
J’ai quelques ami.e.s. et proches autour de moi qui souffrent ces temps-ci. Et parce que j’ai déjà souffert, quand je me trouve en leur présence, je sais ce qu’ils/elles vivent, je sens ce qu’elles/ils ressentent. En fait je ressens la souffrance que j’ai moi-même vécue. La douleur a beau être invisible à l’oeil nu, elle ne l’est jamais au coeur qui a su et qui l’a vécu.
Lorsqu’une douleur est physique et qu’on la voit, elle se comprend mieux, elle se justifie mieux, surtout lorsqu’elle est extérieure, lorsqu’on peut la voir et en identifier la source précise.
Mais quand c’est l’esprit qui a mal jusqu’à l’âme, et lorsque le coeur est si lourd qu’il devient même difficile à porter, on peut avoir tendance à se dire que cette douleur n’existe pas et qu’on ne devrait pas souffrir ainsi, surtout au printemps, surtout si on se compare à pire que soi. Mais la douleur demeure tout de même et elle existe, bien réelle.
On dit parfois que la douleur est inévitable, mais que la souffrance est optionnelle. Je ne suis pas tout à fait certain de cette grande vérité personnellement. Car lorsqu’on a mal, ça fait mal, on a beau tenter de se raisonner, la douleur est bien réelle même si elle est invisible. Le corps la ressent, l’esprit la subit, la tension se vit concrètement en notre corps.
Parfois, nous sommes pris en soi avec une certaine douleur, emprisonné dans une souffrance certaine, une douleur aiguë. On tourne en rond et on ne voit pas comment s’en sortir. On se retrouve pris dans une loop de souffrance, sans sortie de secours à l’horizon. La simple idée de faire un effort devient résistance. La tête spinne sur elle-même et toutes les voies de sortie sont bouchées, comme les solutions trop pâles pour contrer l’ombre de nos malaises.
S’il était aussi simple que de simplement décider de s’en sortir, tout le monde le ferait, à moins d’apprécier souffrir, mais les masochistes sont relativement rares. On roule souvent dans des patterns inconscients qui, par définition, ne se comprennent pas dûs à la part cachée de la spirale qui nous ramène souvent à la même place en soi, ou dans les mêmes situations à répétition.
Parfois la vie nous force à mariner dans un état inconfortable pendant un certain temps, toujours trop longs à notre goût, ou elle nous ramène régulièrement dans une même douleur connue, mais difficile à accepter. Ce processus est un grand mystère.
Probablement que la première étape consiste à accepter totalement l’état vécu, même si c’est difficile, comme l’inconfort et l’impuissance qui viennent avec. Puis à ressentir la dite douleur/souffrance.
Du temps de son (corps) vivant, Osho nous recommandait de suivre la souffrance, de remonter la douleur jusqu’à sa source. Ce faisant, sans la juger ni tenter de la nier, il devient possible de réaliser que la douleur est une sensation, surtout une sensation du moins lorsque libérée du jugement qui l’accompagne et l’alourdit d’autant plus. En ce sens, si la douleur est une sensation, la souffrance serait une forme de résistance à ce qui est. Osho nous disait de prendre le temps et de rentrer dedans. Ça fonctionnait souvent pour moi. On finit par perdre le fil et la douleur s’atténue une fois reconnue et apprivoisée.
Un autre outil réside dans la méditation d’Atisha. Cette technique, issue du bouddhisme tibétain, veut qu’une flamme de guérison brûle dans le coeur de chaque être humain et qu’à l’inspiration, en y portant notre attention, on peut y diriger notre douleur et notre souffrance et les laisser s’y consumer. Le feu a cette qualité de transmutation. Puis à l’expiration, on peut ensuite laisser aller l’inconfort qu’elle génère avec acceptation et soulagement, en expirant la guérison, l’apaisement et l’allègement.
