SECRET SECRET

Le secret ?
Rien à acquérir, nulle part où arriver et, en fait , pas de secret !
– Alan Watts

On attend toujours quelque chose de plus. Plus grand, plus spectaculaire, plus beau, plus intense, plus plus plus, toujours plus. Mais la vie n’est souvent que ce qu’elle est. Rien de moins. Que ci, ou que ça. Comme ci, comme ça. Ou pas.

Et si on n’attendait désormais que du plus ordinaire ? Du plus simple, du plus tranquille, du plus tiède.

Les attentes ne sont pas en tant que telles le problème, c’est plutôt ce que l’on attend qui constitue le problème. Si on pouvait seulement n’attendre rien de spécial, ou s’attendre à tout, tout serait toujours parfait.

N’attendre que ce qui arrivera, comme ça arrivera, quand ça arrivera. Ou pas.

Nulle part où aller ailleurs qu’où nous sommes en ce moment même. Rien à acquérir que nous n’ayons pas déjà. Rien à n’être que nous ne sommes pas déjà. Rien à devenir. Rien en devenir. Et tout est rien qui finit bien.

Peut-être qu’un grand secret nous attend lorsque la vie nous amènera à quitter notre corps ? Et peut-être que pas non plus. Peut-être que nous ne faisons que disparaître, fader out.

Mais finalement, peut-être que le seul et vrai secret se cache dans les plis de l’ordinaire de la vie et qu’on l’a sous les yeux à tout moment. Dans la simplicité du moment qui passe, du maintenant qui glisse et qui coule. De l’air qui flatte notre peau en passant son chemin. Peut-être que nous ne regardons simplement pas comme il le faut, que nous attendons autre chose que ce qui est, que ce qui est parfait.

Avec le temps, on en arrive graduellement à apprécier de plus en plus la simplicité, l’ordinarité et la volatilité du moment qui est, comme de celui qui passe. Sans attente autre que de voir la vie nous glisser dessus, nous passer dedans, nous approchant du grand moment où nous changerons de forme. Et où nous ferons possiblement la découverte du grand rien qui est tout.

D’ici là, apprendre à apprécier ce qui est, ce qui n’est plus comme ce que ne sera pas, comme ce qui se passe et ce qui passe. Ou pas.

Chut, c’est un secret.

MÉDITER ?

Ne dites pas : Je médite. Le Je ne médite pas, il ne sait pas comment faire. Seul toi peux méditer. L’oeil du Je.
– Jeff Foster

Même si je la pratique depuis 40 ans, je ne sais toujours pas vraiment ce qu’est la méditation; pour ça que l’on appelle ça une pratique. À part observer tout ce qui se passe en moi et en dehors, et revenir à la respiration quand on s’égare dans le monde, surtout celui de nos pensées.

La méditation n’est pas une chose que l’on peut faire, ce n’est qu’une pratique à être, en devenir. Présent(e), total(e), le plus possible. La plupart du temps.

J’ai lu ces mots de Jeff Foster hier :

On me demande parfois : « Jeff, tu médites ? »

La réponse est non, pas du tout.
Ou, eh bien, oui, je le fais, tout dépend de ce que tu appelles méditer.

Je n’ai pas de pratique de méditation formelle. Pas d’horaire. Pas de technique. Pas d’encens. Pas de photos de gourous sur mon guéridon.

Je ne me dis jamais : « Je médite maintenant. »

Et pourtant, tout au long de la journée, je me retrouve en pleine méditation. Absorbé dans l’Immédiat.

Qu’est-ce que c’est que cette méditation, alors ?

Pure fascination pour l’instant, exactement comme il est…
Consentement absolu…
Toute expérience baignant dans la curiosité. Je n’ajoute rien.
Je n’enlève rien.
Pas de but.
Pas de recherche.
Pas d’ordre du jour.
Aucun état spécial à atteindre.
Aucune expérience particulière à avoir.

Pure merveille.
L’extraordinaire banalité de ce qui est.
La vie vécue…

En fin de compte, ce n’est pas quelque chose que je fais.
En fin de compte, c’est ce que je suis vraiment.

Cette conscience ouverte, enfantine, innocente, absorbant doucement chaque son, chaque image, chaque odeur, chaque sensation, chaque sentiment, attirant tendrement un «monde», oui, embrassant un monde comme une mère embrasse son jeune enfant.

Je suis donc la mère de mon monde.
Je suis l’espace qui contient l’ordinaire.
Je suis le silence au cœur des choses.
Je suis la Capacité de joie et de chagrin.

Je n’ai jamais besoin de chercher une expérience plus « vivante », plus « profonde » ou « spirituelle », car ce moment ordinaire est si profondément sacré.
Si beau…
Inondé de grâce…
Complet.
Toujours complet.
Le verre craquelé d’un abribus.
Le regard d’un étranger, cachant et trahissant des siècles de douleur et de nostalgie.
Le frisson sur ma joue quand je vais à la rencontre d’un bon ami.

J’avais l’habitude de méditer…
La méditation est entrée dans mes os.
Maintenant je suis la méditation…

L’immensité qui embrasse un monde entier.

J’avoue que j’ai moi-même pendant un bout de temps oser affirmer que je ne pratique plus comme telle la méditation, mais que c’est devenu une façon d’être. Mais sincèrement, ce n’est pas vraiment le cas car la plupart du temps, je ne suis pas totalement ni tout à fait ici, plutôt là-bas, dans un ailleurs indéfini. Prenant note de mes égarements, incessants. Mais je me pratique.

Et même le fameux moment présent est toujours un peu passé, dépassé car la vie file et coule et passe.

Ces autres mots de Jeff Foster vont un peu en ce sens :

Ceci est la méditation.

