aussi à vivre complètement as is.

Oh bien sûr, je demeure ouvert à apprendre, à rafiner les choses et ma façon d’être, à faire de plus en plus dans la dentelle, mais plus envie de sentir que quelque chose doit changer, que tout n’est pas OK avec moi, ce qui est bien souvent le sort de nous pauvres petits cathos de naissance. Et je me doute bien que chaque système religieux a ses propres façons de nous faire sentir fautifs.

Comme si on essayait de squeezer le grand mystère dans une boîte et un système.

Mais Dieu ne rentre dans aucune boîte.

Les esprits préfèrent voler, r’vole, s’envoler et spacer out.

Et ils et elles sont toujours invités chez-nous. Et le savent. Et nous visitent. Et nous protègent.

C’est dimanche mais ça me démange alors je tape quelques bribes en extra, comme le fromage de la pizza.

Allez bon jour du Zenneur.
En chair et en os.
Et avec un ptit peu de gras autour de la ceinture.

Et ci-bas, un texte sur le péché que j’ai bien apprécié. Ce terme (trop) chargé et instrumentalisé qui ne signifie au fond rien d’autre ni de plus que d’agir sans son coeur. Mais qui a fini par s’incruster jusque dans notre moelle. Alors, vivement le ménage du printemps.

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L’enseignement religieux sur le « péché » est peut-être l’un des systèmes psychologiques les plus efficaces jamais créés, non pas parce qu’il révèle quelque chose de profond sur la nature humaine, mais parce qu’il nous apprend à nous méfier de nous-mêmes tout en qualifiant cette méfiance de maturité spirituelle.
Le péché ne vous définit pas.

C’est ce qu’on vous a appris à croire.
On vous dit que vous êtes corrompu au fond de vous-même, incapable de vous faire confiance, menacé de l’intérieur comme de l’extérieur, et on vous propose comme remède la dépendance, la soumission et une suspicion permanente envers votre propre humanité.
Ce n’est pas de la perspicacité.
C’est du contrôle déguisé en sainteté.
On vous a appris à vous méfier de vous-même et à appeler ça de la dévotion.
Observez attentivement ce que cela produit : des personnes honteuses d’être humaines, qui rejettent la responsabilité sur la tentation ou le diable, qui gèrent leur comportement juste assez pour se sentir acceptables sans jamais affronter les fondements profonds de leur existence.
Ce n’est pas une transformation.
C’est le maintien d’un dysfonctionnement, recouvert d’un langage religieux.
La dépendance n’est pas la liberté, aussi sacrée qu’elle puisse paraître.
Ce qui se passe réellement est beaucoup moins mystique et beaucoup plus exigeant.
Tu n’atteins pas le plein potentiel de ta vie.
Tu déformes la réalité.
Tu agis à partir d’un moi construit, réactif, sur la défensive et en décalage avec ce que tu perçois déjà comme vrai.
Tu n’as pas besoin d’être sauvé de ta condition humaine.
Tu dois comprendre ce que signifie être humain.
Ça ne fait pas de toi une mauvaise personne.
Ça te rend inachevé.
Le problème n’est pas que tu sois fondamentalement mauvais.
Le problème, c’est que tu as été façonné par une fausse histoire sur qui tu es, et que tu continues d’y vivre.
Un système qui t’oblige à te percevoir comme le problème se présentera toujours comme la solution.
Le langage du « péché » est ici instrumentalisé.
Il réduit votre identité à vos pires habitudes et vous offre un soulagement qui ne nécessite aucun véritable changement.
Blâmer, avouer, recommencer à zéro, recommencer.
Vous pouvez passer toute votre vie dans ce cycle et appeler cela la foi, sans jamais entreprendre le véritable travail de lucidité, de prise de responsabilité et de déconstruction de vos propres schémas.

Ce que tu appelles tentation n’est souvent qu’un comportement irréfléchi qui se répète.
Tu peux confesser tes fautes indéfiniment sans jamais rien changer d’essentiel.
On ne peut pas se soustraire à une vie choisie par la prière.
On peut dire tout ce qu’il faut et pourtant s’éviter.
On ne peut pas déléguer son développement et espérer devenir entier. La tension que l’on ressent entre sa capacité de nuire et sa capacité à prendre soin des autres n’est pas un défaut théologique. C’est la condition humaine par excellence.

Cela exige de la participation, pas de l’évitement.
C’est là que la scission devient flagrante.
Une grande partie du christianisme tourne autour du péché, de la culpabilité et de la perspective d’une vie acceptable après la mort.
La vie et l’enseignement attribués à Jésus pointent vers quelque chose de bien plus immédiat : l’amour, la libération, la restauration, la participation à la réalité telle qu’elle est.
Un système nous garde dans la peur et la fuite.
L’autre nous confronte à la responsabilité de nous réveiller et de vivre.

Si on se débarrasse de cette distorsion, ce qui reste est à la fois plus simple et plus difficile à éviter.
Le problème n’est pas qu’on soit répugnant aux yeux de Dieu, qu’on soit fondamentalement pécheur, ou qu’on soit mû par une force maléfique extérieure.
Le problème, c’est que vous avez appris à vous méfier de votre propre profondeur, à vous identifier à une fausse version de vous-même et à vivre dans cette confusion.

