JUSTICE OU JUSTESSE

Faire la bonne chose signifie seulement faire les choses d’une façon qui est pertinente ou qui fait sens pour vous. Ce n’est pas juste en fonction de quelque chose de mesurable empiriquement. seulement en fonction de qui vous pensez être à un moment donné. Ainsi, ce qui est juste pour vous le moment d’après peut s’avérer différent, mais tant que c’est vrai pour vous, c’est encore juste.

Il y a la justice, et il y a la justesse.

Et il y a la justice des hommes, de même que la justice de Dieu.

Pour la justice de Dieu, on cherche encore.

Mais pour la justice des hommes, on repassera car ce sont souvent ceux près du pouvoir qui font les règles de droit qui déterminent les intérêts en jeu. Plusieurs hommes dits de droit ne le sont qu’en intention et dans leurs propres intérêts, et non dans ceux du plus grand nombre. On en a quelques exemples concrets devant la face et l’écran ces temps-ci.

Comme pour la justice de Dieu, la justice des femmes s’avère être moins évidente que la prétendue justice des hommes, qui s’avère beaucoup plus nuancée, et beaucoup moins juste. Encore tant d’inégalités et d’abus, encore tant de bullying masculin.

Dans la vie, avec un peu de discernement et de sens moral, on ne peut faire que ce qui est juste pour soi-même mais aussi pour le plus grand nombre. De préférence, dans le cadre des règles de la justice établie par les hommes, mais parfois pas non plus. Ne dit-on pas que plusieurs choses légales sont néanmoins immorales ? Les guerres par exemple, ou le port d’armes aux USA.

Un dicton issu de la religion catholique dit: Cela est juste et bon. Mais pour mesurer le niveau de justesse et de bonté, il faut revenir à son propre cadre moral. Juste et bon pour qui ? Juste et bon pour quoi ?

Comme nul n’est censé ignorer la loi mais que tant de lois existent, on ne peut qu’agir en fonction de son propre compas moral car il est impossible de connaître toutes les lois. Et tant de lois sont injustes.

Mais pour savoir ce qui est juste, on doit sentir et ressentir en soi car aucun code légal n’existe pour cela, on n’a que soi-même à qui se fier. En espérant avoir fait les bons choix. Et sentir avec justesse. Car pour ce qui est de la justice, on repassera. En espérant que la justice des Dieux règnera un jour en nos coeurs.

Pour le moment, encore beaucoup de travail à faire. Et de travaux même.

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Si vous voyez ce qui doit être réparé et comment le réparer, alors vous avez trouvé une partie du monde que Dieu vous a laissée à achever.
Mais si vous ne voyez que ce qui est laid dans le monde, alors c’est vous-même qui avez besoin d’être réparé.

~ Rebbe Menachem M Schneerson (Lubavitcher Rebbe) via Anita Bensabat

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La mort physique n’est qu’une forme de mort. Il en existe d’autres :
Nous mourons chaque fois que la peur guide nos choix.
Nous mourons lorsque nous sacrifions notre épanouissement à la sécurité.
Nous mourons chaque fois que nous choisissons une certitude confortable plutôt qu’un mystère dérangeant.

– James Hollis

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Il est naturel d’éprouver du ressentiment envers une personne qui nous blesse et nous fait souffrir.
Il est également humain de ressentir de la sympathie et de l’affection pour quelqu’un qui nous comble et participe à notre bonheur.
Lorsque vous vous engagez sur une voie spirituelle, vos ennemis sont déterminants quant à votre pratique.
Ils représentent une occasion et une chance uniques de progresser en vous aidant à développer la patience, la tolérance, l’amour et la compassion.
La tolérance envers ceux qui nous font du tord ne suppose en aucun cas de subir l’injustice.
Se montrer tolérant nécessite de mettre en place une action volontairement différente et dénuée de tout sentiment négatif comme la haine et la colère.
Nos amis ne nous permettent pas de cultiver la patience, cette force et cette détermination de l’esprit. Seuls nos ennemis détiennent cette capacité à nous éduquer.
Notre but n’est pas de devenir insensible ou indifférent en développant une attitude égale, envers tous les êtres.
Il faut avant tout poser de nouvelles fondations, créer un espace de liberté dans notre esprit.
C’est à partir de cet espace qu’il est possible d’engendrer des pensées et des émotions positives.
La patience est le seul moyen qui permet de dépasser la souffrance.
La forme de la patience la plus élevée consiste à accepter les épreuves avec joie.