Laissez venir ce qui vient.
Laissez partir ce qui s’en va
N’essayez pas de repousser ce qui vient.
C’est déjà là et ça passera.

N’essayez pas de vous accrocher à ce qui se passe.
Le départ est naturel. Bénis aussi le départ.

Laissez ce qui reste, restez.
Laissez ce qui meurt, mourir.
Laissez ce qui vit, vivez.

Soyez le grand espace ouvert pour tout cela.

Chaque pensée, chaque sentiment.

Soyez la conscience.Soyez l’océan.
Autorisez les vagues.

C’est de la méditation, votre Vrai Soi.

Quelques autres mots pour nous aider à définir l’éléphant, ceux d’Adyashanti:

Chaque minute où vous êtes éveillé(e), chaque minute que vous vivez, chaque minute que vous respirez, il est là.
L’amour est une flamme qui brûle tout ce qui est autre que lui-même.
C’est la destruction de tout ce qui est faux et l’accomplissement de tout ce qui est vrai.
Aucune croyance et aucun concept n’est vrai.
Jetez-les tous et laissez la flamme du silence vous consumer jusqu’à l’éveil.
Un(e) humain(e) ordinaire cherche la liberté à travers l’illumination.
Un(e) humain(e) illuminé(e) exprime la liberté en étant ordinaire.

– Adyashanti

et finalement, des mots de mon beloved :

Lorsque vous mangez, mangez ; ne faites rien d’autre.
Lorsque vous écoutez, écoutez ; ne faites rien d’autre.
Lorsque vous marchez, marchez ; ne faites rien d’autre.
Restez dans le moment présent, restez dans l’activité, et bientôt vous vous rendrez compte que le passé s’est éloigné et un nouvel espace s’est ouvert en vous.
Dans cet espace, il n’y a pas de pensées.

Vivez moment après moment. Mourez au passé et mourez au futur. Vivez ici et maintenant, afin que ce que vous faites devienne une méditation.

La méditation est une attitude, pas une activité, alors quoi que vous faites peut devenir méditatif. La soi-disant méditation que les gens pratiquent n’est pas la méditation. C’est l’attitude d’être au présent qui est le noyau, le centre, la chose essentielle.

Faites ce que vous faites — marcher dans la rue, courir, prendre un bain, manger, aller dormir, s’allonger sur le lit, se reposer — et restez dans l’activité totalement. Sans passé, sans futur, restez dans le présent. Ce sera difficile au début, très difficile et très laborieux, mais petit à petit vous capterez la sensation de cela, alors une nouvelle porte s’ouvrera, un nouveau monde. Alors, le processus des pensées ne sera plus là.

Par cela, je ne veux pas dire que vous allez devenir incapable de penser ; au contraire, seulement alors vous serez capable de penser. Penser est une chose différente de cette course folle des pensées. Cette foule de pensées n’est pas du tout penser. Les pensées tournent encore et encore, et vous ne pouvez rien en faire. Vous êtes juste une victime, pas un penseur — vous souffrez, vous essayez de ne pas penser à elles.

Essayez d’arrêter une pensée et vous verrez qui est le maître. Essayer de l’arrêter. Vous ne pouvez pas. La pensée se rebelle contre votre contrôle et elle va revenir avec une vengeance — avec plus de force, avec plus de capacité et d’efficacité. Quel que soit ce à quoi vous pensez, ce n’est pas penser, vraiment, c’est juste une course, une course folle, une foule, un embouteillage de pensées, une survivance sans consistance, superflue, inutile, du passé.

Donc, soyez conscient(e).
Ne gaspillez plus le présent.
Vivez dans le présent.
Vivez dans la qualité méditative du présent.

– Osho, The Great Challenge, entretien 12

Le silence n’est pas l’absence de son, c’est l’absence de toi. – Wu Hsin
image via Srajano via Shanti Vikalpo

LAISSONS LE VENT NOUS PORTER

L’une des manifestations d’une éventuelle dépression nerveuse réside dans la croyance que son travail est extrêmement important. – Bertrand Russel

Ne t’inquiète pas lecteur/trice, je ne suis pas au seuil d’une dépression nerveuse – quel étrange terme en passant.

Mais ces quelques mots m’ont tout de même interpellé car à quelques moments dans ma vie de jadis, j’ai sérieusement considéré ce que je faisais – autant mon travail que mes occupations hobbyesques – comme extrêmement important. Une mission.

Oh rien de mal à apprécier les actions que l’on pose à leur juste valeur. Mais il faut néanmoins demeurer calme et cool car comme on dit : tout est relatif dans la vie.

Disons que les manipulations fines d’un chirurgien cardiaque lors d’une opération dépasse largement l’importance d’une passe transversale d’un joueur de hockey en zone neutre ou d’un tweet d’un(e) influenceur/se. En tout respect eu égard à la valeur personnelle de chacun(e). Chaque geste n’est pas égal par ailleurs comme on dit dans un certain jargon académique.

Quand on en vient à considérer que ce que l’on fait est extrêmement important, je crois qu’on a perdu un certain sens de la mesure, ou de la démesure. Car si ce n’était pas moi qui faisait ce que je fais, ce serait quelqu’un d’autre. Peut-être mieux, peut-être moins bien, peu importe.

Tout ce que je peux faire est faire ce que je fais du mieux possible, avec présence, avec soin, avec finesse. Car peu importe le geste que l’on pose, le plus important réside dans la présence que nous apportons à ce que nous faisons, le soin, la finesse.

Faire ce que doit, car on doit toujours faire quelque chose. Même ne rien faire est déjà quelque chose. Et comme dit le poète: que fait-on quand il n’y a plus rien à faire ?