Vous n’avez pas besoin d’être sauvé de votre nature.
Vous avez besoin de clarté à son sujet.
Vous ne combattez pas un ennemi surnaturel.
Vous naviguez entre le récit qu’on vous a donné de vous-même et la vérité que vous n’avez pas encore pleinement acceptée.
Vous ne pouvez pas devenir entier en restant fidèle à une fausse version de vous-même.
La transformation n’est pas une question de gestion comportementale ou de comptabilité morale.
C’est le démantèlement de ce récit mensonger et la reconnaissance vécue de ce qui a toujours été vrai en vous.
La tragédie n’est pas que les gens soient des pécheurs.
C’est qu’on leur a appris à le croire, et qu’ils passent ensuite leur vie à essayer de régler le mauvais problème.

Jim Palmer

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Et une autre pensée juste pour toi car Sawubona.

MERCI MERCI MERCI

That’s it, la vie s’est rendue jusqu’ici. Comme disait notre amie Paule, keep the flame alive. Mais en fait, la flamme s’occupe d’elle-même. On ne fait que ne pas l’éteindre car pas nous qui l’avons allumée.

Rendu à 65 années de vie faites, complétées, on commence la 66ème. Life goes on. 65 années de vie faites, 65 fêtes de vie. Le faîte de la vie 65 ans ? Qui vivra verra.

Première étape de vie complétée. Le reste sera du bônus. On dit qu’à 65 ans, le meilleur reste à venir. Certain.e.s le disent du moins. Dont une partie de plus jeunes que ça. La cerise sur le dimanche de la vie après 65 ans maybe baby. Le jour du Saigneur étant le dernier de la semaine de la vie dans ce cas-ci. Qui vivra verra verrat !

Quand même étrange ce chiffre. 65. Si chaque année qui passe est toujours un peu spéciale au fur et à mesure que les années s’accumulent, et parfois avec craintes, le plateau du 65 l’est un peu plus que les autres car la société nous renvoie une certaine image de soi. Et un certain statut de pensionné qui vient avec. Cool ! Et quelque peu renversant.

Si je regarde en arrière, je vois encore un ti-cul à sa première communion, un ti-cul qui prie, ou qui fait namasté sans en connaître encore le sens. Mains jointes anyway. Je revois ce ptit gars de Montréal-Nord qui a toujours eu hâte d’être vieux, de se bercer dans sa chaise berçante justement et d’observer le monde rouler sur lui-même, avec une distance et sans trop savoir. Pas mal rendu là.

J’ai beau écrire plusieurs jours par semaine, aujourd’hui, je suis bouche bée, je suis bouché.

À chaque année, pour mon anniversaire, je cherche un ptit quelque chose à offrir aux gens qui me contactent sur FB et par courriel pour me la souhaiter bonne et douce cette nouvelle année à venir.

Alors cette année, j’aimerais vous offrir de l’amour. De l’amour en musique, dans toutes les langues comme pour tous nos bras. Parce que l’amour, c’est le boutt du boutt.

Cette année, pour mon anniversaire, on garde la chienne de nos amis pour le week-end, sweet Coco. Petit service qu’on leur rend, mais cadeau surtout pour moi et ma voisine d’amour aussi. Ptit week-end de farniente à la maison ce sera. À regarder le temps passer et rouler. Avec soleil en prime.

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La solitude s’avère le contraire de l’égocentrisme, du repli sur soi et de la revendication pour sa petite personne. Le véritable solitaire se passe de témoins, de courtisans et de disciples.


Ainsi parlait Démocrite : « Même dans la solitude, ne dis ni ne fais rien de blâmable. Apprends à te respecter beaucoup plus devant ta propre conscience que devant autrui ».

Le solitaire sait qu’il a beaucoup à apprendre alors que la plupart ne cherchent qu’à enseigner, à avoir des disciples. Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments.
En cet état, il pèse le moins possible sur autrui : il ne cherche pas, au moindre désagrément, une oreille où déverser ses plaintes, il ne rend pas l’autre responsable de ses faiblesses et de ses incompétences, il ne peut exercer sur personne un chantage affectif.
La solitude est bien une école de respect de l’autre et de maîtrise de soi.

– Jacqueline Kelen, L’esprit de solitude, via Cristina RJ

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Et ci-bas, petit bônus, la première version de l’intro de ce récit auto-biographique sur lequel je travaille depuis quelques années sans trop oser le montrer. Je le ferai donc en relative intimité ici. Vous ne me voyez pas, mais je rougis.

Alors encore Merci la vie ! Et Merci à vous de poser vos yeux sur mes mots, jusqu’ici.

SOIXANTE É COOL 4

Je suis (un peu plus) vieux, mais coolement.

Peut-être que certains lecteurs/trices, en voyant la casquette coiffant cette chronique, auront une réaction épidermique devant l’expression old. Ben non, on n’est jamais vieux, ni vieille for that matter. Probablement qu’on ne peut pas vraiment se dire vieux ou vieille, mais davantage qu’on se sent ainsi. Ou pas. L’âge est donc en partie un feeling, une sensation. Question de feeling comme chantait le chanteur, ou la chanteuse.

En fait, dans l’absolu, on est toujours seulement, et inévitablement, soit moins jeune qu’avant, ça, ça semble être un fait établi selon la mathématique de la vie, soit plus vieux que d’autres. Et encore là, si on est plus vieux ou vieille que d’autres, nous sommes aussi toujours plus jeunes que d’autres autres.

