6 DÉCEMBRE 1989

À l’automne 1989, j’étais revenu à Montréal pour quelques mois. J’habitais en Hollande depuis un an, et j’étais revenu pour travailler, pour faire des sous et pouvoir retourner dans le plat pays des moulins à vents où je suivais une formation et vivais au sein d’une communauté thérapeutique, chez Veeresh.

Le 6 décembre 1989, en fin d’après-midi, à la tombée du jour, je conduisais tout innocemment le minibus d’une garderie communautaire et ramenais des touts petits à la maison dans le quartier Côte-des-Neiges, quand, tout à coup, un méga branle-bas de combat s’est déployé partout dans les rues environnantes. Autos de police, pompiers, ambulances et autres sirènes retentissaient partout autour. La circulation était sans dessus-dessous. Il se passait clairement quelque chose de majeur dans les environs. Et au retour à la maison, j’ai appris la source du drame, l’hécatombe, la catastrophe, l’innommable et l’indicible.

Au final, 14 jeunes femmes auront perdu la vie, et plusieurs autres seront blessées.

Et 33 ans plus tard, le massacre perdure. À chaque année depuis, la douleur refait surface pour plusieurs familles qui ont perdu des êtres chères, et pour quiconque a vécu de près la catastrophe. Mais de loin aussi. Car quiconque était autour en 1989 sait à quel point la cicatrice est et a été profonde et demeure toujours fragile.

Et 33 ans plus tard, la Coalition canadienne pour les droits des armes à feu fait une promotion sur sa boutique en ligne en offrant (jusqu’à récemment) aux clients qui utilisaient le code promotionnel poly, 10 % de rabais sur les vêtements, tasses et autres articles portant sa marque de commerce.

On appelle ça ajouter le mauvais goût à l’horreur, la bêtise à la dégueulasserie, le manque de jugement à la stupidité, l’indélicatesse à la grossière indécence. On va arrêter ici. Car les mots peuvent aussi devenir des armes de destruction émotive lorsque dégainés sans jugement, sans connaissance, sans empathie.

Et depuis, quelques autres déclarations sont venues alimenter la controverse, pendant que le gouvernement tente de faire passer un projet de loi limitant le port de certaines armes. Que d’émotions, que de sensibilité requise.

Et pourtant.

Pendant que la foule s’invective, entre pros et antis guns, 14 jeunes âmes féminines flottent peut-être au-dessus de tout ce brouhaha en nous regardant nous quereller, nous déchirer. J’espère qu’elles pourront nous éclairer, nous apaiser, nous qui sommes tous et toutes concernés par ce drame, même s’il a pris place il y a 33 ans, même pour ceux et celles qui l’ignorent car trop jeunes ou trop éloignés.

Et pourtant.

33 ans plus tard, encore aujourd’hui, tant de vies perdues, tant de familles détruites à jamais, par des armes à feu, mais pas seulement. Et la plupart du temps par des hommes qui expriment leur tristesse, leur désarroi et leur impuissance à coups de poing, à coups de couteaux ou à coups de fusils. Trop de femmes et d’enfants innocents qui subissent la frustration de grands ptits gars qui n’ont pas pu se retenir, qui n’ont pas appris à gérer leurs émotions, qui n’ont pas su lécher leurs propres plaies.

Les boys, réveillons-nous ! Et devenons des hommes, de vrais humains, de bons pères de famille, des frères sur qui on peut compter, des protecteurs, des chums de gars autant pour les femmes et les filles qu’entre hommes et gars, des miliciens pour la paix aux coeurs grands. Devenons des rois de coeur.

Ce drame a touché des familles directement, et continue de les toucher droit au coeur quotidiennement par l’absence de leur fille. En tant que père de 2 filles, ce drame me touche de façon indirecte. Car ça aurait pu être mes filles. I can relate. Mais ces temps-ci, avec toute cette cyber agressivité qui circule, ce sont toutes nos filles, et nos garçons aussi, qui sont susceptibles d’être bullyés d’une façon ou d’une autre via leurs écrans. Cyber agression et écrans de bully. Souvent fait sous le couvert de l’anonymat. Cheap cheap shot les boys !

Espérons que cet événement horrible et incompréhensible, qui date de 33 ans mais qui est encore et toujours si vivant en notre mémoire collective et personnelle, événement si troublant et aujourd’hui réactivé par différentes prises de paroles, puissent servir à nous enseigner quelque chose, peu importe les leçons que nous devons apprendre. Elles sont nombreuses et éternelles.

Car notre toute simple humanité est mise à mal, aujourd’hui comme depuis le début des temps. Mais aujourd’hui, les écrits, qui restent, circulent vite et loin, et instantanément. La poudre des mots se répand vite désormais. Pendant que certains sont en quête du divin, nous sommes encore à peine humains mais très réseautés.

Et chacun chacune, nous avons tous et toutes besoin de faire preuve de plus de compassion, d’empathie, de retenue et de soutien les un(e)s envers les autres. Les temps ne sont pas faciles, soutenons-nous car nous voguons ensemble sur cette galère, en cette mer houleuse. Hommes comme femmes, anti ceci comme pro cela.

Espérons que nous puissions apprendre à vivre notre humanité avec plus de coeur, avec passion mais surtout avec compassion, avec empathie, et que notre parole, puisée au coeur de notre humanité personnelle et collective, puisse s’inscrire dans un contexte social qui trouve racine dans des événements sociaux délicats et marquants et qu’elle puisse contribuer au bien du plus grand nombre. Car en ce moment, beaucoup d’ombre recouvre notre visage comme notre humanité.

On peut toujours espérer. Et continuer à devenir de meilleurs humains.

Les filles, up there, éclairez-nous SVP.

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À celles qui ont péri le 6 décembre 1989

Geneviève Bergeron, 21 ans, Étudiante en génie mécanique

Maryse Laganière, 25 ans, Employée au Service des finances

Hélène Colgan, 23 ans, Étudiante en génie mécanique

Maryse Leclair, 23 ans, Étudiante en génie métallurgique

Nathalie Croteau, 23 ans, Étudiante en génie mécanique

Anne-Marie Lemay, 22 ans, Étudiante en génie mécanique

Barbara Daigneault, 22 ans, Étudiante en génie mécanique

Sonia Pelletier, 28 ans, Étudiante en génie mécanique

Anne-Marie Edward, 21 ans, Étudiante en génie chimique

Michèle Richard, 21 ans, Étudiante en génie métallurgique

Maud Haviernick, 29 ans, Étudiante en génie métallurgique

Annie St-Arneault, 23 ans, Étudiante en génie mécanique

Barbara Klucznik-Widajewicz, 31 ans, Étudiante en sciences infirmières (U de Montréal)

Annie Turcotte, 20 ans, Étudiante en génie métallurgique

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Balado intéressante sur le sujet: Projet Polytechnique : Faire face
Sur OhDio
https://ici.radio-canada.ca/ohdio/balados/10160/projet-polytechnique-faire-face

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