Faire ce que doit, en toute humilité, avec simplicité et grâce, finesse et légèreté. Chaque action dans le moment, avec le plus de présence possible, sans attente de résultat, sans pression de devoir faire mieux, ni plus. Tout simplement. Tout bonnement. Bien humainement.

En même temps, malgré l’insignifiance relative de la portée de chacun de nos gestes, chacun(e) est également important(e).

Contradiction quand tu nous tiens.

Alors peu importe ce que nous faisons, peu importe l’importance que l’on accorde à ce que l’on fait, le temps le défera, la vie l’emportera, et le vent nous portera. J’en profite pour partager ici une superbe version de l’une de mes chansons préférées.

Laissons-nous porter avec simplicité et légèreté les ami(e)s.

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Lorsque viendra le printemps, si je suis déjà mort, les fleurs fleuriront de la même manière et les arbres ne seront pas moins verts qu’au printemps passé.

La réalité n’a pas besoin de moi. J’éprouve une joie énorme à la pensée que ma mort n’a aucune importance. Si je savais que demain je dois mourir et que le printemps est pour après-demain, je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.

Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps ?

J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ; et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même si je ne l’aimais pas.

C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content, parce que tout est réel et tout est précis. On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil. On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.

Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences. Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.  »

– Fernando Pessoa
Extrait de: 1960, Le Gardeur de Troupeaux, (Gallimard)

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Comme la vie fait bien les choses – même si on ne le réalise pas toujours – je tombe sur ce texte de l’ami Claude Leclerc (Vismay) – ou est-ce son texte qui me tombe dessus ? – quelques minutes après avoir terminé de rédiger les mots ci-hauts. Je trouve que ça le complète très bien.

OFFREZ TOUT : VOS ESPOIRS COMME VOS DÉSESPOIRS !

La vie est mouvement
Perpétuel
L’univers est mouvement
Infini…

Croire quoi que ce soit
Que je suis une personne
Un « je » séparé
De ce grand mouvement universel…

S’identifier à quoi que ce soit
Penser « mes » peines, « mes » joies
« Ma » douleur, « mes » problèmes…
C’est tenter d’arrêter le mouvement
De se l’approprier
Tenter de se fixer, se définir
Un monde à soi…

C’est surtout résister au mouvement…
Et résister au mouvement
C’est souffrir…

Vous êtes un des très nombreux lieux
De toute cette animation
Un espace d’accueil
Un espace d’amour
Libre et impersonnel…

Laissez la vie vous traverser
Sans rien vous approprier
Abandonnez-vous
Et vibrez !

Comment faire ?

Offrez chaque expérience du moment
À l’univers, au divin, à l’amour, à l’infini
Selon la formule qui vous plait…

Le plus souvent possible
Prenez conscience
De la sensation du moment
De la douleur, de la tristesse, de la peur
Et offrez la sans retenue…

Mais aussi du plaisir, de la joie, de l’excitation
Offrez tout à plus grand
Vos espoirs comme vos désespoirs !
Ne gardez rien pour vous

Aussitôt perçu, aussitôt donné
Avec amour, avec joie
Dans l’allégresse !
N’arrêtez pas le mouvement
Laissez-vous traverser dans la plus grande liberté !

Chaque pensée qui se présente
Et même chaque résistance à laisser aller

Offrez tout !

Tout ce qui n’est pas donné est perdu !

Autant de légèreté
D’énergie, de liberté perdue !
Et même cette liberté
Cette joie, cette légèreté

Offrez tout

Ne gardez rien !
Devenez le mouvement même
De la vie
De l’univers !

Et même ce mouvement
Offrez-le avec le cœur
Dans l’allégresse !

Faites comme les arbres
Les oiseaux
Les fleurs des champs !
N’arrêtez pas la vie
En pensant c’est « ma » vie
« Ma » joie, « ma » tristesse !

Alors, il n’y a plus de mort
Que mouvement, changement
Transformation perpétuelle
Dans l’espace de conscience éternelle
Que vous êtes…

Alors l’univers entier
Dans son infini, sa divinité
Coule en cascades
À l’intérieur de vous
Coule en rivières de lumières…

S’il vous plait
N’arrêtez pas la vie
En vous cristallisant
En vous crispant
Autour de la pensée d’un moi
D’un « je » !

Votre destin
Votre nature
Votre essence
Est infinie !
Ne gâtez pas la sauce inutilement !
Chaque respiration qui anime votre corps
N’est pas la vôtre

C’est la vie qui joue avec vous
Comme avec les fleurs
Les abeilles, les renards
Les petits enfants
Avant qu’ils ne deviennent grands
Avant qu’ils ne s’approprient
Les mouvements de joie et de tristesse
Pour s’en faire un monde
Fermé, crispé
Inutilement douloureux…

Offrez tout, à chaque instant
Vos espoirs comme vos désespoirs
Et soyez heureux
Soyez heureuses
D’un bonheur qui n’a pas de cause
Et qui ne vous appartient pas…

(SE VOIR) JUGER LE MONDE

À chaque fois que je porte un jugement sur une autre personne, c’est une partie de moi pas encore guérie qui se révèle à moi.

Ces temps-ci, avec la multiplication des mots et des images qui nous arrivent via les multiples écrans qui nous servent à regarder le monde, à en être témoin, nous avons de plus en plus de miroirs dans lesquels nous regarder. En fait, de plus en plus de personnes autres que soi à observer, et souvent à juger, critiquer, commenter. Cette situation nous incite souvent – plus qu’avant ? – à se perdre à l’extérieur de soi.

À regarder vivre le monde dans nos écrans, on s’y perd bien souvent.

Comme nos yeux regardent principalement vers l’extérieur, nous sommes souvent distraits de nous-même. Soit nous nous comparons, pour le meilleur ou pour le pire, et ainsi soit nous nous consolons ou nous nous abaissons devant meilleur ou mieux que nous. Du moins ce que nous jugeons ainsi.

