Une mer entière ne peut couler un bateau à moins que l’eau n’y pénètre. De la même façon, la négativité du monde entier ne peut vous éteindre à moins que vous ne lui permettiez de le faire. – Tich Nhat Han
Pas mal de moins belles choses qui se passent en ce bas monde en ce moment non ?
L’environnement, les conflits armés, le régressisme juridique et politique chez nos voisins d’en bas face aux droits des femmes, l’inflation, la crise du logement, la polarisation, la rapidisation du monde, et autres tutti quanti.
Sans s’y fermer complètement, quoi que certaines limites soient nécessaires pour ne pas se faire inonder ou infiltrer, quand même tout un exercice de discriminer.
S’informer au sujet de notre monde, sans caler dans la bouette ni s’engluer dans les sables mouvants des mauvaises nouvelles ou/et de la désinformation.
Se tenir au courant de ce qui se passe ailleurs sur notre planète, sans se faire gruger par la peur, l’angoisse ou l’anxiété.
Pas si évident de trouver l’équilibre entre l’empathie pour ce monde, notre monde, en particulier pour les gens qui le peuplent et qui souffrent, et notre propre petit bien-être personnel assez douillet s’il en est un.
Car on veut et peut bien cultiver la paix en soi et autour, pas si simple ni aisé de le faire sans se soucier du sort du monde, car notre monde. Ni sans ressentir la douleur de ceux et celles qui souffrent, en particulier, les enfants, les gens plus fragiles.
Alors ?
Comment ressentir toute la douleur qui habite les gens de notre monde sans que cette douleur ne prenne toute la place ?
Comment apprécier notre chance sans ressentir de culpabilité ? Car bien sûr, nous ne sommes coupables de rien (contrairement à ce que les autorités catholiques ont voulu nous faire sentir), mais nous sommes en même temps responsables de notre petit bout de terre et de terrain, que ce soit en nous, comme autour.
Responsable comme en anglais able to respond, capable de répondre. Premièrement répondre plutôt que réagir. Et ensuite, répondre par quels gestes concrets ? Car on a beau penser savoir ce qu’il faudrait faire pour alléger une toute petite partie de la douleur du monde, faire quelque chose de significatif est une autre histoire.
Et de fait, faut-il absolument faire quelque chose ? La prise de conscience n’est-elle pas suffisante ? Et de toute façon, fait-on quelque chose pour se dédouaner ? Ou penser le faire ?
Comme vous voyez, plusieurs questions qui me trottent en tête ce matin. Comme toujours.
Pour le moment, je les mettrai sur le rond d’en arrière et j’irai prendre soin de mon ptit bout du monde ici, semant un peu d’ordre et beauté. Pas mal la seule chose que je puisse faire pour le moment. Avec garder en coeur et en tête les gens pour qui la passage actuel est moins simple que le mien.
La fête des Mères aujourd’hui. Comme à chaque 2ème dimanche de Mai. Bien peu une journée par année pour souligner officiellement, ouvertement et publiquement tout l’amour, les sacrifices, le soin, et l’importance de nos mères dans nos vies, dans LA vie. Quand même, au moins une journée.
Mais un peu étrange de fêter la fête des mères cette année alors que l’enjeu du droit à l’avortement revient – encore ? tab… – dans l’actualité. D’ailleurs, les boys, on se mêle de nos affaires et on se calme le sac à pompoms OK ? Car vraiment pas de nos affaires cet enjeu-là.
Mais autre débat. OK la fête des mères.
Moi, aujourd’hui, c’est vers certaines mères et femmes en particulier que j’aimerais envoyer ces quelques mots et pensées.
Premièrement, aux mères qui ont perdu un ou des enfants, que ce soit en cours de grossesse, à la naissance, après quelques jours ou plusieurs années plus tard. Il n’est pas naturel de perdre des enfants, ce n’est pas dans l’ordre des choses.
La simple idée de perdre un enfant me chavire le coeur de tous bords et côtés et sème une tempête de désordre dans ma tête de père, et ceci n’est qu’une peur imaginée pour moi alors que pour vous, c’est un souvenir que je ne peux qu’imaginer douloureux que vous portez sous et dans votre peau, un souvenir pénible avec lequel vous devez vivre chaque jour, particulièrement le 2ème dimanche de mai, à chaque année.
Vers vous j’envoies mes pensées les plus douces, les plus sincères, les plus réconfortantes si cela est possible. Vers vous j’envoies mes tentatives de compréhension. Je ne sais pas ce que vous portez en coeur et en corps, je ne peux que le pressentir et l’imaginer, même si seulement vaguement et que dans ma ptite tête. Vous, j’imagine que c’est dans le corps, dans le coeur et jusque dans votre âme que vous le portez. Pour toute votre vie. Je m’incline devant votre douleur (si c’est le cas) et je vous porte en mon coeur, pour ce que ça vaut. Je vous souhaite de faire la paix.
Ce matin je pense aussi à une amie en particulier qui est en train de perdre un de ses fils ces jours-ci, et qui me racontait l’autre jour toutes les tracasseries administratives et médicales qu’ils doivent vivre ces jours-ci seulement pour soulager la douleur de son fils en ces derniers jours. Toute ma compassion à toi ma chère amie, tu sais qui tu es. Ouf !
