UNIQUE HUMANITÉ

Le monde n’est pas divisé entre l’Occident et l’Orient. Vous êtes Américains, je suis Iranienne, nous ne nous connaissons pas mais nous nous parlons et nous nous comprenons parfaitement. La différence entre vous et votre gouvernement est nettement plus grande que celle entre vous et moi. Et la différence entre moi et mon gouvernement est nettement plus grande qu’entre moi et vous. Et nos gouvernements sont très semblalbles.
– Marjanne Satrapi

C’est ici que je vis. Je sais, je suis chanceux, je sais et j’apprécie. Du mieux que je peux. Car en background sévit la guerre et je ne peux l’oublier.

Hier je marchais dans la forêt derrière chez-moi, en toute tranquilité. Que les oiseaux qui piaillent et s’éveillent. Et je me trouvais chanceux. Et en même temps, je pensais à la guerre. Je portais la guerre lourdement au coeur.

En paix ici. Très loin de l’Iran et du Moyen-Orient. Mais comme plusieurs d’entre nous, depuis samedi, je pense beaucoup aux Iraniens et aux Iraniennes, aux enfants de l’Iran en particulier. Je vous épargne la photo de la centaine de trous qui ont été creusés pour enterrer les cadavres des enfants tués lorsqu’une école a été bombardée. Dommages collatéraux disent-ils

Je pense à nos enfants ici aussi, eux et elles qui doivent apprendre à vivre avec la folie de la guerre généralisée et médiatisée. Comme ceux et celles qui ont connu d’autres guerres j’imagine. Difficile de seulement penser à tout ça sans le ressentir.

Je pense aux gens de toute la région du Moyen-Orient, dont certains doivent courir pour se réfugier aux bunkers plusieurs fois par jour. J’ai une connaissance qui vit à Tel-aviv qui raconte son quotidien sur FB. Pas plus reposant pour tous les gens de toute la région. Zone et zones de guerre.

Et nous ici, d’ici, on regarde, on observe, on commente. D’autres encore préfèrent plutôt détourner le regard et se divertir. Pas notre guerre disent-ils. Mais ils s’inquiètent tout de même du prix de l’essence qui risque d’augmenter.

On a beau vouloir ne pas s’intéresser à la guerre, on ne peut prétendre qu’elle ne sévit pas en ce moment. Encore. Et encore. Et toute guerre est notre guerre. On a beau dire que la guerre extérieure symbolise et se veut le miroir de notre guerre intérieure, ça serait gênant d’aller expliquer ça aux gens qui la vivent, comme à leurs proches.

J’ai quelques ami.e.s qui ont de la famille en Iran, en Israël, en Afghanistan (guerre avec le Pakistan) et en Jordanie. Je leur ai écrit pour leur dire que je priais pour eux et elles.

Quoi faire d’autre ? Que faire d’autre face à la guerre ? À part désirer qu’elle disparaisse. Et détester ceux qui la veulent et qui la causent. Mais même ça, ça n’amène guère la paix.

Et sentir notre impuissance, apprécier notre privilège et reconnaître notre immense chance de vivre ici. Et continuer de se relier au reste du monde, se relier à ceux et celles qui subissent la guerre. Empathie. Compassion. Humanité partagée.

Je postais ici dimanche un texte de Joan Tollifson qui citait une de ses enseignantes, Charlotte Joko Beck, qui leur faisait pratiquer la révérence : soit de s’incliner devant tout ce que nous n’aimons pas ou ne désirons pas. On ne peut que s’incliner devant la guerre et l’inhumanité qui la sous-tend. Et demeurer aimant.e et dans le coeur.

Plutôt que de s’incliner et de sentir, certains préfèrent se réfugier dans leur tête pour expliquer, justifier et faire comprendre aux autres. Chacun sa façon de coper.

Comme devant toute horreur, une partie de nous veut détourner le regard et passer à autre chose, une autre veut se mettre le nez dedans.

La guerre génère beaucoup d’arrogance aussi, surtout chez ceux qui la soutiennent ou qui la regardent à distance. Certains approuvent un côté, d’autres l’autre. Certains justifient les attaques, d’autres les réprouvent.

Mais la guerre nous laisse pantois, la guerre nous la bouche. La bouche, comme la vue.

Si seulement la guerre pouvait nous unir. Dans le coeur. Je sais, je sais, wishful thinking.

Mais quoi faire d’autre que de s’incliner devant cette inhumanité ? Eet reconnaîtr que c’est ce qui se passe. Et cultiver la paix en soi. Et se soutenir les un.e.s les autres.

Car un seul et même coeur. Une seule humanité partagée.

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Seuls, sans communauté, nous ne pouvons pas faire grand-chose.
Nous avons besoin d’une communauté d’amis et de collègues partageant les mêmes idées pour nous aider à réaliser nos rêves les plus chers.
Notre communauté peut devenir une source de soutien et un refuge pour plusieurs.
Nous nourrissons notre communauté tout au long de notre vie, et elle nous porte vers l’avenir.

-Thich Nhat Hanh (L’art de vivre)

L’AMOUR AU-DELÀ DE LA HAINE

Ce matin, je ressens, comme tant parmi nous, l’impuissance devant la folie guerrière qui frappe encore et encore. Je garde en particulier l’image de cette école de petites filles en Iran qui a été frappée par des missiles. Les petits sacs à dos empilés. Ce sont mes filles, ce sont nos enfants.

Alors je vous invite à regarder cette vidéo même si l’image est répugnante. Ça donne une certaine distance. Ça dépersonnalise. Ça aide à comprendre, à faire sens et à relativiser. Un peu. Car on ne peut tomber dans la peur et la haine permanente sans conserver ni alimenter une graine d’espoir en notre humanité commune.

D’ici on regarde toujours la guerre par des écrans, protégés par nos écrans. Mais tant de nos frères et soeurs, pères et mères comme nos enfants la vivent et la subissent. Pour eux et elles alors.

Et ci-bas, un puissant texte de Jay Naidoo.

