PHOTOS TROUBLÂME

Ce matin, je surfais dans ma banque de photos et de memes pour me partir la boîte à mots tel que je le fais la plupart des matins de semaine. Petite pratique régulière pour starter mes journées.

En fouillant, j’ai passé et repassé sur cette photo trouvée hier (Beyoncé au Met Gala et jeune palestinienne de Gaza) à quelques reprises en me disant que je ne pouvais pas l’utiliser comme haut de chronique.

Mais pourquoi ? me suis-je demandé. Car ce blogue ne traite pas de politique, ni d’enjeux sociaux, quoi que.

Et en me le demandant encore, je la poste tout de même et je verrai bien ce que j’ai à en dire, je verrai bien les mots qui sortiront de ma petite boîte de Cracker Jack.

C’est que cette photo m’obsède un peu depuis hier. Je dis m’obsède un peu même si cela ne fait pas tout à fait sens car en principe, une obsession nous prend complètement et viscéralement. Une obsession se vit à temps plein. Et bien qu’elle puisse être positive, une obsession est généralement connotée négativement. Celle-ci l’est sûrement du moins. Peut-être que je ne la laisse m’obséder qu’un peu pour ne pas qu’elle m’envahisse complètement, et qu’elle me hante à temps plein. Elle en a le potentiel. Et j’y pense beaucoup beaucoup.

Si je suis honnête, j’aurais préféré ne pas voir cette photo. Car il y a des choses que je ne veux pas voir. Ça me heurte trop, trop dérangeant.

Depuis que j’ai posé les yeux sur cette photo, quelque chose de fondamental a été dérangé en moi, et pas que mon petit mental hyperactif qui fut déclenché. Quelque chose a été profondément touché, atteint, perturbé. Mon mental ne sait quoi en faire et les émotions le submergent, le dépassent.

Oh je sais avec ma tête qu’il y a des inégalités et des injustices flagrantes en ce monde, mais de voir ces deux extrêmes côte à côte révèle quelque chose de très troublant en moi. Presque trop troublant. Quasi impossible de vivre avec un tel malaise, un tel mal à l’âme. Sans rationnaliser, sans justifier.

En fait, ces deux photos juxtaposées nous ramènent à deux choix : soit de regarder le monde en cherchant/trouvant des causes et des coupables, donc en blâmant autrui, ce qui va jusqu’à blâmer Dieu pour certains.

Ou soit d’utiliser ces photos comme un miroir pour se regarder soi-même et voir ce qui est ébranlé en soi à la vue de ces deux extrêmes. Et éventuellement, possiblement tenter de prendre action pour atténuer les inégalités. Mais ça, je sais, gros contrat. Et trop souvent on agit pour masquer notre impuissance et notre désespoir.

Ou peut-être qu’il existe un troisième choix: celui de simplement sentir son impuissance et d’accepter que certaines choses dans le monde sont tout simplement dérangeantes, perturbantes, inconfortables. Et tenter de vivre avec ce malaise du mieux qu’on peut. Si cela est possible.

Ou peut-être qu’il existe même un quatrième choix qui consiste à tout simplement nier certaines réalités quand elles nous dérangent trop. On dirait que certaines personnes parviennent à le faire.

Je constate qu’on a souvent tendance à blâmer les très riches face à la pauvreté du monde comme si l’argent pouvait tout régler. Mais quiconque a déjà voyagé dans les pays pauvres sait que nous sommes tous et toutes les riches d’autrui – plus pauvres que soi.

En hésitant à poster cette photo, je vois aussi que je ne veux pas effrayer mes quelques lecteurs/trices. Pourtant, j’écris librement, du moins sans éditeur/trice qui me censure selon des lignes éditoriales spécifiques. J’écris librement, sans filtres, autres que les miens finalement. Mais je réalise que nous nous censurons toujours un peu, nous pendant tout à fait libres, selon des valeurs et critères un peu mystérieux et inconscients.

Ou tout simplement une culpabilité chronique soulevée par ces photos ?

Un peu de toutes ces réponses peut-être.

Et vous, quel effet elles vous font ces photos ?

Vous pouvez commenter, je vous lirai.

3 réflexions au sujet de « PHOTOS TROUBLÂME »

  1. Avatar de AnandgyanAnandgyan

    Ouch!

    Cette juxtaposition est d’un contraste ahurissant

    alors que je venais de lire un article tentant de démontrer

    le thème de ce gala de charité pour le gratin de la bourgeoisie

    avec ce le lien entre ces tenues extravagantes et leurs clins d’oeil à l’art:

    https://bbc.com/culture/article/20260505-eight-of-the-most-stunning-met-gala-looks-and-the-artworks-that-inspired-them

    Mais là le motif, dans ces deux photos,

    qui ressort dans leur ressemblance,

    jure en étant mis côte à côte.

    C’est troublant et je me repose cette question

    après la lecture d’hier à propos du karma

    pis là je me souviens de ce mème

    que tu nous avais offert jadis naguère

    et pas traduit ici qui disait:

    « We see things not as they are but as we are. »

    Je suis troublé et ne suis pas convaincu

    de pouvoir célébrer un juste milieu

    avec seulement ces deux photos

    et « duhkha-sukha » ou « pleasure and pain ».

    Voilà ma réponse spontanée.

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