
Moi:
On se prend tous et toutes pour quelqu’un.
Quoique, de plus en plus, personnellement, j’ai plutôt tendance à me prendre pour quelque chose que pour quelqu’un. De Qui suis-je ? je suis passé à Que suis-je ?
Paolo Coelho, lui, dit qu’il est parti de Qui suis-je ? pour aboutir à Je suis. Chacun son chemin.
Quand on fouille en soi, au plus profond de soi, qu’y trouve-t-on ?
Une respiration récurrente, qui a débuté avec une première inspiration initiale qu’on dit qu’elle est le vrai début de la vie. Puis tout au long de la vie, une courte pause sépare une inspiration de l’expiration, pendant laquelle la vie est suspendue. Ainsi de suite jusqu’à l’expiration finale.
Simultanément, des pensées vont et viennent, sans arrêt ni sens précis, une tornade de pensées diverses et sans queue ni tête qu’on ne contrôle même pas. Des sensations émergent aussi, en réaction avec les situations dans lesquelles on se trouve et elles aussi passent, et/ou reviennent parfois, selon les enjeux plus ou moins résolus de notre passé. Des émotions aussi émergent dans notre corps, notre appareil, émotions et sensations plaisantes ou pas; plaisantes on veut les faire durer, déplaisantes plutôt s’en débarrasser. Grosso modo ainsi va la petite valse de la vie. 1-2-3.
Mais cela se passe en nous, sans nous indiquer qui nous sommes, ou quoi. Ça prend place à l’intérieur de notre corps et nous en sommes soit témoin, soit victime.
On se tient ensemble par la force de la croyance que nous sommes quelqu’un ou quelque chose, un tout, un ensemble de membres, de croyances et de concepts. Nous nous tenons ensemble en nous-même. Et à l’aide de cet ensemble que nous croyons être, nous percevons le monde tel qu’on pense être, tel qu’on pense qu’il est. En fait nous construisons le monde avec ce que nous portons dans nos yeux, ces yeux qui voient ce que nous croyons vrai et réel.
On dit qu’il faut le voir pour le croire.
Mais peut-être que c’est plutôt parce qu’on le croit qu’on le voit ?
I see said the blind man.
Par exemple, on se prend pour quelqu’un.e, séparé.e de tout et du tout. Différent.e d’autrui. Mais au début, avant que l’on naisse, avant qu’on se prenne pour quelqu’un.e, qu’étions-nous ? Qui étions-nous ? Et après notre mort, qui ou que serons-nous ? La question se pose. Et se re pose. Mais pas reposante. On préfère ne pas y penser. On préfère souvent dépenser.
Peut-être que nous n’avons pas trouvé qui, ou ce que, nous sommes, notre vrai soi, notre vraie nature, parce que nous n’avons pas fouillé assez profondément ?
Mais dans quel fouilli fouiller ? Au fond, il n’y a peut-être pas de fond ? Continuons à creuser et trouvons-y du plaisir.
Ou peut-être que la vie est simplement plus plate qu’on le pense ?

Et que tout n’est que question de sens et de perspective ?
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Dieu est chez lui à l’intérieur de nous-mêmes, et – ce qui n’est pas moins beau – c’est qu’à l’intérieur de nous-mêmes nous sommes chez Dieu.
– Maurice Zundel via Cristina RJ
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Pourquoi le Soi n’est pas une caractéristique intrinsèque de la réalité
C’est le créateur du Soi qui détourne la réalité et qui est la dernière chose qui émerge de l’expérience une fois toutes les conditions réunies.
Si on médite correctement, on peut voir qu’à la fin de tous les processus, le soi est le tout dernier maillon à recevoir l’événement a posteriori.
Exemple :
Un objet tombe au sol.
Un contact s’établit, suivi d’une explosion d’ondes sonores.
Les ondes sonores se propagent et atteignent l’oreille.
L’information circule ensuite dans le système nerveux.
Le cerveau traite l’information.
La réaction produite est un choc.
Au tout dernier maillon de la chaîne, un soi émerge de ce processus et s’approprie l’événement : « Je suis choqué ».
Mais ce « je suis » est illusoire.
Es-tu choqué ?
Bien sûr que non.
Ce n’est qu’un événement momentané, né de certaines conditions et qui a maintenant disparu dans le néant.
Comment peut-on prétendre à une identité ou à la propriété de cela ?
C’est comme un virus informatique, pour employer une terminologie moderne, qui corrompt le système.
La mine est une illusion, car rien ne nous appartient.
Le corps, l’esprit, sont des produits de la nature, créés par elle.
Si c’est votre corps, pourquoi ne pas le rajeunir ?
Si c’est votre esprit, pourquoi ne pouvez-vous pas arrêter vos pensées d’un claquement de doigts ?
Si ce sont vos sentiments, pourquoi ne pouvez-vous pas commander le bonheur comme un général commande ses légions ?
La réponse est simple : parce que ÇA ne t’appartient pas.
Tout appartient à la nature et à ses processus impersonnels (non soi).
Tous ces processus de pensée ne sont pas de votre fait ; ils se déroulent en arrière-plan, et vous n’y jouez aucun rôle conscient.
Quand avez-vous créé une pensée à la main ?
Jamais.
Quand avez-vous régénéré manuellement une cellule de votre corps ?
Jamais.
Mais encore une fois, c’est l’intrus qui domine tous ces processus et s’en attribue le mérite.
Le moi est comparable à quelqu’un qui reçoit une lettre, en lit le contenu et s’autoproclame auteur.
L’Ata, ou « moi », est l’adversaire fantôme qui se cache entre les lignes, sabotant le bon déroulement des processus.
Il prétend que toute existence doit d’abord passer par lui, comme un gardien, mais l’existence n’a besoin ni d’un moi, ni d’une personnalité.
En réalité, c’est le but ultime de toute chose.
Le moi n’est rien de plus qu’un support où les souillures peuvent prospérer et s’enraciner.
Mais l’immortel n’a ni support ni lieu où la souillure puisse se déposer et prendre racine, car l’immortel est « nulle part » (l’utopie).
Il n’y a jamais eu de moi et il n’y en aura jamais.
Il n’existe tout simplement pas.
Le moi est le Grand Mur de l’Ouest qu’il faut abattre pour que ce qui est véritablement originel, véritablement rayonnant, sans ligne ni caractéristique, sans centre, vide et sans raison, puisse briller sans entrave.
Puissions-nous tous être libérés de ce mal et puissions-nous tous être libérés d’Ata.
– Connor Donohoe
