GUÈRE DE PAIX

La guerre, ce sont des hommes qui ne se connaissent pas et qui se massacrent au profit d’hommes qui se connaissent et ne se massacrent pas.
– Paul Valéry

Cette guerre en Ukraine, parce qu’elle touche à l’Europe, donc plus près de nous culturellement, nous fait prendre conscience qu’elle n’est pas la seule guerre qui a cours en ce moment.

Afghanistan, Palestine, Liban, Syrie, Iraq, Libye, Yémen, entre autres. Car en Afrique, ça brasse aussi en plusieurs endroits. Sans parler des autres conflits en des parties du monde dont on entend encore moins parler. Même si on dit qu’il y a en ce moment moins de guerres qu’il n’y a jamais eu auparavant dans l’histoire humaine, il en subsiste encore beaucoup. Trop. Toujours trop de guerres.

La guerre, nous , on ne la subit pas. Pas directement du moins. Non, la guerre on la suit, de loin. Oh bien sûr, on en ressent les conséquences sur le prix de certaines denrées. Mais grosso modo, la guerre ne nous touche pas, pas directement du moins. Sinon que psychologiquement, psychiquement, idéologiquement.

Chacun et chacune de nous mène bien sûr de petites ou plus grosses guerres à et en soi-même, nos guerres internes et personnelles dans lesquelles on se démène, dans lesquelles on se fait prendre. Comme dit David Goudreau, la paix, ça commence par se la crisser soi-même.

La plupart d’entre nous, qu’on y soit impliqués ou qu’on la regarde à distance, nous sommes mal à l’aise avec la guerre. Mais, par contre, certains sont très heureux qu’elle existe et qu’elle se fasse. Notamment les marchands d’armes et autres hommes d’affaires de la guerre.

J’en ai marre des vieux hommes qui rêvent de guerres dans lesquelles de jeunes hommes meurent.

On se fait la guerre pour divers motifs et raisons. Pour des profits, pour des idées, pour Dieu souvent, du moins notre conception d’un Être suprême, ou encore pour des bouts de terre.

Mais peu importe les raisons, même si elles sont difficilement compréhensibles, les guerres ont toujours existé, plusieurs existent encore. Plusieurs sont limitées géographiquement, alors que d’autres ont débordé sur le plan mondial. Osons espérer qu’un jour elles cesseront. Peut-être.

La plupart d’entre nous, on souhaite que les guerres n’aient jamais existé, ou qu’elles cessent immédiatement, ou souhaiter qu’elles disparaitront dans l’avenir. Surtout celles impliquant des civils, femmes et enfants, personnes âgées ou handicapées, malades, mais aussi toutes celles impliquant des être humains, et des animaux ou tout patrimoine culturel. D’ailleurs notre attitude envers la planète relève en quelque sorte d’une attitude guerrière. Conquérir ou mourir, exploiter ou subir.

On peut bien souhaiter la paix à tous les hommes et femmes de bonne volonté, comme de moins bonne, mais pas certain que nos souhaits se réalisent de ce côté. Car la guerre semble être tenue pour acquise. Elle a toujours existé, elle existe et existera toujours. On ne veut pas l’accepter, mais l’humanité n’a jamais vécu sans elle.

La guerre appelle la paix, la guerre implore la paix, elle stimule la recherche de paix. La guerre implore la paix. On a souvent dit plus jamais, et pourtant, encore cette fichue guerre.

Comme le jeu d’attirance et de répulsion entre la lumière et l’ombre, la guerre et la paix sont les deux côtés d’une même médaille. Faire la guerre pour atteindre la paix semble futile mais quel autre choix quand un peuple est attaqué que de répondre et se défendre ?

La guerre se mène souvent au nom de la Paix, de la sainte Paix. Combien de guerres saintes, combien d’hommes d’église qui bénissent les armées.

Nous sommes résignés devant la guerre. Elle se produit, elle prend place sans qu’on ne puisse faire autre chose que de la subir ou de la constater. Nous, pas directement, on a de la chance. En ce moment.

Mais même si cela prend place à un autre niveau, celui des idées, des opinions et des mots, les réseaux sociaux sont aussi en quelque sorte devenus des zones de petites guerres, des terrains minés, des lieux de combats de mots. Toujours le même principe du j’ai raison et tu as tort.

On n’en sort pas de la guerre, qui n’est rien d’autre que pure dualité extériorisée. Moi versus toi, nous versus eux, ceci versus cela. Tant qu’on se voit et qu’on se conçoit différent(e) de l’autre, séparé(e), on se fera la guerre. On tirera la couverte de ntore bord.

Tant qu’on cherchera la paix en dehors de soi, on se fera la guerre. À soi ou à l’autre.

Facile à dire quand nous vivons sur un territoire en relative paix, là où il ne nous tombe pas de bombes sur la tête, là où nos maisons continuent de tenir debout. Là où les seules alarmes qui retontissent sont celles de nos réveils-matins.

Nous sommes chanceux, choyé(e)s, privilégié(e)s, profitons-en pendant que cela se passe ainsi. Et entretenons empathie et compassion pour ceux et celles qui la subissent. En Ukraine, et en tant d’ailleurs d’ailleurs. Portons-les dans nos coeurs, dans nos pensées, dans nos prières. Prière pour la paix.

Cette fichue guerre semble faire partie de la nature humaine. Peut-être temps de s’élever à notre statut de surhumain(e) ?
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Pour approfondir sa compréhension de ce conflit:

FIGAROVOX/ENTRETIEN – L’académicien franco-russe, prix Goncourt 1995, s’afflige de voir l’Ukraine transformée en «chaudron guerrier». Il se défend d’être pro-Kremlin et regrette une vision «manichéenne» du conflit «qui empêche tout débat».

Andreï Makine, né en Sibérie, a publié une douzaine de romans traduits dans plus de quarante langues, parmi lesquels Le Testament français (prix Goncourt et prix Médicis 1995), La Musique d’une vie (éd. Seuil, 2001), et, plus récemment, Une femme aimée (Seuil). Il a été élu à l’Académie française en 2016.

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FIGAROVOX. – En tant qu’écrivain d’origine russe, que vous inspire cette guerre ?

Andreï MAKINE. – Pour moi, elle était impensable. J’ai en tête les visages de mes amis ukrainiens à Moscou, que je voyais avant tout comme des amis, pas comme des Ukrainiens. Le visage de leurs enfants et de leurs petits-enfants, qui sont dans ce chaudron guerrier. Je plains les Ukrainiens qui meurent sous les bombes, tout comme les jeunes soldats russes engagés dans cette guerre fratricide. Le sort du peuple qui souffre m’importe davantage que celui des élites. Comme le disait Paul Valéry, «la guerre, ce sont des hommes qui ne se connaissant pas et qui se massacrent au profit d’hommes qui se connaissent et ne se massacrent pas»

– Une partie de la presse vous qualifie d’écrivain pro-Poutine. L’êtes-vous

C’est une journaliste de l’AFP qui m’a collé cette étiquette il y a une vingtaine d’années. C’était juste après le départ de Boris Eltsine dont le bilan était catastrophique pour la Russie. Je lui avais expliqué que Eltsine, dans un état d’ébriété permanent, avec la responsabilité du bouton atomique, représentait un vrai danger. Et que j’espérais que la Russie pourrait devenir un peu plus rationnelle et pragmatique à l’avenir. Mais elle a titré : «Makine défend le pragmatisme de Poutine». Comme c’était une dépêche de l’AFP, cela a été repris partout. Et lorsque je suis entré à l’Académie, un grand hebdo, dont par charité je tairai le nom, a, à son tour, titré : «Makine, un Poutinien à l’Académie»… Cela en dit long sur le monde de mensonge dans lequel nous vivons.

– Vous condamnez l’intervention russe…

Mon opposition à cette guerre, à toutes les guerres, ne doit pas devenir une sorte de mantra, un certificat de civisme pour les intellectuels en mal de publicité, qui tous cherchent l’onction de la doxa moralisatrice. À force de répéter des évidences, on ne propose absolument rien et on en reste à une vision manichéenne qui empêche tout débat et toute compréhension de cette tragédie. On peut dénoncer la décision de Vladimir Poutine, cracher sur la Russie, mais cela ne résoudra rien, n’aidera pas les Ukrainiens.