À l’heure des empires mourants
Quand Donald Trump parle de force et Benjamin Netanyahu de sécurité, les missiles traduisent leurs paroles en feu.

L’assassinat du multilatéralisme et de ce que nous considérons comme les normes de la civilisation.
Les villes deviennent des monnaies d’échange.
Les enfants deviennent des dommages collatéraux.
L’histoire devient justification.
Les empires au bord de l’épuisement ne se retirent pas en douceur.

Ils intensifient leur puissance.
Ils jouent avec le sang
pour préserver leur influence.
Gramsci nous avait prévenus.

Quand l’ancien ordre s’éteint et que la nouvelle peine à naître, des monstres apparaissent.
On vit cette heure.
L’activisme sacré ne prétend pas à la neutralité.
Il appelle la guerre un échec.
Il nomme la domination comme une peur.
Il refuse la séduction des hommes forts et le théâtre de la vengeance.
Pourtant, l’activisme sacré refuse aussi l’hystérie.
Il ne reproduit pas la violence qu’il condamne.
Il ne confond pas indignation et transformation.

Au contraire, il revient aux principes fondamentaux.
Nourrir la terre d’abord.
Protéger l’enfant d’abord.
Guérir le corps d’abord.
Établir une gouvernance au service de la vie et non du pouvoir.

Alors que les dirigeants font étalage de leur influence sur la scène internationale, l’activisme sacré plante des forêts nourricières.
Régénère les sols.
Purifie l’eau.
Pratiquez l’acupuncture.
Étudie l’Ayurveda.
Bâtit des communautés suffisamment résilientes pour survivre à la fièvre impériale.

Il ne s’agit pas de se retirer de la politique.
Il s’agit d’une politique plus profonde.
Quand les bombes tombent au nom de l’ordre, l’activiste sacré construit la cohérence.

Quand la peur se propage à travers les réseaux, l’activiste sacré cultive le courage en silence.
L’empire peut se débattre.
Laissons-le s’épuiser.
Notre tâche n’est pas de préserver des systèmes mourants.
Notre tâche est d’accompagner la relève.
Planter.
Guérir.
Organiser.
Protéger.
Afin que, lorsque les hommes forts et colériques s’effacent et que leurs discours tombent dans l’oubli, il reste un espace vivant où les enfants peuvent se tenir sans crainte et se rappeler de ce que signifie être humain.

– Jay Naidoo

SIMPLEMENT CE QUI EST

Joan Tollifson

Ce matin, je traduis un message de Joan Tollifson, une chercheuse (info plus bas) que je lis régulièrement. Parce que c’est simple, et simplement ça.

L’autre soir, pendant un souper, une amie m’a dit qu’on lui avait posé deux questions :
« De quoi voudrais-tu moins ? » » et « De quoi voudrais-tu plus ? »

Mon amie a répondu qu’elle voulait moins d’agitation mentale, plus de calme et de sérénité. En me posant la même question, j’ai d’abord pensé : je veux moins de compulsions obsessionnelles, plus de présence ancrée.

Et puis, tout à coup, j’ai eu une révélation.

Ne pas vouloir ce qui est et vouloir ce qui n’est pas, c’est précisément la source de notre souffrance.

Il y a une vérité plus profonde, que j’ai découverte il y a des années lors d’une sesshin zen (longue retraite de méditation) avec Maurine Stuart, lorsqu’elle m’a posé un koan : «Qu’est-ce que tu veux vraiment ?»

J’ai passé des jours à me demander si je voulais vraiment devenir moine zen ou suivre Toni Packer, qui avait abandonné la tradition… si je voulais être en Californie ou à New York… si je voulais être ou faire ceci ou cela… et ainsi de suite, mon esprit s’emballait. Jusqu’à ce que, soudain, l’illumination me frappe et que je réalise que je voulais être ici et maintenant, pleinement présente à ce moment précis, tel qu’il est.

Si je me ronge les ongles, c’est justement pour ça ! Qu’est-ce que c’est ? Ce n’est pas ce que je crois. Est-il possible d’être en paix avec la façon dont mon corps, mon esprit et le monde qui m’entoure se manifestent en ce moment ?

Je ne prétends pas que cette paix soit mon quotidien depuis. Il m’arrive encore de vouloir autre chose et de refuser ce qui est. Et d’une certaine façon, c’est tout à fait naturel de vouloir ce qui nous fait plaisir et de fuir ce qui nous fait souffrir. La peur et le désir, le plaisir et la douleur font partie de notre instinct de survie. Et lorsque nous découvrons la possibilité de ressentir la paix, puis de retomber apparemment dans le conflit, la confusion et l’agitation, nous aspirons naturellement à ces expériences et états paisibles et agréables que nous avons connus et qui semblent maintenant perdus.

Mais le problème, c’est que toutes les expériences sont éphémères, et lorsque nous identifions une expérience ou une chose en particulier comme ce que nous désirons ardemment et ce qui nous manque, nous poursuivons un idéal sans fin. Jusqu’à ce que nous réalisions finalement que ce à quoi nous aspirons le plus profondément se trouve uniquement ici et maintenant, indépendamment de la forme que prend cet instant.

Aujourd’hui, je ne veux rien d’autre que ce qui est. Que ce qui est. Juste ceci. Quelle que soit la manière dont ça se manifeste. Rien de plus ni de moins n’est nécessaire. Car tout cela n’est en réalité que le même néant qui danse sous toutes ces formes d’expérience, la même conscience onirique, la même Réalité Unique se manifestant de manières infiniment variées.

Une autre de mes enseignantes zen, Charlotte Joko Beck, nous faisait pratiquer la révérence pendant une heure chaque jour lors des sesshins : s’incliner devant toutes nos déceptions, s’incliner devant tout ce que nous percevons comme autre que nous, s’incliner devant tout ce que nous n’aimons pas ou ne désirons pas. Je me rappelle que c’était une pratique révélatrice et puissante. S’incliner devant un esprit agité, s’incliner devant l’envie de se ronger les ongles, s’incliner devant la dépression, s’incliner devant le cancer, s’incliner devant des dirigeants que nous jugeons abominables, s’incliner devant les embouteillages et les centres commerciaux, s’incliner devant les crampes abdominales, s’incliner devant les maux de tête, s’incliner devant le mal de dos, s’incliner devant l’élevage industriel, s’incliner devant les guerres, s’incliner devant tout ce qui, selon nous, ne devrait pas être ainsi.

