DÉMANGE MATIN

La lumière de printemps ! elle va, elle vient. Elle ne désigne aucune chose du monde et les célèbre toutes.
~ Christian Bobin via Alain N

Hier, avec le beau temps, que dis-je, le superbe temps, j’ai commencé le ménage du terrain. Et comme on a quelques acres à s’occuper de, on en a pour l’été. Et même plus. La job d’une vie que de s’occuper de la terre. Mais s’occuper de la terre n’est rien d’autre que s’occuper de soi-même finalement. Car la terre c’est nous. Pas que notre mère. Hello Mama !

Hier comme je commençais à ramasser les restes de l’hiver sur cette terre autour de la maison justement, je me sentais vu par la vie, par plus grand que moi, je me sentais faire partie de la vie, je me sentais bel et bien vivant. Je me sentais en vie. Parfaitement ici, juste là, comme je suis. Parfait, imparfait, perfectible et parfaitement heureux. Je ne voulais être nulle part ailleurs sur terre. Avec ma voisine d’amour pas loin à faire ses trucs, et la chienne Coco qu’on garde pour quelques jours ronflant au soleil sur le balcon, puis à l’ombre, la vie était ici, là, partout. Ni belle, ni laide, juste la Vie avec un grand V, sans vitesse aucune et sans destination. Dans l’oeil du taureau en ce samedi de fin avril.

Hier je ne faisais simplement que voir la vie, et ça s’adonne que j’étais dedans. Comme le dit le dicton zoulou, je voyais la vie et j’étais vu par elle. Je ne voyais pas petit moi ET la vie, ni la vie autour de petit moi. Je ne voyais que la vie, avec moi dedans. Pas plus important que l’érable qui coule encore, les herbes secs ou la chienne qui rêve. Tout petit bonhomme parmi la grande vie.

Parce que j’ai franchi le cap du 65 vendredi, Bullseye !, j’ai envie de relaxer désormais. Je suis rendu. Ici, maintenant, et en plus il fait beau. Le reste à venir, c’est de l’extra, comme un extra fromage sur une pizza.

Plus envie de penser que je dois améliorer quelque chose en moi, non plus que je dois changer ou me perfectionner. Je suis prêt à mourir tel quel, donc aussi à vivre complètement as is.

Oh bien sûr, je demeure ouvert à apprendre, à rafiner les choses et ma façon d’être, à faire de plus en plus dans la dentelle, mais plus envie de sentir que quelque chose doit changer, que tout n’est pas OK avec moi, ce qui est bien souvent le sort de nous pauvres petits cathos de naissance. Et je me doute bien que chaque système religieux a ses propres façons de nous faire sentir fautifs.

Comme si on essayait de squeezer le grand mystère dans une boîte et un système.

Mais Dieu ne rentre dans aucune boîte.

Les esprits préfèrent voler, r’vole, s’envoler et spacer out.

Et ils et elles sont toujours invités chez-nous. Et le savent. Et nous visitent. Et nous protègent.

C’est dimanche mais ça me démange alors je tape quelques bribes en extra, comme le fromage de la pizza.

Allez bon jour du Zenneur.
En chair et en os.
Et avec un ptit peu de gras autour de la ceinture.

Et ci-bas, un texte sur le péché que j’ai bien apprécié. Ce terme (trop) chargé et instrumentalisé qui ne signifie au fond rien d’autre ni de plus que d’agir sans son coeur. Mais qui a fini par s’incruster jusque dans notre moelle. Alors, vivement le ménage du printemps.

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L’enseignement religieux sur le « péché » est peut-être l’un des systèmes psychologiques les plus efficaces jamais créés, non pas parce qu’il révèle quelque chose de profond sur la nature humaine, mais parce qu’il nous apprend à nous méfier de nous-mêmes tout en qualifiant cette méfiance de maturité spirituelle.
Le péché ne vous définit pas.

