KARMACADABRA

Le Karma ne se presse pas. Il documente. Et lorsqu’il ferme les comptes, il ne manque rien.

Chronique Abrakadakarmique aujourd’hui. Si on réfère souvent au karma, personne ne sait trop réellement ce que c’est pour de vrai. Il existe ou pas le karma ? En tous les cas, le karma prendra forme selon ce qu’on en pense et ce qu’on en dit. Et si abracadabra signifie je crée comme je parle (ou comme je pense ou j’écris) on peut en faire/dire/penser ce que l’on veut de ce karma, ou ce que l’on peut. Abracabra de longue haleine ou à bras raccourcis.

Le karma, issu du sanskrit signifiant action, serait une loi universelle de cause à effet présente dans les religions indiennes. Chaque intention, parole ou acte (physique, mental, énergétique) générerait une énergie qui déterminerait les expériences futures, agissant comme une mémoire invisible influençant le cycle des réincarnations (Samsara). On parle ici des religions indiennes mais l’idée du paradis – ou de l’enfer – à la fin de notre vie va pas mal dans le même sens à mon humble avis.

En fait, le karma se résumerait plus succinctement par l’expression on récolte ce que l’on sème.

Parfois on dit que le karma est instantané, soit que le résultat se manifeste au moment même où l’on pose le geste; la récolte serait donc immédiate. Si on agit en fonction de ses valeurs et de son intégrité personnelle, on vivra aligné.e. Certains définissent d’ailleurs ainsi le péché, soit par le fait de ne pas agir à partir du coeur.

Mais le karma existe-t-il ? Certains en sont certains, ça c’est sûr 😉 Dont Vishrant ci-bas: Le karma est réel. Peu importe ce que tu donnes dans la vie, tu le retires, soit dans cette vie, ou dans une autre. Ce n’est un système magique, c’est une loi énergétique.

Comme la réincarnation, le concept de karma fait du sens mais il est bien difficile à vérifier. Alors in God we will trust. Ou pas. Moi j’aime bien l’idée tout de même. Qui ramène un certain sens de justice, de comptes à rendre, de résultats face aux actions posées, que ça soit immédiat ou comptabilisé dans la grande banque centrale karmique storée probablement dans les annales akashiques. And swell.

Comme l’impression que quelques zillionnaires de grands chemins doivent avoir peur de mourir, au cas où… Quelques-uns sont sûrement dans le rouge karmique (nouvelle couleur chez Sico).

De façon plus terre à terre, le karma peut être défini ainsi: lorsque vous finissez le rouleau de papier de toilette sans la remplacer et que vous êtes la prochaine personne à utiliser la salle de bain. Version karma merdique védique va-vite.

Imagé, le karma pourrait ressembler à ce domino. Avec un certain time delay avant le retour.

Comme l’impression que le karma est intergénérationnel, soit qu’une génération peut payer pour les erreurs des précédentes. Parlons-en à nos enfants. Mais on dit aussi qu’on apprend de nos erreurs, ou pas toujours. Car on dirait souvent que ce sont les autres qui apprennent des nôtres et que si on ne soigne pas nos blessures, on risque de saigner sur autrui. À soigner.

Certains sont plus catégoriques: le karma suit tout le monde éventuellement. Tu ne peux flouer les gens toute ta vie, je me fous qui tu es. Ce qui va finit toujours par revenir. C’est ainsi que ça fonctionne. Tôt ou tard, l’univers te rendra la monnaie de ta pièce. Pas mal certaine d’elle-même la Jessica.

Comme on peut voir, le karma porte flanc à diverses interprétations. Celle-ci de Wayne Dyer me plaît bien car elle nous remet la responsabilité: la façon dont les gens vous traitent est leur karma, comment vous réagissez est le vôtre.

Au final peu importe la nature du karma, suivons donc notre coeur pour déterminer nos actions.

Ci-bas le karma avec une twist Zen.

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Karma, renaissance et la personne disparue

La plupart des gens, en entendant le mot karma, imaginent tout de suite un boomerang cosmique.
Faites le bien, et le bien vous sera rendu.
Faites le mal, et le mal vous reviendra avec un goût amer.
Quelque part derrière le rideau, il semble y avoir un tribunal invisible, un juge invisible, un registre invisible et un univers très patient qui tient les comptes.
Mais le zen n’a besoin de rien de tout cela.

Dépouillez-vous de tout ça, et le karma devient douloureusement ordinaire : cause et effet.
Placez votre main sur une plaque chauffante et vous vous brûlerez.
Appuyez sur l’accélérateur, et la voiture ira plus vite.
Mentez à quelqu’un, et la confiance commencera à se corrompre.
Nourrissez le ressentiment assez longtemps, et le ressentiment deviendra l’air que vous respirez.
Pratiquez l’attention, et l’attention deviendra moins dispersée.
Parlez fort tous les jours, et la dureté deviendra le langage naturel du corps et de l’esprit.
Soyez généreux assez souvent, et la générosité cessera d’être une idée et deviendra une façon d’être au monde.