Byron Katie a écrit un livre intitulé « Aimer ce qui est », et je me souviens qu’elle disait quelque chose comme : Tout est Dieu. Tout est bon. On souffre seulement quand on croit à une pensée qui va à l’encontre de la réalité. Quand je m’oppose à la réalité, je perds. Je suis quelqu’un qui ne désire que « ce qui est ». Elle se décrit comme une amoureuse de ce qui est, et dans son livre Mille Noms pour la Joie, sans doute mon préféré, elle raconte des anecdotes de sa vie : un braquage à main armée, un cambriolage, une maladie qui la rend périodiquement aveugle. Elle semble affronter chacune de ces épreuves avec la même joie sereine. Ce livre offre une perspective nouvelle et libératrice sur la vie. Bien sûr, si on se met à croire qu’on est en échec si on n’accueille pas chaque instant avec cette joie inébranlable, on court après un mirage et on se sent à nouveau petit, isolé et incomplet. Finalement, on comprend que la contrariété fait partie intégrante de la réalité, tout comme la joie imperturbable.

Cette prise de conscience ne transforme pas l’agitation mentale, la dépression, le fait de se ronger les ongles, les crampes abdominales, Gaza, le cancer, ou quoi que ce soit d’autre en quelque chose de totalement merveilleux. Paradoxalement, elle révèle leur véritable beauté lorsqu’on les perçoit telles qu’elles sont : immatérielles, présence rayonnante, événements oniriques, jeu éphémère de la conscience. Face à certaines de ces choses, on peut hésiter – je l’ai fait moi-même – mais seulement si on y pense sans les vivre directement. Car, en fin de compte, cette réalisation est la véritable compassion, l’amour inconditionnel, la paix même.

Aimer ce qui est et reconnaître l’Unique Goût ne signifie pas que les actions visant à réparer ou à guérir les choses ne surgiront pas. Elles font aussi partie de l’Unique Réalité. Mais lorsqu’elles émergent d’un sentiment de plénitude, elles prennent généralement une forme différente de celle qu’elles prennent lorsqu’elles émergent de l’illusion de la dualité et de la séparation.

La reconnaissance de la plénitude n’élimine pas la douleur et les circonstances douloureuses inhérentes à la vie, mais elle dissipe une souffrance secondaire : le sentiment d’être insignifiant, séparé et détaché de ces « choses » indésirables – pensées incessantes, dépression, rongement des ongles, maux de dos, événements mondiaux que je déteste, peu importe – ces « choses » qui semblent m’attaquer et ruiner mon bien-être et celui de tout ce à quoi je m’identifie, ces « choses » dont je veux m’échapper, ces « choses » qui, à mon avis, ne devraient pas être ainsi.

S’incliner, se soumettre, accepter pleinement, accueillir, reconnaître cette « chose » apparente que nous ne voulons pas comme un mouvement insaisissable et changeant de la totalité, un mouvement du Grand Océan, et se percevoir, ainsi que toute chose, comme ce Grand Océan sans rivage, sachant que l’océan englobe et EST tout – cela apporte un profond soulagement et une transformation radicale de nos sentiments et de nos actions. On n’est plus en guerre contre la réalité. Nous comprenons la profonde vérité de la fable du vieux paysan chinois. Nous savons que tout a sa place, et que rien n’est ce que nous croyons.

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À mesure que tu marches sur le chemin spirituel,
il s’élargit,
au lieu de rétrécir,
jusqu’au jour où
il s’étend,
jusqu’à un point où
il ne reste plus aucun chemin.

– Wayne Liquorman

Tout est inclus.
On peut se détendre. Et si, en cet instant, nous ne sommes pas détendus – si nous sommes tendus, crispés, anxieux et bouleversés, nous pouvons simplement l’être, sans juger, sans résister, sans le prendre personnellement, sans exiger qu’il en soit autrement. C’est simplement un autre mouvement du Grand Océan, un autre événement impersonnel, une autre apparition éphémère, et l’instant d’après, tout a disparu. Était-ce vraiment réel ?

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À un moment donné, le cœur peut s’ouvrir au mouvement totalement indéfinissable, imprévisible et souvent indésirable qu’est la vie. L’amour est cette ouverture du cœur.
– Darryl Bailey

Avec tout mon amour…

Joan

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Joan écrit et parle de la merveille d’être simplement en vie. Elle a une formation en bouddhisme, en advaita, en non-dualité radicale et en méditation et exploration non traditionnelles, mais elle ne s’identifie à aucune tradition particulière. Joan a côtoyé de nombreux enseignants. Elle était particulièrement proche de Toni Packer, une ancienne enseignante zen qui a quitté cette tradition pour une approche plus simple et plus ouverte. Joan a vécu et travaillé pendant cinq ans au centre de retraite fondé par Toni. Joan a assimilé les enseignements de tous ses enseignants, mais elle écrit et parle à partir de sa propre expérience directe et de la présence vivante vers laquelle ils pointaient tous. Le parcours de Joan comprend également le travail somatique, le rétablissement de la dépendance, l’activisme politique, les arts martiaux et les arts visuels.

Joan a été praticienne en thérapie corporelle, professeure d’université, femme de ménage, barista, employée de bureau et bien d’autres choses encore. En plus d’écrire des livres, elle publie des articles sur Substack et anime des rencontres sur Zoom. Elle organise des réunions publiques et privées, ainsi que des ateliers et des retraites occasionnels depuis 1996. Joan Tolifson croit que chacun suit un chemin unique et qu’aucun parcours ne peut servir de modèle à autrui. Elle décrit ses écrits et ses rencontres comme des explorations, « à l’image d’un enfant qui explore ses orteils ou d’un amoureux qui découvre l’être aimé », et ajoute : « Ces explorations sont sans fin, autant de formes de jeu. » Joan a grandi dans la région de Chicago, a vécu à New York et en Californie, et réside actuellement dans le sud de l’Oregon.

