
Bien sûr qu’on ne peut aimer davantage autrui que l’on ne s’aime soi-même.
Bien sûr qu’on ne peut aimer qu’une seule personne, mais bien sûr aussi qu’on ne peut pas aimer tout le monde. Comme on dit, aimer le monde entier est facile, mais aimer une personne à la fois est pas mal plus demandant.
Bien sûr que l’amour n’existe pas sans au moins un coeur pour donner et un autre pour recevoir. Ou peut-être que l’amour peut exister en soi.
Bien sûr que j’affirme avec des bien sûr de grandes vérités au sujet de l’amour sans en connaître tant que ça au sujet de l’amour. Amour est un mot facile à dire, comme à chanter mais le faire ? La job d’une vie, la job du coeur.
Mais qu’est-ce qu’aimer au juste ? Qu’est-ce que l’amour ?
Il y a le grand Amour de sa vie, comme dans les films, celui avec un grand A, comme il y a aussi aimer les tartes aux pommes. En anglais, ils font au moins une distinction entre liker et lover. En français, on aime un point c’est tout. Et si on aime beaucoup, si on aime bien, on dirait qu’on aime un peu moins que si on aime tout court. Long apprendre à aimer.
On ne connait jamais vraiment ni totalement ce en quoi consiste aimer car l’amour est un grand mystère qui revêt de nombreuses formes.
Chez certaines premières nations, on dit que le mot amour n’existe pas, il n’y aurait que le verbe aimer. L’amour ne peut que se conjuguer. Ni au passé, ni au futur, qu’au présent. L’amour ne peut exister sans des êtres qui le font, qui l’expriment, qui le vivent. Makes sense non ? On n’a jamais vu un ptit tas d’amour tout seul sur le bord du chemin. Ça prend quelqu’un ou quelque chose pour l’incarner, pour lui donner vie. À moins que ce ne soit l’amour qui nous donne vie.
Bien sûr, et peut-être bien. Plausiblement, possiblement, probablement.
Une définition de l’amour se dit du parfum que répand la fleur quand on marche dessus. Dur mais beau non ? Ça me fait penser à l’amour du Christ ou du Bouddha. Un amour plus grande que soi, un amour qui transcende sa propre personne, sa propre existence, un amour de service, un amour au service de l’amour. D’ailleurs, Veeresh utilisait souvent l’expression Love in Action.
Il s’en est dit des choses au sujet de l’amour, et il s’en dit toujours. Et ça continuera car amour rime avec toujours.
Mais quoi qu’on en dise, quoi qu’on fasse, l’amour reste toujours à faire. Que lui nous fasse, que nous le fassions. L’amour demande toujours à se dépasser, à se consumer, à se mettre en action et à se vivre. Entre deux personnes, et plus. Entre deux organismes vivants, peu importe qu’il y ait langage ou pas pour le nommer. L’amour veut se faire, malgré la folie de la guerre.
Toute la vie est amour. Et peut-être aussi que toute la haine du monde est aussi amour. Un amour qui a peur, un amour mal dirigé, un amour de tête qui pense qu’il doit blesser les autres pour préserver les siens. Bien sûr que je ne sais pas, et que je n’en sais rien.
Écrire au sujet de l’amour alors qu’il y a tant de manifestations de haine en ce bas monde. Peut-être l’idée justement. Se mettre à aimer autant et même plus que certains haïssent, détestent, ont peur. Pour équilibrer, pour ramener l’amour au premier plan car on en a tant besoin. L’amour exige toujours plus de nous.
Aimer sans savoir, aimer sans vouloir être aimé en retour. Comme St-François d’Amour.
Aimer for love’s sake. Aimer par amour, aimer pour l’amour. Pour que l’amour finisse par nous consumer, par gober toute la peur et la haine. Car si le mot amour n’existe pas et qu’il ne peut que se conjuguer, laissons justement ce verbe nous faire bouger, nous motiver, nous animer. Si le mot amour n’existe pas, soyons l’amour. Amourons. Amour de soi, amour de soie. Doux amour.
___
La vraie pauvreté n’est pas dans le fait de ne rien avoir, mais dans le fait de n’être possédé par rien.
Il y a des pauvres qui sont encombrés de leurs richesses imaginaires, comme il y a des riches qui ont appris le détachement.
L’Évangile nous appelle à cette liberté intérieure où l’humain cesse de se cramponner à lui-même pour devenir un être d’accueil et de communion.
Car aimer, c’est toujours se déposséder de soi au profit d’une présence plus grande que soi-même.
– Maurice Zundel, Retraite sur les Béatitudes et la pauvreté évangélique, via Cristina RJ
___
L’amour dans toutes les langues, toutes les mains et tous les coeurs.
