LAISSONS LE VENT NOUS PORTER

L’une des manifestations d’une éventuelle dépression nerveuse réside dans la croyance que son travail est extrêmement important. – Bertrand Russel

Ne t’inquiète pas lecteur/trice, je ne suis pas au seuil d’une dépression nerveuse – quel étrange terme en passant.

Mais ces quelques mots m’ont tout de même interpellé car à quelques moments dans ma vie de jadis, j’ai sérieusement considéré ce que je faisais – autant mon travail que mes occupations hobbyesques – comme extrêmement important. Une mission.

Oh rien de mal à apprécier les actions que l’on pose à leur juste valeur. Mais il faut néanmoins demeurer calme et cool car comme on dit : tout est relatif dans la vie.

Disons que les manipulations fines d’un chirurgien cardiaque lors d’une opération dépasse largement l’importance d’une passe transversale d’un joueur de hockey en zone neutre ou d’un tweet d’un(e) influenceur/se. En tout respect eu égard à la valeur personnelle de chacun(e). Chaque geste n’est pas égal par ailleurs comme on dit dans un certain jargon académique.

Quand on en vient à considérer que ce que l’on fait est extrêmement important, je crois qu’on a perdu un certain sens de la mesure, ou de la démesure. Car si ce n’était pas moi qui faisait ce que je fais, ce serait quelqu’un d’autre. Peut-être mieux, peut-être moins bien, peu importe.

Tout ce que je peux faire est faire ce que je fais du mieux possible, avec présence, avec soin, avec finesse. Car peu importe le geste que l’on pose, le plus important réside dans la présence que nous apportons à ce que nous faisons, le soin, la finesse.

Faire ce que doit, car on doit toujours faire quelque chose. Même ne rien faire est déjà quelque chose. Et comme dit le poète: que fait-on quand il n’y a plus rien à faire ?

Faire ce que doit, en toute humilité, avec simplicité et grâce, finesse et légèreté. Chaque action dans le moment, avec le plus de présence possible, sans attente de résultat, sans pression de devoir faire mieux, ni plus. Tout simplement. Tout bonnement. Bien humainement.

En même temps, malgré l’insignifiance relative de la portée de chacun de nos gestes, chacun(e) est également important(e).

Contradiction quand tu nous tiens.

Alors peu importe ce que nous faisons, peu importe l’importance que l’on accorde à ce que l’on fait, le temps le défera, la vie l’emportera, et le vent nous portera. J’en profite pour partager ici une superbe version de l’une de mes chansons préférées.

Laissons-nous porter avec simplicité et légèreté les ami(e)s.

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Lorsque viendra le printemps, si je suis déjà mort, les fleurs fleuriront de la même manière et les arbres ne seront pas moins verts qu’au printemps passé.

La réalité n’a pas besoin de moi. J’éprouve une joie énorme à la pensée que ma mort n’a aucune importance. Si je savais que demain je dois mourir et que le printemps est pour après-demain, je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.

Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps ?

J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ; et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même si je ne l’aimais pas.

C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content, parce que tout est réel et tout est précis. On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil. On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.

Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences. Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.  »

– Fernando Pessoa
Extrait de: 1960, Le Gardeur de Troupeaux, (Gallimard)

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Comme la vie fait bien les choses – même si on ne le réalise pas toujours – je tombe sur ce texte de l’ami Claude Leclerc (Vismay) – ou est-ce son texte qui me tombe dessus ? – quelques minutes après avoir terminé de rédiger les mots ci-hauts. Je trouve que ça le complète très bien.

OFFREZ TOUT : VOS ESPOIRS COMME VOS DÉSESPOIRS !

La vie est mouvement
Perpétuel
L’univers est mouvement
Infini…

Croire quoi que ce soit
Que je suis une personne
Un « je » séparé
De ce grand mouvement universel…

S’identifier à quoi que ce soit
Penser « mes » peines, « mes » joies
« Ma » douleur, « mes » problèmes…
C’est tenter d’arrêter le mouvement
De se l’approprier
Tenter de se fixer, se définir
Un monde à soi…

C’est surtout résister au mouvement…
Et résister au mouvement
C’est souffrir…

Vous êtes un des très nombreux lieux
De toute cette animation
Un espace d’accueil
Un espace d’amour
Libre et impersonnel…

Laissez la vie vous traverser
Sans rien vous approprier
Abandonnez-vous
Et vibrez !

Comment faire ?

Offrez chaque expérience du moment
À l’univers, au divin, à l’amour, à l’infini
Selon la formule qui vous plait…

Le plus souvent possible
Prenez conscience
De la sensation du moment
De la douleur, de la tristesse, de la peur
Et offrez la sans retenue…

Mais aussi du plaisir, de la joie, de l’excitation
Offrez tout à plus grand
Vos espoirs comme vos désespoirs !
Ne gardez rien pour vous

Aussitôt perçu, aussitôt donné
Avec amour, avec joie
Dans l’allégresse !
N’arrêtez pas le mouvement
Laissez-vous traverser dans la plus grande liberté !

Chaque pensée qui se présente
Et même chaque résistance à laisser aller

Offrez tout !

Tout ce qui n’est pas donné est perdu !

Autant de légèreté
D’énergie, de liberté perdue !
Et même cette liberté
Cette joie, cette légèreté

Offrez tout

Ne gardez rien !
Devenez le mouvement même
De la vie
De l’univers !

Et même ce mouvement
Offrez-le avec le cœur
Dans l’allégresse !

Faites comme les arbres
Les oiseaux
Les fleurs des champs !
N’arrêtez pas la vie
En pensant c’est « ma » vie
« Ma » joie, « ma » tristesse !

Alors, il n’y a plus de mort
Que mouvement, changement
Transformation perpétuelle
Dans l’espace de conscience éternelle
Que vous êtes…

Alors l’univers entier
Dans son infini, sa divinité
Coule en cascades
À l’intérieur de vous
Coule en rivières de lumières…

S’il vous plait
N’arrêtez pas la vie
En vous cristallisant
En vous crispant
Autour de la pensée d’un moi
D’un « je » !

Votre destin
Votre nature
Votre essence
Est infinie !
Ne gâtez pas la sauce inutilement !
Chaque respiration qui anime votre corps
N’est pas la vôtre

C’est la vie qui joue avec vous
Comme avec les fleurs
Les abeilles, les renards
Les petits enfants
Avant qu’ils ne deviennent grands
Avant qu’ils ne s’approprient
Les mouvements de joie et de tristesse
Pour s’en faire un monde
Fermé, crispé
Inutilement douloureux…

Offrez tout, à chaque instant
Vos espoirs comme vos désespoirs
Et soyez heureux
Soyez heureuses
D’un bonheur qui n’a pas de cause
Et qui ne vous appartient pas…

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