
Peut-être que certains lecteurs/trices, en voyant la casquette coiffant cette chronique, auront une réaction épidermique devant l’expression old. Ben non, on n’est jamais vieux, ni vieille for that matter. Probablement qu’on ne peut pas vraiment se dire vieux ou vieille, mais davantage qu’on se sent ainsi. Ou pas. L’âge est donc en partie un feeling, une sensation. Question de feeling comme chantait le chanteur, ou la chanteuse.
En fait, dans l’absolu, on est toujours seulement, et inévitablement, soit moins jeune qu’avant, ça, ça semble être un fait établi selon la mathématique de la vie, soit plus vieux que d’autres. Et encore là, si on est plus vieux ou vieille que d’autres, nous sommes aussi toujours plus jeunes que d’autres autres.
Évidemment, l’âge ne se compare pas, l’âge se goûte, se déguste et s’expérimente. Surtout lorsqu’on est plus jeunes. Que quoi ? À vous de choisir. On vieillit un jour à la fois, une ride à la fois, chaque ride dans la foi et le foie toujours un peu plus paresseux. Il est toujours plus facile de vieillir quand la santé se maintient au beau fixe. C’est souvent la maladie qui exacerbe et révèle l’âge, qui nous fait sentir vieux/vieille.
Dernière journée avant d’atteindre 65 ans d’expérience es vie donc pour moi aujourd’hui. Demain je serai officiellement un retraité étatique du Canada. Car je reçois de la RRQ déjà depuis 5 ans. Déjà un peu d’expérience en vieillitude. Quel privilège de vivre ici. Profitons-en pendant que ça passe car pas acquise pour l’éternité cette caisse commune.
Étrange de penser que ce sera mon 65ème anniversaire déjà demain car je me sens encore comme un ado. On dit que pour chaque personne, il y a un moment marquant dans une vie qui cristallise son être pour le reste de sa vie. Moi ce fut mon premier trip d’acide à 12 ans à l’école secondaire. Il y a eu un avant ce jour, et un après, qui se prolonge encore aujourd’hui. Révélation sur une existence nouvelle, entrée dans une autre dimension. Ati phone home. Bienvenue dans un autre monde mon atiguy.
Drôle l’âge, car en anglais, notre âge, on l’est – I am 64 – alors qu’en français, notre âge, on l’a – j’ai 64 ans. Être et avoir ont toujours été soit opposés, soit complémentaires, c’est selon.
Et en même temps, c’est aussi un peu bidon tout ça. Et de plus en plus bedon. Car l’âge, on ne l’est pas, et on ne l’a pas non plus. L’âge ne nous touche pas vraiment, l’âge ne fait peut-être que nous effleurer l’esprit. Un peu plus le corps. On a l’âge qu’on veut bien avoir, jusqu’à un certain âge probablement, ou celui qu’on peut, parfois. On dit d’ailleurs qu’on fait notre âge, ou pas.
Mais d’autres fois, avec les années qui passent et le corps qui change, on devient un peu plus notre âge aussi. Un peu plus de, un peu moins de, de plus en plus du moins. Plus ou moins. Toute une ride la vie, avec les rides qui se multiplient, et les muscles qui muent et qui plient, de moins en moins facilement. Un muscle l’âge peut-être ?
Non, notre âge, on ne l’est pas vraiment, et on ne l’a pas non plus. Notre âge, on le devient, lentement mais sûrement. Avec résistance, et/ou avec acceptation. Ou un peu des deux. Et ça s’incruste plus vite dans le corps que dans notre tête l’âge. Un numéro avec lequel on apprend à vivre. Qui monte et qui, en même temps, avec le temps, descend. On peut toujours compter sur l’âge. Mais pas trop se définir en fonction de.
D’ailleurs, comme le chantait notre JiPi, quand on aime on a toujours 20 ans right ? Tant qu’on aime, enwèye la vie, viens-t-en ! Le secret de la vie consiste donc à aimer. Soi, la vie, et les autres. Parait que tout part de soi. Ça va, et ça part, de soi.
L’âge c’est le temps, mais pas que. Car parfois le temps passe vite, et à d’autres moments, le temps passe mal. Ou ne passe pas du tout. Ou très lentement. Jamais bon signe me semble quand le temps se fait slowmo.
Parfois le temps nous vire à l’envers

et parfois il nous ramène à l’endroit et sur le plancher des vaches. Surtout pour les taureaux comme nous.

Mais toujours il nous effrite le bord de la calotte.
Le temps nous ramène toujours au moment présent, à l’ici maintenant. Comme les nouilles. Ramen. Je sais, je l’ai déjà fait celle-ci la semaine passée, j’ai encore toute ma tête. Ou presque. C’est surtout le coeur qu’il ne faut pas perdre. Ni le sens de l’amour.
La semaine dernière on soupait avec la mère d’une amie, une madame bien présente de 94 ans. Leçon de vie. Et hier j’échangeais avec mon amie Isabelle dont les 2 parents ont ou sont 91 ans, c’est selon. Je vous les présente car ils sont inspirants. Coucou chez-vous vieux amis de corps et jeunes de coeur.

Isabelle me disait justement que sa mère lui dit souvent d’en profiter car elle est encore si jeune. Tout est relatif qu’on se disait tous les deux. Et mon meilleur chum, Ravi, Johnny be good, aussi dit Joao, qui va franchir le cap des 80 bientôt. Eh que la vie va. Toujours par en avant. Et toujours si relativisant de côtoyer des gens plus âgé.e.s que soi. Ça éclaire, et ça relativise. Et ça inspire respect car plus on vieillit, plus on sait ce que c’est que vieillir.
Alors voilà. Petit bla bla de pré-retraité en ce dernier jour de sixty-four cool cat. Pour ne rien dire, ou pas grand-chose du moins. Que dédire, mais jamais médire. Que nenon. Car ça, ça fait mal vieillir.
On dit que l’idée est de rester jeune le plus longtemps possible. J’achète. Vendu. On va travailler là-dessus. Car vieillir, ça ne se comprend pas, ça se vit, un jour à la fois, une respiration à la fois. Et nous sommes tous égaux devant l’âge.
Et ci-bas, cadeau de pré-anniversaire, un 2 pour 1, deux versions que je trouve plus belles que l’original.