Je pense aux mères qui n’ont pas pu, ou su, prendre soin de leurs enfants selon les standards habituels. Les mères qui ont dû confier leurs enfants à autrui, soit à des gens ou à des institutions, pour qu’ils/elles reçoivent des soins plus adéquats qu’elles auraient pu leur donner. Peu importe les raisons. Vous avez fait du mieux que vous avez pu, dans la mesure du possible. Sachez que vous n’êtes pas jugées, pas par moi du moins. Car parfois, la vie, elle ne va pas toujours comme on veut, et nous on fait toujours du mieux qu’on peut. Compassion vers vous.
Aujourd’hui, je pense aussi aux enfants qui ont eu des relations difficiles avec leur mère, vous qui ne vous souvenez pas en rose de maman et pour qui cette fête d’aujourd’hui ressasse toujours des souvenirs délicats. Je vous souhaite de faire la paix avec votre mère, qu’elle soit vivante ou pas, que vous la connaissiez ou non. Si ce n’est qu’une mère imaginaire, qu’elle vous prenne dans ses bras et elle dans les siens. Paix sur la terre aux mères de bonne volonté, et/ou aux capacités et habiletés réduites.
Je pense à toutes les femmes qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants, celles qui sont parfois considérées comme des non-mères, et souvent jugées d’égoïstes pour leur choix. Peu importe les raisons pour lesquelles vous n’avez pas eu d’enfants, pas de mes affaires, pas de nos affaires, que les vôtres. Vous avez vos raisons et vos circonstances et que le monde les respecte. Basta !
Je pense à toutes les femmes qui n’ont pas choisi mais qui n’ont pas réussi à avoir d’enfants alors qu’elles en voulaient et en désiraient.
Je pense à toutes les femmes qui ont fait tant de démarches naturelles et moins sans toutefois réussir à arriver à terme. Tant d’essais, tant d’espoirs et de déceptions, tant de montagnes russes chavirantes, sans que la vie ne vienne comme vous le vouliez.
Je pense aux femmes qui ont élevé les enfants des autres comme si c’étaient les leurs.
Je pense à toutes les femmes qui ont porté des enfants pour d’autres, les donnant à la naissance.
Je pense à ma mère, qui a pris soin seule de nous 4, ses enfants. Gratitude infinie môman. Désormais je parle en ton nom.
Je pense aux mères de mes deux filles, Charu et Sabera, je vous ai vu aller depuis 40 ans, depuis 27 ans, je sais un peu, un peu mieux tout ce que ça implique. Merci, encore et encore.
Je pense aussi à toutes ces mères autochtones qui ont vu leurs enfants enlevés et disparaître. Aho !
Je pense aussi aux mère Afghanes aperçues dans un reportage il y a quelques mois et qui doivent vendre un de leurs enfants pour pouvoir nourrir les autres. Ouch en plein coeur.
Et à toutes les autres mères qui prennent soin d’une progéniture, que ce soit la leur ou celle d’autres mères, que ce soit sur les routes en direction d’un home espéré, sur un bateau vers une terre promise, dans un camp de réfugié(e)s, ou dans toute autre situation difficile. On ne peut même pas imaginer. Merci.
Vers vous toutes, qui portez la vie, mères et femmes, que ce soit par des enfants ou autrement, vous qui représentez la moitié de l’humanité et qui ne l’ont pas ni ne l’ont pas eu facile au fil de l’Histoire avec un grand H ou de vos plus petites histoires respectives personnelles, toute ma reconnaissance et mon respect de la part de nous, l’autre moitié du monde qui ose encore décider encore pour vous. Excusez-nous car on ne sait pas ce que l’on fait, sinon on ne le ferait pas. J’espère qu’on va finir par apprendre.
Et en terminant, une pensée toute spéciale pour les femmes du mouvement du Pain et des Forêts qui se regroupent à Québec aujourd’hui. Lâchez pas, nous sommes plusieurs à vous voir, à vous regarder et à vous entendre. Maintenant il faudrait qu’on vous écoute. Car vous portez quelque chose de fondamental.
N’essaie pas de faire confiance, fais seulement confiance au fait que tu ne peux pas faire confiance en ce moment. Ne force pas la gratitude; éprouve seulement de la gratitude pour le simple fait de ne pas pouvoir ressentir de gratitude en ce moment. Aime ton incapacité à ne pouvoir aimer totalement, accepte ta non-acceptation, abandonne-toi è ton incapacité de ne pas pouvoir t’abandonner en ce moment même. Peu importe ce qui arrive, peu importe la déception que ça engendre, dis-toi: tu n’est rien d’autre que la vie elle-même, et je m’incline devant toi. Ceci est la liberté. – Jeff Foster
Notre Jeff national a joliment le tour avec les mots sincères, les mots humbles, les mots qui résonnent dans notre simplicité d’humain(e)s. Clairement l’un des nôtres.
Maudit qu’on aimerait ça pouvoir faire confiance hein ?
Ou avoir la foi. Mais on ne peut faker en ce domaine, ou prétendre. On fait confiance ou pas. Ou parfois. Mais d’autres fois, pas mal plus difficile. Notamment quand nous sommes ébranlées dans nos convictions.