Pourtant, les autres n’existent pas. N’existe que notre perception des autres.

Si nous étions capables de se regarder soi-même, de ne pas nous perdre et de vraiment contenir notre regard et, comme on disait ici hier grâce aux mots d’Anaïs Nin, de réaliser qu’on ne voit jamais les choses telles qu’elles sont, mais plutôt telles que nous sommes, nous serions conscients que peu importe ce que l’on regarde en dehors de soi, ce n’est au fond toujours seulement soi que l’on observe. Diverses facettes de soi-même, diverses parties. Certaines plus belles, d’autres moins. Mais tout part toujours de soi et revient toujours à soi. Toujours que soi le monde.

On dit que notre regard vers l’extérieur pointe toujours vers quelque chose qui nous attire en particulier pour une raison précise. Que l’extérieur nous invite à voir en nous ce que l’on admire, ou ce que l’on abhorre (1). Pour le sortir de soi. Car si on peut voir quelque chose à l’extérieur de soi, ce quelque chose devient extérieur à nous. Très pratique pour les parties de soi qu’on ne peut accepter.

Que notre regard soit porté vers quelque chose en particulier à l’extérieur de nous ne serait pas le fruit du hasard. Cela pointerait de façon moins que plus consciente vers quelque chose qui nous attire, ou quelque chose qui nous fait éprouver de la répulsion. Ainsi, nos projections ne seraient pas banales. Soit elles nous indiquent ce que l’on désire, sans toujours se l’avouer, ou quelque chose que l’on ne veut pas voir en nous.

Ça fait du sens non ?

Mais si on peut se souvenir que ce que l’on voit en dehors de soi n’est qu’une réflection de notre dedans, alors l’exercice peut prendre une autre tournure. On peut alors utiliser tout ce vers quoi notre regard est attiré comme une source d’information de ce qui se cache en soi. Comme on dit, on ne regarde rien pour rien.

Je ne sais pas si le fait de juger autrui révèle réellement une partie de moi non encore guérie. Peut-être bien que oui, peut-être bien que non, je ne suis pas psy, ni trop intéressé à savoir désormais.

Mais il me semble faire beaucoup de sens de penser que mon regard n’est pas attiré innocemment vers certaines sources – mots, images – plutôt que vers d’autres. En gardant à l’esprit cette hypothèse, l’exercice de regarder le monde devient alors riche de sens et de découvertes sur soi.

Ainsi, plutôt que de trop faire porter l’attention sur autrui, on devient capable de se voir regarder le monde. Capable d’observer l’observateur/trice observer le monde dans lequel on vit. Avec toujours une certaine distance entre le vu et le voyant, qui devient parfois voyeur/euse, entre l’observé et l’observateur/trice.

Considéré ainsi, le vu ne devient pas automatiquement du su, le vu n’est pas pris pour du cash, mais ce sur quoi porte regard devient davantage un révélateur de quelque chose en soi. Car pourquoi je m’intéresse à ceci plutôt qu’à cela ? Pourquoi cette personne fait monter une certaine impulsion en moi ? Pourquoi je considère positivement ou négativement telle ou telle personne ?

Toutes des clés qui nous renvoient toujours à soi, vers soi, ces parties de nous qui peuvent nous révéler quelque chose à regarder, à voir, à sentir.

Et notre regard peut ainsi devenir un vrai miroir de soi, en utilisant le vu comme révélateur d’un monde enfoui en nous.

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(1) Abhorrer: Éprouver de l’aversion pour quelque chose ou quelqu’un ; détester, exécrer.

LE MONDE PLEIN NOS SENS

On ne voit pas les choses telles qu’elles sont, on les voit telles que nous sommes. – Anaïs Nin

Tel que l’avance Anaïs Nin ci-haut, il n’est pas rare d’entendre ou de lire qu’un monde neutre et objectif n’existe pas en tant que tel, que nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais davantage tel que nous sommes.

Ainsi, un monde unique et prétendument objectif n’existerait pas, ce monde ne se situerait que dans notre regard, dans nos yeux, et nos yeux sont pleins. Pleins de filtres, de croyances, de conditionnements. En fait, le monde est dans tous nos sens, et dans tous nos états.

Si nous cherchons du sens en cette existence, on pourrait aussi dire que ce sont nos sens qui créent le monde.

C’est ainsi que nous pouvons concevoir qu’il n’existe pas un seul monde, mais autant de mondes que de sources de perception de ce prétendu monde. Et que c’est davantage soi-même que l’on perçoit quand on regarde le monde, que ce qui est devant soi. En ce sens, le monde est en nous et nous sommes le monde que nous créons et re-créons sans cesse.

Si la peur nous habite, le monde devient un lieu dangereux et risqué. Si nous vivons dans la foi et la confiance, ce même monde devient accueillant, et bon.

On dit aussi que nous ne pouvons voir que ce que nous connaissons et, souvent, nous nous assurons de nous entourer de ce qui nous rassure, ce qui est connu. Nous consolidons ainsi au fil du temps notre propre vision du monde. Que ce soit par nos choix de sources de nouvelles, nos expériences passées, l’environnement que l’on crée autour de soi ou nos lectures, nous forgeons le monde, notre monde.

Mais si nous ne pouvons voir que ce que nous connaissons, nous pouvons tout de même percevoir certaines dimensions qui existent au-delà de notre regard limité et limitant. Nous pouvons sentir, ou espérer, que quelque chose de supra humain existe. Sans preuve ni certitude, qu’un pressentiment.

