
Petit matin tout simple pour rendre hommage à la vie. Pas mon idée de ce qu’est la vie, ou de ce qu’elle pourrait, ou devrait être. La vie telle quelle. La vie avec absolument tout ce qu’elle comporte, le bon comme le beurk, même ce qui y manque à notre avis, comme la paix dans le monde. Pas la vie à mon avis, la vie la vie. Juste la vie. Toute la vie. La vie amie.
Aux prises avec un nerf sciatique chronique depuis une semaine, incapable de prendre soin des lieux autour de la maison en ce printemps vibrant, j’apprends – encore un peu plus – la compassion et l’empathie pour toutes les personnes qui souffrent. De corps comme d’esprit.
Le mal de corps est plus ciblé, on peut y toucher, l’identifier, mais il finit tout de même par se rendre jusqu’à l’esprit, jusqu’à l’âme. Il se fraie un chemin.
Le mal d’esprit est plus vague, on ne peut le pointer directement, ni le toucher, mais il affecte l’âme lui aussi, directement même. Ça s’insinue partout en soi, ça jette un voile d’ombre sur les yeux et une chape de plomb sur le coeur. Ça rapetisse le monde et ça le ramène à son propre nombril qui bat la chamade. Quand l’âme a mal, le monde disparait.
Ce nerf sciatique m’apprend l’humilité aussi. Comme la fragilité de la vie. La délicatesse de ce corps qu’on tient si souvent pour acquis et qui porte et soutient notre âme, si on choisit de voir la relation entre l’âme et le corps ainsi. Car certains disent que c’est plutôt l’âme qui anime et fait bouger notre corps. Deux visions mais même corps, même âme. Des milliards de corps et d’âmes. Des milliards de visions.
L’âme, le corps, le coeur et l’esprit. Jamais trois sans quatre. La fondation de toute vie humaine, les quatre directions du sens de la vie qui n’offre pas toujours de sens clair. La vie est le sens disait-on récemment. Makes sense.
Je n’écris pas ces mots pour me plaindre car je ne suis pas à plaindre, pas du tout. Et rien à me plaindre de. Qu’une simple sensation qui ne met pas ma vie en jeu, en fait une situation généralement plutôt favorable avec de l’amour dedans et autour, une nature luxuriante et une maison homy et confortable. Déjà beaucoup. Besoins de base comblés. Parmi les privilégié.e.s. Pensées vers tous ceux et celles qui n’ont pas ce privilège.
Même si cela semble contradictoire, toute douleur personnelle amène à voir et sentir plus grand que soi. Si, dans un premier temps, on se replie sur soi et on s’apitoie sur son propre sort, éventuellement, à travers cette douleur humanisante, grâce à elle, on en arrive à se relier à tous les autres qui souffrent, ici comme ailleurs dans le monde. La douleur constitue une porte vers soi-même puis vers ceux et celles qui souffrent pour diverses et différentes raisons et causes, tous ceux et celles qui vivent des situations difficiles. Nous sommes réellement une porte ouverte sur le monde.
On nous dit qu’on ne doit pas se comparer. Mais quand on le fait – car on le fait tous et toutes toujours un peu – on se console. On relativise sa situation. Chacun.e a sa propre vie à vivre. Chacun.e son rôle, chacun.e son propre projecteur. Sous le même grand écran géant.
Même si les vies de certain.e.s semblent plus aisées, plus faciles et privilégiées, pas mal convaincu que chaque vie apporte ses propres défis. Incomparables, mais tout est à vivre. Avec the end au bout de chacune, ce qui nous unit, ce qui nous relie. Chacun.e son propre temps à faire.
Quand on a mal, quand on souffre, tout nous ramène à soi, à la sensation qui requiert et exige attention. Le monde entier se trouve concentré au coeur de cette sensation, cette pulsion de vie concentrée, sensation qu’on voudrait combattre, ou dont on voudrait se débarrasser, mais qui représente pour un temps donné LA situation à vivre, et à transcender éventuellement. Avec patience, résignation et acceptation.
Ce matin, après une visite chez mon acupuntrice sauveuse de vie hier, je vois la lumière au bout du tunnel carpien – image pour la forme. La douleur est moindre, moins intense, et le sens de mon humour peut pointer de nouveau.
Un dicton populaire veut que la douleur soit inévitable mais la souffrance optionnelle. Je vais méditer là-dessus aujourd’hui, en désherbant tout doucement autour de la maison.
Car c’est l’une des plus grandes leçons que nous enseigne la douleur, je trouve est de nous apprendre à apprécier son absence. Et que rien, c’est déjà beaucoup.
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L’empathie « naît du sentiment que les autres, comme nous-mêmes, sont des êtres uniques et mortels. Lorsque nous éprouvons de l’empathie pour une autre personne, c’est parce que nous reconnaissons sa nature fragile et finie, sa vulnérabilité et sa seule et unique vie.
~ Jeremy Rifkin, économiste et sociologue via Alain Nyala
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Quelques petites perles in there.