Elle est l’auteure de Bare-Bones Meditation: Waking Up from the Story of My Life (1996), Awake in the Heartland: The Ecstasy of What Is (2003), Painting the Sidewalk with Water: Talks and Dialogs about Nonduality (2010), Nothing to Grasp (2012) et Death: The End of Self-Improvement (2019).

https://www.joantollifson.com/home.html

VENDREDI ÇA ME DIT

Petit vendredi ça me dit… juste pour dire… rien… qui vaille… ni rien qui faille… juste écrire pour parler dans le vide. Du vrai Zen de rien.

Petit vendredi de rien du tout, dernier vendredi du mois. Vendredi de février en mars.

Petit vendredi Zen de rien du tout alors que tout peut arriver. Ou rien du tout. C’est selon. C’est fou et c’est tout. C’est vendredi doux, vendredi doudou.

Petit vendredi simplet à un seul point à relier pour se délier les doigts et le no mind. Pas besoin de faire du sens car le Zen est lousse pour tous.

Petit vendredi ça me dit… de dire rien en particulier, et un peu de tout à la fois et avec foi mais, surtout, dire n’importe quoi. Surtout tout et rien de ce qui me passe par la tête et les doigts. Pas besoin de dire Koan qui vaille. Zendredi.

Dis-moi quel jour est-on. Un jour bon, et jour sans nom.

Je ne connais rien du Zen, ou si peu, et comme il n’y a rien à savoir, ou si peu, on en sait tout alors. Ou si peu. Et pourtant, je sens que tout y est et que rien ne manque. Peut-être un peu ?

Dans le Zen, un point c’est tout. Dans le Zen, un point sait tout.

Le Zen n’est ni une religion, ni un courant spirituel dominant par ici mais pourtant, le Zen existe depuis le début des temps et même avant sûrement. Comme le Tao.

Le zen est devenu une marque de commerce pour nommer spas, restaurants ou produits de beauté. Même sans savoir ce que c’est , on incarne arrogamment le Zen. On peut désormais être Zen jusque dans nos contrées nordiques. Dans une société de consommation et de superficialité, le Zen est devenu une mode, le Zen est in. Dans un monde far out.

Le monde est finfinnaud et fou ben red. Et noir. Et blanc. Mets Zen.

En général, le Zen tourne en rond, mais les deux bouts du cercle ne se touchent même pas, centro livre. Donc seulement un wannabe circle le Zen. Alain finit. Et complète le cercle.

Ikkyü dit que le Zen ne sert à rien, et que c’est pour ça qu’il est vrai. Assez Zen à votre goût ça ? Pensez-y, à l’infini.

Petit vendredi ça me dit de jouer dans le Zen du moment.

Fendre du bois, charrier l’eau. Boire de l’eau, mais charriez pas. Floush à floush.

Jouer dans le bois, et écrire avec des doigts de bois. Attendez voir de quel bras je me chauffe. De drett comme de gauche, et un peu maladroit de haut en bas.

OK lecteurs/trices, assez de niaiseries pour ce ptit vendredi ça me dit.

Je nous laisse à notre fin de semaine qui, si elle est Zen, ne finira jamais.

Ptit vendredi ça me disait… de ne rien dire.

Si.

Zen.

TÊTE À COEUR

La tête veux une mission, l’âme, elle, cherche du sens.
La tête veut une destination, l’âme, elle, veut de la profondeur
– Rumi

J’avoue, je n’ai pas fait une proper translation. Comme dans le film. Mais me suis-je perdu pour autant ? Ah well boswell ! So be it, ainsi soit-il et que sera sera. And here we go again.

J’aurais dû, ou pu, traduire mind par esprit, ou encore par mental, car en français, l’esprit sonne plus grand que notre simple intellect, notre mind. Le terme esprit concerne quelque chose de plus vaporeux et éthérique que le simple mental, il s’apparente à l’âme si vous voulez mon avis. Même si vous ne le voulez pas le voici. Never mind.

Esprit saint et sain d’esprit.

Alors que j’ai traduit soul par âme, ce qui est proper. Mais j’aurais pu utiliser coeur plutôt qu’âme car je pense sincèrement que le coeur est dépositaire du ptit bout d’âme que l’on nous attribue à la naissance pour ce parcours spécifique de vie sur terre en corps que l’on nous donne à vivre. Car la vie passe et se passe entre la tête et le coeur, dans la tête et dans le coeur, par la tête et le coeur. Et ailleurs aussi bien sûr. Dedans comme dehors. Mais beaucoup par la tête et le coeur.

Mais quand elle nous passe dans le corps, la vie, ce sont les deux grands pôles par lesquels elle circule. Les deux centres extrêmes. Drôles de pôles et tête sur les épaules.

Rumi dit que si la tête cherche une mission, le coeur – le coeur récipient de l’âme – cherche plutôt du sens. Ça fait du sens non ? Une affaire de réglée alors. Car une affaire de coeur la vie surtout je trouve.

Il dit aussi que si la tête est en général en quête d’une destination, le coeur/âme cherche surtout de la profondeur. Ou de l’élévation si je peux me permettre d’ajouter aux mots de Rumi. Et je me permettrai. Ce que je ferai très très humblement car Rumi parle si bien et loin de moi l’idée de vouloir jouer dans sa ligue. Qu’avec les mots que je veux jouer. Même si le rumi est aussi un jeu de cartes. Never mind ici aussi, et rions de bon coeur.

Mais comme on dit, tout ce qui monte redescend et, comme on dit moins souvent mais ça se dit aussi, tout ce qui descend doit sûrement chercher à remonter. Tout est une question de déséquilibre qui cherche l’équilibre. Comme nous recherchons un ptit remontant dans les ptits creux de la vie. Profondeur, élévation, et juste milieu.

