
– Wendell Berry
Ou dit en d’autres mots : pisse pas dans l’eau potable de tes voisins d’en bas, comme tu ne voudrais pas que ceux d’en haut pissent dans la tienne.
Simple non ? Non, en effet, pas si simple pour nous qui faisons nos numéros 1 et 2 dans de l’eau potable alors que d’autres meurent de soif sur terre.
Et pour nous qui sommes si centrés sur nos propres besoins, qui ne sentons pas toujours la connexion avec autrui, avec notre environnement, aval et amont ne sont que deux termes qu’on a tendance à mêler, Et Laval que la ville des centres d’achats au nord de Mouréal.
En fait, on descend ou on monte le fleuve quand on va en Gaspésie ?
Amont = d’où l’on vient. Aval = où l’on va.
Dans certaines traditions amérindiennes, il existe le principe des sept générations qui veut qu’on hérite de ce que les sept générations précédentes à la nôtre nous ont légué et que les décisions que nous prenons aujourd’hui devraient léguer un monde durable aux sept prochaines générations. Clairement, on est en train de manquer la cible pour l’aval.
Pourtant simple en effet en principe d’agir envers autrui comme on voudrait que les autres agissent envers nous. Mais ça prend un peu d’empathie, comme une capacité de se mettre à la place de l’autre. Et parfois, de faire quelques sacrifices.
Ce qu’on appelle aussi karma.
Parlant karma:
Dans les traditions bouddhistes, le karma n’est pas principalement une récompense ou une punition infligée par une force extérieure.
Le karma signifie fondamentalement action – et, plus précisément d’un point de vue bouddhiste, action intentionnelle.
On sème constamment des causes par nos actions, nos paroles et nos mouvements intérieurs.
Certaines graines peuvent mûrir beaucoup plus tard. Mais d’autres commencent à faire leurs effets presque immédiatement.
C’est là que l’expression « karma instantané » devient intéressante.
Je prononce un mot blessant sous l’emprise de la colère.
À peine trente secondes plus tard, quelque chose a déjà changé : le visage de l’autre personne se ferme, la confiance s’érode et mon propre esprit reste agité.
Le karma est déjà à l’œuvre.
À l’inverse, j’aborde une situation avec une véritable bienveillance.
Je souris. J’écoute attentivement quelqu’un.
Je fais un geste sans rien attendre en retour.
Encore une fois, quelque chose arrive tout de suite : la distance entre nous change.
Et mon propre esprit est aussi transformé par l’action que je viens d’entreprendre.
Peut-être que le premier endroit où notre karma mûrit est dans notre propre esprit.
Chaque fois que je nourris la colère, je la rends un peu plus familière.
Chaque fois que je cultive la compassion, je la rends un peu plus naturelle. Instant après instant, on participe donc à la création des conditions qui façonneront l’instant suivant.
L’image du boomerang est très évocatrice, à condition de ne pas la réduire à un mécanisme simpliste : « J’ai mal agi jeudi, donc il m’arrivera malheur vendredi. »
Le karma est beaucoup plus complexe.
Une multitude de causes et de conditions s’entrecroisent.
Il faut aussi faire preuve de délicatesse face à la souffrance d’autrui.
Dire à quelqu’un qui traverse une maladie, un deuil ou une catastrophe : « C’est ton karma », peut être une terrible preuve d’insensibilité.
Nous ignorons l’enchevêtrement complexe des causes qui composent la vie d’une autre personne.
Une véritable compréhension du karma devrait donc nous rendre plus responsables envers nous-mêmes et plus compatissants envers les autres, et non plus enclins à les juger.
C’est pourquoi les paroles de nos amis spirituels nous ramènent sans cesse à une vérité fondamentale : Regarde maintenant.
Qu’est-ce que tu fais maintenant ?
Qu’est-ce que tu dis maintenant ?
Qu’est-ce que tu cultives en toi en ce moment ?
Car le karma n’est pas simplement un mystérieux système comptable qui nous attend dans une existence future.
Il est aussi présent à ce moment précis, quand une pensée devient intention, l’intention devient parole, la parole devient action, l’action devient habitude… et l’habitude finit par façonner une vie.
Et ça s’accorde parfaitement avec tout ce qu’on explore autour de la Présence.
Être présent, ce n’est pas seulement contempler paisiblement ce qui est.
C’est aussi devenir suffisamment conscient pour percevoir la cause au moment même où elle surgit.
Avant la parole blessante, voyez la colère.
Avant le geste généreux, ressentez l’ouverture du cœur.
Avant de répéter un vieux schéma, reconnaissez le mouvement qui tente encore une fois de nous emporter.
Et parfois, dans ce minuscule espace de conscience, on peut désamorcer le boomerang avant même qu’il ne soit lancé.
C’est peut-être une belle façon de comprendre la liberté au cœur même du karma : nous héritons d’innombrables causes et conditions que nous n’avons pas nécessairement choisies, mais dans l’instant présent, nous participons déjà aux causes de ce qui va advenir.
La question n’est donc plus tant : « Quel karma m’attend ? » »
Elle devient : Quelle graine suis-je en train de semer, en ce moment même ?


