Pour pouvoir arrêter cette guerre, il faut comprendre les antécédents qui l’ont rendue possible. La guerre dans le Donbass dure depuis huit ans et a fait 13 000 morts, et autant de blessés, y compris des enfants. Je regrette le silence politique et médiatique qui l’entoure, l’indifférence à l’égard des morts dès lors qu’ils sont russophones. Dire cela, ne signifie pas justifier la politique de Vladimir Poutine. De même que s’interroger sur le rôle belliciste des États-Unis, présents à tous les étages de la gouvernance ukrainienne avant et pendant la «révolution du Maïdan», n’équivaut pas à dédouaner le maître du Kremlin. Enfin, il faut garder à l’esprit le précédent constitué par le bombardement de Belgrade et la destruction de la Serbie par l’Otan en 1999 sans avoir obtenu l’approbation du Conseil de sécurité des Nations unies. Pour la Russie, cela a été vécu comme une humiliation et un exemple à retenir. La guerre du Kosovo a marqué la mémoire nationale russe et ses dirigeants.

Lorsque Vladimir Poutine affirme que la Russie est menacée, ce n’est pas un «prétexte» : à tort ou à raison, les Russes se sentent réellement assiégés, et cela découle de cette histoire, ainsi que des interventions militaires en Afghanistan, en Irak et en Libye. Une conversation rapportée entre Poutine et le président du Kazakhstan résume tout. Ce dernier tente de convaincre Poutine que l’installation de bases américaines sur son territoire ne représenterait pas une menace pour la Russie, qui pourrait s’entendre avec les États-Unis. Avec un petit sourire triste, Poutine répond : «C’est exactement ce que disait Saddam Hussein !».

Encore une fois, je ne légitime en aucune manière la guerre, mais l’important n’est pas ce que je pense, ni ce que nous pensons. En Europe, nous sommes tous contre cette guerre. Mais il faut comprendre ce que pense Poutine, et surtout ce que pensent les Russes, ou du moins une grande partie d’entre eux.

– Vous présentez la guerre de Poutine comme une conséquence de la politique occidentale. Mais le président russe ne nourrit-il pas une revanche contre l’Occident depuis toujours ?

J’ai vu Vladimir Poutine en 2001, peu après sa première élection. C’était un autre homme avec une voix presque timide. Il cherchait la compréhension des pays démocratiques. Je ne crois pas du tout qu’il ait eu déjà en tête un projet impérialiste, comme on le prétend aujourd’hui. Je le vois davantage comme un réactif que comme un idéologue. À cette époque-là, le but du gouvernement russe était de s’arrimer au monde occidental. Il est idiot de croire que les Russes ont une nostalgie démesurée du goulag et du Politburo. Ils ont peut-être la nostalgie de la sécurité économique, de l’absence de chômage. De l’entente entre les peuples aussi : à l’université de Moscou, personne ne faisait la différence entre les étudiants russes, ukrainiens et ceux des autres républiques soviétiques… Il y a eu une lune de miel entre la Russie et l’Europe, entre Poutine et l’Europe avant que le président russe ne prenne la posture de l’amant trahi. En 2001, Poutine est le premier chef d’État à proposer son aide à George W. Bush après les attentats du 11 septembre. Via ses bases en Asie centrale, la Russie facilite alors les opérations américaines dans cette région. Mais, en 2002, les États-Unis sortent du traité ABM, qui limitait l’installation de boucliers antimissiles. La Russie proteste contre cette décision qui ne peut, d’après elle, que relancer la course aux armements. En 2003, les Américains annoncent une réorganisation de leurs forces, en direction de l’Est européen

Poutine s’est durci à partir de 2004 lorsque les pays anciennement socialistes ont intégré l’Otan avant même d’intégrer l’Union européenne, comme s’il fallait devenir anti-russe pour être Européen. Il a compris que l’Europe était vassalisée par les États-Unis. Puis il y a eu un véritable tournant en 2007 lorsqu’il a prononcé un discours à Munich en accusant les Américains de conserver les structures de l’Otan qui n’avaient plus lieu d’être et de vouloir un monde unipolaire. Or, en 2021, lorsqu’il arrive au pouvoir, Joe Biden ne dit pas autre chose lorsqu’il déclare que «l’Amérique va de nouveau régir le monde».

– On a le sentiment que vous renvoyez dos à dos les Occidentaux et les Russes. Dans cette guerre, c’est bien la Russie l’agresseur…

Je ne les renvoie pas dos à dos. Mais je regrette que l’on oppose une propagande européenne à une propagande russe. C’est, au contraire, le moment pour l’Europe de montrer sa différence, d’imposer un journalisme pluraliste qui ouvre le débat. Lorsque j’étais enfant dans la Russie soviétique et qu’il n’y avait que la Pravda, je rêvais de la France pour la liberté d’expression, la liberté de la presse, la possibilité de lire différentes opinions dans différents journaux. La guerre porte un coup terrible à la liberté d’expression : en Russie, ce qui n’est guère surprenant, mais aussi en Occident. On dit que «la première victime de la guerre est toujours la vérité». C’est juste, mais j’aurais aimé que ce ne soit pas le cas en Europe, en France.

– Comment peut-on prétendre défendre la démocratie en censurant des chaînes de télévision, des artistes, des livres ?

De mon point de vue, la fermeture de la chaîne RT France par Ursula von der Leyen, présidente non élue de la Commission européenne, est une erreur qui sera fatalement perçue par l’opinion comme une censure. Comment ne pas être révolté par la déprogrammation du Bolchoï de l’Opéra Royal de Londres, l’annulation d’un cours consacré à Dostoïevski à Milan ? Comment peut-on prétendre défendre la démocratie en censurant des chaînes de télévision, des artistes, des livres ? C’est le meilleur moyen, pour les Européens, de nourrir le nationalisme russe, d’obtenir le résultat inverse de celui escompté. Il faudrait au contraire s’ouvrir à la Russie, notamment par le biais des Russes qui vivent en Europe et qui sont de manière évidente pro-européens. Comme le disait justement Dostoïevski : «chaque pierre dans cette Europe nous est chère».

– La propagande russe paraît tout de même délirante lorsque Poutine parle de «dénazification »

Le bataillon Azov, qui a repris la ville de Marioupol aux séparatistes en 2014, et qui depuis a été incorporé à l’armée régulière, revendique son idéologie néo-nazie et porte des casques et des insignes ayant pour emblème le symbole SS et la croix gammée. Il est évident que cette présence reste marginale et que l’État ukrainien n’est pas nazi, et ne voue pas un culte inconditionnel à Stepan Bandera. Mais des journalistes occidentaux auraient dû enquêter sérieusement sur cette influence et l’Europe condamner la présence d’emblèmes nazis sur son territoire. Il faut comprendre que cela ravive chez les Russes le souvenir de la Seconde guerre mondiale et des commandos ukrainiens ralliés à Hitler, et que cela donne du crédit, à leurs yeux, à la propagande du Kremlin.

– Au-delà du débat sur les causes et les responsabilités de chacun dans la guerre, que pensez-vous de la réponse européenne ?

Bruno Le Maire a été critiqué pour avoir parlé de guerre totale, mais il a eu le mérite de dire la vérité et d’annoncer la couleur, loin de l’hypocrisie de ceux qui envoient des armes et des mercenaires et entendent ruiner l’économie russe, mais prétendent qu’ils ne font pas la guerre. En vérité, il s’agit bien de provoquer l’effondrement de la Russie, l’appauvrissement de son peuple. Il faut le dire clairement : l’Occident est en guerre contre la Russie.

Cependant, s’il y a un aspect positif pour la possible démocratisation de la Russie, c’est que l’on va anéantir la construction oligarchique qui est une vraie tumeur depuis les années 90. J’invite les dirigeants européens à exproprier les oligarques prédateurs, à confisquer ces milliards de roubles volés et investis à Londres et, plutôt que de les bloquer comme on le fait aujourd’hui, à les donner aux pauvres en Europe et en Russie.

– Que peut-on faire d’autre ?

Pour cesser les hostilités, pour donner un avenir à l’Ukraine, on pense toujours qu’il faut avancer ; parfois il faut, au contraire, reculer. Il faut dire : «on s’est trompé». En 1992, après la chute du mur de Berlin, nous nous trouvions à une bifurcation. Nous nous sommes trompés de chemin. Je pensais alors véritablement qu’il n’y aurait plus de blocs, que l’Otan allait être dissoute car l’Amérique n’avait plus d’ennemi, que nous allions former un grand continent pacifique. Mais je pressentais aussi que cela allait exploser car il y avait déjà des tensions : dans le Caucase, en Arménie dans le Haut-Karabakh… À l’époque, j’avais écrit une lettre à François Mitterrand.

– Quel était le contenu de cette lettre ?