Elle nous permet de développer la persévérance.

– Le Dalaï Lama

TOUT DU RIEN

Il n’y a vraiment rien que vous devez faire, rien dont vous n’ayez besoin, nulle part où aller, pas de livre spécial à lire, pas d’enseignant spécial à voir, ceci est entre vous et vous-même.
– Robert Adams

Petit temps plein de rien ces jours-ci. Vous savez, ce rien qui contient tout ?

Rien fait tant de bien. Rien c’est tout. Ce rien au coeur du tout. Rien c’est tiguidou. Et rien c’est doux. Et comme on sait, chez-nous c’est si doux. À pieds et en raquettes.

En fait, rien c’est tout ce dont on a besoin dans la vie. Après le quelque chose. Ce quelque chose qui entrave trop souvent le rien essentiel.

Car tout se trouve en rien. Mais rien c’est tout, aussi un trou. Un trou dans lequel on peut plonger ou s’immiscer, ou rien duquel peut émerger un espace riche de tout. De toutes sortes d’affaires. Celles qui font l’affaire, comme celles qui le font moins.

Affaires de coeur enfouies, affaires de tête oubliées, affaires d’alarmes d’âme même.

Oser risquer le rien jusqu’à l’ennui. Le plus grand trou. Jusqu’au trou du coeur. Là où on se rend, et se rend compte que tout ce qui compte s’y trouve. Mais pour s’y rendre, il faut tout d’abord se rendre compte que tout, parfois, c’est trop. On doit réduire le tout à sa plus simple expression, jusqu’à sa plus fine impression.

Ennui, comme de jour. Car tout se trouve dans le rien du trou de l’ennui. En fait, tout se retrouve dans l’ennui si on s’y cale assez, si on descend suffisamment.

S’il existe une seule conspiration dans la vie, c’est de nous garder occupés sans cesse. Et nous on plonge dedans à écran déployé. Pour éviter les trous justement. Le mot d’ordre des grandes corpos high tech est sûrement : Scroll till you forget yourself.

Et nous on joue aveuglément le jeu du grand défilement. Les ptits pitons rouges nous allument la curiosité. On utilise tellement nos deux yeux qu’on oublie le troisième. Et le quatrième. Les yeux des Cieux.

Cette saison est une occasion idéale pour oser décrocher du joug des réseaux. Perso, je n’en utilise qu’un seul mais c’est déjà beaucoup, sinon trop. J’oublie jusqu’à quel point je m’oublie.

Si sain de couper la mamelle des nouvelles. Même des nouvelles de son monde, nos gens et nos ami.e.s. Et enfin tourner et retourner le regard vers soi, sur soi, en soi. Pour se scruter, pas le scrutum, juste le cerebelum. Oh, simples femmes et hommes.

Ou faire porter son regard sur la forêt. Se perdre dans le monde des arbres. S’élever dans le monde des oiseaux. S’aérer dans le paradis du vent. Oush oush in the bush…

Fouiller le trop plein du monde pour se rendre jusqu’au rien du tout enfoui en soi. Rien du dehors pour qu’enfin tout du dedans. Au début, que des bribes. Puis de plus en plus, des vagues de tout venues de loin, venues du rien, du moins ce tout qu’on pourrait prendre pour du rien.

Car tant que nous regardons surtout dehors, on tend à oublier le dedans. Tout dehors donc moins dedans. Tout dehors et rien devant. Non. Au fond, tout dedans.

Et enfin arrêter de faire, pour être, pour n’être. Arrêter de faire pour renaître un peu. Renaître à ce rien plein de tout, plein de trous, plein de fou. Plein de free for all.

Entre soi, et soi-même que ça se passe, que ça passe.

Tout. Rien. Rien du tout itou.

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Un enfant qui s’ennuie n’est pas très loin du paradis : il est au bord de comprendre qu’aucune activité, même celle, lumineuse, du jeu, ne vaut qu’on y consacre toute son âme.
L’ennui flaire un gibier angélique dans le buisson du temps : il y a peut-être autre chose à faire dans cette vie que de s’y éparpiller en actions, s’y pavaner en paroles ou s’y trémousser en danses.
La regarder, simplement.

