SE LAISSER DÉFAIRE

On a autant besoin d’une liste de choses à défaire que d’une liste de choses à faire.

En vieillissant, on a de plus en plus tendance à se défaire qu’à se faire. Le corps s’affaisse, se ramollit, il ralentit un peu, et de plus en plus. Bel exercice d’acceptation. Jeune on se pensait éternel. En vieillissant, on se reconnait de plus en plus mortel. Et paradoxalement, éternellement vivant.e.

En passant, le On inclut les dix doigts qui tapent.

En fait, avec le sable qui coule dans le grand sablier de notre petite vie, avec le temps qui nous passe dessus et dedans, ce temps inexistant sur lequel on glisse sa vie, hi ha, on s’affaire de plus en plus à laisser les choses se faire par elles-mêmes et se défaire d’elles-mêmes.

On lâche prise, on laisse aller, on ralentit et on accepte de plus en plus. Sauf quand on résiste. On laisse aller un peu, ou un peu plus à chaque jour. Comme les arbres à l’automne, on s’effeuille, on se défeuille. Strip tease existentiel face à nos illusions et à nos rêves de jeunesse.

Oh j’en entends déjà qui s’opposent et rouspètent et qui affirment haut et fort qu’on doit toujours continuer à rêver. Good for you si le rêve vous en dit. Keep on raving. Mais l’idée consiste peut-être plutôt à chercher à se réveiller à ce qui est, à ce qui a toujours été, mais qu’on était trop occupé à ne pas vouloir voir car trop simple et trop évident. Maybe baby. Or not peanut.

Quand on est jeune, on doit se faire, construire sa vie, sa carrière, on poursuit nos rêves, on fait toutes sortes d’affaires. On se définit justement beaucoup par ce que l’on fait, par ce que l’on a, par qui on pense être, en bonne partie aux yeux d’autrui.

Et à mesure que passent les années, on apprend à laisser aller. Un peu du moins. On apprend à se laisser couler avec la vie, dans la vie, à se laisser bercer par la vie.

Genre:

Ceux et celles qui coulent telle la vie coule savent qu’on n’a besoin d’aucune autre force.
– Lao Tzu

Avec le temps qui passe, avec la ligne d’arrivée qui se rapproche, on apprend graduellement qu’au final, nous ne sommes pas vraiment quelqu’un, ni quoi que ce soit, pas quelque chose de tangible.

Nous sommes davantage un ptit rien du grand tout qui regarde passer le courant et qui se laisse porter par celui-ci. Un ptit rien tout nu plus qu’un quelque chose de grandiose. Un camp de nudiste la vie. Comme ça qu’on nait, et comme ça qu’on va mourir, dans nos vêtements. Avant le dernier feu d’artifice du l’ultime qu’en dira-t-on.

Genre:

La vérité est telle que vous n’êtes rien, mais ce rien est plein, complet, infini en tout et partout.Ce rien est la conscience même. Elle est totale, complète et pleine. Et ceci est une incroyable ironie.
– Gangaji

Une conscience nous sommes, parfois consciente d’elle-même, parfois moins, parfois pas du tout quand on se perd à trop regarder par en dehors.

Parfois, une grande conscience enveloppante et, d’autre fois, qu’un nain conscient. Nous sommes une petite personne extra ordinaire.

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Je ne sais plus trop si je rêve ou si je me souviens, si j’ai vécu ma vie ou si je l’ai rêvée.
À l’instar des rêves, le souvenir me rend profondément conscient de l’irréalité, de la nature éphémère du monde, d’une image fugace dans le courant.

– Eugène Ionesco

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On ne peut atteindre que ce qui se trouve dans le rêve.
Et ce qu’on atteint, on le perd aussitôt.

Et celui qu’on perd réapparaîtra…
Rien ne doit partir, rien ne doit arriver.
On reste prisonnier de l’idée qu’il faut un changement pour devenir ce qu’on est…
Malgré tout ce qui arrive, malgré la présence et l’absence, quoi qu’il arrive, tu es Cela.

– Karl Renz

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Ce que je sais, c’est que la beauté est là, pas loin, en train d’attendre d’être découverte.
Quand l’esprit n’est pas accaparé par ses pensées et que le cœur est ouvert, la lumière de l’après-midi, sur la façade délabrée d’un édifice miteux d’une rue délabrée, révèle une beauté et une sacralité à couper le souffle.
Quand l’esprit est préoccupé et le cœur fermé, on peut se retrouver face au Grand Canyon et ne voir qu’un amas de rochers hideux.

– Joan Tollifson, Éveillée au cœur du pays: L’extase de ce qui est

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