PERSONNIRÉALITÉ

Nous n’aimons jamais personne. Ce que nous aimons n’est que l’idée que nous entretenons de quelqu’un. C’est notre propre concept – nous-même – que nous aimons.
– Fernando Pessoa

Drôle que Pessoa, en portugais, veuille dire personne. Pas personne comme personne, personne comme une personne. À prendre personnel.

Mais quand on lit cette citation, on comprend que Pessoa, l’auteur, la personne, veut dire que peu importe la personne que l’on pense aimer, la seule personne que l’on aime au fond n’est toujours que soi-même, qui est en fait la conception que l’on se fait de l’autre, de la personne qu’on pense aimer.

Et c’est une évidence qu’il faille s’aimer soi-même si on veut aimer les autres. Mais s’aime-t-on vraiment ? Qu’aime-t-on au juste en soi ? La même essence qui vit dans tous les autres ? Ou ce qui est différent et unique en nous ? Question sans réponse unique ni permanente à trouver en cours de route.

On n’aime donc jamais vraiment personne d’autre plus que soi-même selon ce qu’affirme Pessoa.

Mais sommes-nous vraiment personne ? ou une personne ? dans le sens de quelqu’un. Personne réelle, ou irréelle, ou persona fiction ou réalité. Qui ou que sommes-nous ?

Pas si simple le monde des personnes hein ?

Et en contre-partie, selon Coluche, pour critiquer les gens, il faut les connaître et pour les connaître il faut les aimer. Et si on n’aime jamais vraiment personne d’autre que soi-même, encore un argument pour apprendre à s’aimer soi-même si on veut tenter d’aimer les autres. Car les autres ou soi-même au fond, la même chose non ?

Ce qui, au final, comme au fond de soi, ne laisse que l’amour.

L’amour de soi, que l’on n’existe ou pas en tant que personne.

Comme l’amour des autres, que l’on ne peut jamais vraiment aimer selon Pessoa car toujours que l’idée que l’on entretient de l’autre que l’on aime, qui n’est au fond toujours que soi-même.

Pas simple l’amour si ni objet, et ni sujet.

Ça ne laisse alors que l’amour brut. Et encore. Car l’amour ne peut exister sans corps aimant, sans donneur ni receveur. Ainsi, en ce sens, l’amour ne peut qu’être verbe.

Quelqu’un qui aime – même si ce n’est que son propre concept de l’autre – et quelqu’un qui est aimé(e), même si ce n’est que le concept d’autrui à son endroit.

On ne peut alors que commencer par s’aimer soi-même, et s’arranger pour que ça déborde sur autrui. Et que le monde devienne contaminé par l’amour sans condition.

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Le problème, ce n’est pas qu’une personne aime quelqu’un de son sexe, de l’autre sexe, de son ancien sexe, ou de son sexe à venir. Le problème, ce n’est pas d’être hétérosexuel, homosexuel, transsexuel, bisexuel, métrosexuel, allosexuel ou aurevoirsexuel. Le problème, c’est de ne pas s’aimer. De ne pas s’aimer soi-même. D’être tristesexuel.

Tous les drames sont causés par ça. Des petites chicanes aux tueries. De ce que l’on fait aux autres parce que l’on ne s’aime pas soi-même.

Le premier coming out de tous les humains, ça devrait être : « J’ai une nouvelle à vous annoncer… Je m’aime ! » Après, tout irait mieux.

Mais avant, faudrait savoir ce que c’est, s’aimer. S’aimer vraiment.

S’aimer, ce n’est pas penser qu’on est le meilleur. Qu’on est plus beau que les autres, plus fin que les autres, plus intelligent que les autres. S’aimer, ce n’est pas se servir en premier. Et ne penser qu’à soi. Ça, ce n’est pas s’aimer. C’est se mentir. Parce que si chaque personne pense qu’elle est meilleure que les autres, c’est que tout le monde se ment. Et se mentir, c’est le contraire de s’aimer. C’est nier sa vérité.

S’aimer, ce n’est pas avoir besoin de se mesurer aux autres pour apprécier qui l’on est. S’aimer, c’est réaliser qu’on est un mélange de nos parents, de notre famille, de notre société, de notre culture, de notre environnement, de nos amis, de nos lectures, de nos voyages, de notre isolement, de nos joies, de nos peines, de nos désirs, de nos présences et de nos absences. Qu’on est fait de tout ça. Qu’il n’y a pas deux personnes avec ce mélange-là. Même pas notre jumeau. Qu’on est unique. Donc incomparable. On n’est pas le meilleur des autres. On est le meilleur de soi. Si on s’aime. Parce que si on ne s’aime pas, on peut rapidement devenir le pire de soi. Et ça, ce n’est pas beau.

S’aimer, c’est se dire à soi-même : « Écoute bibi, on va passer la vie ensemble, on n’a pas ben ben le choix, alors on va tout faire pour profiter de chaque instant. Parce que ça ne dure pas longtemps. »

S’aimer, c’est épouser sa réalité. Et ne jamais se laisser tomber. Une fois qu’on s’aime, on fait quoi ? On va vers les autres, pour que cet amour-là fasse des petits. Dans tous les sens du mot.

Admettons qu’on y arrive, qu’on réussit à s’aimer soi-même. Que tout s’éclaircit dans notre tête et dans notre cœur. Comment fait-on pour que les autres s’aiment eux-mêmes, aussi ? Parce que tant qu’ils en seront incapables, on risque d’en payer le prix.

On fait quoi ? On les aime. On les aide. Et surtout, on leur sacre patience. Arrêtons de juger tout le temps ce dont l’autre a l’air, ce que l’autre fait ou ne fait pas. C’est le jugement qui ferme les gens. Qui les fait pourrir par en dedans. Et quand ça sort, ça fait mal. À tout le monde.

Faut arrêter de mettre des gens dans des cases. Personne n’est bien dans une case. C’est trop étroit. C’est peut-être rassurant. Ça fait ordonné. Mais ça fausse toutes les données. Quand on joue au hockey, on a besoin de savoir qui fait partie de quelle équipe. Pas dans la vie. Dans la vie, on est tous dans la même équipe. Pas besoin de se catégoriser. De s’ajouter des préfixes. On est tous sexuels. C’est clair. Surtout l’été. Après ça, soyons-le avec qui on veut, on ne s’en portera que mieux.

Bien sûr, il faut créer des organisations pour défendre les groupes opprimés. Mais il faut viser le jour où l’orientation sexuelle ne sera pas plus provocante que l’orientation musicale. Je vais savoir si tu aimes Brahms ou Bieber si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, écoute qui tu veux. Ça ne change rien à ma musique à moi. Je vais savoir si tu aimes embrasser les gars ou les filles si je prends le temps de te connaître. Si je ne le prends pas, embrasse qui tu veux. Ça ne change rien à ma sexualité à moi.

Pour dominer les peuples, rien de mieux que de leur faire croire que leur malheur est dû aux autres. À une race. À un sexe. À une classe. Ça rassemble. Et ça fait oublier que leur malheur est dû à ceux qui les dominent.

On n’en sort pas. Des gens qui s’aiment s’unissent avec des gens qui les aiment. Des gens qui ne s’aiment pas s’unissent avec des gens qui ne les aiment pas.

Faut s’aimer. S’aimer à 1, à 2, à 100, à 1000, à 8 millions, à 8 milliards.

~ Stéphane Laporte via Merlin Wagner

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