Évidemment, l’âge ne se compare pas, l’âge se goûte, se déguste et s’expérimente. Surtout lorsqu’on est plus jeunes. Que quoi ? À vous de choisir. On vieillit un jour à la fois, une ride à la fois, chaque ride dans la foi et le foie toujours un peu plus paresseux. Il est toujours plus facile de vieillir quand la santé se maintient au beau fixe. C’est souvent la maladie qui exacerbe et révèle l’âge, qui nous fait sentir vieux/vieille.

Dernière journée avant d’atteindre 65 ans d’expérience es vie donc pour moi aujourd’hui. Demain je serai officiellement un retraité étatique du Canada. Car je reçois de la RRQ déjà depuis 5 ans. Déjà un peu d’expérience en vieillitude. Quel privilège de vivre ici. Profitons-en pendant que ça passe car pas acquise pour l’éternité cette caisse commune.

Étrange de penser que ce sera mon 65ème anniversaire déjà demain car je me sens encore comme un ado. On dit que pour chaque personne, il y a un moment marquant dans une vie qui cristallise son être pour le reste de sa vie. Moi ce fut mon premier trip d’acide à 12 ans à l’école secondaire. Il y a eu un avant ce jour, et un après, qui se prolonge encore aujourd’hui. Révélation sur une existence nouvelle, entrée dans une autre dimension. Ati phone home. Bienvenue dans un autre monde mon atiguy.

Drôle l’âge, car en anglais, notre âge, on l’est – I am 64 – alors qu’en français, notre âge, on l’a – j’ai 64 ans. Être et avoir ont toujours été soit opposés, soit complémentaires, c’est selon.

Et en même temps, c’est aussi un peu bidon tout ça. Et de plus en plus bedon. Car l’âge, on ne l’est pas, et on ne l’a pas non plus. L’âge ne nous touche pas vraiment, l’âge ne fait peut-être que nous effleurer l’esprit. Un peu plus le corps. On a l’âge qu’on veut bien avoir, jusqu’à un certain âge probablement, ou celui qu’on peut, parfois. On dit d’ailleurs qu’on fait notre âge, ou pas.

Mais d’autres fois, avec les années qui passent et le corps qui change, on devient un peu plus notre âge aussi. Un peu plus de, un peu moins de, de plus en plus du moins. Plus ou moins. Toute une ride la vie, avec les rides qui se multiplient, et les muscles qui muent et qui plient, de moins en moins facilement. Un muscle l’âge peut-être ?

Non, notre âge, on ne l’est pas vraiment, et on ne l’a pas non plus. Notre âge, on le devient, lentement mais sûrement. Avec résistance, et/ou avec acceptation. Ou un peu des deux. Et ça s’incruste plus vite dans le corps que dans notre tête l’âge. Un numéro avec lequel on apprend à vivre. Qui monte et qui, en même temps, avec le temps, descend. On peut toujours compter sur l’âge. Mais pas trop se définir en fonction de.

D’ailleurs, comme le chantait notre JiPi, quand on aime on a toujours 20 ans right ? Tant qu’on aime, enwèye la vie, viens-t-en ! Le secret de la vie consiste donc à aimer. Soi, la vie, et les autres. Parait que tout part de soi. Ça va, et ça part, de soi.

L’âge c’est le temps, mais pas que. Car parfois le temps passe vite, et à d’autres moments, le temps passe mal. Ou ne passe pas du tout. Ou très lentement. Jamais bon signe me semble quand le temps se fait slowmo.

Parfois le temps nous vire à l’envers

et parfois il nous ramène à l’endroit et sur le plancher des vaches. Surtout pour les taureaux comme nous.

Mais toujours il nous effrite le bord de la calotte.

Le temps nous ramène toujours au moment présent, à l’ici maintenant. Comme les nouilles. Ramen. Je sais, je l’ai déjà fait celle-ci la semaine passée, j’ai encore toute ma tête. Ou presque. C’est surtout le coeur qu’il ne faut pas perdre. Ni le sens de l’amour.

La semaine dernière on soupait avec la mère d’une amie, une madame bien présente de 94 ans. Leçon de vie. Et hier j’échangeais avec mon amie Isabelle dont les 2 parents ont ou sont 91 ans, c’est selon. Je vous les présente car ils sont inspirants. Coucou chez-vous vieux amis de corps et jeunes de coeur.

Isabelle me disait justement que sa mère lui dit souvent d’en profiter car elle est encore si jeune. Tout est relatif qu’on se disait tous les deux. Et mon meilleur chum, Ravi, Johnny be good, aussi dit Joao, qui va franchir le cap des 80 bientôt. Eh que la vie va. Toujours par en avant. Et toujours si relativisant de côtoyer des gens plus âgé.e.s que soi. Ça éclaire, et ça relativise. Et ça inspire respect car plus on vieillit, plus on sait ce que c’est que vieillir.

Alors voilà. Petit bla bla de pré-retraité en ce dernier jour de sixty-four cool cat. Pour ne rien dire, ou pas grand-chose du moins. Que dédire, mais jamais médire. Que nenon. Car ça, ça fait mal vieillir.

On dit que l’idée est de rester jeune le plus longtemps possible. J’achète. Vendu. On va travailler là-dessus. Car vieillir, ça ne se comprend pas, ça se vit, un jour à la fois, une respiration à la fois. Et nous sommes tous égaux devant l’âge.

Et ci-bas, cadeau de pré-anniversaire, un 2 pour 1, deux versions que je trouve plus belles que l’original.

