
– Taizan Maezumi
Il est quasi impossible, du moins très difficile, de ne pas se considérer comme le nombril du monde. C’est que tout ce que l’on voit, tout ce que l’on ressent du grand monde part de soi – ou arrive à soi ? – de nos sens, de notre corps, de notre perception. Nous sommes le réceptacle vers lequel le monde arrive. La vie arrive à nous. Comme celui duquel tout part. Ou peut-être que tout ne fait que nous passer à travers ?
Car bien sûr qu’on reçoit et émet tous et toutes un ptit quelque chose. Give and take disent-ils dans la langue de glaise. La vie vivotte en soi, et en dehors, la vie va vite, ou un peu moins parfois.
La vie n’a pas de sens, la vie est le sens. Le chemin est le fil d’arrivée. Chaque pas inclut la destination, le fil d’arrivée est toujours à portée de pieds, au bout de son nez. Et en plein coeur surtout.
Et notre vie globale ? Qu’une succession de pas, en avant, de côté et de sur place. Parfois, en arrière. Comme une suite infinie d’inspirations. Et d’expirations. Et de pauses entre les deux. Là où le monde s’arrête un peu, d’avancer et de tourner. La vie sur pause.
Ces quelques mots cerises sur le sundae de la première semaine de juin pour ne pas dire grand chose qu’il faille. Que suivre le moment.
Et en fait, surtout questionner si tout ce qui se présente à nous émane de l’intérieur ou de l’extérieur de soi.
Et que tout ce dont l’on a besoin se trouve en ce ptit dimanche matin gris et vert. Avec quelques ombres. Et quelques anges.
Et le partage de ces trois beaux petits textes.
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Celui qui a vu son ombre est plus grand que celui qui a vu les anges.
Celui qui a touché ses abîmes et qui a pourtant choisi la vie met le monde debout.
La vie n’a pas de sens, ni sens interdit, ni sens obligatoire.
Et si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle va dans tous les sens et déborde de sens, inonde tout.
Elle fait mal aussi longtemps qu’on veut lui imposer un sens, la tordre dans une direction ou dans une autre.
Si elle n’a pas de sens, c’est qu’elle est le sens.
Et si l’essentiel d’une vie consistait à accueillir l’ébranlement, la secousse, le dérangement causé par l’autre ?
Au-delà du bien et du mal, du vrai et du faux, du juste et de l’injuste, il y a une prairie où je t’attends.
Il n’y a qu’un crime, c’est de désespérer du monde.
Nous sommes appelés à pleins poumons à faire neuf ce qui était vieux, à croire à la montée de la sève dans le vieux tronc de l’arbre de vie.
Nous sommes appelés à renaître, à congédier en nous le vieillard amer.
– Christine Singer
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Nous revenons toujours à nous-même, à notre histoire, à notre justification, à nos prétentions, à nos comparaisons avec les autres, en leur défaveur bien entendu!…
Et pour nous créer un piédestal.
C’est là vraiment le mal radical qui corrompt en nous tout ce qui est possible dans l’ordre de l’esprit : cette possession de nous-même par nous-même, qui nous rive à un moi dérisoire, infirme et suprêmement dépendant, qui ne laisse pas pourtant de s’enorgueillir du néant qu’il est !
Cela paraît fou, mais pourtant c’est cela qui constitue la plupart du temps notre histoire, et il est extrêmement rare que nous soyons rellement libérés de nous-mêmes, que nous nous perdions de vue ; et quand cela arrive, aussitôt après il y a un refus où nous nous félicitons d’avoir échappé à nous-même, en retombant d’autant lourdement en nous-même.
Et ce qu’il y a justement d’unique dans l’Humanité de notre Seigneur, c’est qu’à la fois elle nous révèle notre mal et peut nous en guérir.
Elle nous révèle que, pour exister dans cette dignité et dans cette grandeur, pour exister comme une valeur unique et irremplaçable, il faut faire de tout nous-même un dépouillement, une désappropriation, un don.
Maurice Zundel (« Ton visage ma lumière via Cristiina RJ
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La libération n’est pas ailleurs.
Elle ne réside ni dans des retraites lointaines, ni dans des conditions idéales, ni dans une réalisation future.
Tout ce à quoi vous résistez, que vous évitez ou que vous souhaiteriez différent est précisément ce qui peut vous libérer, si vous l’accueillez pleinement.
Les défis, le chaos, les moments ordinaires : ils sont votre porte d’entrée.
Arrêter de chercher ailleurs, c’est s’éveiller à la possibilité qui se trouve ici et maintenant.
– Taizan Maezumi