Le doute danse toujours main dans la main avec la foi et la confiance. On a beau avoir la foi, faire confiance, souvent aucune preuve dans le moment. Et on peut toujours se tromper.
Si j’ai toujours associé foi et confiance, il me vient comme j’écris ces mots que la confiance concerne peut-être davantage la tête, alors que la foi relève du coeur, sinon de l’âme. Disons que si la confiance concerne notre vie horizontale, nos besoins fondamentaux, la foi serait davantage liée à la vie verticale. À mes yeux, la foi est une forme de méga confiance. Je ne fais que supputer. Suppute toujours mon lapin.
La gratitude ? Pas innée non plus. Certain(e) ont peu et l’apprécie grandement alors que d’autres en ont beaucoup beaucoup et en veulent toujours plus sans apprécier le beaucoup beaucoup qu’ils ont.
Quand on se compare à pire que soi, on ne peut que ressentir de la gratitude. Mais malgré qu’on soit parmi les plus privilégié(e)s de la planète, dès que survient un petit ou grand pépin, notre gratitude peut disparaître rapidement. Et vivre sans se plaindre est un sport extrême… mement difficile. Nous sommes vites sur la gachette. Et on gâche souvent notre plus que parfait par du conditionnel.
Et l’amour, ah l’amour. Toujours toujours ? Non. Facile d’aimer d’un coupe de coeur le monde entier mais plus difficile d’aimer une personne à la fois. Surtout les plus différentes de soi. Malgré ce que l’on souhaite, nous ne sommes pas toujours dans l’acceptation de l’amour; autant celui qu’on reçoit que celui que l’on donne. Mais,, comme pour la confiance, la foi ou la gratitude, on ne peut qu’accepter le fait qu’on se coupe souvent de l’amour, qu’on lui dit non, qu’on le garde pour soi ou qu’on le partage à coup de compte-gouttes. Car l’amour est puissant, et dérageant, et décapant.
Comme l’exprimer ci-haut notre ami Jeff (plus un chum qu’un gourou lui hein ?) : tu n’est rien d’autre que la vie elle-même, et je m’incline devant toi. Ceci est la liberté.
Qu’on le veuille ou non, qu’on le sache ou pas, qu’on s’en rappelle parfois, souvent ou jamais, nous ne sommes en effet qu’une des multiples manifestations de la vie. Rien de personnel même si la formule est utilisée à outrance. Nous sommes une créature/création de Dieu, ou de la Vie/Existence si le mot de 4 lettres vous irrite, et nous ne pouvons rien faire d’autre qui ne soit pas juste, même des erreurs, car celles-ci recèlent toujours de grandes leçons.
____ Seulement un connaisseur des fleurs de l’amour peut comprendre le langage du cœur d’un amoureux. Les autres n’ont aucun indice. Même pas un indice n’est possible, vous devrez entrer dans le monde de l’amour.
Et ne demandez pas comment ?
Vous devrez marcher dans l’obscurité. Et ne demandez pas une carte ? Parce que cette demande elle-même est contraire à l’amour. C’est pourquoi la confiance est nécessaire.
Si vous avez confiance en une personne, vous direz O. K., si vous m’envoyez dans les ténèbres, j’irai, si vous m’envoyez à la mort, j’irai. Sur la voie de l’amour, la confiance est la chose la plus essentielle. Sur la voie de la méditation, vous pouvez vous mouvoir sans confiance. Sur la voie de la méditation, vous pouvez avancer sans lâcher prise.
Mais sur la voie de l’amour, pas sans abandon. Pas sans confiance. Parce que c’est l’ultime première porte. L’amour demande tellement. Ses demandes sont les plus impossibles. Au premier pas, l’amour est facile, mais très demandant. C’est pourquoi, même si la voie est si facile, si peu de gens l’entreprennent…
Le sentier de la méditation est très difficile, mais pas autant demandant. C’est pourquoi même si la voie de la méditation est difficile et ardue, pourtant plusieurs personnes la parcourent.
Mais considérez les demandes : sur la voie de la méditation, ce qui est exigé au dernier pas est demandé au premier pas sur la voie de l’amour… »
J’ai tout de suite apprécié ces mots. Pour cela que j’ai envie de les commenter. Et de les utiliser comme une miroir dans lequel me regarder.
Tout d’abord, malgré le fait que j’écrive presqu’à tous les jours, je ne veux pas que l’on porte trop d’attention à ma personne. Plus à mes mots, mes idées et les réflexions qui vivent en moi – et qu’elles peuvent susciter en vous – qu’à moi. Pour cela que vous trouverez très peu de photos de moi en circulation. Pas trop d’intérêt là pour ma part. J’aime davantage dévoiler les idées et réflexions qui me traversent le cerebelum que les détails de la surface de mon visage ou de mon corps.
Et après un certain nombre d’années, on pourrait dire que oui, nous sommes d’une autre époque. En ce sens, si j’essaie d’avoir du respect pour tout le monde, même si cela demande parfois un effort quand les gens insultent autrui, j’ai toujours porté et je porte encore toujours un respect particulier pour toute personne qui a plus d’années au corps que moi. Simple respect mathématique. Toute personne qui a vécu plus longtemps que moi me semble mériter du respect simplement pour avoir marché une route plus longue que la mienne. Et avoir perdu des proches, ami(e)s, collègues. Respect.