LE JOUR DE LA MÈRE

Ils ont vu ma face cachée.
Fais-moi confiance, tu ne veux pas voir la leur.

C’est le jour de la Terre aujourd’hui à ce qu’on dit. Un jour pour quoi au juste ? Un jour pour qui ? Car à voir les abus qu’on lui fait subir à notre mère à tous, pas si certain qu’il y ait tant à célébrer. Pour elle du moins. Comme si on avait placé notre vieille mère à l’hospice et qu’on irait la voir une journée par année.

Je ne me pose pas en donneur de leçons ici car on fait tous partie du problème. Peut-être que lorsque tout le monde se sentira ainsi, on pourra travailler ensemble. Oui je sais, gros doutes là-dessus moi aussi.

Même si on sait notre mère menacée, on continue de voyager à tour de terre, on roule dans nos bolides de plus en plus gros, même les ptites autos électriques ont besoin d’une foule de minéraux extirpés des entrailles de notre mère, on consomme à coups de cartes de crédit, on jette à tour de poubelles tout en recyclant sans vraiment savoir où vont nos matières. Matière à réflexion.

Nous sommes de drôles de bibittes les Terriens. Pendant qu’on magane la mère même sur laquelle on vit, on explore la lune et on cherche à s’installer sur Mars. Prendre soin de son jardin en premier dit-on.

Probablement que ce n’est pas tant le sort de notre mère la Terre qui est en jeu avec nos abus, car elle en a sûrement vu d’autres la mère, – éruptions de volcans, tremblements, cataclysmes, raz-de-marée et Arche de Noé, ère glaciaire, name it – c’est probablement davantage le sort de ses enfants en général qui est en jeu. Môman môman, tes fils et tes filles passent un mauvais moment.

Drôle de timing pour déclarer le jour de la Terre le 22 avril car la fin avril est probablement le temps le plus laid de l’année. On revoit d’un coup d’oeil tout ce qu’on lui a jeté dessus depuis l’automne, on visualise ce qu’on fait de sa face cachée, qui est surtout la nôtre. On voit le résultat de nos abus matériels et bien concrets qui se cachaient sous la neige. Grosse cure de beautification à venir pour toi maman.

Maman, même si tu es la plus belle du monde, malheureusement on fait de toi aussi la poubelle du monde. Pardonne-nous nos offenses car nous sommes trop déconnectés pour le réaliser.

Mais bientôt, pour se reprendre, on va te gratter – oui oui pas avant un ptit bout pour laisser les tites bibites s’installer par terre – on va te planter, on va te semer, on va encore te faire travailler pour nous. Car à tous les jours, on se nourrit de tes fruits, de tes grains et de tes légumes. Apprécions-le. Au moins une fois de temps en temps. Dont aujourd’hui, ton anniversaire.

J’imagine que tout ce que l’on peut faire, à notre petite échelle, c’est de prendre soin de notre ptit coin de terrain, notre ptit coin de Mère, de notre petit lopin de terre. Et de faire le bien, et de bien le faire. Avec respect, avec soin, et vive le Jour de la Terre soin soin.

Allez, grosse pensée vers toi aujourd’hui chère maman. Pour toi, pour nous et nos enfants, pour aujourd’hui et pour demain.

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Et un peu de sagesse Anishnabée, car les nations premières ont conservé le lien filial avec la mère Terre.

Quand la neige fond et que la terre recommence à respirer… nous rangeons les histoires.
Non pas qu’elles n’aient pas d’importance, mais parce qu’elles sont d’une importance capitale.
Dans les enseignements anishinaabe, la narration est sacrée.
Les histoires, surtout les anciennes, celles qui parlent de Nanaboozhoo, des esprits et des leçons de nos ancêtres, ne sont pas de simples divertissements.
Elles sont vivantes. Elles véhiculent des enseignements, des avertissements, de l’humour et de la vérité.
Mais au printemps, tout s’éveille.
Les arbres se mettent à écouter.
L’eau se remet à couler.
Les animaux reviennent.
Et les esprits ne dorment plus.
C’est pourquoi nous ne racontons pas certaines histoires pendant les beaux jours.
Car ces histoires peuvent voyager.
Elles peuvent être entendues par des êtres auxquels elles ne sont pas destinées.
Elles peuvent réveiller une énergie qui ne doit pas être éveillée pour le moment. L’hiver est le temps des contes — quand le monde est silencieux, quand la terre est immobile, quand nous nous rassemblons et transmettons les enseignements en toute sécurité d’une génération à l’autre.
Le printemps et l’été sont faits pour vivre ces enseignements.
Pour marcher avec douceur.
Pour écouter plutôt que parler.
Pour observer comment la terre nous enseigne en temps réel.
Nos ancêtres comprenaient l’équilibre.
Il y a un temps pour parler… et un temps pour se taire.
Alors, quand quelqu’un vous dit : « Garde cette histoire pour l’hiver », ce n’est pas une restriction.
C’est du respect.
Le respect de la terre.
Le respect des esprits.
Le respect du pouvoir des mots.
Nous ne sommes pas seulement des conteurs…
Nous sommes les protecteurs du moment et de la manière dont ces histoires sont racontées.

Screenshot

MAIS SI

Si vous ne dites qu’une prière aujourd’hui, faites en sorte que ce soit Merci.