– Christian Bobin – Prisonnier du berceau

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L’âme est comme un château fait d’un seul diamant.
Pour atteindre son centre, il faut traverser l’obscurité de nombreuses pièces.
— Thérèse d’Avila

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En cette époque où se déploie avec force, intensité et luminosité la danse de l’ombre et de la lumière.
Toute véritable transformation commence dans l’obscurité, l’incertitude, le doute, la confusion et l’inconnu. Les alchimistes l’appelaient nigredo — le noircissement, l’ouverture, le doux dénouement de ce qui a été.
Avant que l’or puisse briller, avant que l’amour ne puisse flamber, avant que l’imaginaire ne puisse prendre forme, le réceptacle doit d’abord s’assouplir et se fissurer.
Descendre, c’est pénétrer le terreau de la psyché, le poids du corps, les couloirs silencieux de l’âme.
Ce n’est ni une erreur ni une faute cosmique, ni un détour, mais le terrain fertile de l’œuvre.
Jung y voyait le premier geste de l’individuation — le relâchement des formes anciennes pour que la vie inachevée puisse se manifester.
Les mystiques l’appelaient la nuit obscure de l’âme, lorsque la lumière familière s’éteint et que seul le silence nous retient.
Ceux qui ont survécu à un traumatisme le connaissent comme le gel du système nerveux, lorsque le corps lui-même devient le réceptacle de ce qui fut jadis.
Insoutenable.
En ces temps difficiles, les stratégies habituelles vacillent.
Les affirmations perdent de leur éclat.
Les méditations se réduisent en poussière.
Les histoires qui nous soutenaient se dissolvent comme du papier sous la pluie.
Et durant ces périodes, mes clients me font part de rêves qui en témoignent : des maisons en ruine, des paysages calcinés, des champs décolorés.
Pour le commun des mortels, cela ressemble à un effondrement.
Pour les alchimistes, c’était le seuil caché de l’œuvre.
Pour l’âme, c’est la porte secrète de la transformation.
La descente n’est pas un désespoir en soi.
C’est une invitation à laisser le psychisme et le corps révéler ce qui a été exilé – ce qui attendait dans les profondeurs.
Marcher, lanterne à la main, à travers le chagrin, la rage, la honte et le désir – non pas pour les guérir ou les réparer, non pas pour les transcender, mais pour écouter.
S’agenouiller devant la matière brute et avoir confiance que ce qui ressemble à la ruine est aussi le terreau où germent des graines d’or.
Entrer dans la descente, c’est entrer dans le ventre de sa mère autant que dans le tombeau.
L’obscurité n’est pas l’ennemie de l’âme, mais son côté Sage-femme.
Nous commençons donc ici, dans la bienveillance protectrice des ténèbres — dans la première chambre du temple de l’imaginaire, terreau fertile d’où jaillira une vision nouvelle.
Au sein de ce silence, les premières lueurs de lumière s’éveillent.

– Matt Litaca

ANNÉE DE BONTÉ

Alors on a franchi le cap, du moins un autre cap. Au fond, chaque respiration constitue un cap en soi. Inspire, pause, expire, pause and so on so forth

Un nouveau tour de carré aux dates qui commence. Selon les numérologues, la prochaine serait une année UN (2+0+2+6 = 10 = 1). Donc une stretch de 365 jours de renouveau, de frais, d’inédit à ce que l’on dit.

Parlant d’inédit, y a-t-il encore quelque chose de nouveau à dire ? Me semble que tout est inné et que tout a déjà été dit.

Alors peut-être qu’il reste encore quelque chose à faire pour améliorer le sort du monde ? Pour que cette terre roule et tourne plus rondement I mean. Ou est-ce parfait tel que c’est ? Bonne question. Question à poser du moins. Réponse à déposer.

Car on aura beau se souhaiter tout ce que l’on désire, pas mal ça l’idée des souhaits, mais la vie en fera toujours à sa tête. Ou à son coeur.

Personnellement, je n’ose pas souhaiter l’année bonne à personne car dès qu’on invite le bon, le mauvais suit comme l’ombre suit la lumière. Fameux couple celui-ci. Comme tant d’autres. Plusieurs choses viennent en couple dans la vie.

