
– Rupert Spira
Cette nuit, sans trop savoir d’où cela venait, je me suis réveillé subitement avec le mot résignation qui flashait dans mes yeux et poppait dans ma tête. Étrange sensation. Puis je trouve ce meme de Mr Spira, ou ce meme me trouve, c’est selon. C’est toujours selon. Comme un plus un égale deux, alors bla bla bla autour ce thème. T’aimes ?
Ce terme, résignation, s’accompagne habituellement d’une connotation pessimiste et négative. Selon l’une de ses nombreuses définitions, il désigne l’action d’accepter une situation pénible ou inévitable sans protester, souvent par sentiment d’impuissance. La résignation se caractérise par une forme de soumission ou de renoncement.
On se résigne face à la mort, ou on l’accepte ? Un peu des deux peut-être.
La résignation serait donc une action, d’où le titre patenté par votre chroniqueur ci-haut. Une action qui consiste à ne rien faire, rien de concret du moins, sinon qu’arrêter de refuser, de se battre et de résister.
On dit aussi de la résignation que c’est l’attitude d’une personne qui abdique face à l’adversité ou au destin, contrairement à la résilience– (qui permet de rebondir face à l’épreuve – ou à l’acceptation active, la résignation est souvent vue comme un état d’abandon.
Beaucoup de matière à éplucher par ici. On ne se résignera pas à ne pas y aller alors pas à pas nous irons.
Premièrement donc, la résignation est considérée soit comme une action, soit comme une attitude. On pourrait même dire que c’est un état intérieur, une croyance, une disposition et, chez certains, même une prédisposition. La nature humaine est variée.
Si c’est une action, ce serait davantage une action passive qui consiste à ne rien faire pour prévenir une situation indésirable ou non-voulue. Une non action intérieure latente.
De plus, on peut affirmer que la différence entre résignation et acceptation est très mince. On parle ci-haut dans l’une des définitions d’acceptation active. À l’inverse, on pourrait ainsi considérer la résignation comme une nonchalance passive, un certain laisser-faire.
Quand on est jeune, on a tendance à s’opposer, à résister et se rebeller. On doit faire notre palce dans le monde. OK OK certains plus vieux aussi sont rebelles, avec ou sans cause.
Si on est en droit de ne pas abdiquer face à l’adversité, ce qui demande courage et persévérance, comment pourrait-on penser ne pas abdiquer face au destin ? Mais ceci implique de croire au destin. Certains préfèrent tout voir comme un grand hasard duquel on ne décide rien. Je préfère le terme co-incidences, signifiant deux événements qui se produisent côte à côte, dans le temps et un espace qui fluctuent. Vu ainsi, tout est possible. Même si pas toujours probable.
Mais comment ne pas abdiquer devant la prétendue réalité de la vie ?
Nous sommes tous contre la guerre, contre l’injustice, la méchanceté et tutti quanti, mais le monde en est rempli, le monde en déborde. Alors que pouvons-nous faire d’autre que de se résigner ? Car on ne peut combattre le feu par le feu. Ils sont plusieurs à avoir tenté de combattre la guerre par la guerre, et on voit ce qu’est le monde aujourd’hui, comme il l’a été depuis le début des temps. Pas rose chose.
Est-il donc possible d’accepter sans se résigner ? Sans renoncer ? Certains répondront oui, et affirmeront qu’il faut garder espoir. Mais comme disait Louise Forestier récemment lors d’une entrevue et je suis bien d’accord avec elle : ce n’est plus d’espoir dont nous avons besoin, c’est de courage. Et j’ajouterais, de lucidité.
Il y a la guerre qu’on ne doit pas accepter même si elle a toujours été, mais il y a de nouveaux enjeux tels l’IA, l’environnement, la numérisation de nos vies, la course à l’armement constant, l’exclusion sociale, name it. Comment accepter cela et ne pas abdiquer ? Bonne question chose.
Accepter ou se résigner, deux types d’action – ou de non-action – qui n’impliquent pas de mouvement comme tel, ni de faire quoi que ce soit, plutôt une action de l’intérieur, une décision, une disposition, un choix peut-être même. Mais surtout, un processus vivant et en constante évolution qui prend place dans un monde qui prend un étrange de tournant ces temps-ci.
Et ci-bas, un peu de matière à flexion (pour stretcher notre mental), comme à réflexion. Ou même à génuflexion car la prière pourrait être de mise dans les prochains temps. D’ailleurs, la vie nous met parfois à genoux.
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Rien n’existe, hormis les atomes et le vide ; tout le reste n’est qu’opinion.
– Démocrite
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C’est une flamme qu’on ne remarque pas tout d’abord, parce qu’on est souvent distrait par toutes les étincelles et tous les éclats qui tourbillonnent sans cesse : la brillance, le luxe, miroirs partout tendus, phares aveuglants braqués sur les yeux, grandes plages de couleur, de blancheur.
Mais lorsque tout devient gris de fatigue et d’usure, lorsque la plupart des êtres se sont éteints et se sont effacés, alors on remarque cette lueur étrange qui brille par endroits, comme des feux de braise.
Quelle est cette lueur?
Que veut-elle?
Est-ce le désir?
Le plus simple désir alors, la force de la vie, la force de la vérité.
Ceux qui refusent les mensonges, ceux qui ne sont pas compromis dans les affaires louches du monde, ceux qui ne se sont pas avilis, qui n’ont pas été vaincus, ceux qui ont continué à vibrer quand tous les autres se sont endormis : la lumière n’a pas quitté leurs yeux.
Elle continue à sortir de leur peau, de leur âme, la lumière pure qui ne cherche pas à vaincre ou à détruire.
La lumière pour cette seule action : voir, aimer.
Je cherche ceux et celles qui brûlent.
Ce sont les seuls immortels.
