
L’automne arrive un jour en retard cette année. Il arrivera même ce soir, un automne de soir.
Drôle de temps, drôle d’année.
Moi j’adore l’automne.
C’est le plus beau et sensuel des striptease. Naturel, sens à tionel à la pelle.
J’adore ces rouges, ces ocres, ces jaunes/oranges, et ces dorés. En fait, l’automne se dore avant qu’on dorme un peu plus.
Mais avant le blanc, pendant ces quelques semaines époustouflantes, il nous force à ouvrir les yeux bien grands. Il nous émerveille avant d’inspirer le sommeil.
L’automne n’est pas qu’une saison, c’est un espace, c’est un temps, c’est une dimension. L’automne est aussi une étape de vie.
Il nous incite et nous invite à sortir toutes voiles dehors avant de rentrer par en d’dans pour l’hiver.
L’automne est spectaculaire, réconfortant, transcendant.
Il nous dit que l’été s’achève et nous avertit que la neige et le froid reviendront bientôt.
Entre le vert et le blanc, l’automne flash et nous affiche un bien beau bal coloré.
La lumière y est moins crue pour les yeux, mais plus douce pour le cœur.
Le soleil, plus gêné et poli, pâlit un peu. Il ne brûle plus, il réchauffe, il nourrit, il nous embraise les yeux et le coeur.
Peut-être pour qu’on ouvre plus grands les yeux pendant ce beau ptit bout de temps ? L’automne est un bien beau ptit bout de temps.
Contrairement à certains d’entre nous qui le devenons avec l’âge, l’automne est tout doux, et pas du tout dur de la feuille. L’automne est doux de la feuille.
Ci-dessous, deux doux textes qui n’auraient pas pu être gossés sur un tronc d’arbre car trop longs, mais écrits en blanc sur une feuille, orange ou rouge, et qui resteront, en cette fin de saison qui aura été, gravés sur votre écrin d’ordin’à fleur et peut-être aussi sur votre cœur.
Ça a été écrit par des hommes, mais ça aurait pu l’être par une feuille.
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Je n’ai qu’une toute petite foi naturelle, fragile, vacillante, bougonneuse et toujours inquiète.
Une foi qui ressemble bien plus à une espérance qu’à une certitude.
Mais voyez-vous, à la courte lumière de ma faible raison, il m’apparaît irrationnel, absurde, injuste et contradictoire que la vie humaine ne soit qu’un insignifiant passage de quelques centaines de jours sur cette terre ingrate et somptueuse.
Il me semble impensable que la vie, une fois commencée, se termine bêtement par une triste dissolution dans la matière, et que l’âme, comme une splendeur éphémère, sombre dans le néant après avoir inutilement été le lieu spirituel et sensible de si prodigieuses clarté, de si riches espérances et de si douces affections.
Il me parait répugner à la raison de l’homme autant qu’à la providence de Dieu que l’existence ne soit que temporelle et qu’un être humain n’ait pas plus de valeur et d’autre destin qu’un caillou.
J’ai déjà vécu beaucoup plus que la moitié de ma vie; je sais que je suis sur l’autre versant des cimes et que j’ai plus de passé que d’avenir.
Alors j’ai sagement apprivoisé l’idée de ma mort.
Je l’ai domestiquée et j’en ai fait ma compagne si quotidienne qu’elle ne m’effraie plus…ou presque.
Au contraire, elle va jusqu’à m’inspirer des pensées de joie.
On dirait que la mort m’apprend à vivre.
Si bien que j’en suis venu à penser que la vraie mort, ce n’est pas mourir, c’est perdre sa raison de vivre.
Et bientôt, quand ce sera mon tour de monter derrière les étoiles, et de passer de l’autre côté du mystère, je saurai alors quelle était ma raison de vivre.
Pas avant.
Mourir, c’est savoir, enfin.
Sans l’espérance, non seulement la mort n’a plus de sens, mais la vie non plus n’en a pas.
Ce que je trouve beau dans le destin humain, malgré son apparente cruauté, c’est que, pour moi, mourir, ce n’est pas finir, c’est continuer autrement.
Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit, c’est un immortel qui commence.
La tombe est un berceau.
Mourir au monde, c’est naître à l’éternité.
Car la mort n’est que la porte noire qui s’ouvre sur la lumière.
La mort ne peut pas tuer ce qui ne meurt pas.
Or notre âme est immortelle.
Il n’y a qu’une chose qui peut justifier la mort….
C’est l’immortalité.
Mourir, au fond, c’est peut-être aussi beau que de naître.
Est-ce que le soleil couchant n’est pas aussi beau que le soleil levant ?
Un bateau qui arrive à bon port, n’est-ce pas un événement heureux ?
Et si naître n’est qu’une façon douloureuse d’accéder au bonheur de la vie, pourquoi mourir ne serait-il pas qu’une façon douloureuse de devenir heureux ?
La plus jolie chose que j’ai lue sur la mort, c’est Victor Hugo qui l’a écrite.
C’est un admirable chant d’espérance en même temps qu’un poème d’immortalité.
Je dis que le tombeau qui sur la mort se ferme,
Ouvre le firmament,
Et que ce qu’ici bas nous prenons pour le terme
Est le commencement.
– Doris Lussier via Benoit Girouard
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Moi : Dis, mon Dieu, ça fait longtemps que j’ai pas fait ça.
Dieu : Salut, mon amour. Je me demandais quand tu allais recommencer à me parler.
Moi : J’ai l’impression que le monde tourne plus vite que jamais.
Dieu : C’est parce que c’est le cas.
Moi : Chaque jour, un nouveau titre le fait tourner encore plus vite.
Guerre. Robots. Abus de pouvoir. Violence.
Dieu : Je sais. Et tu portes chaque titre en toi.
Moi : Si je n’y fais plus attention, j’ai l’impression de m’en ficher.
Dieu : On peut se soucier du monde sans sombrer dans le désespoir.
Moi : Comment faire pour ne pas tomber de ce monde instable ?
Dieu : Enracine-toi.
Moi : Comment m’enraciner dans quelque chose qui ne cesse de bouger ?
Dieu : Aime ce qui est à portée de la main.
Moi : Ça me paraît trop petit.
Dieu : Les racines aussi.
Moi : Mais la guerre n’est pas petite.
Dieu : L’amour non plus.
Moi : Aimer ma famille n’arrêtera pas la violence.
Dieu : Non.
Moi : Planter des fleurs n’arrêtera pas les tyrans.
Dieu : Non.
Moi : Alors, à quoi bon tout ça ?
Dieu : Tu demandes constamment à l’amour de faire ses preuves en devenant une force.
Moi : Qu’est-ce que je dois lui demander de devenir ?
Dieu : Un point d’appui.
Moi : Alors que le monde entier tourne ?
Dieu : Surtout à ce moment-là.
– John Roddel

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