Et comment souhaiter du bon à tout le monde en général ? Alors qu’il y a tant de gens, en particulier, subissant la guerre, vivant dans la rue, sans abri, et sans ami.e.s. Sans nourriture aussi.

Souhaiter du mieux peut-être ? Du moins pire ?

Il est toujours délicat d’émettre quelconque souhait car qui sommes-nous pour interférer avec la vie ? Peu importe ce que l’on souhaitera, il arrivera grosso modo ce qui doit arriver de toute façon. Journée fériée au département des souhaits aujourd’hui, de retour le 5 janvier.

On peut se souhaiter la paix dans le monde, en particulier aux gens de bonne volonté, mais ce sont surtout ceux de mauvaise volonté qui font la guerre. Les marchands d’armes et autres gloutons de pouvoir. On leur souhaite quoi à eux ?

On peut bien souhaiter que les gens riches commencent à partager davantage avec les plus démunis, mais ne sommes-nous pas nous-même les riches d’autrui ? On fait quoi pour régler la faim dans le monde à notre humble échelle ?

On peut se souhaiter la santé, mais on doit faire attention à ce que l’on mange, pense, boit et intègre comme vibes, et compter aussi pas mal sur la chance. Et notre bonne étoile. Mais encore là, pas de bonne étoile sans mauvaise right ? Or aucune n’étoile n’est ni l’un ni l’autre. On va prendre les étoiles comme elles filent et feelent alors OK ?

En fait, je nous souhaite de pouvoir recevoir et apprécier la vie telle qu’elle se manifeste et se manifestera autour de nous avec courage, acceptation sincère et discernement quant à l’action juste à poser en réponse aux événements. Simplement pouvoir prendre les choses telles qu’elles sont est en soi un beau cadeau. Parfois dans l’action, parfois avec passivité et observation, parfois avec passion, et d’autres fois avec détachement.

Je nous souhaite tous et toutes la même chose au fond, soit une bonne dose d’humanité. Et de simplement se satisfaire de l’ordinaire de la vie. L’ordinaire extra, l’extra ordinaire du quotidien. Tous les petits moments. Et d’être capable d’apprécier la routine dans toute son ordinarité,dans toute sa simplicité, la petite vie comme la grande. Pouvoir être présent.e à chaque moment, ou du moins s’apercevoir de plus en plus quand on ne l’est pas. Déjà un bon pas.

Je nous souhaite d’être capable d’apprécier ce que nous avons davantage que ce qui nous manque, du moins ce que nous pensons qu’il nous manque. Car ne dit-on pas que la vie nous donne toujours exactement ce que l’on a besoin ? Je nous souhaite la sagesse de tenter de vivre ça de plus en plus.

Alors, je nous rien de bon comme tel pour les temps qui viennent, ce bon qui vient souvent avec le mauvais. Je nous souhaite simplement d’être capable de remercier pour tout ce que la vie nous envoie, le facile comme le moins. Que du juste, du vrai, du sincère, du commun à vivre ensemble, et de la satisfaction d’être…

plus quelques mots utiles qui pointeront éventuellement vers ce qu’aucun mot ne peut dire.

Aho !