– J.M.G. Le Clézio, via Cristina RJ
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Carl Jung a dit un jour : « Le plus terrifiant, c’est de s’accepter pleinement. »
Pas pour s’améliorer.
Pas pour se transcender.
Simplement pour s’accepter.
Mais nous ne vivons pas dans une culture de l’acceptation.
On vit dans une culture d’auto-optimisation sans fin.
Et quelque part au plus profond de cette machinerie, nous avons intégré une croyance dangereuse : que nos blessures doivent être guéries avant de pouvoir être aimées.
Alors, on s’est retournés contre nous-mêmes.
En silence, méthodiquement, avec les meilleures intentions du monde.
Nous avons décidé que notre moi sensible, notre moi en colère, notre moi dépendant, notre moi épuisé, étaient des obstacles sur le chemin de la plénitude.
On a médité sur eux.
On a tenu un journal.
Nous les avons analysés sous tous les angles, convaincus que si nous parvenions à comprendre la blessure suffisamment profondément, elle finirait par se dissoudre.
Nous avons essayé de les faire disparaître, sans réaliser que le simple fait d’essayer de les effacer était une autre forme de rejet.
C’est là que l’ombre devient sournoise.
Elle n’apparaît plus comme une obscurité évidente.
Elle apparaît comme le guérisseur qui ne trouve le repos que lorsque chaque blessure est guérie.
Cela se présente comme le chercheur spirituel qui a lu tous les livres, participé à toutes les retraites et appris à parler couramment des déclencheurs, des limites et de la régulation du système nerveux. Ça se présente comme la version de vous-même que tous admirent pour son travail sur soi.
De l’extérieur, ça ressemble à une évolution.
De l’intérieur, ça devient lentement une prison.
Car les parties de vous qui portent la blessure ne sont pas stupides.
Elles saisissent les intentions cachées.
Elles savent quand on les tolère plutôt que de les accueillir.
Elles savent quand votre présence est conditionnée par leur propre amélioration.
Alors elles attendent.
Elles attendent sous le vernis de la méditation, sous les affirmations, sous l’identité soigneusement construite de la personne guérie.
Elles attendent un moment de présence authentique, et non une analyse clinique.
Et si ce moment n’arrive jamais, elles commencent à parler plus fort.
Par une fatigue inexplicable.
Par un ressentiment silencieux envers ceux qui semblent encore « bloqués » dans leur souffrance. Par la terreur silencieuse qu’une émotion non exprimée puisse anéantir tout ce que vous avez bâti. Jung aurait reconnu là l’inflation de l’archétype du guérisseur, l’identification inconsciente à celui qui répare, transforme et transcende.
Et comme toute possession archétypale, elle a un coût caché : l’incapacité d’accepter simplement sa propre incomplétude.
Il faut constamment agir.
Chaque émotion difficile devient un projet.
Chaque moment de fragilité, la preuve qu’on n’a pas fait assez.
Et l’âme, qui aspire non pas à la perfection mais à la présence, suffoque lentement sous le poids de ses propres attentes.
Voici la vérité que bien des gens ignorent : la part exilée de vous ne veut pas être réparée.
Elle veut être rencontrée.
Elle ne veut pas être transcendée.
Elle veut être accueillie.
L’enfant apeuré qui vit encore au fond de votre système nerveux, le protecteur furieux qui a appris que la colère était la seule forme de pouvoir sûre, l’exilé désespéré qui a renoncé à être vu, aucun d’eux n’a jamais demandé à devenir un projet de développement personnel.
Ils ont demandé votre présence.
Ils vous ont demandé d’arrêter de fuir.
On vous a demandé d’arrêter de considérer votre propre profondeur comme un problème à résoudre.
Lorsque vous cessez enfin de chercher à vous guérir pour atteindre la perfection, quelque chose d’inattendu se produit.
Les vieilles stratégies commencent à s’effondrer.
Pas spectaculairement, mais discrètement.
L’ego spirituel qui s’identifiait à « la personne guérie » se met à trembler, car il ne peut survivre dans un climat d’acceptation authentique.
La voix critique intérieure, qui s’était dissimulée sous les traits de votre engagement envers votre développement personnel, se tait lorsque vous cessez de croire que vous êtes un problème à corriger.
Et sous cet effondrement, quelque chose d’ancien respire à nouveau.
Pas une version parfaite de vous-même.
Pas une version transcendante de vous-même.
Mais celle qui n’a jamais été brisée.
Celle qui existait avant que quiconque ne vous dise que certaines parties de vous étaient inacceptables.
Celle qui n’a pas besoin d’évoluer pour être digne d’amour.
La plénitude, telle que Jung la concevait, n’a jamais été l’absence d’ombre.
Ce n’était jamais un état de paix permanente ni de perfection émotionnelle.
C’était l’acceptation de tout ce que vous aviez autrefois essayé de fuir.
La honte, la rage, le besoin, la peur, pas comme des envahisseurs à expulser, mais comme des parties exilées de votre propre psyché qui rentrent enfin chez elles.
Et peut-être que le vrai travail n’a jamais été de devenir indestructible.
Il s’agissait de ne plus avoir peur d’être incomplet.
Il s’agissait de découvrir que vous pouvez être à la fois en devenir et pleinement digne, ici et maintenant, sans rien changer.
Dès l’instant où vous cessez de négocier votre valeur, vous devenez ce qu’aucune guérison ne peut fabriquer : l’authenticité.
Pas une version jouée, ni une version optimisée. Juste la vérité brute, intacte, magnifiquement inachevée de qui vous êtes vraiment.
Et c’est peut-être ce que l’âme recherchait depuis toujours.
Pas une destination appelée « guérison », mais un retour aux sources appelé présence.
– source inbconnue




