Je crois encore aux valeurs de la famille, (même si sa forme change), de l’amitié (même si elles semblent moins nombreuses mais plus profondes avec les années ), de l’honnêteté (face à soi et aux autres) et du respect (envers tout ce qui vit). En plus de quelques autres valeureuses valeurs heureuses on the side.
Avec les années qui passent, il me semble de plus en plus plausible de croire que la vie est une roue qui tourne – les saisons me le démontrent clairement ici via mes fenêtres depuis 11 ans – et que tôt ou tard nous récoltons ce que l’on sème maintenant – ou récolterons – toujours ce que l’on a semé jadis. Qu’on ne peut tricher avec la vie. Même si cela s’avère souvent plus tard que tôt. Les miroirs que l’on croise sont là pour nous le rappeler. Comme notre conscience à 3 h du matin quand on tourne et tourne dans notre lit.
Je me contente facilement d’un amour simple, nourrissant et ordinaire, et de quelques amitiés sincères qui durent dans le temps, comme certaines plus récentes (dont mes silencieux(ses) Buddhabuddy(e)s de la Tribu), de nature, d’un toit et de chaleur, d’eau fraîche et d’un peu de nourriture. Et de temps, et d’écriture, et de regarder le temps qui passe. Petit train train ne va pas si loin mais se vit très très bien. Les souhaits d’anniversaire sur FB réchauffent mon coeur, et le simple fait de me savoir apprécié par quelques-un(e)s aussi.
Je tente de vivre à ma façon. En fonction de ce en quoi je crois, ce qui me motive, me passionne, m’allume. Dans le respect de la nature et des gens, des animaux et des lieux. Je ne veux pas trop d’attention, pour ça que ça prend place à côté de la main track, que ça déroule dans ma petite forêt ici, à l’abri des regards. La discrétion a bien meilleur goût.
Contrairement aux mots ci-haut, je vais de moins en moins toujours de l’avant car je tente d’apprendre à faire du surplace de qualité. Slowmo est mon motto. J’apprends lentement et parfois durement à prendre le temps de faire chaque pas avec attention et l’intention de faire du sur place de qualité. La vie s’arrangera bien de nous faire avancer par en avant.
Même si ce que les autres pensent de moi ne me détourne pas de la route à suivre, je ne peux pas affirmer que je ne fais pas attention à ce que les autres disent ou pensent (mots manquants dans le texte) de moi. Car parfois, il y a des remarques justes et bonnes qui nous sont dirigées. Et parfois, selon de qui ça vient, certaines remarques m’ébranlent et me remettent – temporairement – en question. J’écoute, je jauge et je juge de la justesse et de la pertinence de la remarque. Et si le commentaire reçu nécessite un ajustement de ma part, ainsi sera-t-il.
Et pour terminer, je modifierais la dernière phrase que je trouve trop pessimiste. Le but de notre vie ne suffit pas de ne pas se dégoûter soi-même, remontons la barre un peu.
Car ce qui compte c’est de pouvoir se regarder dans le miroir et s’apprécier soi-même et à sa juste valeur. Et toute la vie est un miroir; chaque individu, chaque situation, tout ce qui apparait dans nos yeux et nos écrans. Tout ce que l’on voit, tout ce que l’on pense, tout ce que l’on sent et ressent, tout ce que l’on dit et tout ce que l’on fait n’est que réflexion de nous-même, regard auto-portant.
Car chaque regard que l’on porte sur la vie en dehors de nous témoigne de notre relation avec nous-même. Toujours soi face à soi.
Lorsque la quête cesse, la méditation est. – Krishnamurti via Bodhi
On ne médite pas pour acquérir quelque chose de plus.
On ne médite pas pour illuminer.
On ne médite pas pour être plus, ni mieux, ni meilleur.
Au contraire.
On médite pour être moins. Moins dans notre tête seulement et habiter davantage tout son corps, puis son entourage immédiat jusqu’à finalement éventuellement se fondre dans tout l’univers.
On médite surtout pour arrêter. Arrêter de faire, arrêter d’avancer, arrêter d’aller toujours par en avant.
On ne médite surtout pas pour arrêter de penser car quiconque s’est déjà assis sait très bien que ça spinne sans arrêt là-haut dans la caboche. On dirait même que ça pense encore plus quand on s’assoit pour observer pensées, sensations et respirations.
Car on pense toujours à 100 milles à l’heure mais dans le cours des choses, on ne s’en rend pas compte.
Alors pourquoi prendre du temps pour méditer ?
Pour simplement être. Pour tout bonnement arrêter et prendre davantage conscience de ce qui se passe en soi, dans son corps, dans sa tête, dans son monde.
Et il peut arriver qu’on réalise par moment que notre petit monde n’est finalement que notre grand monde. Que notre corps est le corps du monde entier.
Quand on prend le temps de s’arrêter, on arrête de chercher à l’extérieur de soi.