C’est ce qu’on vous a appris à croire.
On vous dit que vous êtes corrompu au fond de vous-même, incapable de vous faire confiance, menacé de l’intérieur comme de l’extérieur, et on vous propose comme remède la dépendance, la soumission et une suspicion permanente envers votre propre humanité.
Ce n’est pas de la perspicacité.
C’est du contrôle déguisé en sainteté.
On vous a appris à vous méfier de vous-même et à appeler ça de la dévotion.
Observez attentivement ce que cela produit : des personnes honteuses d’être humaines, qui rejettent la responsabilité sur la tentation ou le diable, qui gèrent leur comportement juste assez pour se sentir acceptables sans jamais affronter les fondements profonds de leur existence.
Ce n’est pas une transformation.
C’est le maintien d’un dysfonctionnement, recouvert d’un langage religieux.
La dépendance n’est pas la liberté, aussi sacrée qu’elle puisse paraître.
Ce qui se passe réellement est beaucoup moins mystique et beaucoup plus exigeant.
Tu n’atteins pas le plein potentiel de ta vie.
Tu déformes la réalité.
Tu agis à partir d’un moi construit, réactif, sur la défensive et en décalage avec ce que tu perçois déjà comme vrai.
Tu n’as pas besoin d’être sauvé de ta condition humaine.
Tu dois comprendre ce que signifie être humain.
Ça ne fait pas de toi une mauvaise personne.
Ça te rend inachevé.
Le problème n’est pas que tu sois fondamentalement mauvais.
Le problème, c’est que tu as été façonné par une fausse histoire sur qui tu es, et que tu continues d’y vivre.
Un système qui t’oblige à te percevoir comme le problème se présentera toujours comme la solution.
Le langage du « péché » est ici instrumentalisé.
Il réduit votre identité à vos pires habitudes et vous offre un soulagement qui ne nécessite aucun véritable changement.
Blâmer, avouer, recommencer à zéro, recommencer.
Vous pouvez passer toute votre vie dans ce cycle et appeler cela la foi, sans jamais entreprendre le véritable travail de lucidité, de prise de responsabilité et de déconstruction de vos propres schémas.

Ce que tu appelles tentation n’est souvent qu’un comportement irréfléchi qui se répète.
Tu peux confesser tes fautes indéfiniment sans jamais rien changer d’essentiel.
On ne peut pas se soustraire à une vie choisie par la prière.
On peut dire tout ce qu’il faut et pourtant s’éviter.
On ne peut pas déléguer son développement et espérer devenir entier. La tension que l’on ressent entre sa capacité de nuire et sa capacité à prendre soin des autres n’est pas un défaut théologique. C’est la condition humaine par excellence.

Cela exige de la participation, pas de l’évitement.
C’est là que la scission devient flagrante.
Une grande partie du christianisme tourne autour du péché, de la culpabilité et de la perspective d’une vie acceptable après la mort.
La vie et l’enseignement attribués à Jésus pointent vers quelque chose de bien plus immédiat : l’amour, la libération, la restauration, la participation à la réalité telle qu’elle est.
Un système nous garde dans la peur et la fuite.
L’autre nous confronte à la responsabilité de nous réveiller et de vivre.

Si on se débarrasse de cette distorsion, ce qui reste est à la fois plus simple et plus difficile à éviter.
Le problème n’est pas qu’on soit répugnant aux yeux de Dieu, qu’on soit fondamentalement pécheur, ou qu’on soit mû par une force maléfique extérieure.
Le problème, c’est que vous avez appris à vous méfier de votre propre profondeur, à vous identifier à une fausse version de vous-même et à vivre dans cette confusion.

Vous n’avez pas besoin d’être sauvé de votre nature.
Vous avez besoin de clarté à son sujet.
Vous ne combattez pas un ennemi surnaturel.
Vous naviguez entre le récit qu’on vous a donné de vous-même et la vérité que vous n’avez pas encore pleinement acceptée.
Vous ne pouvez pas devenir entier en restant fidèle à une fausse version de vous-même.
La transformation n’est pas une question de gestion comportementale ou de comptabilité morale.
C’est le démantèlement de ce récit mensonger et la reconnaissance vécue de ce qui a toujours été vrai en vous.
La tragédie n’est pas que les gens soient des pécheurs.
C’est qu’on leur a appris à le croire, et qu’ils passent ensuite leur vie à essayer de régler le mauvais problème.

Jim Palmer

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Et une autre pensée juste pour toi car Sawubona.

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