J’ignore s’il l’a reçue, mais j’évoquais la construction d’une Europe qui n’avait rien à voir avec le monstre bureaucratique représenté aujourd’hui par Madame von der Leyen. Je rêvais d’une Europe respectueuse des identités, à l’image de la Mitteleuropa de Zweig et de Rilke. Une Europe finalement plus puissante car plus souple, à laquelle on aurait pu adjoindre l’Ukraine, les Pays Baltes et pourquoi pas la Biélorussie. Mais une Europe sans armes, sans blocs militaires, une Europe composée de sanctuaires de la paix. Les deux garants de cette architecture auraient été la France et la Russie, deux puissances nucléaires situées aux deux extrémités de l’Europe, chargées légalement par l’ONU de protéger cet ensemble.

– Est-ce réaliste ?

La Mitteleuropa n’est pas une utopie, elle a existé. Je veux y croire et marteler cette idée. Il y a quelques années, j’ai rencontré Jacques Chirac puis Dominique de Villepin, qui partageaient cette vision d’une Europe de Paris à Saint-Pétersbourg. Mais les Américains en ont décidé autrement. Cela aurait signifié la fin de l’Otan, la fin de la militarisation de l’Europe qui, appuyée sur la Russie et ses richesses, serait devenue trop puissante et indépendante. J’espère tout de même qu’un nouveau président s’emparera de cette idée. L’Europe est un Titanic qui sombre et d’un pont à l’autre, on se bat.

Cette situation est tellement tragique, tellement chaotique, qu’il faudrait proposer une solution radicale, c’est-à-dire revenir à la bifurcation de 1992 et reconnaître qu’il ne fallait pas relancer la course aux armements, reprendre cette direction démocratique et pacifique qui pouvait très bien inclure la Russie. Cela damnerait le pion aux tendances extrêmes en Russie. Cela éviterait l’effondrement politique et économique qui concerne toute la planète. Ce serait une issue honorable pour tout le monde et cela permettrait de construire une Europe de la paix, des intellectuels, de la culture. Notre continent est un trésor vivant, il faut le protéger. Hélas, on préfère prendre le contre-pied de cette proposition : bannir Dostoïevski et faire la guerre. C’est la destruction garantie car il n’y aura pas de vainqueur.

QUOI SUIS-JE ?

Être une personne, c’est être endormi(e).

Ce cher Nisargadatta ne dort pas au gaz et va droit au but.

Se sentir quelqu’un, être une personne, c’est être séparé(e) du Tout. Donc, être quelqu’un c’est en effet dormir un peu. Ou un peu plus.

Quand on considère être quelqu’un, on ne fait pas tout à fait partie du Tout. On se sépare du Tout. Car on peut difficilement être quelqu’un et en même temps le Tout. Soit on est soi, ou soit le Tout est. Et s’il n’y avait rien entre nous et le Tout ? Et si on était tout cela ? Tout ce qui est ?

Si JE suis, alors il y a MOI et le reste du monde, moi ou le reste du monde. Si JE suis, le reste du monde est séparé de MOI. Et même si on pense que le JE fait partie du monde, on revient toujours à la fameuse dichotomie fondamentale, à cette dualité qui nous garde un pied en dehors de ce monde. Un pied dedans, mais l’autre dehors. Écartelante position. Cela nous fait faire une split existentielle. Le pied de Moi qui marche en dehors de la Vie, oui celle avec un V majuscule. Pas ma vie, la Vie.

Quand on naît, on n’est pas encore tout à fait quelqu’un. À la naissance, nous ne sommes qu’un organisme vivant, sortant tout droit du ventre de maman. Raccordé jusque-là par un cordon pulsant de vie.

Une boule de vie qui, à sortie du corps de notre mère, commence à vivre séparée de son vaisseau amiral, un petit tas de vie qui commence à vivre indépendamment de sa matrice. Un être non encore identifié, qui commence à avoir faim, à ressentir ses besoins propres, à bouger hors-maman.

Encore très dépendant de la mère au début, notre petit être deviendra graduellement de plus en plus quelqu’un(e), acquérant une certaine autonomie, même si cette autonomie chez les humains est passablement lente et dure relativement longtemps, surtout si on la compare à celle acquise par les animaux. Lente évolution que la nôtre.

En fait, une complète autonomie n’est jamais vraiment acquise totalement car nous, humain(e)s, sommes des êtres d’interdépendance. Si on peut vivre relativement seul(e), et par soi-même, nous avons besoin les un(e)s des autres pour survivre, qu’on le veuille ou non.

Donc, au début de notre existence, notre nom est personne. Avant qu’on nous en assigne un, nom et prénom et un certain numéro. Nous ne sommes qu’une toute petite personne, pas encore apte à s’identifier en tant que soi-même en dehors de sa mère.

Puis graduellement, avec le temps qui passe, avec le corps qui se développe, on gagnera en autonomie, en auto-réflection, en distanciation pour éventuellement commencer à se prendre pour quelqu’un(e). On commence à répondre au son de notre nom, en fait, à celui que nos parents nous ont donné. Et commence alors le processus d’individuation.

C’est en quelques sorte le propre de toute éducation: nous apprendre à se former soi-même, à se construire notre propre petit égo unique, individualisé et personnalisé, à se construire une personnalité propre à soi. On nous apprend qu’il nous faille apprendre à devenir quelqu’un. Sois toi-même, nous dit-on. Ou fait comme on te dit, et sois qui on te dit d’être dans le moins optimiste des cas.

Rarement nous dit-on, tel Socrate, de se connaître soi-même.

D’un boule de chair, notre job d’humain consiste à apprendre à devenir quelqu’un. Même si au fond, nous resterons toujours principalement quelque chose, comme une petite partie du grand Tout. Une goutte dans la mer, mais aussi toujours un peu la grande mer. Comme on demeurera aussi toujours un peu une partie de notre mère.

Le simple fait de se considérer constituer quelqu’un(e), s’il est essentiel pour survivre, nous fait toutefois nous sentir un peu à part, à l’écart de la Vie. Car en étant quelqu’un, il y a le soi, qui est surtout un obnubilant petit moi imbu de lui-même, puis il y a les autres. Se met alors à exister, et à grandir à l’intérieur de notre enveloppe charnelle et dans notre psyché, un petit quelque chose qui me sépare du reste de l’existence. Ce petit moi qui prend toute la place, petit moi qui deviendra grand.

Ce fichu Moi me sépare de la Vie en créant un écran entre ce que je suis et le reste de la création, une distance entre l’observateur/trice et l’observé.

Dans le Prophète de Khalil Gibran, on y lit cette phrase :

Expression qui peut autant vouloir nous inviter à explorer la complexe existence de laquelle nous faisons partie, pour se re/fondre dans plus Grand que soi, comme lorsqu’avant notre incarnation, nous étions possiblement qu’une âme volatile qui a décidé de s’incarner dans le ventre d’une mère.

Mais cette expression peut aussi constituer une invitation à se dépasser soi-même, à atteindre l’extase (état hors de soi), à sortir de son petit Moi justement, pour éventuellement re/devenir toute la vie, toute la création. Car d’après moi, toute cette vie ne peut être contenue dans un seul petit Qui, un seul petit moi; elle ne peut qu’être définie que comme un Quoi, la matière dont est créée toute vie.

Car qu’est-ce que MA vie à moi ? Qui suis-je ? En fait, QUE suis-je ?

Sinon une petite parcelle de la grande Vie, un point de service de la maison Mère, un petit bout de terrain de la grande existence dont on m’a chargé de prendre soin.

Nous ne sommes pas propriétaires, nous ne sommes que locataires, autant en ce qui concerne notre corps physique, que notre Terre. À nous d’en prendre bien soin et d’en disposer harmonieusement pour un temps indéterminé – ou pré-déterminé, c’est selon – qui nous sera accordé. Au mieux de notre connaissance et de notre expérience. En respect avec tout ce qui vit en nous et autour.

Et arrêtons de vouloir être quelqu’un(e), visons plutôt à être quelque chose. Car déjà cela n’est pas rien. Quoi que c’est aussi ce à quoi on s’apprête à redevenir. Tout ou Rien. Ou Rien du Tout.

Quand le Nous remplace le Je, même la maladie devient bien-être.

Remplaçons le I par le We. Le Je par le Nous.

