LE JOUR DE LA MÈRE

Ils ont vu ma face cachée.
Fais-moi confiance, tu ne veux pas voir la leur.

C’est le jour de la Terre aujourd’hui à ce qu’on dit. Un jour pour quoi au juste ? Un jour pour qui ? Car à voir les abus qu’on lui fait subir à notre mère à tous, pas si certain qu’il y ait tant à célébrer. Pour elle du moins. Comme si on avait placé notre vieille mère à l’hospice et qu’on irait la voir une journée par année.

Je ne me pose pas en donneur de leçons ici car on fait tous partie du problème. Peut-être que lorsque tout le monde se sentira ainsi, on pourra travailler ensemble. Oui je sais, gros doutes là-dessus moi aussi.

Même si on sait notre mère menacée, on continue de voyager à tour de terre, on roule dans nos bolides de plus en plus gros, même les ptites autos électriques ont besoin d’une foule de minéraux extirpés des entrailles de notre mère, on consomme à coups de cartes de crédit, on jette à tour de poubelles tout en recyclant sans vraiment savoir où vont nos matières. Matière à réflexion.

Nous sommes de drôles de bibittes les Terriens. Pendant qu’on magane la mère même sur laquelle on vit, on explore la lune et on cherche à s’installer sur Mars. Prendre soin de son jardin en premier dit-on.

Probablement que ce n’est pas tant le sort de notre mère la Terre qui est en jeu avec nos abus, car elle en a sûrement vu d’autres la mère, – éruptions de volcans, tremblements, cataclysmes, raz-de-marée et Arche de Noé, ère glaciaire, name it – c’est probablement davantage le sort de ses enfants en général qui est en jeu. Môman môman, tes fils et tes filles passent un mauvais moment.

Drôle de timing pour déclarer le jour de la Terre le 22 avril car la fin avril est probablement le temps le plus laid de l’année. On revoit d’un coup d’oeil tout ce qu’on lui a jeté dessus depuis l’automne, on visualise ce qu’on fait de sa face cachée, qui est surtout la nôtre. On voit le résultat de nos abus matériels et bien concrets qui se cachaient sous la neige. Grosse cure de beautification à venir pour toi maman.

Maman, même si tu es la plus belle du monde, malheureusement on fait de toi aussi la poubelle du monde. Pardonne-nous nos offenses car nous sommes trop déconnectés pour le réaliser.

Mais bientôt, pour se reprendre, on va te gratter – oui oui pas avant un ptit bout pour laisser les tites bibites s’installer par terre – on va te planter, on va te semer, on va encore te faire travailler pour nous. Car à tous les jours, on se nourrit de tes fruits, de tes grains et de tes légumes. Apprécions-le. Au moins une fois de temps en temps. Dont aujourd’hui, ton anniversaire.

J’imagine que tout ce que l’on peut faire, à notre petite échelle, c’est de prendre soin de notre ptit coin de terrain, notre ptit coin de Mère, de notre petit lopin de terre. Et de faire le bien, et de bien le faire. Avec respect, avec soin, et vive le Jour de la Terre soin soin.

Allez, grosse pensée vers toi aujourd’hui chère maman. Pour toi, pour nous et nos enfants, pour aujourd’hui et pour demain.

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Et un peu de sagesse Anishnabée, car les nations premières ont conservé le lien filial avec la mère Terre.

Quand la neige fond et que la terre recommence à respirer… nous rangeons les histoires.
Non pas qu’elles n’aient pas d’importance, mais parce qu’elles sont d’une importance capitale.
Dans les enseignements anishinaabe, la narration est sacrée.
Les histoires, surtout les anciennes, celles qui parlent de Nanaboozhoo, des esprits et des leçons de nos ancêtres, ne sont pas de simples divertissements.
Elles sont vivantes. Elles véhiculent des enseignements, des avertissements, de l’humour et de la vérité.
Mais au printemps, tout s’éveille.
Les arbres se mettent à écouter.
L’eau se remet à couler.
Les animaux reviennent.
Et les esprits ne dorment plus.
C’est pourquoi nous ne racontons pas certaines histoires pendant les beaux jours.
Car ces histoires peuvent voyager.
Elles peuvent être entendues par des êtres auxquels elles ne sont pas destinées.
Elles peuvent réveiller une énergie qui ne doit pas être éveillée pour le moment. L’hiver est le temps des contes — quand le monde est silencieux, quand la terre est immobile, quand nous nous rassemblons et transmettons les enseignements en toute sécurité d’une génération à l’autre.
Le printemps et l’été sont faits pour vivre ces enseignements.
Pour marcher avec douceur.
Pour écouter plutôt que parler.
Pour observer comment la terre nous enseigne en temps réel.
Nos ancêtres comprenaient l’équilibre.
Il y a un temps pour parler… et un temps pour se taire.
Alors, quand quelqu’un vous dit : « Garde cette histoire pour l’hiver », ce n’est pas une restriction.
C’est du respect.
Le respect de la terre.
Le respect des esprits.
Le respect du pouvoir des mots.
Nous ne sommes pas seulement des conteurs…
Nous sommes les protecteurs du moment et de la manière dont ces histoires sont racontées.

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