Pas besoin d’un comptable cosmique.
Juste la conséquence.
Le vrai problème commence lorsque le karma se transforme en une agence de voyages métaphysique : cette vie, la suivante, une meilleure naissance, une pire naissance, le fardeau karmique, les dettes impayées, les ascensions spirituelles, le châtiment cosmique, la récompense et le retour.
À ce stade, quelque chose de très insidieux se produit.
Un « quelqu’un » s’est infiltré dans l’enseignement, un propriétaire, un vecteur, une personne cachée traînant une valise karmique à travers le temps.

Et c’est précisément ce que l’enseignement du Bouddha sur le non-soi, les cinq skandhas et la production conditionnée déconstruit.
Les cinq skandhas ne sont pas une âme. Ils ne sont pas une personne cachée dans l’expérience.
Ce sont des processus : forme, sensation, perception, formations, conscience.
Ils apparaissent, interagissent, se transforment, s’estompent et réapparaissent sous de nouvelles formes.
Ce qu’on appelle « moi » est une étiquette commode apposée sur cet ensemble mouvant, tout comme on appelle une rivière « la rivière » alors que son eau n’est jamais la même d’un moment à l’autre.

Une étiquette utile ? Oui.
Un propriétaire permanent ? Non.

La production conditionnée va encore plus loin.
Rien n’est isolé.
Rien ne se possède.
Rien n’existe en soi comme une entité fixe et indépendante.
Chaque événement résulte de conditions.
Ça se produit, donc ça se produit.
Supprimez les conditions, et ce qu’on appelle « ça » ne peut pas exister par lui-même.
Dès lors, la question devient très troublante : qu’est-ce qui renaît exactement ?
Une étiquette ?
Un processus ?
Un flot de souvenirs ?
Un ensemble de conditions ?
Une habitude ?
Et si tout cela est vide de toute appropriation à l’heure actuelle, à qui appartiendra le karma plus tard ?

C’est là que le langage religieux, souvent vague, entre en jeu pour combler le vide.
Il dit : « Ce n’est pas la même personne, mais ce n’est pas non plus complètement différent.»
Soit.
Ça peut servir d’indice.
Une flamme en allume une autre.
Une vague déferle dans l’océan.
Une boule de billard frappe une autre.
Une habitude d’aujourd’hui façonne une réaction de demain.
La colère d’hier devient l’ambiance d’aujourd’hui.
Une blessure non examinée devient une personnalité entière.
Mais remarquez ce qui a discrètement disparu : la personne.
Il y a continuité, certes.
Mais la continuité n’est pas l’identité.
Un enfant devient adulte, mais aucune entité enfantine figée ne traverse le temps inchangée.
La colère d’hier influence l’humeur d’aujourd’hui, mais c’est pas un p’tit fantôme tapi dans le sang.
Un souvenir peut façonner une vie pendant des décennies, mais il n’en est pas le maître.
C’est un modèle qui se répète en raison des circonstances.

Ça se manifeste déjà dans une vie ordinaire.
On se réveille de mauvaise humeur à cause de paroles prononcées la veille, et cette humeur colore le petit-déjeuner, la façon de répondre à un message, le ton employé avec un proche, l’impatience palpable dans nos mains, tout l’état d’esprit qui nous caractérise avant même que la journée ne commence.
Un instant en engendre un autre. Un monde entier renaît avant le déjeuner.
Pas besoin d’une vie antérieure.
Pas besoin de passeport métaphysique.
Juste du conditionnement.
C’est déjà le karma.

Je me souviens de Nisargadatta Maharaj qui, d’une remarque qui m’est restée en mémoire, a mis fin à toute cette histoire sentimentale de continuité personnelle.
Il a fait remarquer, avec sa franchise habituelle, que les souvenirs, les impressions, les images et les concepts peuvent persister comme une forme d’énergie pour une autre incarnation, mais qu’ils ne continuent pas d’appartenir à la même personne.
Ça a fait mouche.
Même si quelque chose perdure, ce n’est pas « la même personne ».
Ce qui perdure, ce sont des schémas, des dynamiques, des conditionnements, des traces de mémoire, des tendances inachevées, la force d’identification cherchant un autre masque.
Une fois la notion de « même personne » écartée, tout le système de récompenses et de punitions perd son sens.
Et Nisargadatta était encore plus intransigeant lorsqu’il s’agissait de la théorie de la renaissance.
Il n’en faisait pas un dogme.
Son vrai message était toujours le suivant : comprendre cette naissance, ce « je suis », cette illusion présente d’être une personne distincte, avant de spéculer sur une autre.
Car si le « je » n’est pas réel maintenant, qu’est-ce qui est censé survivre plus tard ?
L’enseignement du Bouddha à Bāhiya va encore plus loin :
« Dans le vu, il n’y a que le vu.
Dans l’entendu, il n’y a que l’entendu.
Dans le perçu, il n’y a que le perçu.
Dans le connu, il n’y a que le connu.»