PEINE CONSCIENCE

Ma mère nous a enseigné à ne pas détourner le regard de la douleur des gens. La leçon était simple: ne détourne pas ton regard. Ne baisse pas les yeux non plus. Ne fais pas semblant de ne pas voir la douleur et la peine des gens. Regarde-les dans les yeux. Même quand leur douleur semble intenable. Et lorsque toi-même tu ressens la douleur, cherche les yeux des gens qui peuvent te regarder dans les yeux. On a besoin de sentir que nous ne sommes pas seul(e)s, particulièrement quand on souffre, qu’on a mal.
Cette leçon fut l’une des plus importantes de toute ma vie.
Brene Brown

Pow ! et Wow ! Des mots qui cognent, des mots qui rentrent au poste. Des mots qui frappent juste et bien, qui résonnent, en plein coeur. Des mots pleins d’humanité. En ces temps instables, ces temps de grands mouvements, intérieurs et extérieurs, des mots qui réconfortent.

Oser nommer, sentir et ressentir la douleur. Tout simplement. Car elle fait partie de la vie, elle fait partie intégrale de notre humanité. Comme disent les anglais, et les anglaises, no pain no gain.

Bien sûr qu’on préfère le rose bonbon, mais la vie est aussi noire et drue parfois. Parfois dure, souffrante, éprouvante. On préfère le beau et le menoum menoum mais aussi laide et yark parfois la vie. Alors oser affronter du regard, les yeux et le coeur grands ouverts ces parties de notre humanité qui sont moins reluisantes, moins resplendissantes. Oser ouvrir nos yeux et notre coeur à ce qui gronde, à ce qui heurte.

Et heureusement, la vie n’est pas que ça.

Nos actualités, nos informations ne sont faites que d’arbres qui tombent. Le monde aurait disparu depuis bien longtemps si ceci était l’unique réalité.

Le monde tient debout par ce réseau d’amour que nous créons, vous et moi, chaque jour, et tous ces êtres qui, en cet instant, sont en train de faire quelque chose, des actes d’amour dans le monde, un regard de tendresse pour la terre qui nous entoure, pour la création. Cela tient le monde debout.

Il ne s’agit pas de se détacher du monde, mais de le rencontrer à partir d’une autre force. Partout où des mains se joignent et se rejoignent continue la plus vieille histoire de la nature et de l’humanité, la saga de la solidarité. De nouvelles mailles se nouent au filet qui nous retient de tomber dans l’abîme de l’inhumanité.

Quelque chose en moi sait que rien ne peut m’arriver, que rien ne peut me détruire. C’est ce noyau infracassable en nous, ce noyau infracassable du divin en nous. Alors la peur cesse, et quand la peur cesse, il y a un drôle de morceau de moins d’horreur sur la terre !

Parce que la peur est la plus grande créatrice de réalités qui existe. Ce dont nous avons peur, nous le créons presque irrémédiablement. C’est quelque chose d’effarant. Vous avez dû le remarquer dans votre vie. La peur a le pouvoir d’engendrer images et réalités.

Dans l’univers d’épouvante dans lequel nous vivons, tout tient par la peur. Il faut y répondre en congédiant en nous la peur, en reprenant contact avec ce noyau infracassable qui nous habite.
– Christiane SINGER via François Thiboutôt

L’idée consiste à demeure humain à 100 %, embrassant le rose et le noir, le rose comme le noir, le bon et le moins, le beau et le laid, le Wow et le Ouch !

Car sans nuages parfois au-dessus de nos têtes et dans nos coeurs, toute une dimension que l’on raterait, de laquelle on passerait à côté. Qu’une dimension humaine. Et porteuse d’enseignements. De résilience. De force intérieure. Notre profondeur.

Alors osons affronter notre propre souffrance, comme celle des autres. Car cette souffrance fait partie de la vie. Et elle recèle un grand trésor. Et quand on la ressent, ne nous cachons pas. Quand on la reconnait chez autrui, montrons qu’on la voit.

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20 CONSEILS DU VIEUX SAGE AFRICAIN :
Si tu veux vivre longtemps et heureux écoute et pratique ces conseils :

1. Écoute et ne crois pas à tout ce que l’on te dit.

2. Garde les secrets, ne raconte pas ce que tu entends.

3. Ne dis pas tout ce que tu penses, mais dis toujours la vérité.

4. Sois honnête, mérite que l’on te respecte.

5. Reconnais tes erreurs et n’aie pas peur de dire « je ne sais pas » et « je regrette ».

6. Ne perds jamais le contrôle de toi-même et traite les autres de la même manière que tu voudrais qu’on te traite.

7. Au lieu de critiquer, fait l’éloge de ceux qui t’entourent.

8. Ne prive personne d’espérance, cela peut-être la seule chose que quelqu’un possède.

9. Laisse tomber la haine et la rancœur, ils font plus de mal à toi-même.

10. Apprends à dire non avec courtoisie et aisance.

11. N’oublie pas de dire « s’il te plait » et « merci ».

12. Regarde les gens dans les yeux.

13. Vis le moment présent et ne fais qu’une seule chose à la fois.

14. Ne laisse pas les choses en suspens.

15. Fais ce qui est à faire au moment précis où cela doit être fait.

16. Ne prends aucune décision quand tu es fâché.

17. Il y a des choses qui ne reviennent pas en arrière : la parole prononcée, le temps parcouru et les opportunités qui se présentent.

18. Tu as le droit d’être heureux. Par conséquent, profite de ce qui est beau.

19. Découvre les plaisirs les plus élémentaires : voir, écouter, respirer, toucher et savourer.

20. MAINTENANT que vous avez tout lu ayez la gentillesse de dire un petit « merci » à celui qui a pris la peine de l’écrire.

Merci, Namaste

Elaurah Corey merci !

LA VIE ET SON RÉCIT

Je gardais cette citation depuis bébette lurette (la soeur de belle), surtout qu’elle contient une faute – s’il l’on – jusqu’à ce que celle ci- bas, postée par mon ami Alain et aperçue récemment, m’incite à la prendre au mot :

La voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel.
⁓ Lao Tseu, Tao Te King

Car je ne pense vraiment pas qu’un beau sentiment, qu’il soit le plus beau ou simplement juste beau, ou pas du beau du tout en fait – doive absolument être exprimé pour qu’il vaille la joie d’être vécu et ressenti.

La preuve ? Il s’en vit des millions sinon des milliards chaque jour sans qu’on en entende parler le moindrement. Comme il se vit des sentiments d’horreurs quotidiennement par des millions de personnes, sans que mot aucun ne leur soit imposé, sans que des mots ne soient communiqués à leur sujet. Car les choses les plus intimes se vivent en silence. Et en soi, en chacun(e) de nous.

La vie est un grand mélange de beaux sentiments, comme de moins beaux, et même d’horribles. Sentiments vécus, sentis et ressentis par le monde, de par le monde, par tout le monde, de beaux sentiments éprouvés comme le dit la citation ci-haut, et de moins beaux.

Mais pas certain quant à la nécessité de les dire, de les communiquer, de les transmettre. Car tant à dire, tant à communiquer.

Et pourquoi le fait de simplement ressentir ces beaux sentiments ne serait-il pas suffisant en soi ? Pourquoi nous faudrait-il absolument devoir les dire quand les vivre est déjà en soi une expérience plus que valable ?

D’ailleurs les plus beaux comme les moins beaux sentiments n’ont pas absolument à être communiqués. Les vivre avec totalité est déjà quelque chose en soi. Les vivre, les assumer, et les éventuellement transformer, à moins qu’ils ne se transforment d’eux-mêmes.

Mais les réseaux sociaux nous ont incité à tenter de tout mettre en mots, le beau comme les maux. Comme si on en était venu(e)s à vivre pour les autres. Par écrans interposés.

De toute façon, il ne sert à rien d’éprouver quelconque sentiment car les sentiments ne servent à rien, ils n’ont pas de fonction ni de buts. Les sentiments ne font qu’émerger, qu’être ressentis, et puis ils passent. Les sentiments sont liés aux pensées, mais ils peuvent aussi popper juste comme ça, sans que l’on sache. Les sentiments ont une base corporelle, et une autre intellectuelle.

La vie la plus réelle, la plus vraie, la plus subjective me semble ne pouvoir qu’être vécue de l’intérieur, à l’intérieur, en silence dans le silence, dans la contemplation. Surtout la vie de l’âme, et ses multiples nuances.

Car tout ce qui est dit, énoncé, exprimé, communiqué, ne peut qu’inévitablement être réduit à sa plus simpliste expression, limité par la superficialité des mots, coincé dans leur petitesse, dans leur trop grande simplicité. En particulier le mot Dieu, terme qui ne peut qu’être rapproché de Wow, quand on prend conscience du grand mystère de la vie, et des ses multiples facettes inconnues jusqu’à maintenant.

Les mots ne sont qu’arrangement de lettres, qui signifient des choses différentes pour chacun, car interprétés différemment par chacun(e), malgré une base commune de compréhension.