Ce qui m’amène aux concepts de gauche et de droite avec lesquels plusieurs personnes se battent ces temps-ci dans la sphère publique des réseaux. Je suis conscient que l’on change d’axe ici. Mais justement, c’est le temps de changer d’axe me semble.

Si je peux me permettre, et je le fais encore, j’ai sincèrement l’impression que ces deux concepts de droite et de gauche ne tiennent plus la route depuis belle et laide lurette. Trop gauche et maladroit. Surtout depuis qu’ils logent dans leurs extrêmes. Car on dirait bien que les gens ont tendance à jouer dans les extrêmes when the going get rough and though comme les temps le sont ces temps-ci. Plus tough qu’easy.

Je ne suis pas un expert en politicailleries, mais il me semble que l’on pourrait davantage séparer le monde entre gens de tête et gens de coeur plutôt qu’en gauche et droite. Question de perspective, de profondeur et d’altitude. Tout est trop brouillé et brouillon à la surface, descendons en nos coeurs.

La société semble séparée entre gens de tête, les idéologues avec une mission, et d’autres, les gens de coeur et d’émotions, de ressentis, des êtres davantage préoccupés par les enjeux humanitaires.

Mais pour ne pas vous perdre, ni moi-même d’ailleurs, j’arrêterai ici car j’ai besoin de réfléchir un peu avant de taper n’importe quoi autour de ça, j’y reviendrai. Pour taper n’importe quoi quand même. Avec mon coeur, et avec ma tête. Car les deux sont essentiels.

Et comme on dit, vaut mieux un tête à coeur qu’un tête à queue. OK, j’arrête ici et je vais aller me demander à moi-même ce que je veux dire par là. Ou pas.

Mais vaut-il mieux avoir mal au coeur ou à la tête ? Koan koan koan.

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Il est clair qu’une partie essentielle du cheminement consiste à laisser de côté nos connaissances, à mettre notre mental de côté, afin de vivre la réalité plus intimement.
Il s’agit seulement de les mettre de côté, et non pas de les rejeter ou de les écarter – comprenons-nous bien.
L’esprit est nécessaire pour saisir la vie, les aspects pratiques inhérents à l’existence humaine.
Pourtant, il n’est pas essentiel, simplement qu’il soit tel quel.

En ce qui a trait à notre vraie nature, c’est le cœur qui sait.
Qui la touche et qui est touché par celle-ci.
Qui la goûte.
On notera que si l’on demande aux gens de se désigner, tous/toutes pointeront leur poitrine. Personne n’indique sa tête.
Bien que l’esprit gouverne la vie de la plupart d’entre nous, chacun reconnaît spontanément qu’être soi-même est une affaire de cœur, et que le cœur est au cœur de la vie.

On parlait l’autre jour de notre amour de la vérité, de notre désir de la connaître.
Analysons ça : aimer, c’est le cœur ; connaître, c’est le mental ; la vérité, c’est la vérité sur ce qui se passe, sa réalité ou sa vraie nature.
Nous avons besoin des deux, du cœur et de l’esprit (mental/tête), et de leur collaboration, de leur harmonie, pour accéder à la vérité. Le cœur est irrésistiblement attiré par la vérité, tandis que l’esprit, tel un phare, éclaire notre expérience du regard et nous apporte discernement.

Il est significatif que certaines traditions considèrent le cœur comme l’esprit, et les désignent même par le même nom.
Plutôt que de les percevoir comme distincts, ils sont vus comme les deux côtés d’une même pièce.
Si, pris séparément, ils ont tendance à échouer, ensemble, ils se soutiennent mutuellement.
Ils fonctionnent comme les ailes déployées d’un oiseau, le portant avec aisance au gré du vent.

J’ai entendu dire que, rendu à un âge avancé, le mollah Nasruddin était devenu aveugle. Il vivait paisiblement dans une forêt avec un vieil ami qui avait perdu ses jambes à la guerre.
Un jour, un feu s’est déclaré dans la cheminée de leur cabane et s’est propagé rapidement, mettant leurs vies en danger.
Pris de panique, son ami s’écria : « On est perdus, Nasruddin ! Je ne peux pas m’échapper assez vite et tu ne vois pas d’issue !
Nasruddin s’est tourné vers lui et, tout en s’approchant, a répondu calmement : « N’aie crainte, mon ami, il existe une solution. Voici comment nous allons faire : je te porterai sur mes épaules et tu seras nos yeux, nous indiquant le chemin, tandis que je serai nos jambes, nous menant en lieu sûr.

– Bernard Guy, traduit de l’anglais

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La misère humaine contient le secret de la sagesse di­vine, et non pas le plaisir.

Toute recherche d’un plaisir est recherche d’un paradis artificiel, d’une ivresse, d’un accrois­sement.
Mais elle ne nous donne rien, sinon l’expérience qu’elle est vaine.
Seule la contemplation de nos limites et de notre misère nous élève.
Qui s’abaisse sera élevé.

– Simone Weil – La pesanteur et la grâce, via Cristina RJ

L’AMORAMORAMOR D’ABORD

Nous devrions nous consacrer à vivre pour quelque chose. Puis-je me permettre de suggérer que ce soit pour créer de la joie pour les autres, de partager ce que nous possédons pour l’amélioration du genre humain, et apporter de l’espoir pour ceux et celles qui sont perdu.e.s ou esseulé.e.s.
– Leo Buscaglia

Et à babord et à tribord.

Personne d’autre de mort hier dans mon ptit monde, à ce que je sache du moins. Car à tous les jours, on naît et on meurt. La vie nait et la vie meurt. La vie se transforme toujours. Et la joie demeure. Même dans le chagrin, même dans le vide.

Et rien ne nous arrive vraiment à nous, que des choses qui arrivent tout simplement. Vu de même, notre propre mort n’est qu’une mort parmi tant d’autres et suit le cours des choses. Notre vie go with the flow.