On peut espérer pouvoir apporter une touche méditative dans toutes nos activités. Peut-être qu’un jour on en arrivera là.
Mais pour méditer depuis quarante ans, je peux affirmer que pour moi du moins, il est encore nécessaire d’arrêter complètement pour méditer, pour continuer ma pratique à prendre conscience de ce qui se passe en moi.
Nécessaire d’arrêter le corps, le mouvement, l’action pour ralentir et porter davantage attention au rien qui m’habite.
Et tout encore plus riche pour moi de le faire en compagnie d’une sangha, même si virtuelle, même si à distance. Riche pour moi de ne plus rien chercher au sein d’une communauté d’âme inspirées par le même but, soit celui de n’avoir aucun but. Aucun but autre que celui d’être ensemble, à ne plus chercher mais à simplement être.
Un moment à la fois, le foie se nettoie, la foi se raffermit.
Moment, instant, deux mots pour nommer cette même parenthèse existentielle qui glisse brièvement entre ce qui est déjà passé et ce qui n’est pas encore arrivé.
Une intervalle, un souffle de vie, une bribe de conscience. Que la vie qui nous passe dessus et dedans, la vie qui passe et nous dépasse tant le mystère est vaste. La vie qui prend place en dépit de nous, au delà de soi.
La citation de Boris Vian ci-haut est riche de sens.
Soit tout se passe en ce moment précis et qu’en lui. Moment, qui, lui-même, ne fait que passer et repasser. Et dont toute notre vie dépend, sur lequel tout le reste de cette vie repose. Et en même temps, qu’un moment qui passe. Déjà passé. Ni plus ni moins important que le précédent ni le suivant, que le même moment en fait qui s’étire tout le temps.
Soit tout se passe en ce moment, soit dans le suivant. Ou dans l’autre. Et encore et encore. Alors que nous faisons du mieux que nous pouvons. Au meilleur de notre connaissance et de notre expérience. Essais mais jamais d’erreurs.
Car cette vie n’est qu’une suite de moments qui filent, moments prenant place l’un à la suite de l’autre et en même temps, peut-être qu’un seul même et grand moment en re création constante.
Mais qu’est-ce qui distingue un moment réussi d’un moment raté ? Est-il possible de rater un moment si tout ce qui se déroule est toujours parfait ? Car seules même nos prétendues erreurs peuvent nous permettre d’apprendre dans bien des cas.
La vie ne peut se découper, ni en instant, ni en moment, car qu’une seule et même vague indécoupable et inséparable.
La seule mesure du temps ne peut peut-être que se mesurer en souffle. Une inspiration à la fois. Suivie par un expire. Et encore peut-être plus importantes : les intervalles entre les deux. Sans cesse, sans fin, du moins avant la mort, une suite d’inspirations avant l’expiration finale. Du corps. Seulement du corps. Car l’âme doit bien lui survivre.
Mais peut-être aussi en battements de coeur la mesure de la vie qui passe, poupoum poupoum à l’infini. Jusqu’au trépas du corps.
Ainsi, la vie ne serait que souffle et battements.
Agrémentés des pensées qui visitent notre mental en boucle, et des sensations et émotions qui animent le corps. Sans parler des multiples activités bio-organiques qui prennent place en arrière-plan.
Aussi simple que ça la vie. En ce moment du moins. Pour un instant. Et le suivant, Et le suivant…
______ Gardez ça simple. Tout se résume à ceci : Arrêtez de penser que vous avez le temps, que vous pouvez en quelque sorte le remettre à plus tard. Ce moment est tout. C’est tout. Être éveillé(e) – (illuminé(e) – c’est être inconditionnellement intime avec ce moment. Il n’y a pas d’autre moment où lieu pour vous donner, totalement, à tout ce qui est. Tout le reste concernant les expériences spirituelles et la transformation n’est que mémoire, spéculation et fantasme, n’est-ce pas ? »
–Scott Morrison, There Is Only Now & Open and Innocent: The Gentle, Passionate Art of Not-Knowing – via Joan Tollifson sur FB – traduction maison
La plupart des humains ne sont jamais tout à fait présents au moment présent parce qu’ils croient inconsciemment que le prochain moment doit être plus important que celui-ci. Mais ce faisant, vous passez à côté de votre vie qui n’est jamaisailleurs que maintenant. – Eckart Tolle
Ce matin, ma voisine d’amour et moi, son voisin de coeur, entamons un jeûne. Question de flusher l’hiver, et de préparer le corps pour la nouvelle saison à venir.
Pendant ces 3 jours, j’ai vraiment l’intention de me pratiquer à être tout à fait présent à chaque moment. À vivre chaque moment, moment par moment, pour ce que chaque moment aura à apporter, au moment où il l’apportera.
Alors pour les 3 prochains moments-jours, je plonge en moi.
Je tiendrai peut-être chronique, ou pas, selon ce que le moment du moment ordonnera. À suivre. Moi je suivrai le moment.
Le secret ? Rien à acquérir, nulle part où arriver et, en fait , pas de secret ! – Alan Watts
On attend toujours quelque chose de plus. Plus grand, plus spectaculaire, plus beau, plus intense, plus plus plus, toujours plus. Mais la vie n’est souvent que ce qu’elle est. Rien de moins. Que ci, ou que ça. Comme ci, comme ça. Ou pas.