Alors que la vie est profonde, mystérieuse, complexe, multiple et multiforme. La vie ne peut se laisser enfermer par et dans les mots. La vie les déborde, les dépasse, les surprendra toujours.

Quiconque a vécu une expérience transcendante au cours de sa vie, ce qui est probablement le propre de la plupart d’entre nous, sait combien il est futile de tenter de mettre en mots cette dite expérience car elle perd automatiquement une partie de son sens, l’une de ses multiples et indicible dimensions. Tout partage d’une expérience, ordinaire comme extraordinaire, crée une distance face à l’expérience, la met en porte à faux, contraint une expérience à devenir récit au sujet de celle-ci, expérience qui est de toute façon déjà passée, dépassée.

La musique et le silence peuvent d’après moi mieux convier une expérience que des mots. Ou peut-être la poésie, qui constitue en quelque sorte une mise en fioriture des mots, un agencement artistique, un twistage embelli d’une simple réalité.

Il y a la vie, et il y a la Vie. Et il y a de la récit au sujet de cette vie, de cette Vie. Il y a l’expérience concrète, et la discussion autour de celle-ci. Car la vie est expérience, elle n’est qu’expérience. La vie ne peut être que vécue, et non dite. La vie ne se limite pas aux mots, elle ne peut qu’être limitée par ceux-ci.

Et comme l’affirme si judicieusement Lao Tseu : la voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel.

Alors on se la ferme et on vit ?

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Désormais tout est changé.
J’ai goûté – comme par mégarde – à la saveur d’être, et tout est changé.
Quelque chose, en moi, n’est pas né avec moi et ne mourra pas avec moi.
Par cette certitude, tout est changé.
Il n’y a plus personne à qui reprocher quoi que ce soit – plus personne, non plus, à convaincre de quoi que ce soit.
À l’instant où cesse en moi toute représentation – toute idée sur les choses, les voilà qui apparaissent dans leur évidence impérieuse, leur vide lumineux.
C’est en laissant le chemin de Vie passer à travers nous , que nous aurons rempli notre contrat.


– Christiane Singer, Histoire d’âme., via Sophie Rouma, via Alain Leblond.

RUMI MÉNINGES

Sois témoin et non juge.
Mets l’emphase sur toi par sur les autres
et écoute ton coeur, pas la foule.

– Rumi

Ah ce cher Rumi, toujours les mots pour dire ce qui doit être dit, ce qui mérite d’être dit.

Sois témoin et non juge.

La base pour devenir plus conscient(e) de soi et de notre attitude face au monde qui nous entoure est inscrite dans ces quelques mots à mon avis. Prendre note sans porter de jugement définitif car les choses bougent et évoluent. Et ce que l’on pense vrai un jour s’avère différent le lendemain. Et de même le surlendemain.

Ainsi, observer sans capter, regarder ouvertement sans figer dans le temps, garder le focus le plus large possible. Sans fixer, captant tout avec l’oeil de l’âme, peut-être lui le troisième finalement.

Garder le regard ouvert et prendre acte, demeurer ouvert(e) car tout change, tout bouge, tout évolue. Surtout notre vision et notre compréhension des choses et des gens. Et de soi.

Et notre vision peut s’élargir et voir plus grand seulement si on ne serre pas nos mains sur ce qui semble être une réalité à un moment donné. Car la réalité d’un moment peut devenir la futilité de l’autre.

Comme on dit, le contraire de l’apprentissage et de la sagesse n’est pas le doute mais la certitude.

Ainsi, garder un esprit ouvert, une tasse toujours vide et prête à se renouveller, pour saisir la fraîcheur de la vie qui va.

Mets l’emphase sur toi, pas sur les autres.

Pas dans le sens égoïstique du terme, pas dans l’optique de se prendre pour le nombril du monde et ne pas considérer autrui. Mais plutôt dans le sens de considérer sa propre part dans ce qui nous arrive. Car comme le veut le dicton, si nous n’avons pas contrôle sur ce qui nous arrive, nous sommes responsables de la manière dont nous réagissons aux événements.

Se regarder soi regardant le monde, en soi comme autour. Voir les limites de notre propre regard sur soi comme sur le monde, voir nos propres biais et croyances déformantes quand on regarde le monde. Voir ce que l’on ne voit pas encore.

Écoute ton coeur, pas la foule.

Écouter notre coeur et pas la foule, donc se fier à soi tout d’abord. Et laisser courir les rumeurs, les bavardages, les qu’en dira-t-on. Car tant est pensé et dit.

Écouter notre coeur et pas toujours notre tête car le premier sent et la seconde calcule. Et le senti est plus souvent juste que le calcul des algorythmes, les nôtres comme ceux de nos ordinateurs.

Même si ces mots recèlent une grande part de sagesse, quand même pas fou d’écouter nos proches car ils nous connaissent parfois mieux que nous-même. Autre perspective.

Même si on dit que ce n’est pas par les mots que l’on cueillera la Vérité avec un grand V, cette dite et pas encore dite vérité passe par les mots pour le moment. Car nous sommes des êtres de mots, des gens du dit et du pensé. Notre compréhension du monde passe par les mots, les concepts, les enchaînements de lettres.

Et par le mental, ce que certains nomment drôlement l’esprit. Il semble qu’il existe autre chose que cette voie du mental mais pour le moment, dans et avec ce mental que la plupart d’entre nous vivons, évoluons, pensons la vie. Par le mental que nous concevons – encore – le monde. Mais par le coeur que nous le sentons.

Tant à dire, tant de mots, tant d’idées. Autant que de silence qui doit les aérer, les ventiler, les alléger.

Que le silence ventile nos mots. Et que Rumi les éclaire.

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P.S. Plusieurs groupes d’amoureux des mots de Rumi sur FB, tapez «Rumi quotes». Même si certaines des citations qu’on lui attribue ne sont pas toutes de lui, les mots sont justes.

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Pas du Rumi mais nourriture à méninges quand même.

Ne priorise pas ton look mon ami(e), car il ne durera pas le voyage.
Ton sens de l’humour ne fera que s’améliorer avec l’âge.
Ton intuition grandira et s’étendra comme un majestueux manteau de sagesse.
Ta capacité à choisir tes batailles sera affinée à la perfection.
Ta capacité à rester immobile, à vivre l’instant présent, s’épanouira.
Ton désir de vivre chaque instant transcendera tous les autres désirs.
Ton instinct pour savoir ce qui (et qui) vaut ton temps, grandira et s’épanouira comme le lierre sur un mur de château.
Ne priorise pas tes apparences mon ami(e), elles changeront pour toujours, et cette quête est pleine de tristesse et de déception.
Donne la priorité à l’unicité qui fait de toi et à l’aimant invisible qui attire d’autres âmes partageant les mêmes idées pour danser sur ton orbite.
Ce sont des choses qui ne feront que s’améliorer.
– Von Canon

AMOUR ET PAIX

Quand on regarde le monde, du moins les nouvelles reflétant la plupart du temps les situations les plus problématiques de ce monde, on peut être porté à en arriver au constat que le monde semble manquer d’amour. Panne d’amour sur terre. Particulièrement en temps de guerre.

Mais malgré les guerres, et les échanges de gros mots sur les zéros sociaux et en commentaires des médias divers, le monde est surtout peuplé de gens aimant, de gens de coeur, de personnes qui aiment. Que ce soit leurs enfants, leurs ami(e)s, leurs parents, et la plupart des gens sont des êtres aimants. Ils et elles attirent à eux et elles des gens qui aiment, et ils/elles leur rendent bien.

Plus la guerre sévit, plus on a besoin d’amour. Plus l’ombre semble régner sur terre, plus la lumière est requise. Et l’amour est la lumière de ce monde, la lumière dans ce monde.

Et cet amour ne peut que débuter en soi, en chacun(e) de nous. L’amour part toujours de soi vers le monde.

Besoin d’amour ? Donnons-le. Exprimons tout l’amour qu’on a besoin de recevoir. Car l’amour est avant tout et tout d’abord expression, l’amour cherche à aimer. L’amour cherche l’amour.

Quand on commence à se pratiquer à aimer, on découvre que plus on aime plus on devient amour, et du coup plus on s’aime soi-même. Ça commence ici et ça revient ici. L’amour est spirale, l’amour crée des vagues.

Et l’amour se reconnait par un sentiment de confiance, de relaxation, de dépôt en soi. L’amour ne court pas par en avant, l’amour irradie, l’amour émane.

S’aimer soi-même peut constituer l’un des plus grands défis de la vie. Car on a tendance à être dur(e) avec soi, comme si on s’appartenait et qu’on exigeait toujours plus et toujours mieux, toujours davantage. Comme si on n’était pas assez tel que nous sommes.