Ce matin, j’ai un blanc. Ou un noir. Ou l’une des innombrables teintes de gris au-delà des 50 grivoises. Ou ça peut être un blanc de couleurs aussi car le blanc inclut toutes les couleurs. Tout est bienvenu.

Sincèrement, tout ce que la vie apporte est de plus en plus bienvenu. Même l’inattendu, même l’inespéré, même les craintes. Car souvent, lorsqu’elles se réalisent ces sacrées craintes, il devient plus facile de faire avec. Et on se rend compte qu’elles étaient plus menaçantes en tant que craintes qu’actuelles et réelles. Car la réalité est souvent plus simple que l’imaginé.

Je ne sais pas vraiment quoi écrire, ni dire, ce matin. Que merci qui me vient en tête, au coeur et aux doigts.

Rien d’autre que merci. Mais si.

Merci la vie. Beaucoup beaucoup. Beau cou, belle tête et beau coeur.

Merci pour tout, mais aussi pour rien. De rien. Pour le rien de grave, le rien de troublant. Pour le tout ordinaire.

Merci pour la simplicité, pour l’ordinarité du quotidien. Pour la facilité générale de notre vie.

Merci pour la fonctionnalité du corps, pour la santé du coeur, de l’esprit et de l’âme.

Merci pour le flow de la vie qui coule dedans et dehors. Depuis toujours, comme à tout jamais.

Merci pour la paix ambiante. Qui s’accompagne inévitablement et inexorablement de compassion et d’empathie pour tous ceux et celles qui n’ont pas cette chance de vivre notre paix à nous ici, pour ceux et celles qui subissent la guerre imposée par ces fous de guerre. Guère de paix pour tant d’entre nous. Alors vagues de paix vers vous.

Quand on commence à dire merci pour tout, à tout, on commence à aimer tout ce qui est, plutôt que seulement ce que l’on veut et désire. Tous ces mercis se mettent à déborder du cadre, du coeur et envahissent toute notre vie. Merci est un muscle qui se renforce avec la pratique.

Merci à nos ancêtres d’avoir contribué à créer une vie si facile pour nous tous désormais. Merci.

Merci aux cultivateurs/trices de nous nourrir, aux camionneurs/ses de transporter cette nourriture, aux marchands de nous l’offrir. Privilège. Énorme d’être nourri.e.s. ainsi chaque jour. Et empathie pour ceux et celles qui ont faim et soif.

Merci aux médecins, infirmières et préposé.e.s de prendre soin de ceux et celles qui souffrent et qui ont besoin de soin. Car un jour ça sera notre tour.

Merci.

Je dis merci en français mais je dis aussi mercy en anglais. Ce mot signifie miséricorde, qui est la compassion envers la misère d’autrui, mêlant pitié et pardon. Mais pas une pitié condescendante car

Merci pour le sens de l’humour, et de l’amour.

Pas une pitié piteuse, une pitié empathique, une empathie d’égal à égal, d’ego à ego. Une miséricorde qui incite à la bienveillance, à la charité et au pardon généreux, souvent définie comme le cœur ouvert à la détresse du prochain. Car nous sommes tous et toutes le/la prochain.e d’autrui.

D’ailleurs, le mot français et le mot anglais, malgré leur orthographe différente, sont issus tous deux du mot latin mercedem, qui voulait dire jadis salaire, récompense, solde. Réglons nos comptes en souffrance avec la vie et disons merci. La vraie paie. Donner ce que l’on voudrait recevoir.

D’ailleurs, nous sommes tous et toutes à la merci de la vie. Aussi bien le reconnaître, l’accepter et s’y conformer. Et couler avec ce qu’elle nous offre, avec ce qu’elle nous donne. Tout. Le beau comme le moins.

Une vie sans merci devient un combat, une lutte sans merci. Alors merci merci merci.

Et finalement, merci à mes mentors, maîtres, enseignants.

Merci la vie. Ce matin, comme à tous les soirs.

ET GO ET GO ET GO

Chaque minute de chaque heure de chaque jour, vous créez le monde comme vous vous créez vous-même – alors pourquoi ne pas le faire avec générosité et bienveillance, et avec style.
– Rebecca Solnit

On ramène toujours tout à soi. Oui, comme les nouilles. Comme des nouilles. On se prend tous et toutes pour le nombril du monde. 8 milliards de nombril, ça en fait du nombril ça m’sieur dame.

Il y a moi, et il y a le monde autour. Et il y a tout ce qui s’y passe. Tout ce que l’on sait, comme tout ce que l’on ignore et parait que ça c’est vaste en titi.

Pas si grave de tout ramener à soi, faut simplement voir plus grand, et se tasser un peu du chemin car la vie va passer anyway.

Car avant qu’on naisse, on n’était rien, du moins si peu, et pas grand-chose. Puis à notre naissance on nous a assigné un nom, une religion, une nationalité et une race. Et nous passons le reste de notre vie à défendre cette identité. Code barre inclus.

Le monde peut bien être en guerre depuis le début des temps. Les bleus contre les rouges, les bons contre les mauvais, les zanglais contre les français. Et encore bien d’autres versions.

Quand on naît, on n’a pas d’identité, pas d’ego, puis on s’en développe un. Chaque seconde de chaque minute de chaque jour, on crée le monde et on se crée. Et on se croit quelqu’un, séparé, nombril du monde. Alors, comme dit madame Solnit, tant qu’à se créer, faisons-le avec générosité et bienveillance et avec style.