Et si on n’attendait désormais que du plus ordinaire ? Du plus simple, du plus tranquille, du plus tiède.
Les attentes ne sont pas en tant que telles le problème, c’est plutôt ce que l’on attend qui constitue le problème. Si on pouvait seulement n’attendre rien de spécial, ou s’attendre à tout, tout serait toujours parfait.
N’attendre que ce qui arrivera, comme ça arrivera, quand ça arrivera. Ou pas.
Nulle part où aller ailleurs qu’où nous sommes en ce moment même. Rien à acquérir que nous n’ayons pas déjà. Rien à n’être que nous ne sommes pas déjà. Rien à devenir. Rien en devenir. Et tout est rien qui finit bien.
Peut-être qu’un grand secret nous attend lorsque la vie nous amènera à quitter notre corps ? Et peut-être que pas non plus. Peut-être que nous ne faisons que disparaître, fader out.
Mais finalement, peut-être que le seul et vrai secret se cache dans les plis de l’ordinaire de la vie et qu’on l’a sous les yeux à tout moment. Dans la simplicité du moment qui passe, du maintenant qui glisse et qui coule. De l’air qui flatte notre peau en passant son chemin. Peut-être que nous ne regardons simplement pas comme il le faut, que nous attendons autre chose que ce qui est, que ce qui est parfait.
Avec le temps, on en arrive graduellement à apprécier de plus en plus la simplicité, l’ordinarité et la volatilité du moment qui est, comme de celui qui passe. Sans attente autre que de voir la vie nous glisser dessus, nous passer dedans, nous approchant du grand moment où nous changerons de forme. Et où nous ferons possiblement la découverte du grand rien qui est tout.
D’ici là, apprendre à apprécier ce qui est, ce qui n’est plus comme ce que ne sera pas, comme ce qui se passe et ce qui passe. Ou pas.
Ne dites pas : Je médite. Le Je ne médite pas, il ne sait pas comment faire. Seul toi peux méditer. L’oeil du Je. – Jeff Foster
Même si je la pratique depuis 40 ans, je ne sais toujours pas vraiment ce qu’est la méditation; pour ça que l’on appelle ça une pratique. À part observer tout ce qui se passe en moi et en dehors, et revenir à la respiration quand on s’égare dans le monde, surtout celui de nos pensées.
La méditation n’est pas une chose que l’on peut faire, ce n’est qu’une pratique à être, en devenir. Présent(e), total(e), le plus possible. La plupart du temps.
J’ai lu ces mots de Jeff Foster hier :
On me demande parfois : « Jeff, tu médites ? »
La réponse est non, pas du tout. Ou, eh bien, oui, je le fais, tout dépend de ce que tu appelles méditer.
Je n’ai pas de pratique de méditation formelle. Pas d’horaire. Pas de technique. Pas d’encens. Pas de photos de gourous sur mon guéridon.
Je ne me dis jamais : « Je médite maintenant. »
Et pourtant, tout au long de la journée, je me retrouve en pleine méditation. Absorbé dans l’Immédiat.
Qu’est-ce que c’est que cette méditation, alors ?
Pure fascination pour l’instant, exactement comme il est… Consentement absolu… Toute expérience baignant dans la curiosité. Je n’ajoute rien. Je n’enlève rien. Pas de but. Pas de recherche. Pas d’ordre du jour. Aucun état spécial à atteindre. Aucune expérience particulière à avoir.
Pure merveille. L’extraordinaire banalité de ce qui est. La vie vécue…
En fin de compte, ce n’est pas quelque chose que je fais. En fin de compte, c’est ce que je suis vraiment.
Cette conscience ouverte, enfantine, innocente, absorbant doucement chaque son, chaque image, chaque odeur, chaque sensation, chaque sentiment, attirant tendrement un «monde», oui, embrassant un monde comme une mère embrasse son jeune enfant.
Je suis donc la mère de mon monde. Je suis l’espace qui contient l’ordinaire. Je suis le silence au cœur des choses. Je suis la Capacité de joie et de chagrin.
Je n’ai jamais besoin de chercher une expérience plus « vivante », plus « profonde » ou « spirituelle », car ce moment ordinaire est si profondément sacré. Si beau… Inondé de grâce… Complet. Toujours complet. Le verre craquelé d’un abribus. Le regard d’un étranger, cachant et trahissant des siècles de douleur et de nostalgie. Le frisson sur ma joue quand je vais à la rencontre d’un bon ami.
J’avais l’habitude de méditer… La méditation est entrée dans mes os. Maintenant je suis la méditation…
L’immensité qui embrasse un monde entier.
J’avoue que j’ai moi-même pendant un bout de temps oser affirmer que je ne pratique plus comme telle la méditation, mais que c’est devenu une façon d’être. Mais sincèrement, ce n’est pas vraiment le cas car la plupart du temps, je ne suis pas totalement ni tout à fait ici, plutôt là-bas, dans un ailleurs indéfini. Prenant note de mes égarements, incessants. Mais je me pratique.
Et même le fameux moment présent est toujours un peu passé, dépassé car la vie file et coule et passe.