Avec les années qui passent, s’aimer soi-même est l’une des choses que l’on découvre. Même si ça semble évident, tout un contrat car nous connaissons les parties de soi que l’on ne montre pas toujours, pas à tout le monde du moins. Souvent qu’aux êtres les plus près de soi. Souvent autour de soi donc que l’amour pose les plus grands défis. Aimer le monde entier est facile, aimer son petit monde une personne à la fois beaucoup moins.

Alors apprenons tout d’abord à s’accepter soi-même, dans notre entièreté. Surtout les bouts mins aimables. Pour que la paix puisse régner sur terre, on doit apprendre et enseigner tout d’abord l’amour de soi.

Car comme l’exprime si bien David Goudreau: la paix commence par se la crisser soi-même. Se crisser la paix pour ensuite s’aimer, s’aimer mieux, s’aimer plus, et ainsi pouvoir laisser irradier cet amour autour de soi. Simple et compliqué.

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Le monde a besoin aujourd’hui de plus de méditateurs, de guerriers pacifiques, de rebelles spirituels et de moins de révolutionnaires et de politiciens ambitieux. La vision sannyas, c’est justement créer des méditateurs, des hommes et des femmes en paix avec eux mêmes . Chaque sannyas doit devenir un rebelle, mais cette rébellion est individuelle. Vous ne vous battez pas contre des structures extérieures, votre combat est intérieur. Vous vous battez avec la structure de votre propre inconscient. Vous détruisez l’inconscience, vos parts d’ombre et vous créez plus de clarté en vous-même. Et, une fois que vous avez cette lumière en vous, vous vivez avec elle. C’est cela la pleine conscience , la voie de la vigilance. Et, c’est seulement si plus de personnes font ce processus que le monde pourra changer, qu’une ÊTRE humaine nouvelle pourra naître sur cette terre.

– Osho

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Je condamne l’ignorance qui règne en ce moment dans les démocraties aussi bien que dans les régimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, qu’on la dirait voulue par le système, sinon par le régime. J’ai souvent réfléchi à ce que pourrait être l’éducation de l’enfant.

Je pense qu’il faudrait des études de base, très simples, où l’enfant apprendrait qu’il existe au sein de l’univers, sur une planète dont il devra plus tard ménager les ressources, qu’il dépend de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire.

Il apprendrait que les hommes se sont entretués dans des guerres qui n’ont jamais fait que produire d’autres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongèrement, de façon à flatter son orgueil.

On lui apprendrait assez du passé pour qu’il se sente relié aux hommes qui l’ont précédé, pour qu’il les admire là où ils méritent de l’être, sans s’en faire des idoles, non plus que du présent ou d’un hypothétique avenir.

On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaîtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux très jeunes adolescents sous prétexte de biologie. ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.

On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en société est impossible, instruction que les écoles élémentaires et moyennes n’osent plus donner dans ce pays.

En matière de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays où il se trouve, pour éveiller en lui le respect et détruire d’avance certains odieux préjugés.

On lui apprendrait à aimer le travail quand le travail est utile, et à ne pas se laisser prendre à l’imposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatées, en lui préparant des caries et des diabètes futurs.

Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses véritablement importantes plus tôt qu’on ne le fait. »

Marguerite Yourcenar, « Les yeux ouverts. » 1980

JE EST NOUS, JE SUIS TOUT, ET TOUS, ET TOUTES

Vous êtes immortel(le). Vous avez existé depuis des milliards d’années sous différentes manifestations, parce que vous êtes la vie et la vie ne peut pas mourir. Vous êtes dans les arbres, les papillons, les poissions, l’air la lune et le soleil. Peu importe où vous allez, vous êtes là, vous attendant vous-mêmes.

– Don Miguel Ruiz

Si on peut commencer à simplement accepter que nous sommes tout du monde, que nous sommes tout le monde, et que tout le monde est moi, que le monde est nous, et donc que moi est nous tous et toutes, et tout, alors il devient possible de cesser de juger les parties de ce monde que l’on serait porter à vouloir exclure.

Car que moi, que nous. Tout, toujours. Et on ne peut qu’assumer le monde, ce monde, dans son entièreté, dans sa totalité. Car nous sommes la vie et la vie ne peut pas mourir. Et on ne peut voir certaines manifestations de cette vie sans être toutes ces manifestations. Car on ne peut voir ce que l’on ne peut concevoir dit-on. On ne peut nier les parties moins reluisantes de ce grand forfait tout inclus au détriment des plus belles auxquelles on serait porté de vouloir s’identifier. On ne peut avoir le beurre sans l’argent du beurre, sans la vache, la ferme et tout le bataclan.

Ainsi, si on peut se considérer soi-même comme le tout, en se prenant pour le tout, se pensant comme le tout, nous devenons les attaquant(e)s autant que les attaqué(e)s, les bourreaux autant que les victimes, les trop durs comme les trop mous. Nous devenons le bon autant que le mauvais, le bon et le mauvais.

En embrassant le monde dans toutes ses manifestations, dans tous ses extrêmes et toutes ses déclinaisons, en acceptant que toutes les formes et toutes les manifestations du monde ne sont au fond que reflet de moi, de nous, on devient le monde entier. Car tout ce qui existe n’est que projection de notre propre monde.

Ainsi, en s’identifiant au tout, on disparait en tant que soi et on (re)devient le monde entier. La goutte redevient la mer. Et du coup, plus de eux ni de nous, plus de moi ni de toi. Il n’y a que du ceci, et même plus de cela. Que des parties du même grand tout, du même grand Je, du même grand Nous. Que des petits moi du grand Jeu humain et existentiel.

Si on peut arriver à voir et à concevoir le monde entier tel qu’il est, dans toutes ses manifestations, ni bien ni mal, que tel quel, sans faire d’effort pour en écarter les parties que l’on aime moins, pas ou pas du tout, on (re)devient alors le monde entier et tout ce qui vit a sa raison d’être puisque cela est, ceci est. Et ceci est juste et bon, juste bon. Même le mauvais, même le moins beau, même ce que l’on déteste et qui nous répugne.

Je sais, gros contrat mes ami(e)s. Mais le sens profond d’empathie, qui signifie se mettre à la place de l’autre. Voir le monde à partir d’une autre perspective.

Et en même temps, si je suis tout, je suis aussi rien. Si nous sommes tout, nous ne sommes rien du tout. Qu’un petit bout du grand Tout. Et n’être rien du tout est probablement tout ce que l’on peut faire, car rien à y faire, qu’être. Et rien en ce grand Tout nous l’avons déjà été, nous le sommes déjà et le serons pour toujours, et à tout jamais. Et toujours que maintenant.

Bon dimanche, premier jour du printemps, qui n’est que l’envers de l’automne, entre l’hiver et l’été qui partent et qui reviennent. Au fil des saisons.

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Ci-bas de beaux et puissant mots de Thich Nhat Hanh, qui vient justement de changer de forme, relayés via mon amie tatie MF.

Ne dites pas, je serai parti demain, car je ne cesse de naître, aujourd’hui encore.

Regardez en profondeur : je nais à chaque seconde bourgeon sur une branche printanière, oisillon aux ailes encore fragiles, apprenant à chanter dans mon nouveau nid, chenille au coeur d’une fleur ; bijou caché dans une pierre.

Je ne cesse de naître, pour rire et pour pleurer ; pour craindre et pour espérer.

Mon coeur est rythmé par la naissance et la mort de tout ce qui est vivant.

Je suis l’éphémère se métamorphosant sur l’eau de la rivière, et je suis l’oiseau qui, au printemps, naît juste à temps pour manger l’éphémère.

Je suis la grenouille nageant heureuse dans la mare claire. Et je suis l’orvet approchant en silence pour se nourrir de la grenouille.

Je suis l’enfant d’Ouganda, décharné, squelettique, aux jambes pareilles à des bambous fragiles, et je suis le marchand d’armes vendant des armes meurtrières à l’Ouganda.

Je suis la fillette de douze ans, réfugiée sur une frêle embarcation, se jetant à l’eau pour avoir été violée par un pirate. Et je suis le pirate, au coeur incapable encore de voir et d’aimer.

Je suis un membre du Politburo, et je suis l’homme qui doit acquitter sa « dette de sang  » envers son peuple, mourant lentement aux travaux forcés.

Ma joie est comme le printemps, chaude, au point d’épanouir des fleurs en tout mode de vie.

Ma peine forme une rivière de larmes, débordante, au point d’emplir les quatre océans.