Petits moyens bien simples, peut-être même un peu simplets quand notre coeur a si mal et souffre tant. Mais parfois, les mots sont de trop. Et l’acceptation de notre état de grande vulnérabilité dans les moments les plus difficiles de notre vie constitue probablement une grande leçon de vie inévitable et incontournable pour chacun.e d’entre nous. C’est en se cens que nous sommes tous et toutes liées. Notamment par notre apprentissage et par la transformation de la douleur.
Quand nous sommes en présence de gens qui souffrent, n’essayons pas de nier leur douleur, de minimiser leur souffrance, ni tenter de les convaincre de quoi que ce soit. Soyons présent.e.s à eux/elles, et prenons même une partie de leur mal-être. Ils/elles se sentiront déjà mieux, du moins reconnus et acceptés. Ci-bas, un bout de texte intéressant en ce sens.
Et brûlons une petite tige de sauge en invitant la légèreté.
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L’ENSEIGNEMENT DU TONGLEN PAR KHENPO MUNSEL
La pratique principale que j’ai suivie en prison était le tong-len (donner et recevoir).
Khenpo Munsel m’a transmis de nombreuses instructions orales spécifiques sur le tong-len, qui ne figuraient pas dans les textes.
Le tong-len consiste généralement à répandre le bonheur autour de soi et à absorber la souffrance d’autrui.
Mais pour saisir le vrai sens du tong-len, il faut comprendre l’indissociabilité du soi et de l’autre.
Notre esprit repose sur le même fondement.
Nous le comprenons grâce à la Vision.
Dans ce contexte, même s’il existe de nombreuses formes de souffrance, il n’y a en réalité qu’une seule chose appelée « souffrance ».
Il n’y a qu’une seule souffrance, enseignait-il.
S’il n’y a qu’une seule souffrance, alors, lorsque vous-même souffrez profondément, vous devriez penser :
« L’esprit des êtres sensibles des trois royaumes et mon esprit reposent sur le même fondement.
L’essence de la souffrance des êtres sensibles des trois royaumes et de votre propre souffrance est la même.
Si vous les percevez comme identiques, si vous les considérez comme non duelles, et que vous méditez ensuite sur cette souffrance dans l’état naturel de l’esprit, cette souffrance disparaît.
À cet instant, vous avez simultanément apaisé la souffrance de tous les êtres sensibles des trois royaumes.
Le « len » de tong-len signifie « prendre ».
Commencez par prendre de cette manière.
« Tong » signifie « donner ».
Si vous comprenez la nature de l’esprit, alors vous reconnaissez que l’essence de toute souffrance et de toute émotion afflictive est le vide.
Lorsque la souffrance ne vous nuit plus, l’esprit atteint une grande félicité.
Si, à ce moment-là, vous méditez en unifiant vous-même et les autres, ce bonheur peut diminuer l’attachement à soi de tous les êtres sensibles.
Elle peut atténuer cet attachement.
Le bonheur donné est le bonheur qui découle de la pratique du don et de la réception.
C’est comme ça que vous…
Il faut pratiquer.
C’est très particulier.
D’autres ne l’expliquent pas ainsi.
~ Garchen Rinpoché
Enseignement sur Tong-Len donné par Son Éminence Garchen Triptrül Rinpoché à Katmandou, Népal, en 2007
Extrait de ratnashri.se et Christina Lundberg, « Pour le bien de tous les êtres », film documentaire sur la vie de S.E. Garchen Rinpoché, © 2013 Garuda Sky Productions ; utilisé avec son aimable autorisation. Traduction : Meghan Howard et Ina Trinley Wangmo.
Merci à Hong Chang et Tashi Lhamo et al. , via Erik Jensen et traduit par Googletranslate
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Et si votre coeur est alourdi par la souffrance ces temps-ci, peu importe sa source, Gangaji a quelques mots d’encouragement qui ont déjà fait des miracles pour le mien quand il était dans la flotte.