Soit il n’existe qu’un seul et même monde, que tout le monde perçoit selon son propre petit point de vue limité, sa propre petite réalité, soit il existe des milliards de mondes que chacun(e) porte en soi. Deux façons de concevoir ce qui existe en dehors de soi. Et finalement, peut-être que tout cela ne soit que la seule et même chose au fond, que des façons différentes de comprendre et de saisir LA – ou LES – réalité(e)s.

Si on pense qu’il puisse exister différents mondes, différentes réalités, il est possible qu’on réussisse à les imaginer, et peut-être les voir et les toucher même. Ainsi, nos croyances – ou nos possibilités de croyances – détermineront le monde en dehors de soi.

Mais au-delà nos croyances et nos convictions personnelles, on dit aussi qu’il existerait un seul et même unique tissu d’amour nous liant, nous unissant. Même si notre regard fragmenté et notre mental limite notre perception du grand tout, du Grand Esprit, on peut supposer que quelque chose de supérieur règne au-delà du compris et du connu, un amour divin, un liant surhumain, une essence unique, le même souffle de vie qui anime tout le vivant, le seul et même coeur qui bat en chacun(e) de nous comme en toutes choses.

Bien complexe tout ça pour nos ptites têtes chercheuses de sens non ? Mais c’est peut-être plutôt par le coeur qu’on devrait chercher ?

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Il n’y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu’un qui voit le même monde que nous. C’est comme apprendre que l’on était pas fou.
– Christian Bobin

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Ci-bas, un touchant témoignage qui pourra peut-être éclairer notre compréhension.

Lorsqu’elle a appris qu’il lui restait six mois à vivre, l’écrivaine Christiane Singer a commencé à rédiger ses « Derniers fragments d’un long voyage », témoignage bouleversant à l’approche de la mort. ( Elle nous a quittés le 4 avril 2007 ). En voici un extrait …

 » C’est du fond de mon lit que je vous parle

J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu.

Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler.

Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous. On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.

SHOW AU COEUR

Hier, comme c’est le cas depuis quelques années et pour la plupart d’entre nous, c’était jour d’anniversaire de naissance sur la place publique pour moi. Wow ! quelle overdose d’amour. Vous avez encore une fois été si nombreux/ses et si généreux/ses.

Même si, fondamentalement, nous savons – ou pensons savoir – que nous sommes seul(e)s ici-bas et que c’est en nous seulement, initialement du moins, que l’on doit trouver la paix et l’amour, ces marques d’affection qui nous arrivent plein l’écran touchent toujours la cible, gonflent le coeur et permettent de continuer le chemin avec légèreté, humanité et chaleur au coeur.

La solitude signifie simplement la plénitude. Vous êtes entier, personne d’autre n’a besoin de vous compléter. Alors essayez de découvrir votre centre le plus profond où vous êtes toujours seul, où vous avez toujours été seul. Dans la vie, dans la mort – où que vous soyez – vous serez seul(e), mais ce centre est plein, il n’est pas vide, il est si plein et si complet et si débordant de tous les sucs de la vie, de toutes les beautés et bénédictions de l’existence, qu’une fois que vous aurez goûté à votre solitude, la douleur dans le cœur disparaîtra. Au lieu de cela, un nouveau rythme de douceur, de paix, de joie, de bonheur immense sera là.
– Osho

Une solide solitude assumée, agrémentée et bonifiée de l’amour et de l’amitié d’autrui, de nos frères et soeurs, de notre monde. Et si nous sommes parfois embourbé(e)s sur le chemin, ou obsédé(e)s par la destination, la compagnie d’âmes soeurs n’est pas à négliger.

Qu’est-ce qui est le plus important, demanda le Grand Panda, le chemin ou la destination ?
La compagnie, répondit le petit Dragon, la compagnie.

J’ai été inondé d’amour hier, et le coeur s’est gonflé, et les larmes ont coulé.

Il est possible que nous soyons, chacun de nous, psychiquement, spirituellement, comme des terrains toujours en danger d’inondation : inondations de mots, de traumas, inondation de savoirs inutiles, d’images aveuglantes et que c’est dans la rareté ou dans le peu, que l’immense a la chance de revenir, de resurgir…
– Entretien avec Christian Bobin

Et en ce matin post-anniversaire, retour dans plus de peu, retour au moi. Retour à la maison, au home en moi. Retour au silence, le coeur gonflé de toutes ces marques d’affection virtuelles et bien réelles.

Nos anniversaires de naissance ne sont plus les mêmes depuis l’avènement des fameux réseaux. Dans mon cas, seulement FB, mais déjà beaucoup.

Ces foutus réseaux ont bien quelques côtés pervers, mais la somme d’amour et d’appréciation qu’on y reçoit lors de notre jour de l’année (si on a indiqué notre date d’anniversaire, ce qui est un choix délibéré) est l’un de ses principaux effets secondaires positifs.

Et sincèrement, cet amour fait vraiment chaud au coeur; en fait, gros gros show de boucane d’amour en mon ptit coeur que cette massue d’affection reçue hier via vos claviers et mon écran. Même si virtuelle, tellement réelle.

Hier, je me disais que les réseaux ont beau être impersonnels, que nous fréquentons désormais beaucoup moins les gens qui nous la souhaitent bonne la fête et joyeux l’anniversaire, mais que pour la plupart, nous les avons tous et toutes connu pour de vrai jadis ces ami(e)s de chair, de corps et de coeur devenus depuis ami(e)s FB d’écrans et de claviers.

Et ces démonstrations anniversariennes d’amour, d’appréciation et d’amitié nous frappent drett dans l’dash. En tous cas, mon dash à moi en a pris tout un coup dans le bumper hier encore. Bon de sentir que nos actions, et nos ami(e)s, nous reviennent, nous ramènent à la maison du coeur. Car en ce monde actuel, tumultueux pour dire le moins, encore riche de recevoir tant de douceur de coeur de la part du monde out there, notre monde out there et de le garder in here.