S’il vous plaît, appelez-moi par mes vrais noms. Que j’entende ensemble mes cris et mes rires. Que je voie ma joie mais aussi ma peine.

Appelez-moi, s’il vous plaît, par mes vrais noms.

Que je m’éveille, et ouvre pour toujours la porte de mon cœur, la porte de la compassion.

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20/3/2022

TOUJOURS JUSTE LE MILIEU

Ni que blanc, ni que noir. Pas de bien ni de mal non plus.

L’équilibre n’est qu’un constant état de déséquilibre. Si certains apprennent à fuir ou à se battre, nous avons la chance de simplement observer, et ressentir. Et le devoir d’apprendre à marcher sur le fil, à avancer avec le vent, et contre vents et marées.

Ne pas s’en foutre, car c’est toujours de nous qu’il s’agit, de notre monde, de notre propre humanité, qu’elle en nous ou en dehors.

En crever ? Ça nous arrivera bien tous un jour. Mais d’ici là, vivons, vivons totalement, vivons passionnément. Et continuons de se sentir lié(e)s, uni(e)s, un.

Impossible de s’enfermer à double tour de toute façon, alors laissons entrer le monde entier en nous, mais en le laissant passer son chemin. Ne le retenant pas, ne fermant pas les mains, mais ne l’empêchant pas non plus de nous atteindre car impossible à éviter de toute façon. Peu importe les protections que l’on tentera d’ériger, le monde nous atteindra, le monde nous bouleversera. Car je suis le monde, nous sommes le monde, et le monde est je, nous, le monde est tout et partout, et le monde est fou.

Ne pas se laisser durcir, car le trop dur craque. Mais ne pas trop se laisser ramollir non plus, car le trop mou s’effondre. Juste assez dur, juste assez mou, Ni trop peu, ni trop.

Tout est donc question d’équilibre. Ce constant déséquilibre.

Face à cette guerre qui frappe, et qui semble nous toucher plus que les autres qui ont pourtant cours depuis toujours ou presque, on ne peut que se sentir concerné(e), car nos frères et nos soeurs, leurs enfants et leurs parents, qui écopent. Et au nom de nos frères et soeurs aussi qu’on attaque.

Et en même temps, rien que nous ne puissions faire pour l’arrêter, pour la stopper cette fichue guerre qui fait partie intégrale de notre humanité. Et la guerre, ça frappe toujours fort, très fort, trop fort.

Et l’antidote à la guerre réside toujours dans la paix, dans l’intention de la paix. Et peut-être que le but réel de la guerre est de nous apprendre la paix, même si la leçon semble longue jusqu’à l’éternité.

Être lucide sans devenir cynique, se laisser toucher sans devenir apathique et désensibilisé(e).

Pendant qu’ici, nous vivons la guerre par médias interposés, d’autres la subissent, d’autres la provoquent. Mais tous elle nous atteint à divers degrés.

Ainsi, demeurons empathiques sans crouler sous les bombes qui ne sont que médiatiques dans notre cas. Apprécions cette chance que tous n’ont pas. Pour le moment.

Sentons-nous concerné(e)s, car de notre monde qu’il s’agit, notre monde qui souffre et qui vacille. Sentons-nous solidaires, autant avec les attaqué(e)s, qu’avec le peuple des attaquants car pas tous des pro-guerre de ce côté-là non plus. Séparons les actions des gens, séparons les gens de couleurs de drapeaux. Car nous sommes tous les fils et les filles de la terre, de nos mères et de nos pères, et tous les parents de nos enfants, car tous et toutes nos enfants, même si pas directement, même si pas biologiquement. Tous des enfants de l’humanité.

Et continuons d’espérer la paix, de la vouloir, toujours, à tout jamais, car on ne peut qu’espérer et vouloir la paix, cette paix qui semble devoir se construire à coup de guerres et de bombes. Plus jamais a-t-on déjà dit. Mais encore dirait-on.

Le monde extérieur que l’on observe est en partie notre propre monde interne, notre propre monde d’illusions et de réalités diverses. Ce monde extérieur nous reflète nos propres petites guerres internes, nos propres conflits enterrés. Nous, candidement désarmé(e)s et désemparé(e)s devant la folie meurtrière.

Incrédules devant l’arrogance guerrière et l’inhumanité qui la sous-tend, rien que nous ne puissions faire pour ne pas sentir au plus profond de soi la souffrance qui git, la souffrance qui fuit.

Dans cet état de constant déséquilibre, acceptons ce qui est, et faisons en sorte que nous puissions contribuer à ce fameux plus jamais.

Mais pour pouvoir atteindre ce juste milieu, essentiel de connaître et d’accepter les deux extrêmes, en soi comme en dehors.

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Amour.
Je suis un avec toutes choses.
Dans la beauté, dans la laideur,
Pour tout ce qui est, je suis là.
Non seulement en vertu
Mais dans le péché aussi je suis un partenaire,
Et pas seulement le ciel, mais l’enfer aussi est à moi.
Bouddha, Jésus, Lao Tzu- Il est facile d’être leur héritier.
Mais Gengis, Taimur et Hitler ? Ils sont aussi en moi !
NON, pas la moitié – je suis toute l’humanité !
Tout ce qui est à l’homme est à moi –
Fleurs et épines,
Les ténèbres comme la lumière.
Et si le nectar est à moi, à qui appartient le poison ?
Nectar et poison, les deux sont à moi.
Quiconque éprouve ce que j’appelle religieux, car seule l’angoisse d’une telle expérience, peut révolutionner la vie sur terre.

– Osho

AIDE DIVINE DEMANDÉE

Je crois que nous, les humains, avons divinement besoin d’aide.

Je ne sais pas trop d’où peut et doit venir cette aide, non plus si quelque chose ou quelqu’un entend nos demandes, nos prières, mais clairement, si on regarde la situation actuelle de notre humanité, on aurait bien besoin d’aide de l’au-delà en ce moment.

Force est de constater qu’au fil de l’histoire humaine, nous sommes des barbares nous les humains. Et les seuls animaux qui s’entretuent pour leur propre profit, ou leurs sales idéologies. Et, de surcroît, nous semblons sur le point d’achever la Terre même sur laquelle on vit, au profit des intentions de quelques-uns plus désireux et plus pro-actifs. Mais peut-être que nous disparaîtrons avant elle.

De descendance catholique, j’ai longtemps été en réaction à toute forme de prière, ou aux demandes divines. Incrédule devant les possibilités de recevoir de l’aide d’ailleurs, j’ai de façon arrogante longtemps juger ceux et celles qui parlent à Dieu, préférant me prétendre à son écoute par la méditation quand, au fond, c’est surtout mon mental que je visite.

Mais ces temps-ci, devant le constat de notre triste situation, comme si je sens qu’il nous faudrait retrouver la capacité de prier, de demander de l’aide, ou du moins conseil, à plus grand que moi, implorer une aide supérieure à nous-même.

Que l’on nomme cette présence plus vaste que nous Dieu, Existence, la Vie, le Grand Esprit, ou de façon plus incarnée le coeur profond des hommes et femmes de bonne volonté, il me semble que l’on doive s’ouvrir à demander et à recevoir une forme de sagesse qui pourrait venir d’ailleurs, ou du plus profond de soi-même, pour espérer pouvoir venir à bout de nos récurrents et constants conflits, à bout de notre abus et du non-respect de la Terre même sur laquelle on vit.

On dit que l’ombre force la venue de la lumière. Ces temps-ci, l’ombre frappe fort et un immense puits de lumière divine me semble requis.

On nous dit d’avoir la foi. De faire confiance. OK. Mais presqu’inévitable de douter aussi car le défi est grand, et sombre, et fort inquiétant en ce moment.

Difficile de se suffire à soi-même, et de simplement apprécier son petit bonheur en ces temps troubles car on vit sur une Terre commune, nous partageons la même existence humaine et terrestre, malgré que chacun(e) crée son propre petit monde en ce bas monde.

Pas facile de se détacher de ce qui se passe ailleurs sur terre en ce moment. Même si la paix ne peut commencer qu’en soi-même évidemment, fin équilibre de faire sens de cette grande barbarie humaine et de ne point la laisser nous toucher, du moins ne pas la laisser trop nous affecter.

Alors quand le défi de la foi est aussi grand qu’en ce moment, on ne peut que s’en remettre à une force supérieure, à une sagesse et une intelligence plus grande que soi. On ne peut qu’ouvrir son coeur, reconnaître notre impuissance et notre solidarité, et demander aide et conseil à plus grand que soi. Car que peut-on faire d’autre en ce moment ?

