MOTS D’AOÛT

photo: © Marie-France Bancel

Après une grosse semaine à chercher les mots pour tourner autour du voyage de vous-savez-qui et de la guérison de tant de maux du passé imposés par l’église catholique et les divers gouvernements de ce pays pris de force à des gens qui y étaient déjà, ce matin, quelques mots légers, des mots d’août. Des mots rouges.

À chaque été depuis que je vis ici dans ce petit paradis, habituellement au cours de la première semaine du mois d’août, souvent vers le 5 ou le 6, je vois le mois d’août apparaître. Je constate son arrivée.

Mais cet été, j’ai vu août dès juillet. En fait, j’ai vu août se pointer le bout de l’été hier après-midi, dimanche le 31 juillet. Et hier aussi, en parallèle, je tombe sur la photo ci-haut de mon amie Tatie MF datée du 30 juillet. Confirmation qu’en 2022, août est définitivement et clairement arrivé fin juillet.

Août se reconnait par les yeux, via ses couleurs. Par le nez, via les odeurs. Par les oreilles via les sons, et par un chaud fond de l’air bercée d’une apaisante coolitude. Encore chaud, mais chaleur plus cool, plus langoureuse, plus sensuelle. Pas la beauté un peu tape à l’oeil d’une adolescente un peu trop ingénue, non, plutôt la beauté calme et plus certaine d’elle-même d’une femme mature qui en vu et vécu.

En août, les cigales se mettent à chanter, les verges d’or apparaissent, les fleurs montent en graines, l’angle du soleil n’est déjà plus le même, d’où la couleur si particulière d’août, qui n’est ni celle de juillet et pas encore celle de septembre.

Août se reconnait surtout par ses tons, ses tons d’or (ma mère disait gold, salut Mimi), d’ocre, de jaunes et d’orangées. La photo de Marie-France décrit en ce sens exactement et même beaucoup mieux que mes mots l’abondante richesse d’août.

J’aime le mois d’août, que dis-je, j’adore le mois d’août, je m’en régale, je le déguste de tous mes sens et en tous les sens.

On relaxe davantage en août, on se dépose sur la terre chaude, on y plante ses pieds. Dès août, on sent vaguement le retour vers le home, le retour en soi. Août est fait de soie justement. Tout d’août.

Dès le solstice de juin, je sens le début de l’élan qui nous ramène lentement mais inévitablement et sûrement vers l’hiver. Pas que je le cherche, je le vois, tout simplement. Quand je mentionne cela à certaines personnes, ils et elles opposent vivement une certaine résistance, que dis-je ils/elles manifestent une claire opposition. Pourtant. La vie n’est qu’un retour de balancier entre deux extrêmes, un lent et constant mouvement de va et vient.

Ce n’est que la mort qui accompagne implicitement la vie dans son essence la plus profonde. Comme la fin qui accompagne toujours et inévitablement tout nouveau départ comme une ombre, comme un alter ego qui équilibre tout. La graine de la mort se développe au coeur même de la vie. Et vice-versa.

Et pour en revenir à août, il ne signifie pas du tout la fin de l’été. Août est le coeur même de l’été alors que septembre en est son couronnement coloré. Août nous dit de profiter de ce qu’il reste de l’été, d’en tirer tout le jus. Août est comme la soixantaine de la vie. Tout est encore possible malgré que quelques fleurs et plantes soient déjà fanées et que le rythme soit un peu plus lent. Il en rest encore beaucoup dans le champs.

Ce qu’août perd en fraîcheur, il le compense en maturité, en sagesse, en patience. L’été n’est pas du tout terminé, mais son pic est déjà passé alors il nous dit de profiter de tout ce qu’il en reste au maximum. Août nous indique le retour en dedans pendant qu’on est encore toutes voiles dehors dans le coeur de l’été.

Août Août crie le loup. Ici ici dit le chroniqueur.

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Août a beaucoup à enseigner. Parce qu’août est le mois du jardinier, c’est en lui, le berceau de l’hiver, que les graines dorment Attends que ton temps pousse. Août est le gardien de bonnes nouvelles, fabricant de fleurs. Le mois d’août est quand Dieu permet à la nature de traduire visiblement le temps des mutations. Apprécions le mois d’août, accueillons-le avec l’heureuse surprise de ceux qui ne défient pas les vents Qu’il se disperse et étale ses feuilles et soulève sa poussière

Acceptez les attentes mais mettez des fleurs à la fenêtre. Seuls ceux et celles qui vivent en août méritent bien le printemps.

– Miryan Lucy Rezende

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Pas vraiment rapport à août les mots qui suivent, mais comme ça la vie parfois 😉
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Je suis terriblement choqué par les gens qui vous disent qu’on est libre, que le bonheur se décide, que c’est un choix moral.
Les professeurs d’allégresse pour qui la tristesse est une faute de goût, la dépression une marque de paresse, la mélancolie un péché.
Je suis d’accord, c’est un péché, c’est même le péché mortel, mais il y a des gens qui naissent pécheurs, qui naissent damnés, et que tous leurs efforts, tout leur courage, toute leur bonne volonté n’arracheront pas à leur condition.
Entre les gens qui ont un noyau fissuré et les autres, c’est comme entre les pauvres et les riches, c’est comme la lutte des classes, on sait qu’il y a des pauvres qui s’en sortent mais la plupart, non, ne s’en sortent pas, et dire à un mélancolique que le bonheur est une décision, c’est comme dire à un affamé qu’il n’a qu’à manger de la brioche.

– Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne.

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Et ci-bas un auteur que je veux découvrir en août
https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2022-07-31/entrevue-avec-le-sociologue-hartmut-rosa/apprendre-a-resonner.php

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