
Quel bel objectif que celui de viser à observer sans juger. Mais on n’en est pas là encore right ? Beaucoup de chemin à faire avant d’en arriver là, si jamais on y arrive un jour. Et même la nuit car le mental continue de rouler et de faire sa job de magistrat suprême même quand on dort.
Le monde est un miroir aux 1000 jugements. Aux jugements incessants. Pour ça probablement que certains choisissent de ne plus s’y regarder. Mais pas parce qu’on ne se regarde pas dans le miroir du monde qu’on va devenir libre de jugements. On va seulement les déplacer sur autre chose, sur autrui. Ou pire, sur soi-même. En fait, possiblement qu’on déplace les jugements qu’on entretient face à soi-même sur le monde.
Moi en tout cas, j’en suis encore bien loin du sans jugement, plus près du 100 jugements incessants. Je suis encore à tenter d’observer mes jugements qui roulent en boucle sans tomber dedans, sans m’y perdre ni m’y engouffrer.
J’ai abandonné l’idée d’arrêter de juger depuis longtemps. Trop de trouble. Mission impossible. Ça juge non-stop up there. Simplement observer mes propres jugements qui défilent sans cesse constitue un terrain de pratique bien suffisant pour le moment. Et depuis longtemps. Et toujours au stade de débutant j’en suis. En matière de watchage de jugements, nous sommes toujours des débutants. Car les jugements come and go en boucle, tournent sans fin. Pas de message THE END à la fin du film. Ça déroule tant qu’il y a de la vie, et de la bobine dans nos botines.
Si vous voulez un bon terrain de pratique, regardez la game politique, notamment celle au sud de notre frontière. Matière à jugements là for sure. Même ici, pas nécessairement plus beau la game. En fait toute la game politique semble corrompue. Pas nécessairement toutes les personnes qui la jouent, mais la structure politique en tant que telle semble profondément viciée. Pas certain si c’est là que les vraies décisions se prennent. Comme les actions du gouvernement de Netanyahu en Israël, carrément inhumain. Bien difficile de watcher ça sans réagir. Et sans juger.
Évidemment que nous ne sommes pas obligés de nous confronter à regarder le monde jusqu’à l’état de sans jugement. Mais même sans trop regarder dehors, et les organes de presse qui nous relie au monde dans lequel on vit, la machine à jugements continue. On remet souvent en question ce que l’on pense, en fait ce qui se pense ne nous car même là on n’a pas vraiment de contrôle. Car on ne décide pas de ce qui se pense en nous. Ça pense et on se doit d’observer. Sans juger ? Bon chance.
Parfois aussi, on questionne même ce que l’on ressent. On juge ce que l’on ressent. Pourtant, s’il y a quelque chose à quoi on devrait faire confiance, c’est bien notre ressenti. Quoique nos ressentis ne sont pas complètement déconnectés de nos croyances, qui, elles, engendrent en partie nos jugements. Pas si simple la vie.
Car nos jugements reposent souvent sur la nature de nos croyances, sur la dualité de nos croyances: je crois que quelque chose, ou quelqu’un, est bon ou souhaitable, mon ressenti sera agréable, et j’en voudrai plus, encore. Au contraire, je considère que quelqu’un ou quelque chose est mauvais, alors je le condamne, et cela ne devrait pas être. Un peu sommaire mon affaire mais vous voyez le concept right ?
Tant qu’on n’acceptera pas tout ce qui existe est parfait tel quel par le simple fait que ça existe, et en particulier ce que l’on juge comme négatif et malsain, ce que l’on voudrait qui disparaisse car nous dérangeant trop dans notre petit confort de bien pensant.
Dès que quelque chose ou quelqu’un nous dérange, plutôt que de souhaiter le voir disparaître, si on regardait en soi ce que ça dérange, ce que ça fait réagir ?
Osho nous disait souvent de faire une distinction entre réaction et réponse. Une réaction est automatique, spontanée, résultant d’un individu ou d’un événement extérieur. C’est elle qui prend place en premier. Si on prend le temps de la sentir, la reconnaître, la faire sienne, on peut ensuite répondre adéquatement au stimuli l’ayant déclenché.
Je sais, plus facile à écrire qu’à faire. C’est pour ça qu’on dit que la vie en entier est une pratique spirituelle. Jusqu’à notre dernier souffle, la pratique va continuer. Chaque événement ou personne que la vie nous reflète représente un ptit bout de miroir de soi-même. Souvent, on choisit nos ptits bouts de miroir, préférant ceux qui nous allongent au détriment de ceux qui nous élargissent. Les boutiques de vêtements ont compris ce principe.
Certains choisissent de ne plus regarder le monde car ce dit monde suscite trop de jugements, trop de réactions négatives. Oui, en effet, le monde est matière à jugements.
S’il n’est pas si simple d’observer le monde en se regardant soi-même, ce monde trop souvent haï et jugé négativement peut nous informer sur nous-même. Du moins le reflet qu’il nous procure. On dit que lorsqu’on regarde le monde, ce n’est pas vraiment le monde qu’on voit, ce sont nos jugements par rapport à celui-ci, et ultimement, par rapport à nous-même. On se projette dans et sur le monde, alors qu’au fond, c’est toujours soi-même que l’on regarde, et qu’on observe.
C’est pourquoi le sage dit : je suis le monde.
Alors, regardons pour voir. Et observons pour se voir. Les yeux ouverts, comme les yeux fermés.
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Chögyam Trungpa Rinpoché a dit un jour que la méditation est un acte de sagesse.
Je pense que bien des gens comprennent pourquoi c’est si important en ce moment.
Le monde est tellement trépidant.
Tellement d’indignation, de stimulation, d’anxiété, de réactions et de bruit que le système nerveux a rarement le temps de se calmer avant qu’un autre élément ne surgisse.
L’attention est constamment sollicitée, et au bout d’un moment, on ne remarque plus l’impact que ça a sur le corps, l’esprit et le cœur.
Tout devient urgent.
Tout devient personnel.
Tout devient insupportable.
Et ainsi, étrangement, le simple fait de s’asseoir et de rester immobile prend une dimension radicale.
Pas parce qu’on se coupe du monde.
Mais parce qu’on refuse d’être complètement emportés par lui.
La méditation ne fait pas disparaître l’incertitude, les conflits, le chagrin ou les difficultés.
Elle accomplit quelque chose de plus simple et de plus profond : elle nous aide à rester suffisamment présents pour affronter la vie sans réagir immédiatement de manière impulsive.
C’est en partie ce que Trungpa Rinpoché avait si clairement compris.
Dans un monde organisé autour de la vitesse, de l’agressivité et des distractions incessantes, la volonté de faire une pause, de respirer, de ressentir son corps et d’être simplement présent est déjà une autre façon d’appréhender la réalité.
Une façon plus saine.
Bien avant que les neurosciences ne nous donnent les mots pour décrire les réactions au stress et la régulation du système nerveux, les traditions contemplatives reconnaissaient que l’attention transforme l’expérience.
Quand on s’assoit tranquillement et qu’on suit notre souffle, le corps s’apaise. L’esprit se libère de son propre tourbillon.
On commence à observer nos pensées et nos émotions sans s’y identifier immédiatement.
Et lentement, quelque chose change.
Pas le monde.
Mais notre relation avec le monde.
En ce moment, ça me semble plus important que jamais.
Parfois, la chose la plus saine à faire est de s’arrêter, de s’asseoir et de revenir au moment présent.
– Diane Musho Hamilton

