
Tout un processus d’apprendre à aider – davantage ? de plus en plus ? plus qu’avant ? – autrui, d’apprendre à penser plus large que pour soi-même seulement. Tout dans la nature est destiné à servir plus grand que soi.
Cette tendance n’est pas tout à fait innée pour tout le monde. On nous dit tellement de prendre soin de soi, d’être autonome et responsable, de penser à soi, que souvent, on finit par oublier les besoins des autres. On finit par oublier que soi et les autres, c’est pas mal semblable et que la communauté est plus qu’essentielle.
Bien sûr qu’on doit commencer par prendre soin de soi-même, penser et combler tout d’abord ses propres besoins. Là que tout commence. Mais ce n’est que la première partie de l’équation. Comme si on devait apprendre à prendre soin de soi pour pouvoir prendre soin des autres ensuite. Les autres sont une continuité de soi-même.
Mais là, comme dans tout, tout est question d’équilibre, et de moyens. Ainsi, pas toujours évident de doser le soin de soi et l’aide aux autres. Parfois on se lâche trop lousse. Ça s’applique à moi-même ce matin car j’avais dit à une amie que j’allais l’aider à déménager mais j’ai le dos barré. Changement de plans. Et dose d’humilité. Car à force de trop vouloir aider autrui, on peut en venir à s’en ennorgueillir. Bien faite la vie qui nous ramène à l’ordre quand c’est requis.
Heureusement, parallèlement à une forte tendance au penser à soi seulement, il semble y avoir un réveil du penser à autrui.
Ci-bas, paru dans le Le Devoir, hier.
Cette semaine, des associations pour la défense des droits, des coalitions, des organismes communautaires et de solidarité internationale, des syndicats, des écologistes, des artistes et d’autres citoyens appellent la population à se joindre à un mouvement large pour faire front contre la montée du fascisme et de l’extrême droite.
Un réseau mis sur pied pour favoriser la concertation des actions et des initiatives populaires, appelé Mosaïque des résistances, sera lancé le 3 juin lors d’une conférence animée par l’essayiste Aurélie Lanctôt avec la participation de l’autrice et militante altermondialiste Naomi Klein.
Notre monde ne va pas bien.
Les crises se multiplient et se conjuguent, qu’elles soient sociales, économiques, écologiques, sanitaires ou politiques.
Pendant que la planète brûle, les décisions et les actions de nos gouvernements nous poussent vers de nouveaux points de bascule, de plus en plus critiques, irréversibles.
Il est minuit moins une.
Le communautaire est «à boutte», les syndicats sont en révolte, les mouvements féministes s’inquiètent de l’avancée de la misogynie et de l’islamophobie, les peuples autochtones constatent un recul dans la reconnaissance de leurs droits et de leur souveraineté, les groupes pour la justice migrante se mobilisent contre une montée de politiques xénophobes, les écologistes se heurtent à une vague de dérégulation, les personnes 2ELGBTQI+ s’inquiètent de la recrudescence de manifestations transphobes et homophobes.
Chaque jour, les glissements s’accélèrent : transgression de la démocratie, saccage du filet social, démantèlement des contre-pouvoirs, piétinement du droit international, destruction des territoires et du vivant.
Inégalités obscènes
Depuis des décennies, le capitalisme néolibéral approfondit les inégalités sociales, économiques et territoriales et enrichit les plus nantis. Une poignée d’ultrariches (soit 0,001 % de la population mondiale) contrôle trois fois plus de richesse que la moitié de l’humanité.
Selon l’Observatoire québécois des inégalités et le CCPA, les 21 chefs d’entreprise les mieux payés du Québec gagneront 236 fois plus que le salaire annuel moyen en 2026.
À mesure que l’État se désengage et impose ses mesures d’austérité, les services publics s’appauvrissent, l’accès aux soins de santé se rétrécit, la crise du logement et de l’itinérance s’aggrave. De plus en plus de Québécois ont du mal à joindre les deux bouts.
Devant le mécontentement populaire, les pouvoirs politiques font des personnes migrantes et des minorités les boucs émissaires des crises sociales. En même temps, ils encouragent l’exploitation de leur travail à de mauvaises conditions et à de bas salaires et sacrifient ainsi, couche par couche, les populations les plus précaires.
Au Québec comme au Canada, on constate un tournant autoritaire et démagogique. Les projets de loi se suivent les uns après les autres : il s’agit d’affaiblir nos institutions démocratiques et de réduire au silence les voix critiques capables d’exprimer des désaccords légitimes.
S’attaquant à des droits qu’on croyait acquis, tout un arsenal de lois antisociales et antisyndicales fragilise les conditions de travail, marginalise les populations les plus défavorisées et discriminées, nourrit la peur et favorise la montée d’un climat raciste, discriminatoire et islamophobe. Souvent adoptées sous bâillon, ces politiques détruisent les bases de notre démocratie pour répondre aux intérêts d’élites économiques.