Hier j’ai appris que c’était aussi l’anniversaire de Christian Bobin, qui est atterri ici sur terre exactement 10 ans avant moi. Beau clin d’oeil de la vie. Car Monsieur Bobin est une inspiration du monde des mots pour moi.

Alors, en ce premier matin du reste de notre vie, je vous partage quelques bribes bobinniennes avec respect et appréciation de tout ce qui est, tout ce qui fut, et tout ce qui sera. Merci à vous tous et toutes pour notre humanité partagée.

Bien humblement.
Ati

Entre moi et le monde, une vitre. Écrire est une façon de la traverser sans la briser.

Écrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir.

Aimer. Faire sans cesse l’effort de penser à qui est devant toi, lui porter une attention réelle, soutenue, ne pas oublier une seconde que celui ou celle avec qui tu parles vient d’ailleurs, que ses goûts, ses pensées et ses gestes ont été façonnés par une longue histoire, peuplée de beaucoup de choses et d’autres gens que tu ne connaîtras jamais.

Te rappeler sans arrêt que celui ou celle que tu regardes ne te doit rien, ce n’est pas une partie de ton monde, il n’y a personne dans ton monde, pas même toi.

Cet exercice mental – qui mobilise la pensée et aussi l’imagination – est un peu austère, mais il te conduit à la plus grande jouissance qui soit : aimer celui ou celle qui est devant toi, l’aimer d’être ce qu’il est, une énigme. Et non pas d’être ce que tu crois, ce que tu crains, ce que tu espères, ce que tu attends, ce que tu cherches, ce que tu veux.

– Christian Bobin, extrait de « Autoportrait au radiateur »

DOUCE FORCE

Qu’est-ce que la force ?
La force consiste à pardonner aux gens qui ne se sentent même pas désolé(s) face à leurs actions. La force consiste à sourire quand vous voulez pleurer à chaudes larmes. La force consiste à ne pas blesser les gens qui vous ont blessé. La force consiste à pardonner aux autres.

Je ne suis pas d’accord avec ces quelques mots. Mais j’aime me mettre en déséquilibre.

Parfois, écrire autour d’un désaccord permet de préciser sa propre pensée et sentiments et de découvrir quelques trésors que notre pensée linéaire et que notre tête-de-cochonnitude nous empêchait de voir. J’aime écrire à partir de mots avec lesquels je suis en désaccord, pour les prendre de l’autre bord, pour me les faire miens, pour voir où j’accroche. Car au fond, accord et désaccord, même différence. Souvent qu’une posture mentale figée qui ne nous permet pas de jouer avec les mots, et de les considérer autrement, différemment.

J’ai récemment vécu une altercation avec quelques ami(e)s chers. Altercation qui m’a ébranlé. Et qui me force encore à me regarder sous toutes mes coutures, dans ma doublure, et à l’intérieur de mes poches, de résistance. Car c’est que permet mieux que tout une altercation: sortir de sa coolitude, de sa zone de confort, pour se regarder soi-même sous d’autres coutures.

Allons-y ligne par ligne avec celle-ci.

La force consiste à pardonner aux gens qui ne se sentent même pas désolé(s) face à leurs actions.

Premièrement je n’aime pas l’expression pardonner quant ça s’applique aux autres. Car qui sommes-nous pour pardonner aux autres ? La vie se chargera bien de pardonner ce qu’il y à pardonner pour chacun(e). Chacun(e) agit ou réagit en fonction de sa position actuelle et c’est en faisant qu’on apprend. Seuls eux et elles pourront saisir la leçon.

Et souvent les plus grandes leçons se cachent dans nos différends, dans nos altercations avec les autres. C’est souvent par le choc qu’on grandit et qu’on apprend. Ou par la répétition. Et parfois, il nous arrive de blesser les autres, et soi du même coup. Parfois il nous arrive d’être blessé dans nos relations avec les autres, surtout nos proches. Et on peut toujours s’excuser et demander pardon. Mais la réponse ne nous appartient pas. On ne peut que demander pardon et offrir ses excuses, le reste n’est pas entre nos mains.

À mes yeux, le pardon se demande plus qu’il ne s’accorde.

La force consiste à sourire quand vous voulez pleurer à chaudes larmes.

Parfois. Mais je crois qu’il est plus juste d’afficher ses vraies émotions. Et il est possible de pleurer en gardant le coeur ouvert et les yeux rieurs. La comédie de la vie.

La force consiste à ne pas blesser les gens qui vous ont blessé.

Ici, tout à fait d’accord. Car personne ne peut nous blesser à moins qu’on ne le permette. Les autres peuvent nous révéler des situations douloureuses du passé, raviver de vieilles blessures, mais toujours à nous cette douleur en nous. Nous sommes les maîtres de nos propres douleurs, comme leur victime parfois. À nous de déjouer. Mais surtout de jouer le rand jeu de la vie avec tout ce qu’elle implique.

La force consiste à pardonner aux autres.

Pardonner aux autres, gros contrat. Tel que je disais plus haut, qui sommes-nous pour pardonner aux autres ? Même si je comprends ce qui sous-tend cette affirmation, soit de libérer l’autre de toute culpabilité, chacun doit trouver le sens dans nos histoires personnelles qui s’entrechoquent.

Je peux dire à quelqu’un que je suis OK avec l’incident, que je vais voir ce qui m’appartient, ce que j’ai à y apprendre, mais, ultimement, à lui ou elle de saisir la leçon face à son propre comportement, et cela se fera, ou pas, que je lui pardonne ou pas.

Ce qui nous mène au Hoʻoponopono, que je connais peu. Si comme position de base, on ne peut être contre le principe et contre l’attitude fondamentale que ces quelques affirmations permettent, sur le fond beaucoup plus complexe il me semble.