Alors on continue à avancer, et on passe de la mort à l’amor. L’amor amor amor dirais-je même. Et puis non, je ne le dirai pas. Car l’amour se chante mieux qu’il se dit je trouve. Et dans toutes les langues. Dans tous les coeurs.

Et l’amour c’est la vie. Et la mort c’est plein de vie. 😉

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Vous comprendrez ce qu’est véritablement l’amour quand vous cesserez de le considérer comme un sentiment.
Le sentiment est obligatoirement sujet à des variations selon qu’il s’adresse à telle ou telle personne, alors que l’amour véritable est un état de conscience indépendant des êtres et des circonstances.
Aimer, ce n’est pas avoir un sentiment pour quelqu’un, mais vivre dans l’amour et faire toute chose avec amour : parler, marcher, manger, respirer, étudier avec amour…
Aimer, c’est avoir accordé tous ses organes, toutes ses cellules et toutes ses facultés pour qu’ils vibrent à l’unisson dans la lumière et dans la paix.
L’amour est donc un état de conscience permanent.
Celui/celle qui a atteint cet état de conscience sent que tout son être est imprégné de fluides divins et tout ce qu’il/elle fait est une mélodie.

– Omraam Mikhaël Aïvanhov

LA MORT L’AMIE

Nous allons tous mourir, chacun.e d’entre nous, quel cirque.
Ce seul fait devrait nous porter à nous aimer les un.e.s. les autres mais ça ne le fait pas.
Nous sommes terrorisé.e.s. et aplati.e.s. par des banalités, nous sommes dévoré.e.s. par des pécadilles.

– Charles Bukowski

Encore la mort ce matin. Désolé. Quoi que pas vraiment. Je dis par simple politesse. Car c’est un peu le but de la vie, nous polir avant la mort, nous polir par amor amor amor.

Mais on n’en a pas encore fini avec elle. En fait, c’est la mort qui n’en a pas fini avec nous. Je dis nous, mais j’aurais pu dire moi. Alors je dirai moi. Car rien de plus personnel que la mort. La mort des autres est une chose, mais notre mort n’est encore qu’un grand mystère à venir. Pour le moment.

Du moins la mort devient de plus en plus personnelle à un certain point de notre vie. Car lorsqu’on est jeune, comme je disais hier – je m’en souviens, je ne radote pas, pas encore du moins – la mort est un concept encore loin de nous. Mais plus on vieillit, plus elle s’approche, plus elle s’immisce et se glisse en nous. Plus elle nous habite.

Encore la mort ce matin car j’ai vu, hier, qu’une autre connaissance à moi a changé de forme récemment. Après une longue maladie. Début quarantaine. Plus jeune que la normale ça. Et en même temps, je lisais récemment un livre qui racontait l’histoire d’enfants gravement malades à l’hôpital, et d’autres en fin de vie. Alors pour la normalité quant à la mort, on repassera.

On dirait que les réseaux sociaux ont démocratisé la mort. Avant les gens mourraient et on ne le savait pas. Maintenant leur mort poppe dans nos écrans. Scroll de vie va. Viva !

Ce qui m’amène aux fameux dossiers en E qui circulent actuellement et qui font émerger une inhumanité que certains se vantent de connaître depuis longtemps. Dossiers qui m’intéressent peu même si le sort des victimes potentielles me touche droit au coeur. Quel cirque morbide en effet Charlie – Bukowsky I mean.

Mais pour en revenir à la mort, disons qu’elle me fait travailler ces jours-ci.

Peut-on avoir peur de la mort ? Je ne sais pas car on n’en connait rien.

On peut avoir peur de l’inconnu. On peut avoir peur de souffrir longtemps et péniblement. Peur de devenir un poids pour nos proches. On peut avoir peur de quitter ceux et celles qu’on aime aussi.

Mais peur de la mort ?

Probablement pas de la mort comme telle car on n’en sait rien. On ne sait rien directement à son propos en fait. Certains disent que ce n’est que comme s’endormir, mais pour l’éternité. Et se libérer de ce corps.

Je crois qu’on peut être curieux – plus ou moins positivement ou négativement – à propos de la mort.

Curieux de savoir s’il y a quelque chose de l’autre côté de ce corps.

Intrigué par la forme et le processus du passage même si ceux et celles qui y sont passé.e.s puis revenu.e.s en parlent en général comme une grande douceur lumineuse qui nous prend et nous attend. Qui mourra verra.

Je ne sais pas si on peut concrètement se préparer à la mort à part faire le ménage dans notre paperasse de vivants. Dans mon cas, ce ne sera que de la paparasse car je ne possède que ma maison que je vais léguer à mes filles. Et à ma douce.

Pour le reste, on peut tenir la maison en ordre. Et demeurer comme un scout, toujours prêt. Et garder son corps au meilleur de sa forme jusqu’à ce que ne frappent les petits ou gros pépins dans le gros raisin que nous sommes car il semble qu’ils viendront. Éventuellement. Et laisser maturer le raisin pour devenir du bon vin.

La mort des autres nous fournit un peu d’indication au sujet de notre propre mort. Elle nous prépare, elle se rappelle à nous. Mais surtout, elle nous permet de vivre chaque instant le plus totalement possible car jamais rien d’acquis ni de garanti.

La mort représente une sorte d’ombre qui nous permet de goûter et d’apprécier totalement la lumière pendant qu’elle luit. Un peu comme la maladie passagère qui nous fait tant apprécier le simple fait d’être en relativement bonne santé.

La mort est réellement une grande enseignante. Son concept du moins, car pour le moment, la mort n’est que concept. Qu’une étape à venir. Éventuellement, mais inexorablement.

Une ligne d’arrivée au bout d’une course plus ou moins folle, que l’on peut remplir avec ce que l’on veut, ou ce que l’on peut, dans les limites de nos circonstances de vie. Et la considérer comme elle se doit. Libre-choix.

Personnellement, je suis à chaque matin en totale gratitude pour la chance de vivre une vie paisible, en nature, avec un immense terrain de jeu boréal de l’autre côté de ma porte d’entrée. Des arbres à perte de vue qui m’accueillent dans mes marches quotidiennes. Mes meilleurs amis du moment. Et les oiseaux, les oiseaux. Pit pit.