Nous sommes tous égaux, mais comme on dit, certains le sont plus que d’autres.

Anyway, on ne peut vivre sans ego, sans identité. Mais combien d’ego ?

Q: De combien d’ego ai-je besoin maître ?
R : Juste assez pour ne pas vous faire frapper par un bus.

– Shunryu Suzuki

Connaissez-vous la joke du chauffeur d’autobus ? Moi non plus, j’étais assis en arrière.

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Rien ne tue l’ego comme la légèreté, comme le rire.
Quand on commence à prendre la vie pour un jeu, l’ego meurt, il ne peut plus exister.
L’ego est une maladie ; il a besoin d’une atmosphère de tristesse pour se développer.
Le sérieux engendre la tristesse en nous.
La tristesse est le terreau nécessaire à l’ego.
Le vrai saint ne peut pas être sérieux.
La personne vraiment religieuse se doit d’être un célébrant.
Regardez autour de vous… regardez les arbres – sont-ils sérieux ?
Regardez les oiseaux, écoutez-les – sont-ils sérieux ?

Regardez les étoiles, la lune, le soleil – sont-ils sérieux ?
L’existence est complètement dénuée de sérieux ; elle danse sans cesse.
C’est une célébration éternelle, une fête.
Seul l’humain est sérieux, car seul l’humain a cherché à se séparer de l’existence.
Il ne veut pas faire partie du tout, parce qu’alors il disparaît.
Il veut sa propre identité, son propre nom, sa propre forme, sa propre définition.
Même si ça engendre la souffrance, peu importe, même s’il doit vivre en enfer, il y est prêt.
– Osho

Oui je sais il y a la guerre, et la sort de la planète, et l’inflation, et les conditions sociales qui se détériorent. Oui, c’est un fait. Et en plus on a tous et toutes chacun.e nos propres défis individuels, nos consolidateurs d’ego.

Mais si on peut apprendre à prendre la vie avec un peu plus de légèreté, peut-être que l’autobus va finir par passer tout drette ?

Et go et go et go Habs go !

PHOQUE

Trouve-toi, perd-toi… Fuck ! – image via Tatie

Ou dit autrement : Le mystique sait comment devenir rien afin de devenir le Tout.

Pour quiconque en quête, quiconque cherche ou se cherche depuis des années, on sait que se perdre et se chercher – et luckily se (re)trouver – représente un peu la même quête. Qui perd gagne ne disait sûrement pas le gambler.

En gros, il s’agit d’apprendre à laisser passer la vie de plus en plus à travers soi, être de plus en plus et totalement présent.e à tout ce que l’on est et à tout ce que l’on fait, comme avec soi-même et quiconque avec qui on se trouve.

On dirait bien que j’ai envie de dire quiconque ce matin 😉 Assez quelconque.

Quand on joue avec les concepts de se perdre ou de se trouver, ou se retrouver si on pense que ce l’on a déjà eu ou possédé ce que l’on cherche – on parle aussi de vivre en totalité l’intensité de chaque moment présent – malgré que ça sonne un brin cliché.

Car lorsqu’on fait quelque chose totalement, on est complètement ici, et en même temps, plus ici du tout, complètement là. Un autre beau et drôle twistage de mots ça ici et là.

C’est que les mots sont toujours trop ptits pour décrire la vie qui est si grande et complexe, mystérieuse et inexplicable. Trop gauches les mots, ou pas assez adroits ni précis, pour dire la vie telle qu’elle est.

On voudrait dire ceci, on dit cela. Excusez-moi, pas ça que je voulais dire. Mais quand même ça que j’ai dit. Quant à le penser, autre idée. Et en plus les autres comprennent bien ce qu’ils veulent, ou ce qu’ils peuvent. Ou ne comprennent rien du tout. On comprend ça right ?

On voudrait montrer ce que l’on voit dans sa tête, mais on se trouve – ou retrouve – à court de mots. On voudrait expliquer ce que l’on pense deep deep down, mais trop souvent on reste en surface car les mots ne remontent pas. On voudrait que les gens nous comprennent, mais souvent que les cons qui nous prennent. Excusez-là, elle est venue toute seule celle-ci. Ou celle-là, c’est selon.

Se perdre, se dissoudre, faire un, se trouver, se retrouver, allumer, différents termes, même quête. Celle de couler davantage dans et avec la vie, la petite comme la grande. Comme celle de la voie du milieu.

Perso, c’est une plus grande simplicité que je recherche de mon côté. Qu’on appelle ça se perdre ou se re/trouver. Une simplicité d’être, simplicité de corps et d’esprit. Une aisance, une facilité à vivre, à couler avec la vie, à accepter tout tout tout pas juste les beaux bouts, en fait accepter surtout les bouts les plus difficiles à accepter. Accepter tout de la vie malgré les difficultés qui se présentent. Faire des obstacles de la vie des pierres desquelles et sur lesquelles sauter. Comme un clown, jongler avec les soucis, et comme un cook, jongler avec les saucisses. Viandeuses ou végés. pas r’gardant le chroniqueur tricksteur.

Faire de la vie avec tout ce qu’elle nous offre et nous propose, le tough comme le rose. Ça c’est de la rime en crime. Pof la vie ! Ne pas la pendre au sérieux mais avec sincérité, ne pas se prendre au sérieux non plus, mais avec acceptabilité de tout ce qui est.

Vieillir c’est un peu ça non ? Rester jeune le plus longtemps possible.

