(DÉBUT DE) GUÉRISON HISTORIQUE

Nous avons, chacun chacune, tous et toutes, notre propre opinion sur cette visite dite pénitencielle – et historique – du pape François au Canada.

Certain(e)s s’en foutent royalement, considérant justement un peu le pape comme la famille royale, des institutions d’une autre époque. Comme si le présent ne contenait pas le passé.

D’autres y voient plutôt une occasion unique et une possibilité d’entamer un grand processus de guérison, de pardon et de rapprochement envers les premières nations. J’en suis.

Certain(e)s abordent l’événement avec leur tête rationnelle – et critique et cynique et détachée de ces faits. Ces gens se mettent au-delà de la mêlée et ne se sentent pas du tout concerné(e)s par ce passé pourtant commun que nous portons tous, comme si nous n’étions pas tous et toutes lié(e)s en partie par cette histoire d’horreur commune. Évidemment, que nous n’y étions pas personnellement, et évidemment aussi que ce sont les premiers peuples et leurs descendants qui ont souffert de ces actes barbares. Mais nous faisons tous et toutes partie de la même histoire.

D’autres préfèrent sentir et ressentir la grande blessure historique que cette visite vient ouvrir, autant chez les premières nations qui ont subi les affres de ces actions qu’en nous, fils et filles des ancêtres blancs et catholiques qui ont commis ces gestes abominables. Et considérer cette visite comme une possibilité de début de réconciliation.

Car dans les faits, comme dans notre chair et notre inconscient collectif, nous portons tous et toutes une part de responsabilité. Peu importe que l’on s’identifie comme catholiques – pratiquant ou pas – ou comme athé(e)s ou quelconque autre religion. Certain(e)s ont subi cette histoire, d’autres l’ont imposé, mais nous faisons tous et toutes partie de la même grande histoire avec un petit et grand H. Et nous ne sommes pas séparé(e)s du tout du grand tout, qu’on s’y associe ou qu’on tente de s’en détacher.

Tout comme la génération actuelle des premières nations qui portent en eux et elles les blessures de ce sombre passé, de l’autre côté de la même médaille peu reluisante, nous, descendant(e)s des oppresseurs, portons aussi des séquelles de ces sévices, et une part de responsabilité. Et un certain sentiment de culpabilité pour ce que les blancs ont fait subir aux premiers peuples, malgré ce que certain(e)s prétendent. L’inconscient collectif est si puissant, et nous englobe tous.

On peut se réfugier derrière les arguments qui veulent que ce n’est pas nous qui avons commis personnellement ces crimes odieux, que nous ne sommes pas responsables, mais certains gestes ont bel et bien été posés dans notre pays. Le sang a coulé sur la même terre que celle sur laquelle nous marchons. Les effluves de ces actes sont encore dans l’air du temps présent. Bien sûr que nous n’avons pas choisi de naître catholiques, mais nous avons été éduqué(e)s avec une partie de ces enseignements, et de ces comportements acquis. Le culturel devient partiellement du génétique avec le temps.

À l’mage de la photo ci-haut, la petite pousse qui a réussi à pointer hors terre puise dans le passé grâce à de profondes racines ancrées dans le sol commun. Nous sommes tous et toutes cette petite pousse. Nous sommes les pousses nouvelles de notre passé commun. Nous puisons dans les racines de ce passé commun, passé que nous partageons et portons en chacun de nous. Gouttes liées au même grand océan humain. Nous respirons tous et toutes le même air, et foulons tous et toutes la même terre souillée de sang d’innocents enfants.

Si les crimes commis datent de plusieurs années, les conséquences sociales de ces actes sont encore bien vivantes et tangibles aujourd’hui. Les générations encore vivantes aujourd’hui portent encore ces séquelles, en particulier ceux et celles qui les ont subi, mais nous aussi. À mon avis, nous devons nous sentir non pas coupables mais en partie responsables de ces actes car ils vivent encore dans l’inconscient collectif dont nous portons une partie en nous.

On ne peut prédire ce qui arrivera concrètement de cette visite du pape François. On peut avoir de grandes attentes, ou au contraire, être cynique et sarcastique et ne rien espérer du tout. Tout reste à faire, tout reste à voir. Mais déjà qu’il soit ici, qu’il prononce des mots de pardon est un premier geste important. On verra quelles actions suivront.

Mais on ne peut nier qu’une grande blessure collective est ouverte avec cette visite, blessure que certain(e)s n’ont pas le luxe de ridiculiser car ils la subissent de génération en génération. Et ils et elles portent un espoir de guérison.

Alors avant de rire et de nous moquer de la visite du pape, pensons que pour certaines personnes qui ont souffert et qui souffrent encore des gestes commis jadis par le gouvernement et les autorités religieuses, il y a du vrai monde qui porte ces blessures, dans leur âme, dans leur esprit et dans leur corps.

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Ci-bas, Intéressant point de vue de Laura-Julie Perreault dans la Presse de ce matin.

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2022-07-24/mettre-l-enthousiasme-papal-en-sourdine.php

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