Ces autres mots de Jeff Foster vont un peu en ce sens :
Ceci est la méditation.
Laissez venir ce qui vient. Laissez partir ce qui s’en va N’essayez pas de repousser ce qui vient. C’est déjà là et ça passera.
N’essayez pas de vous accrocher à ce qui se passe. Le départ est naturel. Bénis aussi le départ.
Laissez ce qui reste, restez. Laissez ce qui meurt, mourir. Laissez ce qui vit, vivez.
Soyez le grand espace ouvert pour tout cela.
Chaque pensée, chaque sentiment.
Soyez la conscience.Soyez l’océan. Autorisez les vagues.
C’est de la méditation, votre Vrai Soi.
Quelques autres mots pour nous aider à définir l’éléphant, ceux d’Adyashanti:
Chaque minute où vous êtes éveillé(e), chaque minute que vous vivez, chaque minute que vous respirez, il est là. L’amour est une flamme qui brûle tout ce qui est autre que lui-même. C’est la destruction de tout ce qui est faux et l’accomplissement de tout ce qui est vrai. Aucune croyance et aucun concept n’est vrai. Jetez-les tous et laissez la flamme du silence vous consumer jusqu’à l’éveil. Un(e) humain(e) ordinaire cherche la liberté à travers l’illumination. Un(e) humain(e) illuminé(e) exprime la liberté en étant ordinaire. – Adyashanti
et finalement, des mots de mon beloved :
Lorsque vous mangez, mangez ; ne faites rien d’autre. Lorsque vous écoutez, écoutez ; ne faites rien d’autre. Lorsque vous marchez, marchez ; ne faites rien d’autre. Restez dans le moment présent, restez dans l’activité, et bientôt vous vous rendrez compte que le passé s’est éloigné et un nouvel espace s’est ouvert en vous. Dans cet espace, il n’y a pas de pensées.
Vivez moment après moment. Mourez au passé et mourez au futur. Vivez ici et maintenant, afin que ce que vous faites devienne une méditation.
La méditation est une attitude, pas une activité, alors quoi que vous faites peut devenir méditatif. La soi-disant méditation que les gens pratiquent n’est pas la méditation. C’est l’attitude d’être au présent qui est le noyau, le centre, la chose essentielle.
Faites ce que vous faites — marcher dans la rue, courir, prendre un bain, manger, aller dormir, s’allonger sur le lit, se reposer — et restez dans l’activité totalement. Sans passé, sans futur, restez dans le présent. Ce sera difficile au début, très difficile et très laborieux, mais petit à petit vous capterez la sensation de cela, alors une nouvelle porte s’ouvrera, un nouveau monde. Alors, le processus des pensées ne sera plus là.
Par cela, je ne veux pas dire que vous allez devenir incapable de penser ; au contraire, seulement alors vous serez capable de penser. Penser est une chose différente de cette course folle des pensées. Cette foule de pensées n’est pas du tout penser. Les pensées tournent encore et encore, et vous ne pouvez rien en faire. Vous êtes juste une victime, pas un penseur — vous souffrez, vous essayez de ne pas penser à elles.
Essayez d’arrêter une pensée et vous verrez qui est le maître. Essayer de l’arrêter. Vous ne pouvez pas. La pensée se rebelle contre votre contrôle et elle va revenir avec une vengeance — avec plus de force, avec plus de capacité et d’efficacité. Quel que soit ce à quoi vous pensez, ce n’est pas penser, vraiment, c’est juste une course, une course folle, une foule, un embouteillage de pensées, une survivance sans consistance, superflue, inutile, du passé.
Donc, soyez conscient(e). Ne gaspillez plus le présent. Vivez dans le présent. Vivez dans la qualité méditative du présent.
– Osho, The Great Challenge, entretien 12
Le silence n’est pas l’absence de son, c’est l’absence de toi. – Wu Hsin image via Srajano via Shanti Vikalpo
L’une des manifestations d’une éventuelle dépression nerveuse réside dans la croyance que son travail est extrêmement important. – Bertrand Russel
Ne t’inquiète pas lecteur/trice, je ne suis pas au seuil d’une dépression nerveuse – quel étrange terme en passant.
Mais ces quelques mots m’ont tout de même interpellé car à quelques moments dans ma vie de jadis, j’ai sérieusement considéré ce que je faisais – autant mon travail que mes occupations hobbyesques – comme extrêmement important. Une mission.
Oh rien de mal à apprécier les actions que l’on pose à leur juste valeur. Mais il faut néanmoins demeurer calme et cool car comme on dit : tout est relatif dans la vie.
Disons que les manipulations fines d’un chirurgien cardiaque lors d’une opération dépasse largement l’importance d’une passe transversale d’un joueur de hockey en zone neutre ou d’un tweet d’un(e) influenceur/se. En tout respect eu égard à la valeur personnelle de chacun(e). Chaque geste n’est pas égal par ailleurs comme on dit dans un certain jargon académique.
Quand on en vient à considérer que ce que l’on fait est extrêmement important, je crois qu’on a perdu un certain sens de la mesure, ou de la démesure. Car si ce n’était pas moi qui faisait ce que je fais, ce serait quelqu’un d’autre. Peut-être mieux, peut-être moins bien, peu importe.
