
– Abraham
Quand on médite, que ça soit 15-20 minutes ou 1 heure, que ça soit une méditation active ou une technique immobile telle la vipassana ou une simple respiration consciente, en silence ou avec musique, on peut bien viser un état de satisfaction comme le suggère Abraham, mais cet état n’est jamais garanti.
D’ailleurs la seule intention d’obtenir quelconque satisfaction de la méditation inclut en soi une graine d’insatisfaction. Et ce n’est pas le but ni une fin en soi d’obtenir satisfaction. L’idée est d’être conscient(e), aware.
Personnellement, quand je m’arrête non pas pour faire quoi que ce soit comme ce que l’on nomme méditer, mais simplement pour arrêter, ne rien faire et observer tout ce qui monte, je ne vise pas ce désir d’obtenir satisfaction. Car l’insatisfaction suit la satisfaction telle son ombre.
En fait, quand on médite, ou qu’on arrête et observe, on voit beaucoup de choses qu’on aimerait même mieux ne pas voir en soi, de soi.
On voit notre mental qui roule à 100 miles à l’heure, surtout au début, on ressent toutes sortes de petits inconforts, on a même souvent hâte que ça finisse pour s’activer, s’occuper et s’oublier un peu de nouveau. Nous sommes des êtres de divertissement.
Méditer est en quelque sorte contradictoire. C’est rien et c’est tout en même temps. On ne fait rien, mais on voit tout, on observe tout, on est full présent(e). Si on observe bien et si on est sincère, on fera face à tout soi. Le beau comme le moins. Le shiny comme le sombre.
Souvent aussi quand on médite, on prend note que nous sommes souvent absent minded ou spaced out comme disent les zenglais. En ce sens, penser ressentir une satisfaction est un leurre. L’idée consiste plutôt à apprivoiser les inconforts, petits et grands, et à apprendre à les laisser aller, passer, s’évaporer. Car tout passe, même la satisfaction. En fait, rien ne passe comme la satisfaction.
On ne fait pas que tout voir quand on médite, on peut le suivre même parfois lorsqu’une pensée ou une émotion négative surgit. Oui, on peut suivre la sensation, ce qu’elle tente de nous dire, ce qu’elle tente de pointer en soi. On inspire, on expire, on joue avec., on la suit, on la sent. On ne tente pas de s’en libérer, on rentre dedans. On respire dedans.
Si on space out parfois, perdu(e)s dans l’espace – soyez les bienvenu(e)s – on peut spacer in aussi. On plonge en soi, on explore, on voyage. Un vaste univers là-dedans. En inspirant et en expirant, et en revenant constamment à la respiration. Et si on utilise de la musique ou si on bouge dans le cadre d’une méditation active, on ajoute ces props à l’observation. Ça en fait juste plus à regarder, à observer. Et on observe aussi l’observateur/trice qui s’observe observer.
Comme le dit si bien Krishnamurti: L’ordre est la transformation de ce foutu bordel. Lorsque l’observateur/trice devient ce qui est observé, alors il y a un ordre complet.

Mais l’ordre ne dure pas. L’équilibre est un constant déséquilibre.
Alors on observe tout ce qui se passe en soi, tout ce qui passe, trois millions de fois passera. Et on réalise lentement que la vie est un flot, un flow. De pensées, d’émotions, de sensations, d’observations, et si on accroche sur rien, ou si on réussit à décrocher si on accroche en revenant à sa respiration, nous sommes là, au milieu d’un grand calme ou d’une folle tempête, impassible, immobile, témoin, observateur/trice. Même de la présence qui observe.
La méditation est, au final un cercle vicieux et vertueux de vie en soi qui observe la vie en soi comme celle autour, jusqu’au bout de l’univers. And back. Et aller-retour, sans début, ni fin.
Avec mes ami(e)s du Dojo virtuel, nous nous assoyons régulièrement, ensemble, à distance, en musique et en silence. Et au gong final, Namasté et chacun(e) retourne vaquer à ses occupations car encore dans le monde nous vivons. Le fait d’avoir un horaire est une aide précieuse. Et bien sûr que si nous sommes toujours seul(e) en soi quand on ferme ses yeux et qu’on médite, nous sommes aussi lié(e)s à tout, à tous et toutes, à la vie entière. Tous et toutes des portails de la même grande vie, qui sintonisons la même fréquence universelle dans nos récepteurs individuels.
En cette ère de multi branchage numérique, je crois qu’il nous est et sera de plus en plus essentiel de prendre du temps pour arrêter, décrocher, fermer ses yeux, respirer, ouvrir son coeur et tous ses sens et simplement prendre le temps de ne rien faire et simplement s’observer observer.
Car on peut bien courir autour du monde, s’occuper à 1000 choses et d’autres, lire toutes les nouvelles que l’on veut sur tous les supports que l’on peut, parcourir les réseaux en boucle et en boucle, on finit toujours ici, maintenant, simplement, avec soi. Et peut-être que l’objectif ultime de la vie est d’être prêt(e) à tout, à la vie et à la mort.
Et la méditation est la parfaite non-action pour arriver ici, maintenant, en fait pour réaliser que ce n’est que là qu’on vit toujours et sans temps quand on arrête simplement de s’éparpiller. Satisfaction ou pas.
Welcome home.





