À chaque jour qui nait – ou qui renait c’est selon – je ne peux que remercier la vie pour la chance que j’ai, que nous avons. Car si on se compare, ce qui n’est pas recommandé selon certains, nous sommes tellement choyé.e.s de vivre ici.

Reconnaissant de notre chance tout en gardant au coeur empathie et compassion pour ceux et celles qui souffrent, qui vivent pris au piège en terrain miné de guerre et de conflit, affamé.e.s, assoiffé.e.s, menacé.e.s sans cesse. Pensées vers vous, vers eux, vers elles, frères, soeurs et enfants .

Appréciant notre immense chance, sans se sentir coupables, mais responsables – comme dans able to respond, capables de répondre dans la mesure de nos moyens limités – lié.e.s à leurs douleurs, à leur souffrance mais surtout, sans jamais les oublier.

Je ne sais pas si prier pour eux et elles aide vraiment, mais le simple fait de les garder vivants dans notre coeur nous rend plus vaste, plus grand.e, plus humain.e. Plus liée.s à eux et elles.

Et plus vivant.e.

Pour le moment.

À chaque moment.

Un seul coeur humain. Poupoum Poupoum.

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La liberté ne consiste pas à faire ce que l’on veut, mais à devenir ce que l’on est.
Elle n’est pas un droit de caprice, mais une conquête intérieure.
Être libre, ce n’est pas s’affirmer contre les autres, c’est se délivrer de soi-même, de son égoïsme, pour entrer dans l’espace infini de l’amour.
La vraie liberté naît quand (on) cesse d’être centré sur soi-même et devient transparence à une Présence plus grande que soi.

Maurice Zundel – Je est un Autre, via Cristina RJ sur FB

LA VIE QUI MORT

Tu peux porter la compassion en ton coeur et t’en servir pour créer quelque chose de beau malgré les difficultés.
– Jack Rosenberg

J’avais commencé une chronique sur un tout autre sujet. Mais je viens d’apprendre qu’une connaissance a fait son passage hier. Il est mort quoi. Il a quitté ce plan. Pas un ami intime mais quelqu’un de notre église au Brésil que j’avais rencontré il y une quinzaine d’années lors de ma première visite là-bas. Pas un ami proche, une connaissance. Mais quand même. Vole haut l’ami.

À chaque fois qu’on apprend le passage de quelqu’un, soit qu’on connait ou même inconnu de nous personnellement, quelqu’un de public, on reçoit toujours un ptit choc au coeur. Ou est-ce à la tête ? Plus ou moins grand selon notre degré de proximité et d’intimité mais toujours un ptit choc au coeur. Qui nous rappelle que la vie est une grande roulette russe et que, plus certainement que le vante Loto-Québec, un jour ce sera notre tour.

Chaque fois, un ptit choc dans le bassin d’incertitude qui vient avec la vie. En fait, un rappel de la certitude de la mort qui fait partie intégrante de la vie, même si on l’oublie – trop – souvent. Même si on aimerait mieux l’oublier. Et juste vivre comme si. Ou comme ça.

Avec les années qui passent, la mort se rappelle davantage, et plus souvent, à nous, elle s’approche toujours de plus en plus près de nous. Elle s’immisce dans notre vie. De la mort éloignée des autres quand nous sommes enfant, elle devient graduellement une possibilité, une plausabilité puis une probabilité, notre mort à nous. Jusqu’à atteindre le niveau de certitude par le ralentissement graduel de notre corps qui nous y mène.

La vie qui va. La vie qui mord. La mort qui vit, et nous fait vivre. Maintenant. Totalement.

Notre mort potentielle, notre mort à venir. De laquelle on peut soit avoir peur, ou pas, mais de laquelle on peut être certain.e. Même si, lorsqu’on est jeune, la réalité de notre mort est plus éloignée de notre conscience. Avec le temps, elle finit par nous rattraper. Et nous dépasser même. Coquine va.

J’allais cabotiner sur un sujet quelconque plus tôt ce matin et subitement la mort s’est rappelée à moi par le passage de Joel. On vit parfois sans trop savoir clairement où l’on s’en va, ce que l’on doit faire pour la suite de la route, ni pourquoi. Puis à l’occasion la mort nous réveille, nous éveille, nous brasse la vie par en-dedans. Comme ce matin.

La mort nous rappelle qu’il n’y a pas de temps à perdre. Pas de temps du tout en fait. Que maintenant. Ni de raison pour retarder l’appréciation et la création de la beauté dans notre vie. Pas de raison de retarder le partage de la beauté en soi et autour de soi. Et pour sentir la compassion en notre coeur.

D’où la citation de Jack Rosenberg ci-haut qui nous invite à porter la compassion en notre coeur et à créer de la beauté malgré les difficultés. Les difficultés du monde entier, comme nos petites et grandes difficultés personnelles qui sont inévitables malgré le privilège de vivre nos vies ici dans cette partie du monde.

Ces temps-ci, de retour du Brésil, j’ai le privilège de pouvoir prendre quelques jours avant de repartir dans l’aventure sacrée de nos travaux spirituels et de la musique. Quelques jours, à l’aube de mes 65 ans à venir en avril, pour du silence en solo, et du flottement dans le vide. Du temps et du silence pour réfléchir, méditer, me laisser être sans rien faire, ou si peu.

Quand on se permet de se laisser descendre dans le silence, on touche à toutes sortes de choses en soi qu’on enterre trop souvent sous du bruit et de l’action. Ou du défilement de réseaux sociaux.

On dit que le silence est le son le plus assourdissant qu’on puisse entendre car il a la capacité de nous rappeler tout doucement tout ce qui nous fait peur.

Et ce matin, la mort de cet ami du Brésil me met en contact avec ce souvenir particulier. Un souvenir à venir. Et une balise précieuse sur le chemin. Pour me permettre de descendre encore un peu plus creux dans ce qui se cache dans le silence, pour monter un peu plus haut sur les ailes de ce silence.