Guerre totale
La planète entière est en danger imminent. Aujourd’hui, l’extractivisme — modèle économique qui repose sur l’exploitation industrielle et prédatrice des forêts, des océans et des mines — nourrit un système de plus en plus inégalitaire. Les entreprises extractives du Canada continuent de faire des ravages partout sur la planète : elles détruisent le territoire et le vivant, brutalisent le corps des femmes, usurpent les savoirs indigènes. Sans égards à la souveraineté des pays concernés, elles exportent les profits et sèment la destruction.
Ce système d’exploitation intensive affecte surtout les peuples autochtones et les populations du Sud global qui, pour survivre, sont forcés à l’exil. Au lieu de reconnaître notre responsabilité envers ces populations déplacées, on répond par une fermeture et une militarisation des frontières.
Du génocide à Gaza jusqu’aux attaques contre l’Iran, le Liban et la Syrie, les guerres d’agression menées par Israël et les États-Unis ont provoqué une escalade catastrophique. La fiction d’un ordre fondé sur les règles et le droit ne tient plus : plus que jamais, c’est le pouvoir de la mort qui fait loi.
En dépit de l’opposition populaire, cette logique d’agression sans fin continue d’obtenir l’approbation de nos dirigeants qui nous entraînent dans une course inexorable aux armements. En s’appuyant sur la nouvelle Stratégie industrielle de défense du Canada, on détourne des milliards de dollars des budgets pour le climat et le développement social et économique.
Alors que l’on continue de faciliter la vente d’armes à des pays accusés de crimes de guerre et de génocide, nos économies se militarisent et nos cibles écologiques reculent. Mis en avant par le gouvernement Carney, ce virage dangereux risque de nous plonger dans un nouveau cycle d’austérité, de guerres, de répression et d’agressions, où prime le droit du plus fort.
L’heure de vérité
Plus de 40 ans de néolibéralisme ont conduit à une fragmentation sociale et à un sentiment généralisé d’impuissance. Or, devant l’urgence, il n’est plus possible de dissocier nos luttes. Aujourd’hui, l’expansion de l’extrême droite et du fascisme appelle à la construction d’un mouvement politique fort et pluriel autour d’une vision de la société qui est émancipatrice, juste, décoloniale, inclusive, féministe et écologique.
Le 29 novembre dernier, nous avons été des dizaines de milliers dans la rue pour dénoncer la montée de l’autoritarisme et les atteintes aux droits de la personne. Ce printemps, nous lâcherons la main de personne. Devant la brutalité de notre époque, nous continuerons de résister, de contester et de nous rebeller.
Notre réponse sera radicalement solidaire. Ensemble, nous formerons une mosaïque de résistances pour faire front aux dérives autoritaristes et aux lois réactionnaires de nos gouvernements. Car notre avenir collectif et celui de notre planète en dépendent.
Ont signé cette lettre :
Centre de formation populaire ; Montérégie Antifasciste ; Parti de la rue ; Les Maisons de l’Ancre ; Mères au front Rouyn-Noranda ; Table de concertation des groupes féministes du Bas-Saint-Laurent ; Centre Entre-Femmes ; ANPI — Association nationale des partisans d’Italie. Section de Montréal ; L’R des centres de femmes du Québec ; Ligue des droits et libertés — Section de Québec ; Revue À bâbord ! ; Réseau d’action des femmes en santé et services sociaux ; Palestinian Youth Movement — Montreal ; Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) ; La Maison des Femmes des Bois-Francs ; Co-Savoir ; Fédération des femmes du Québec ; Distributions l’Escalier ; Centre Arc-en-ci-elle ; Uniphare ; Collectif d’analyse politique / Nouveaux Cahiers du socialisme ; Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec ; Montreal for a World BEYOND War ; La Collective centre de femmes de Nicolet-Yamaska ; Carrefour de participation, ressourcement et formation (CPRF) ; Mères au front ; Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) ; Conseil central du Montréal métropolitain — CSN ; Polémos Décroissance ; RIPAJ ; Vigilance OGM ; Comité pour les droits humains en Amérique Latine (CDHAL) ; ROHMI ; Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep Montmorency ; Au bas de l’échelle ; Club Ami ; Réseau international pour l’innovation sociale et écologique ; Coalition Mobilisations Citoyennes Environnementales de Laval (CMCEL) ; Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes ; Ligue des droits et libertés ; Réseau des groupes de femmes Chaudière-Appalaches (RGFCA) ; Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL) ; Centre des travailleurs et travailleuses immigrants ; Conseil central du Montréal métropolitain — CSN ; Carrefour d’éducation populaire de Pointe-Saint-Charles ; Journal d’Alter ; Collectif de lutte contre l’islamophobie ; Pôle francophone, Voix juives indépendantes ; Écologie populaire ; Alternatives ; Observatoire pour la justice migrante