Ce n’est pas de la philosophie.
C’est de la chirurgie à vif.
Il y a la vision, puis la pensée dit : « Je vois.
« Il y a la douleur, puis la pensée dit : « Je souffre. »
Il y a la colère, puis la pensée s’approprie : « Ma colère.
« Il y a le souvenir, puis la pensée s’approprie : « Mon passé.
« Il y a la peur de la mort, puis la pensée demande : « Qu’est-ce qui va m’arriver ? »

Mais à y regarder de plus près, le « moi » arrive toujours en dernier.
L’expérience précède l’appropriation.
L’appropriation vient ensuite.
On entend un son, puis on affirme : « Je l’ai entendu. « Un choc traverse le corps, puis on affirme : « Je suis choqué.

« Une pensée surgit, puis on affirme : « Je pense. « Une vie se déroule, puis on dit : « C’est ma vie. » Finalement, cette même habitude s’étend au-delà de la mort et demande : « Qu’est-ce qui va m’arriver après cette vie ? »

Mais d’abord, il nous faut poser la question plus dangereuse : où est ce « moi » maintenant ?
Pas comme une idée, pas comme une croyance, pas comme une réponse rassurante, pas comme un emprunt au bouddhisme, à l’Advaita Vedanta, au Zen ou à qui que ce soit d’autre.
Regardez vraiment.
Est-ce dans le corps ?
Dans la mémoire ?
Dans la conscience ?
Chez le témoin ?
Dans le récit ?
Dans la trouille ?
Chez celui qui pose la question ?

Partout où nous portons notre regard, nous trouvons mouvement, sensation, pensée, mémoire, réaction, image, sentiment, conscience, mais pas d’entité fixe.
La personne apparaît comme un schéma, pas comme une chose.
Le soi est plus comme une flamme que comme une pierre : vacillant, changeant, dépendant du combustible, impossible à saisir.

Nāgārjuna a placé la lame exactement là où elle devait être : « Les Bouddhas ont enseigné le soi.
Ils ont enseigné le non-soi.
Ils n’ont pas non plus enseigné le soi ni le non-soi.»
Pourquoi donc ?
Parce que l’esprit s’accroche à n’importe quelle position.
Donnez-lui le « soi », et il bâtit une âme.
Donnez-lui le « non-soi », et il bâtit une doctrine.
Donnez-lui la « renaissance », et il imagine une continuation personnelle.
Si on lui refuse la renaissance, il imagine l’anéantissement.
L’esprit ne se contente pas de désirer la vérité ; il aspire à un point d’ancrage, et il transformera même le vide en réalité.

Le Zen rejette ces deux pièges.

C’est pourquoi l’enseignement de Bankei sur l’Inné est si bouleversant.
Il ne nous pousse pas à rechercher une renaissance future meilleure.
Il désigne ce qui est déjà à l’œuvre avant même que l’esprit ne divise l’expérience en « moi » et « monde », avant que la saisie ne commence, avant que le récit ne se forme.
L’Inné n’est pas une âme.
Ce n’est pas une entité spirituelle.
Ce n’est pas une personne intérieure rayonnante qui attend de survivre à la mort.
C’est ce fonctionnement immédiat, avant même d’être saisi par la construction de soi.
Voir ce produit.
Entendre se produit.
Respirer se produit.
Penser se produit.
Ressentir se produit.
Choisir semble se produire.
Mais le propriétaire demeure introuvable.

Ainsi, lorsque le Zen affirme « Inné », il ne propose pas une nouvelle croyance métaphysique.
Il tranche avec tout le mécanisme du devenir.
Si ce qu’il y a de plus réel est inné, comment peut-il renaître ?
Et si ce qui renaît n’est que schéma, habitude, souvenir, attachement, peur et élan inachevé, pourquoi l’appeler « moi » ?
C’est là que le récit habituel de la renaissance commence à vaciller.
S’il n’y a pas de maître maintenant, il n’y en aura pas plus tard.
Si les skandhas sont vides maintenant, ils ne deviennent pas une âme à la mort.
Si la conscience est apparue de manière dépendante maintenant, elle ne devient pas soudainement un voyageur permanent après la chute du corps.
Si le soi est une construction maintenant, pourquoi cette construction deviendrait-elle réelle simplement parce qu’on la projette au-delà de la tombe ?