Je suis désolé(e)
sois désolé, ou pas, mais surtout regarde-toi et prend la totale responsabilité de tes actions.

S’il te plaît, pardonne-moi
et si l’autre ne nous pardonne pas ? ne sommes-nous pas à sa merci si l’autre ne veut rien savoir ? Le pardon est un processus graduel et organique qui ne peut s’imposer.

Je t’aime
même encore fâché(e) ? et de toute façon, qu’est-ce que l’amour ? et peut-on aimer autrui davantage qu’on s’aime soi-même ? Grandes questions, je sais.

Merci
oh ça oui, car tout dans le vie est un cadeau, et parfois surtout ce qui fait mal, ce qui est difficile, ce qui nous force à grandir.

Alors Merci la vie.
Et Daime, donne-moi tout ce que j’ai besoin de vivre.

TERRE À TERRE & COEURS À COEURS

Ne leur souhaite jamais de mal.
Ce n’est pas qui tu es.
S’ils t’ont blessé, ils doivent avoir de la douleur en eux, alors souhaite-leur la guérison.
– Najwa Zebian

De la douleur, ou de la peur, ou de vieilles blessures ou une partie d’ombre qui cherchent guérison et lumière. Car de toute façon, jamais les autres qui nous causent de la peine ou de la douleur, ils/elles ne font qu’en réveiller de la vieille enfouie en nous depuis notre naissance.

Parfois, on vit des heurts avec nos proches. Et naturellement, ces chocs se passent souvent avec les gens qui sont les plus près de nous car c’est lorsqu’on ouvre son coeur que nous sommes le plus vulnérable.

Souvent, on blesse les autres sans qu’ils/elles ne sachent à quel point. Du moins sans savoir clairement. Ou nous sommes blessé(e) sans que les autres en soient conscient(e)s.

Parfois c’est par peur, d’autres fois par ignorance. Mais toujours par inconscience. on dirait que c’est ainsi qu’on peut devenir plus conscient. Par choc, ou par répétition d’un comportement. Et quand on s’entrechoque avec autrui à la même place, il devient possible de reconnaître notre part dans l’échange. Oui, un échange, car un conflit concerne toujours au moins deux personnes.

Les relations humaines sont une occasion idéale d’apprentissage, de conscience, de dépassement de ses limites, de conscientisation quant à certaines sources d’ombres que l’on porte en soi.

Quand on clash avec autrui, on peut soit blâmer l’autre, souvent la réaction initiale, et ainsi passer à côté d’une importante leçon, ou tourner notre regard vers soi et identifier notre part dans ce que l’on nomme souvent à tort conflit. Car on porte toujours au moins la moitié de la responsabilité dans tout malentendu. Moi et l’autre.

Se regarder soi-même requiert beaucoup de maturité, de courage même, et lucidité.

Comme on dit, tu veux voir clair ou avoir raison ?

Quand on clash avec autrui, de surcroît avec des êtres qui sont chers à notre coeur, toujours un peu automatique de faire porter notre regard vers l’autre. Mais à force de pratique et d’expérience, on réalise que c’est par soi qu’on doit commencer, c’est vers soi qu’on doit regarder. Pour identifier notre part, notre rôle dans ce qui apparait comme un drame sur le coup.

Car sans hasard, nous sommes toujours au coeur de nos conflits. Nous sommes le dénominateur commun de tous nos conflits. Nous devons donc inévitablement porter une partie de la responsabilité, donc une partie de la solution.

On n’a pas à pardonner aux autres. On n’a qu’à prendre responsabilité pour notre rôle dans la mésentente. On peut nommer un différend comme un conflit – choc d’idée ou d’émotions – ou comme occasion d’harmoniser une énergie qui s’est entrechoquée. Entre moi, et mon histoire, et un(e) autre, et son histoire. Et certaines se réconcilieront alors que d’autres se sépareront. Ainsi va l’histoire de nos vies.

Et parfois, il faut aussi seulement laisser un peu de temps au temps pour que chacun chacune regarde sa part, la part que l’on porte dans le différend. Et faire confiance à la vie, et à l’amitié.

Jamais facile de clasher avec des ami(e)s, mais, en même temps, inévitable en amitié. Quand on ose être soi-même, et quand on permet aux autres de faire de l’être aussi, éventuellement nos différences s’affronteront. C’est par un certain brouhaha que l’amitié grandit, ou se transforme, ou se termine. La beauté et l’humanité se déploient souvent à-travers un certain chaos.

Gardons notre coeur et notre esprit ouverts, laissons tomber l’intention d’avoir raison car les relations ne sont pas affaires de raison, mais affaires de coeur.

En ce jour de la terre, à la mesure de nos moyens relatifs, revenons à la base.

Écoutons, écoutons-nous les un(e)s les autres. Écoutons la nature se dire, nous dire. Écoutons nos coeurs blessés qui ne cherchent que réconfort et apaisement.

Car nous sommes tous et toutes des enfants de la terre. Les frontières sont dans nos têtes et dans nos coeurs.

Et malgré nos abus, la terre ne cherche par à nous punir, elle ne fait que nous informer de la voie à suivre. Écoutons-là car elle vit en chacun(e) de nous.

Et si les mots ne sont pas suffisants:

https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2022-04-22/jour-de-la-terre/quoi-faire-pour-proteger-la-planete.php

ÉCOUTER POUR VOIR – PART TWO, PARTOUT

Première fois que je reprends le même meme deux jours en ligne, mais celui-ci ne semble pas vouloir me lâcher si facilement et on le dirait même destiné personnellement à mes yeux ces jours-ci, comme une leçon de vie inévitable. Il me colle après.

