LE MONDE PLEIN NOS SENS

On ne voit pas les choses telles qu’elles sont, on les voit telles que nous sommes. – Anaïs Nin

Tel que l’avance Anaïs Nin ci-haut, il n’est pas rare d’entendre ou de lire qu’un monde neutre et objectif n’existe pas en tant que tel, que nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais davantage tel que nous sommes.

Ainsi, un monde unique et prétendument objectif n’existerait pas, ce monde ne se situerait que dans notre regard, dans nos yeux, et nos yeux sont pleins. Pleins de filtres, de croyances, de conditionnements. En fait, le monde est dans tous nos sens, et dans tous nos états.

Si nous cherchons du sens en cette existence, on pourrait aussi dire que ce sont nos sens qui créent le monde.

C’est ainsi que nous pouvons concevoir qu’il n’existe pas un seul monde, mais autant de mondes que de sources de perception de ce prétendu monde. Et que c’est davantage soi-même que l’on perçoit quand on regarde le monde, que ce qui est devant soi. En ce sens, le monde est en nous et nous sommes le monde que nous créons et re-créons sans cesse.

Si la peur nous habite, le monde devient un lieu dangereux et risqué. Si nous vivons dans la foi et la confiance, ce même monde devient accueillant, et bon.

On dit aussi que nous ne pouvons voir que ce que nous connaissons et, souvent, nous nous assurons de nous entourer de ce qui nous rassure, ce qui est connu. Nous consolidons ainsi au fil du temps notre propre vision du monde. Que ce soit par nos choix de sources de nouvelles, nos expériences passées, l’environnement que l’on crée autour de soi ou nos lectures, nous forgeons le monde, notre monde.

Mais si nous ne pouvons voir que ce que nous connaissons, nous pouvons tout de même percevoir certaines dimensions qui existent au-delà de notre regard limité et limitant. Nous pouvons sentir, ou espérer, que quelque chose de supra humain existe. Sans preuve ni certitude, qu’un pressentiment.

Soit il n’existe qu’un seul et même monde, que tout le monde perçoit selon son propre petit point de vue limité, sa propre petite réalité, soit il existe des milliards de mondes que chacun(e) porte en soi. Deux façons de concevoir ce qui existe en dehors de soi. Et finalement, peut-être que tout cela ne soit que la seule et même chose au fond, que des façons différentes de comprendre et de saisir LA – ou LES – réalité(e)s.

Si on pense qu’il puisse exister différents mondes, différentes réalités, il est possible qu’on réussisse à les imaginer, et peut-être les voir et les toucher même. Ainsi, nos croyances – ou nos possibilités de croyances – détermineront le monde en dehors de soi.

Mais au-delà nos croyances et nos convictions personnelles, on dit aussi qu’il existerait un seul et même unique tissu d’amour nous liant, nous unissant. Même si notre regard fragmenté et notre mental limite notre perception du grand tout, du Grand Esprit, on peut supposer que quelque chose de supérieur règne au-delà du compris et du connu, un amour divin, un liant surhumain, une essence unique, le même souffle de vie qui anime tout le vivant, le seul et même coeur qui bat en chacun(e) de nous comme en toutes choses.

Bien complexe tout ça pour nos ptites têtes chercheuses de sens non ? Mais c’est peut-être plutôt par le coeur qu’on devrait chercher ?

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Il n’y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu’un qui voit le même monde que nous. C’est comme apprendre que l’on était pas fou.
– Christian Bobin

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Ci-bas, un touchant témoignage qui pourra peut-être éclairer notre compréhension.

Lorsqu’elle a appris qu’il lui restait six mois à vivre, l’écrivaine Christiane Singer a commencé à rédiger ses « Derniers fragments d’un long voyage », témoignage bouleversant à l’approche de la mort. ( Elle nous a quittés le 4 avril 2007 ). En voici un extrait …

 » C’est du fond de mon lit que je vous parle

J’ai encore beaucoup de peine à en parler de sang froid. Je veux seulement l’évoquer. Parce que c’est cette souffrance qui m’a abrasée, qui m’a rabotée jusqu’à la transparence. Calcinée jusqu’à la dernière cellule. Et c’est peut-être grâce à cela que j’ai été jetée pour finir dans l’inconcevable. Il y a eu une nuit surtout où j’ai dérivé dans un espace inconnu.

Ce qui est bouleversant c’est que quand tout est détruit, quand il n’y a plus rien, mais vraiment plus rien, il n’y a pas la mort et le vide comme on le croirait, pas du tout. Je vous le jure. Quand il n’y a plus rien, il n’y a que l’Amour. Il n’y a plus que l’Amour. Tous les barrages craquent. C’est la noyade, c’est l’immersion. L’amour n’est pas un sentiment. C’est la substance même de la création. Et c’est pour en témoigner finalement que j’en sors parce qu’il faut sortir pour en parler.

Comme le nageur qui émerge de l’océan et ruisselle encore de cette eau ! C’est un peu dans cet état d’amphibie que je m’adresse à vous. On ne peut pas à la fois demeurer dans cet état, dans cette unité où toute séparation est abolie et retourner pour en témoigner parmi ses frères humains. Il faut choisir. Et je crois que, tout de même, ma vocation profonde, tant que je le peux encore – et l’invitation que m’a faite Alain l’a réveillée au plus profond de moi-même, ma vocation profonde est de retourner parmi mes frères humains.

Je croyais jusqu’alors que l’amour était reliance, qu’il nous reliait les uns aux autres. Mais cela va beaucoup plus loin ! Nous n’avons pas même à être reliés : nous sommes à l’intérieur les uns des autres. C’est cela le mystère. C’est cela le plus grand vertige. Au fond je viens seulement vous apporter cette bonne nouvelle : de l’autre côté du pire t’attend l’Amour. Il n’y a en vérité rien à craindre. Oui, c’est la bonne nouvelle que je vous apporte.

3 réflexions au sujet de « LE MONDE PLEIN NOS SENS »

  1. Ravi

    merci beaucoup pour le petit témoignage de Christiane Singer….ça m’oblige à m’arrêter et à me regarder «comment je vivrais cela, lâcher prise en sachant qu’il me reste seulement 6 mois à vivre, et m’y préparer en regardant en avant, vers l’improbable pour mon corps, et pour moi également, ce qui va continuer à vivre après?». lente agonie vers la vrai inconnue

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