Le vieux koan va droit au but :
« Quel était votre visage original avant la naissance de vos parents ? »

Cette question n’invite pas à la spéculation sur les vies antérieures.
Elle ne demande pas de théorie.
Elle ne dit pas : « Veuillez décrire votre biographie karmique.
Elle pointe avant la biographie, avant le nom, avant le genre, avant la nationalité, avant l’identité spirituelle, avant le souvenir, avant toute cette fragile fiction du « ceci est moi ».
Avant la naissance de tes parents, qui étais-tu ?
Pas qui.
Quoi. Et si on répond trop vite, c’est déjà trop tard.

Cela met également en lumière un problème négligé que presque personne n’ose aborder : la soi-disant première naissance.
Si chaque naissance est conditionnée par un karma antérieur, qu’est-ce qui a conditionné la première ?
S’il y a eu une première vie, aucun karma antérieur ne peut l’expliquer.
S’il n’y a pas eu de première vie, alors on se retrouve face à une chaîne infinie qui n’explique rien, ne faisant que repousser la question indéfiniment.
Dans tous les cas, des ajustements sont nécessaires.
Et lorsqu’un enseignement nécessite trop d’ajustements, il est peut-être judicieux de se demander si nous protégeons la vérité ou nos habitudes.

Rien de tout ça ne nie la causalité.
Ça serait naïf.
Nos gestes comptent.
Nos paroles comptent.
Nos habitudes comptent.
La cruauté laisse des traces.
La bienveillance transforme l’atmosphère.
L’attention modifie le système nerveux.
La cupidité restreint le monde.
La générosité l’ouvre.
Nos actions influencent nos conséquences.
C’est une évidence.

Mais l’idée d’un être permanent recevant une rétribution cosmique à travers les vies est difficilement compatible avec le concept d’absence de soi.
Cela peut apaiser l’imagination morale, mais cela réintroduit aussi, insidieusement, le propriétaire même que le Bouddha n’a cessé de démanteler.

L’hypothèse la plus plausible est la suivante : la renaissance est constante, non pas comme une âme passant d’un corps à l’autre, mais comme la renaissance répétée du « moi » au sein de l’expérience.

Une pensée surgit, et le « je » naît.
Une peur surgit, et le « je » est menacé.
Un désir surgit, et le « je » doit obtenir quelque chose.
Un souvenir surgit, et le « je » devient mon passé.
Une intuition spirituelle émerge, et le « je » progresse.
Une doctrine émerge, et le « je » devient celui qui sait.

C’est cette renaissance qu’on peut observer.
Instant après instant, le récit de soi se réincarne.
Le masque change, mais le procédé reste le même.
La pratique zen ne consiste pas à obtenir une meilleure renaissance.
Il s’agit de voir la naissance de son propre être tel qu’il se produit.
Pas demain.
Pas après la mort.
Maintenant.
À ce moment précis.
La légère contraction.
L’affirmation.
Le « mien ».
Le « je suis ça ».
Le resserrement soudain autour de l’expérience.

Voyez ça clairement, et tout le drame commence à perdre son emprise.
Le passé apparaît maintenant comme un souvenir.
Le futur apparaît maintenant comme une imagination.
Même l’idée d’une autre vie apparaît maintenant comme une pensée.
Alors, où est le voyageur ?
Où est celui qui traverse le temps ?
Où est le maître du karma ?
Pas en théorie.
Ici.
Regardez.
S’il y a vision, il n’y a que vision.
S’il y a ouïe, il n’y a qu’ouïe.
S’il y a pensée, il n’y a que pensée.
« Celui qui continue » est aussi une pensée.

Ça ne nous donne pas de réponse définitive, et ça n’a pas besoin de l’être.
Il ne s’agit pas de remplacer la croyance en la renaissance par la croyance en la non-renaissance.
Ça serait juste une autre vision, un autre petit drapeau planté dans le brouillard.
Le problème est plus simple, plus dangereux et beaucoup plus proche de nous : quelque chose cloche.
L’absence de soi et « ma renaissance » ne font pas bon ménage.
La production conditionnée et un maître karmique caché ne font pas bon ménage.
L’inné et la continuation personnelle ne font pas bon ménage.
Alors peut-être que la vraie question n’est pas : « Vais-je renaître ? »
« Peut-être que la vraie question est : « Qui pose la question ? »

Et quand on l’examine sans détourner le regard, la réponse ne se présente pas comme une doctrine.
Quelque chose se libère, tout simplement.
On n’a jamais trouvé le propriétaire.
Seulement des causes.
Seulement des conditions.
Seulement cette renaissance vacillante du « moi », encore et encore, jusqu’à ce qu’elle soit perçue pour ce qu’elle est.

Sonnerie de cloche :
S’il n’y a pas de propriétaire maintenant, il n’y en aura pas plus tard.
La seule chose qui se réincarne sans cesse, c’est l’habitude de prétendre qu’il y en a un.

– Roberto Borrebach Klaui, Gasho

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