Je l’ai utilisé sous cette forme hier :

mais je le reprends légèrement modifié en collant les deux phrases aujourd’hui car si parfois une image vaut mille mots, dans ce cas-ci, plus d’image me laisse sans mot, son absence me les révèle mieux.

Comme si c’est la vie qui me disait, me chuchotait à l’oreille et me criait à la tête tout en me bottant le derrière : Ferme-là et écoute-moi !

parfois on écoute le silence, parfois on écoute les autres.

L’écoute crée un silence sacré.
Lorsque vous écoutez généreusement les gens, ils peuvent entendre la vérité en eux-mêmes, souvent pour la toute première fois.
Et dans le silence de l’écoute, vous pouvez vous connaître en chacun.
Finalement, vous pourrez peut-être entendre en tout le monde et au-delà de tout le monde, l’invisible chanter doucement pour lui-même et pour vous.
– Rachel Naomi

Alors j’écris encore autour de ce thème ce matin car il y encore du jus à extraire de ces mots du silence.

Je m’écouterai donc écrire, pour sentir ce qui monte quand je fais tape tape au sujet de me taire.

Car

La connaissance parle, mais la sagesse écoute. – Jimi Hendrix

Et nous pourrions tous et toutes, moi le premier, jouir d’un peu plus de sagesse auditive. Écoutons pour voir.

Comme les gens qui veulent apprendre à écrire doivent lire beaucoup, nous, ceux et celle qui voulons apprendre la juste parole, devons apprendre à écouter beaucoup beaucoup car comme l’affirme notre cher Rumi : puisque pour apprendre à parler, il faut d’abord écouter, apprenons à parler en écoutant.

Écouter sans imposer nos jugements aux mots des autres qui nous rentrent au poste d’écoute.

Écouter sans penser, sans penser répondre tout de suite. Écouter et déguster.

Écouter le silence qui se glisse entre les mots, entre le bruit ambiant. Écouter les vibrations des mots et du silence.

Laisser du lousse entre les mots entendus et nos réponses. Pour que nos réponses soient de vraies réponses et non plus des réactions automatiques.

Prendre le temps de laisser les mots des autres tomber en nous, se déposer, résonner pour laisser la réponse juste émerger, si réponse il y a à y avoir. Car parfois la simple écoute est une réponse plus précieuse que tout mot.

L’une de mes activités préférées de la dernière année consiste à méditer – en silence – parfois entrecoupé par de la belle musique et/ou quelques mots sages, parfois pas – avec ma Tribu. Ma gang de silencieux. Messieurs et mesdames Muffler !

Nos ptites faces respectives dans nos écrans Zoomés – ou simplement le nom pour certain(e)s – nos micros fermés, à l’écoute d’un silence commun, en attente sans attentes, en toute présence. Réelle et virtuelle. En présence les un(e)s des autres, les un(e)s aux autres. Moments simples et puissants, simples et nourrissants, simplement rassurants. Merci mes ami(e)s du silence.

Ainsi, pour mon anniversaire cette année, plutôt que de produire une chanson comme l’an passé ou de pondre un texte de remerciement écrit d’avance, j’aimerais donner du silence en cadeau.

Et lancer une invitation aux multiples ami(e)s FB qui m’enverront en grand nombre (le meilleur de FB) leur bons souhaits d’anniversaire de se taire en notre compagnie dimanche matin (ici du moins). Juste ça. Tout ça.

PARLÉCRIRE POUR NE RIEN DIRE

On parle beaucoup. Parfois trop.

OK je parle beaucoup, souvent trop. Et j’écris chroniquement.

Mais pour dire quoi au juste ?

Car qu’est-ce à (tenter de) dire de si essentiel ?

Et parfois on ne parle quand il le faudrait.

Alors cette fois-ci encore, j’essaierai d’écrire pour ne rien dire qui ne doit pas être dit.

J’utiliserai les mots pour simplement tenter de tisser un lien entre nous, entre nos coeurs, entre nos âmes. De la mienne à la vôtre, et vice-versa.

Encore une fois, j’essaierai d’écrire entre les lignes. J’essaierai de dire l’indicible.

Je (tenterai de) tisser un lien avec ces mots, un pont de mots pour unir nos coeurs, pour guérir nos peurs, pour alléger nos lourdeurs.

Que ces quelques mots pour écrire tout oh ! ce que l’on vit tous et toutes et chacun(e) tout bah ! dans les profondeurs de nos coeurs.

Les mots, non pas pour expliquer, mais pour nous rapprocher, car nous utilisons tous et toutes les mêmes mots. Quelques centaines tout au plus pour tenter de nous dire, d’expliquer le grand mystère, pour tendre des perches et tenter de nous entendre et de nous comprendre.

Que quelques centaines de mots tout au plus, qui, de surcroit, ne veulent ni ne peuvent pas dire la même chose pour tout le monde car tout dépend de notre interprétation. Interprétation, qui, en retour, découle de nos expériences et conditionnements. Les mêmes mots aux sens différents.

Alors, c’est complet, j’ai tout dit ?

En fait je n’ai jamais rien dit, rien dit d’autre que ces quelques mots qui partent du bout de mes doigts via mon clavier et qui vous rejoignent parfois, mais pas la plupart du temps. Des mots qui tombent dans le vide, des mots que je m’écris à moi-même au lie de les crier.

Des mots qui chuchotent, des mots qui cachotent, comme dans cachette. Car nos mots ne disent pas tout. Nos mots disent si peu, nos mots ne disent rien du tout, rien du grand Tout. Nos mots ne font que soulever la chape de plomb qui recouvrent nos maux, ils ne font que cacher notre visage originel qui veille au-delà d’eux.

Nos mots ne tentent que de dire Dieu. Le seul et même Dieu.