Et que ça coule assez 😉

Au fond, peut-être que l’idée est de perdre – un peu – la tête, et de re/trouver son coeur, d’enfant comme de grand. Car au fond, comme en surface, nous sommes toujours de glands glaçons, et des glandes figues. Cherchez pas à trouver le sens de celle-ci, vous allez vous perdre. Car tout est dans tout, surtout le rien.

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Pour parvenir à goûter tout, ne cherche le goût en rien.
Pour parvenir à savoir tout, ne cherche à savoir quelque chose en rien.
Pour parvenir à posséder tout, ne cherche à posséder quelque chose en rien.
Pour parvenir à être tout, ne cherche à être quelque chose en rien.
Pour parvenir à ce que tu ne goûtes pas, tu dois passer par où tu ne goûtes pas.
Pour parvenir à ce que tu ne sais pas, tu dois passer par où tu ne sais pas.
Pour parvenir à ce que tu ne possèdes pas, tu dois passer par où tu ne possèdes pas.
Pour parvenir à ce que tu n’es pas, tu dois passer par où tu n’es pas.

– Jean de la Croix (« La Montée du Carmel ») via Cristina RJ

COEURS DE LUMIÈRE

Ce matin un peu de beauté, de poésie, de nature et de tendresse. Ce matin, un peu d’espoir, d’espérance, de résilience et de patience en ce temps sombre, en ce printemps hésitant sous la pluie.

Car si les temps actuels peuvent paraître sombres et désespérants, la lumière est toujours ici, elle se cache, elle se tient derrière, juste là. Juste ici en fait car tout est toujours ici, maintenant, autour et en soi. Derrière les nuages, derrière son ombre, en notre coeur et dans nos yeux.

À nous de la chercher, de la sentir et de la voir. Car la lumière apporte toujours avec elle une certaine part d’ombre, une part d’ombre certaine. C’est inévitable. Et ultimement, l’ombre cherche toujours à s’engouffrer dans la lumière, à s’y jeter pour s’y laisser bouffer et disparaître.

La Terre, pour laquelle on craint et pour laquelle on a parfois si peur à cause de nos abus et de notre arrogance d’humains déconnectés, elle en a vu d’autres la Terre. Comme la lune, elle a une face cachée. Elle a vu d’autres guerres folles et meurtrières, d’autres humains affamés de pouvoir, d’autres humains assoiffés de profit$, d’autres humains affamés et assoiffés tout court. Elle a tout vu. Et elle en verra d’autres encore.

Parfois on a tendance à penser que l’horreur occupe toute la place et tous les coeurs, cachant le devant de la scène, recouvrant toute notre humanité fondamentale. Mais ce n’est qu’un gros nuage menaçant et sombre qui passe et qui cache temporairement le soleil, apportant pluie, tonnerre et éclairs. Mais comme disent les anglais: this too shall pass. Nous sommes au coeur d’une tempête, une grosse dépression existentielle passagère. Et après la pluie, un meilleur temps.

Parfois, les mondanités étouffent et recouvrent la divinité.

Alors

Et retournons au coeur de notre humanité, à notre humanité fondamentale, à l’essentiel qui se trouve immanquablement au coeur de soi, au plus profond de notre âme, au coeur des ténèbres même. Mais il faut oser, il faut plonger dans l’ombre et la regarder en face. Miroir, miroir.

Car

Même la nuit la plus longue abdiquera devant l’aurore, elle finira par lui laisser la place. Et ainsi en sera du temps sombre actuel. Restez avec la respiration, restez avec le feu.

Respirons, espérons, chantons. Aimons. Soi, et les autres, aimons le monde malgré une certaine face laite actuelle. Car le simple fait d’ajouter à la folie ambiante n’aidera pas. Au contraire, cela ajoutera au chaos et à la panique, au désespoir ambiant.

Le monde a besoin de quelques phares calmes, posés, de quelques pépites de lumière réfléchissantes, de quelques mouches à feu dans cette nuit noire temporaire. Alors soyons ces petites lumières. Et l’aube viendra, reviendra.

Et restons. Présents, présentes. Soyons ces Présences.

L’Ombre, les Enfants, les parties en soi n’ont besoin que d’une seule chose: qu’on reste. Restez quand je suis triste, fâché, fier, heureux ou désespéré.e. SVP restez. Il y a une présence qui t’attend. Reviens à la maison.

L’EMPLOYÉ.E DU MOI

J’ai des préjugés à propos de moi, mes propres conclusions à propos de moi, mes fantasmes à propos de moi, mes visions et mes fantaisies à propos de moi, alors je ne me vois jamais tel que je suis.
– Krishnamurti

Je. Me. Moi.

Tout le monde tourne autour du moi. Autour de notre corps et de notre identité. Nous sommes persuadé.e.s. d’être notre nom, notre corps, notre identité et personnalité. Et jusqu’à preuve du contraire, nous le sommes en bonne partie. Nous sommes – plus ou moins, c’est selon – le nombril du monde. Des milliards de nombrils le monde. Pauvre monde riche de tant de nombrils. Cordon sans-fil. Oui fil.

L’autre jour, j’ai appris que mon parrain, qui portait avant moi le même nom que celui que j’ai porté pendant une bonne partie de ma vie étant plus jeune, soit Guy Dion, est décédé en novembre dernier. Et je dois avouer que j’ai un petit choc en voyant le nom collé à la date de naissance et surtout celle de sa mort. Il avait 89 ans et je ne l’avais pas vu depuis très longtemps donc je m’attendais un peu à ce qu’il quitte la terre éventuellement. Mais j’ai tout de même été sonné en voyant mon ex-nom associé à une date ultime. Comme si je pouvais me projeter par en avant. Et du coup un peu sous terre.