Aho !

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Une profonde tristesse, parce que rien ne dure.
Un amour ardent, car tous les êtres sont ma famille bien-aimée.
Une ouverture lucide, car cet esprit ordinaire est pleinement éveillé.
Une joie pure, car tout ça est vrai.
~ Chökyi Nyima Rinpoche.

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Et si jamais, mercredi prochain, vous avez envie ou besoin de silence, on y goûtera en masse. En ligne, ensemble.

ON S’ENTEND-TU ?

Un homme âgé, pensant que sa femme perdait l’ouïe, se déplaça à 20 pieds derrière elle et lui demanda: Peux-tu m’entendre chérie ?.
Pas de réponse.

Il s’approcha à 10 pieds et posa de nouveau la même question.
Toujours pas de réponse.

Puis, il se déplaça encore plus près à 5 pieds et toujours pas de réponse.

Puis s’approchant à quelques pouces de son oreille, il lui demanda:

Tu peux m’entendre maintenant ma chérie ?

Alors sa femme lui répondit : Pour la quatrième fois, OUI.

Souvent comme ça la vie. On projette sur les autres notre propre ignorance, notre propre surdité, nos propres jugements et biais. On pense que ce sont les autres qui ne nous entendent pas alors qu’au fond, c’est souvent nous qui sommes sourd.e.s, ou qui ne nous exprimons pas clairement.

Souvent, on pense savoir, considérant les autres comme sourds, aveugles ou ignorants, Alors que ce n’est que nous, seulement nous qui ne percevons pas avec suffisamment d’acuité et d‘ampleur d’esprit la situation dans sa globalité.

On pense savoir comment fonctionne le monde, ce qu’il aurait besoin. Comme on pense se connaître. On pense qu’on écoute les gens.

Mais peut-être que ce ne sont que nos propres perceptions qui auraient besoin d’être éclaircies ?

Peut-être que c’est notre esprit qui aurait besoin d’une plus grande ouverture, d’une plus grande réceptivité ?

Peut-être que nous devrions faire preuve de plus d’humilité et d’ouverture ?

Vous m’entendez ?

Non ?

OK je vais m’écouter davantage ou préciser ma question.

Just saying !

CARÊME, RAMADAN ET NOUVEL AN LUNAIRE

photo de source non identifiée

Les derniers jours ont marqué un moment rare et spécial et on dit que cette année est particulière : le Carême débutait hier le mercredi 18 février, mercredi des Cendres, alors que le Nouvel An lunaire et le Mardi gras avaient lieu le mardi 17 février, tandis que le Ramadan commençait également dans cette même soirée du 17 février.

En ces temps un peu obsessionnels compulsifs de tentative d’effacement de toute trace de religion ici au Québec, personnellement, j’ai plutôt envie, au contraire, de chercher ce qui unit les modalités de ces trois rituels de diverses religions ou traditions.

Car si on en sait un tout petit peu au sujet de chacun de ces rituels, on ne sait pas vraiment grand-chose réellement en fait à leur sujet.

La tradition chrétienne se prépare à Pâques par le biais du carême, peu pratiqué au Québec désormais. Les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil pendant un mois et doivent faire une offrande à la fin du mois, tandis que le nouvel an lunaire marque le début d’une nouvelle année fondée sur les cycles de la lune surtout célébrée par les peuples asiatiques.

Parallèlement à ces trois traditions, de mon côté je vais pratiquer 21 jours de Shaking matinal pour compléter l’hiver et préparer l’été.

Alors pendant les 40 prochains jours, soit d’ici Pâques le 5 avril, je vais utiliser ce temps pour regarder davantage en moi, faire plus attention à ce que j’ingère comme nourriture et en liquide, et explorer les éléments communs à ces trois rituels printaniers.

En cette fin d’hiver, une nouvelle énergie s’apprête à émerger. Et on dirait que le monde extérieur est également en train de se purifier d’une part certaine de son ombre.

Comme nous tenons ici à chaque printemps 3 cérémonies de Curas de Pâques, ce temps nous servira de rituel de préparation. Si le vendredi saint représente la mort, le samedi constitue un espèce d’espace de vide et de transition, alors que le dimanche célèbre une certaine renaissance.

Peu importe les rituels, il me semble que les trois nous ramènent à soi, en nous permettant de nous voir, de nous observer, de nous investiguer.

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On s’aperçoit qu’il suffit de faire un pas en arrière dans sa conscience, juste un petit mouvement de retrait, et l’on entre dans une étendue de silence par-derrière.

Comme s’il y avait un coin de notre être qui avait les yeux à jamais fixés sur un grand Nord tout blanc.

Le vacarme est là, dehors, la souffrance, les problèmes, et on fait un léger mouvement intérieur, comme pour franchir un seuil, et, tout d’un coup, on est en dehors (ou en dedans ?) à mille lieues et plus rien n’a d’importance, on est sur des neiges de velours.

L’expérience finit par acquérir tant d’agilité, si l’on peut dire, qu’en plein milieu des activités les plus absorbantes, dans la rue, quand on discute, quand on travaille, on plonge au-dedans (ou en dehors ?) et plus rien n’existe, qu’un sourire — il suffit d’une fraction de seconde.

Alors on commence à connaître la Paix; on a un Refuge inexpugnable partout, en toutes circonstances.

Et on perçoit de plus en plus tangiblement que ce Silence n’est pas seulement au-dedans, en soi; il est partout, il est comme la substance profonde de l’univers, comme si toute chose se détachait sur ce fond, venait de là, retournait là.

C’est comme un creux de douceur au fond des choses, comme un manteau de velours qui enveloppe.

Et ce Silence n’est pas vide, c’est un Plein absolu… mais un Plein sans rien dedans, ou un Plein qui contient comme l’essence de tout ce qui peut être, juste avant la seconde où les choses vont naître — elles ne sont pas là, et pourtant elles sont toutes là, comme une chanson pas encore chantée.

Satprem – just a step behind
via Charles Couttarej Sattoji et Michelle Metge