Tout ce que je peux faire est faire ce que je fais du mieux possible, avec présence, avec soin, avec finesse. Car peu importe le geste que l’on pose, le plus important réside dans la présence que nous apportons à ce que nous faisons, le soin, la finesse.
Faire ce que doit, car on doit toujours faire quelque chose. Même ne rien faire est déjà quelque chose. Et comme dit le poète: que fait-on quand il n’y a plus rien à faire ?
Faire ce que doit, en toute humilité, avec simplicité et grâce, finesse et légèreté. Chaque action dans le moment, avec le plus de présence possible, sans attente de résultat, sans pression de devoir faire mieux, ni plus. Tout simplement. Tout bonnement. Bien humainement.
En même temps, malgré l’insignifiance relative de la portée de chacun de nos gestes, chacun(e) est également important(e).
Contradiction quand tu nous tiens.
Alors peu importe ce que nous faisons, peu importe l’importance que l’on accorde à ce que l’on fait, le temps le défera, la vie l’emportera, et le vent nous portera. J’en profite pour partager ici une superbe version de l’une de mes chansons préférées.
Laissons-nous porter avec simplicité et légèreté les ami(e)s.
___ Lorsque viendra le printemps, si je suis déjà mort, les fleurs fleuriront de la même manière et les arbres ne seront pas moins verts qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi. J’éprouve une joie énorme à la pensée que ma mort n’a aucune importance. Si je savais que demain je dois mourir et que le printemps est pour après-demain, je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ; et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content, parce que tout est réel et tout est précis. On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil. On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences. Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est. »
– Fernando Pessoa Extrait de: 1960, Le Gardeur de Troupeaux, (Gallimard)
___ Comme la vie fait bien les choses – même si on ne le réalise pas toujours – je tombe sur ce texte de l’ami Claude Leclerc (Vismay) – ou est-ce son texte qui me tombe dessus ? – quelques minutes après avoir terminé de rédiger les mots ci-hauts. Je trouve que ça le complète très bien.
OFFREZ TOUT : VOS ESPOIRS COMME VOS DÉSESPOIRS !
La vie est mouvement Perpétuel L’univers est mouvement Infini…
Croire quoi que ce soit Que je suis une personne Un « je » séparé De ce grand mouvement universel…
S’identifier à quoi que ce soit Penser « mes » peines, « mes » joies « Ma » douleur, « mes » problèmes… C’est tenter d’arrêter le mouvement De se l’approprier Tenter de se fixer, se définir Un monde à soi…
C’est surtout résister au mouvement… Et résister au mouvement C’est souffrir…
Vous êtes un des très nombreux lieux De toute cette animation Un espace d’accueil Un espace d’amour Libre et impersonnel…
Laissez la vie vous traverser Sans rien vous approprier Abandonnez-vous Et vibrez !
Comment faire ?
Offrez chaque expérience du moment À l’univers, au divin, à l’amour, à l’infini Selon la formule qui vous plait…
Le plus souvent possible Prenez conscience De la sensation du moment De la douleur, de la tristesse, de la peur Et offrez la sans retenue…
Mais aussi du plaisir, de la joie, de l’excitation Offrez tout à plus grand Vos espoirs comme vos désespoirs ! Ne gardez rien pour vous
Aussitôt perçu, aussitôt donné Avec amour, avec joie Dans l’allégresse ! N’arrêtez pas le mouvement Laissez-vous traverser dans la plus grande liberté !
Chaque pensée qui se présente Et même chaque résistance à laisser aller
Offrez tout !
Tout ce qui n’est pas donné est perdu !
Autant de légèreté D’énergie, de liberté perdue ! Et même cette liberté Cette joie, cette légèreté
Offrez tout
Ne gardez rien ! Devenez le mouvement même De la vie De l’univers !
Et même ce mouvement Offrez-le avec le cœur Dans l’allégresse !
Faites comme les arbres Les oiseaux Les fleurs des champs ! N’arrêtez pas la vie En pensant c’est « ma » vie « Ma » joie, « ma » tristesse !
Alors, il n’y a plus de mort Que mouvement, changement Transformation perpétuelle Dans l’espace de conscience éternelle Que vous êtes…
Alors l’univers entier Dans son infini, sa divinité Coule en cascades À l’intérieur de vous Coule en rivières de lumières…
S’il vous plait N’arrêtez pas la vie En vous cristallisant En vous crispant Autour de la pensée d’un moi D’un « je » !
Votre destin Votre nature Votre essence Est infinie ! Ne gâtez pas la sauce inutilement ! Chaque respiration qui anime votre corps N’est pas la vôtre
C’est la vie qui joue avec vous Comme avec les fleurs Les abeilles, les renards Les petits enfants Avant qu’ils ne deviennent grands Avant qu’ils ne s’approprient Les mouvements de joie et de tristesse Pour s’en faire un monde Fermé, crispé Inutilement douloureux…
Offrez tout, à chaque instant Vos espoirs comme vos désespoirs Et soyez heureux Soyez heureuses D’un bonheur qui n’a pas de cause Et qui ne vous appartient pas…