See you mononc Ti-Guy.

Tel que l’affirme ci-haut Krishnamurti, nous entretenons tous et toutes des préjugés favorables et moins à propos de soi: nos propres conclusions, nos fantasmes, visions et fantaisies à propos de soi-même, alors nous ne nous voyons jamais tel que nous sommes.

Comme on dit, nos yeux sont faits pour regarder vers l’extérieur, alors pour se voir soi-même, il faut utiliser le troisième. Jamais deux sans trois. Jamais de yeux sans soi. Rarement nos yeux sur soi.

En fait, on s’imagine davantage que ce que nous sommes. Soit en mieux, soit en pire et souvent un peu des deux. Soit on se prend souvent pour mieux que soi, se dorant dans nos grandeurs, et négligeant nos lacunes et nos failles, ou les niant carrément. Soit on se diminue et on se ratatine en esprit, et en estie parfois, ne voyant que nos côtés à améliorer.

On aime bien s’identifier à la somme de nos connaissances également, à tout ce que l’on sait. Je sais donc je suis. Mais si on savait seulement tout ce que l’on ignore.

On se prend souvent très et trop au sérieux. À ce sujet notre ami Ram Dass a un conseil pour nous: Don’t take yourself so personally !

SI on pouvait seulement, parfois, se mettre de côté, ou du moins, se tasser un peu du chemin de la vie. Elle pourrait mieux passer, circuler, faire son chemin et couler de source. De toute façon, avec ou sans nous, il arrivera ce qui arrivera.

Si on pouvait seulement ouvrir nos oeillères, accepter de ne rien savoir, ou du moins réaliser notre ignorance, demeurer frais et fraîches face au monde qui existe en dehors de soi, ça nous permettrait de continuer à apprendre, de recevoir le monde tel qu’il est, de rester ouvert.e.

Car on dit qu’on ne voit probablement le monde que dans la mesure qu’on se voit soi-même. On porte le monde extérieur dans nos propres yeux. On ne rêve que de soi. On ne voit que soi dans le monde.

Un autre de mes pushers de sagesse, Adyanshanti, affirme pour sa part que la cause de la souffrance ne se situe pas dans le fait de penser mais bien davantage dans l’identification à ses pensées. Selon lui, il est très important de comprendre ce fait car si on ne réalise pas que l’identification à la pensée constitue le coeur du problème, nous demeurons persuadé.e.s que le fait de penser est le problème, et on perdra alors beaucoup de temps à essayer d’arrêter le mental ou de l’améliorer.

On va penser à ça right ?

On dit souvent, ou on se fait dire, ce qui égratigne toujours un peu, de ne pas prendre les choses ou les situations trop personnelles. Surtout les critiques. Mais nous sommes une personne.

Alors demeurons une personne – car peut-on faire autrement ? – mais prenons conscience que c’est notre identification à nos pensées qui cause problème. Et apprenons à les regarder passer davantage que de tenter de les attraper, de nous y identifier, ou encore pire, de les arrêter. Car le mental ne fait que continuer de faire sa job de mental, soit de générer des pensées.

Et donnons-nous, nous-même et à nous-même, un break. Enfin une pause d’essayer d’être quelqu’un, du moins quelqu’un d’autre que soi. Et prenons donc davantage soin des autres autour de soi.

Et comme le printemps s’en vient, laissons passer, et pousser, les pensées.

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L’Intelligence qui s’écoule de Dieu, c’est-à-dire la révélation intérieure de Dieu, tient ouverte notre intériorité et élève notre entendement au-dessus de toutes les images et tous les soucis, dans une tranquillité toute pure.
Par cette intelligence supérieure, notre raison reçoit de l’inspiration de Dieu une science divine qui illumine notre raison et fait de nous, de l’intérieur, des voyants.
– Jean de Ruysbroeck via José LeRoy

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Le dharma est censé rendre nos vies plus heureuses et moins encombrées. «Nourrissons-nous de joie», comme l’a dit le Bouddha. Le dharma devrait être comme du levain dans la pâte lourde de notre existence quotidienne, allégeant nos journées et les rendant plus digestes. Donc, quand notre pratique devient un fardeau de plus dans le sac à dos de la vie, rendant tout plus lourd et plus stressant, c’est que quelque chose ne fonctionne pas correctement.

Dans la célèbre comparaison du luth, le Bouddha expliquait que, tout comme les cordes d’un instrument de musique ne doivent être ni trop tendues ni trop lâches, notre pratique doit être bien accordée – ni trop intense, ni trop relâchée. Comme un marathonien, on doit gérer notre effort.

On doit s’encourager soi-même et encourager les autres pratiquants à se détendre et à ne pas se prendre autant au sérieux. Parfois, je pense que la septième paramita devrait être le sens de l’humour !
Il est très peu probable que nous atteignions l’éveil complet dans cette vie. Alors ? Nous avons d’innombrables vies futures pour poursuivre ce travail. Dans cette vie, on peut se permettre de relaxer un peu et de profiter de la vie. « Des fleurs, même si on continue notre chemin. »
~ Jetsunma Tenzin Palmo