Le monde bouille, la terre gronde, la tension monte. Un peu normal de se sentir en effervescence intérieurement, car on vit au coeur du monde, et ce monde vit également en nous, qu’on le veuille ou non, qu’on le sente ou pas. Notre coeur partage le même grand rythme terrestre.

Qu’on écoute ou non les nouvelles, on peut sentir le bouillonnement mondial, on peut goûter la tension, on peut entendre le bruit des bottes et des canons.

Ainsi, en ces temps instables, même s’il possible encore de croire que tout est parfait et pour le mieux, on est en droit de douter, de se poser des questions, de ressentir un certain vertige, un malaise certain.

Malgré tout, en particulier notre incompréhension, tout ce que l’on peut faire est de continuer à faire confiance en la Vie, la petite comme la Grande, garder sa foi vivante et enthousiaste, vaillante, et notre flamme allumée.

Amen !

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Promets-moi.
Promets-moi ce jour.
Promets-moi maintenant.
Pendant que le soleil est au-dessus
exactement au zénith.
Promets-moi.
Même s’ils t’abattent
avec une montagne de haine et de violence.
Même lorsqu’ils te marchent dessus
et t’écrasent comme un ver.
Alors même qu’ils se démembrent
et t’éventrent,
Souviens-toi frère.
Rappelez-vous, l’homme n’est pas
notre ennemi.
La seule chose digne de toi
est la compassion –
invincible, illimité, inconditionnel.
La haine ne te laissera jamais affronter la bête en l’homme.
Un jour, quand tu affronteras cette bête seul avec ton courage intact, tes yeux bienveillants, tranquilles (même si personne ne les voit), de ton sourire fleurira une fleur.
Et ceux qui vous aiment vous verront à travers dix mille mondes de naissance et de mort.
De nouveau seul, je continuerai tête baissée, sachant que l’amour est devenu éternel.

Sur la route longue et accidentée, le Soleil et la Lune continueront de briller.
L’homme n’est pas l’ennemi.

Notre ennemi est la haine, la colère, l’ignorance et la peur.
🌻 Thich Nhat Hanh

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J’ai reçu récemment cette prière d’une amie qui vient de perdre son fils.

Guéris-moi Seigneur.
Je me tiens devant toi, j’ai grand besoin que tu touches mon coeur.
Je te demande de venir à moi, de me guider, et que tu me prennes dans tes mains aimantes. Soulage-moi de mes peurs, de mes pleurs et de ma douleur.
Oh toi Grand guérisseur réconfortant, je demande que dans ta miséricorde et ta grande indulgence, tu répares ce qui est brisé en moi et que tu m’unifies. Aide-moi à sentir Ta présence en chaque souffle.
Ceci, je le demande avec tout mon coeur.
Amen !

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Je suis peu instruit en la matière, mais selon certains, certaines forces et entités veillent et nous protègent.

PETITES PÉPITES D’ESPOIR EN TEMPS DE CRISE

Garder l’espoir en temps de crise n’est pas qu’une sotte idée simplement romantique. Cela repose sur le fait que le monde n’est pas qu’histoire de cruauté, mais aussi de compassion, de sacrifice, de courage et de bonté. Ce sur quoi nous décidons de mettre l’emphase dans cette histoire complexe déterminera le sens que prendra notre vie. Si nous choisissons de ne voir que le pire, cela affectera notre capacité même de contribuer. Si nous nous souvenons de ces temps et lieux – et il y en a tant – où les gens ont agi avec dignité, cela nous donne l’énergie d’agir, ou au moins ça nous offre la possibilité de considérer un changement.

E si nous agissons, peu importe la porté de nos actions, nous n’avons pas à attendre
un grand avenir utopique. L’avenir n’est qu’une succession de petits présents, et le fait de vivre maintenant comme nous considérons que les humains devraient vivre, au mépris de tout le mal autour de soi, est en soi une merveilleuse victoire.

– Howard Zinn, La politique de la réforme humaine, une force pour el changement positif

Ces temps-ci, je suis à réparer quelques petits problèmes dans mon humble petit home en forêt. Petits et insignifiants problèmes comparés à ce qui se passe dans le monde. Du moins dans le monde de certaines personnes qui fuient les tirs et les bombes. Cette guerre en Ukraine qui nous fait d’ailleurs prendre conscience des nombreuses autres guerres qui sévissent ailleurs et que nous oublions. Ces guerres que nous préférons oublier parce que plus loin de nous, parce que peu rapportées dans les médias, parce que les victimes nous sont moins semblables. Mais guerres néanmoins. Et multiples misères non moins.

Alors comment arriver à simplement faire la paix avec notre petit bonheur et confort personnel ici en temps de guerre là-bas ?

La question se pose. Car troublant de penser que pendant que nous vivons dans une relative normalité, d’autres cherchent simplement à survivre. Sur la même planète, en même temps. Comment ne pas se sentir mal de ne pas être à leur place. Ou du moins responsable avec eux.

Si on considère le terme responsable à l’anglaise, comme dans responsability, comme habileté à répondre justement, quelle peut être notre réponse face à la grande guerre ?

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La vérité, c’est qu’il y a des moments dans l’histoire, des moments comme celui que nous vivons, où tout ce qui nous empêche de désespérer, tout ce qui nous permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge. Ce refuge parfois, c’est seulement une chanson, un poème, une musique, un livre.
Romain Gary – Éducation européenne
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Personnellement, ce que j’aime faire pour contribuer à mon humble mesure consiste à semer quelques graines d’espoir sous forme de mots. Lancer à bouts de mots quelques pépites d’espoir ici et là, plus ici que là car toujours qu’ici pour soi finalement. En espérant que cet ici se rende ailleurs, jusque là. Là-bas. Qui n’est aussi qu’ici.

Ainsi, nourrir la paix, en soi, autour de soi. Créer de la beauté à petite échelle.

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Il ne faut pas seulement désirer la paix. Il faut la nourrir au quotidien, en soi comme autour de soi. Il faut parler de la paix, faire des actes de paix, au sein même de notre quotidien. Alors, et seulement alors, la paix sera possible dans le monde.
Alain Williamson, Des échos intérieurs via Robert Potvin

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Et, au risque de me répéter, de tout d’abord réaliser et prendre conscience de la grande chance, l’inestimable chance et précieux privilège de vivre en paix. D’avoir un toit, et chaud, et à boire et manger. Déjà plus que tant d’autres.

Et partant de cette précieuse base, en soi, la faire grandir, et partager autour de soi. Par des gestes, par des mots, par des pensées de paix et de justice. Partager de la beauté, partager de l’espoir car on ne peut être ailleurs qu’ici pour le moment, on ne peut qu’être soi-même.

Et continuer de marcher notre chemin. Avec le coeur. Dans la confiance.
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Quelqu’un m’a demandé : « Tu n’as pas peur de l’état du monde ? »

Je me suis permis de respirer et puis j’ai dit : « Ce qui est le plus important, c’est de ne pas laisser ton anxiété à propos de ce qui se passe dans le monde remplir ton cœur ». Si votre cœur est rempli d’anxiété, vous tomberez malade et vous ne pourrez pas aider.

Il y a des guerres – grandes et petites – dans de nombreux endroits, et cela peut nous faire perdre la paix.

L’anxiété est la maladie de notre époque.

Nous nous inquiétons pour nous-mêmes, notre famille, nos amis, notre travail et l’état du monde.

Si nous laissons l’inquiétude remplir nos cœurs, tôt ou tard nous tomberons malades.

Oui, il y a d’énormes souffrances partout dans le monde, mais le savoir ne doit pas nous paralyser.

Si nous pratiquons la respiration consciente, la marche consciente, la position assise consciente et le travail en pleine conscience, nous faisons de notre mieux pour aider et nous pouvons avoir la paix dans notre cœur.

S’inquiéter ne sert à rien.

Même si vous vous inquiétez vingt fois plus, cela ne changera pas la situation du monde.

En fait, votre anxiété ne fera qu’empirer les choses.

Même si les choses ne se passent pas comme nous le souhaiterions, nous pouvons toujours être satisfaits, sachant que nous faisons de notre mieux et que nous continuerons à le faire.

Si nous ne savons pas respirer, sourire et vivre profondément chaque instant de notre vie, nous ne pourrons jamais aider personne.

Je suis heureux dans le moment présent.

Je ne demande rien d’autre.

Je ne m’attends pas à un bonheur supplémentaire ou à des conditions qui apporteront plus de bonheur.

La pratique la plus importante est l’absence de but, ne pas courir après les choses, ne pas saisir.

– Thich Nhat Hanh

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17/3/2022