et bene dictions, mots de bonté…

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Il y a quelques années, à l’approche de la fin de l’année, on m’a demandé quelle serait ma résolution pour le Nouvel An.
J’ai marqué une pause et j’ai répondu, en toute sincérité : « Ma résolution est que tous les êtres vivent en paix et en harmonie.»
Aussitôt dit, aussitôt fait, j’ai réalisé qu’au fond de moi, une lueur d’espoir subsistait : c’était impossible.
Quand on observe la nature humaine et le déroulement de la vie, la conclusion qui s’impose à l’esprit est que c’est impossible.
La survie même de notre espèce semble exclure la paix et l’harmonie.
Et c’est cette croyance qui nous empêche de nous engager pleinement et définitivement en faveur de la paix et de l’harmonie.
Il est donc évident qu’il faut le désir et la volonté de dépasser les idées de l’esprit, de s’engager pleinement et définitivement à ce que tous les êtres, partout et en toute circonstance, vivent en paix et en harmonie.
C’est la résolution d’être fidèle non pas à ce que l’on est devenu, mais à ce que l’on est.
Cette résolution, que tous les êtres vivent en paix et en harmonie, est loin d’être anodine.
L’histoire du monde, l’histoire de la survie, est empreinte de beauté et d’horreur.
Notre histoire est jalonnée de crimes commis et de vengeances, d’enfants et de petits-enfants qui, sans cesse, cherchent à se venger.
C’est ce que nous sommes devenus en tant qu’espèce.
Il est essentiel de ne pas se voiler la face face à l’horreur, ni de la nier.
Il est essentiel de l’affronter de front, les yeux ouverts.
Il ne s’agit pas simplement d’afficher un sourire.
Il faut être prêt à affronter, sans détour, toute l’horreur.
Tout commence par vous, par votre propre esprit.
Plutôt que de projeter l’horreur ailleurs ou de chercher un coupable ailleurs – un ennemi, un autre, un « eux » –, il suffit d’accepter de s’arrêter et de la voir.
La paix et l’harmonie se révèlent alors, au plus profond de vous-même, de votre nature. Non pas ce que vous êtes devenu, mais qui vous êtes.
Ce que vous êtes devenu est un mélange de beauté et d’horreur.
Nous aimons croire que nous incarnons la beauté, et qu’ils incarnent l’horreur.
Ou, parfois, nous inversons les rôles.
Ils incarnent la beauté, et moi, l’horreur.
Mais c’est ce que l’on est devenu, non ce que l’on est.
La possibilité est de découvrir ce que vous êtes avant et après toute transformation – ce que vous êtes maintenant : l’innocence immense et intacte au cœur de tout être.
Rester fidèle à cette innocence exige une détermination immense.
C’est la détermination que tous les êtres, absolument tous – sans exception, sans tribu oubliée, sans nationalité exclue, sans espèce niée – vivent en paix et en harmonie.
Lorsque vous aurez pleinement intégré cette détermination, vous en serez la preuve.
Vous êtes la preuve même de cette possibilité, vous êtes la volonté.
Je vous invite à me rejoindre dans cette volonté inébranlable.
Que préféreriez-vous faire d’autre ?

– Gangaji, 30 décembre 2025

NI DÉBUT NI FIN : SIMPLY – NOW – HERE

ART BY Susmita

Ce soir, je reste tranquille à la maison. Avec ma douce. Et nous gardons le chien de nos ami.e.s afin qu’eux puissent aller quelque part.

Nous, nous restons ici. Nous resterons ici ce soir.

Cette année, comme la plupart des années depuis quelques années, pas envie de faire rien de particulier en cette veille de grand tournage de carré aux dates.

Pas envie de rien en particulier, mais pas envie de rien en général non plus. Juste envie d’être ici. Envie de tout ce qui est. Tout simplement. Doucement. Sage comme sur l’image.

Ensemble, ma douce et moi, et la chienne, on va simplement regarder le temps passer, simplement, lentement, doucement. Avec vue sur le feu. Et avec le grand froid qui vibre dehors. On va laisser le temps filer.

On a vu beaucoup de monde cette année, alors pour nous, le calme et le retrait sera un grand et beau cadeau. Avec le silence en prime. Pas de divertissement, pas d’énervement. Qu’une simplicité d’être. Alors que le temps soufflera sur les pages du calendrier sans que personne ne s’en rende compte, subrepticement. Au-delà du compte à rebours. Car au bout du compte, toujours un compte à rebours la vie. La petite, et la grande.

Comme le vent dans les arbres qui joue avec la neige.

Comme le temps qui passe sans que personne ne le voit. Peut-être parce qu’il n’existe pas justement. Qui sait ? Pas moi ça c’est certain.

Alors ce soir, je vais simplement sentir et laisser le temps filer et s’effilocher. Doucement, Inévitablement, inexorablement. Et l’apprécier. Le déguster. Sans lui résister.

Contre rien ni personne, ni pour, non plus. Que là. Qu’ici. Avec tout ce qui est. Et tout ce qui a déjà été et qui n’est plus.

À écouter le temps passer. Et sentir le froid ralentir nos ardeurs qui carburent trop souvent à la peur. Alors peur de rien ce soir, pas du tout. Que pour la vie. Celle qui ticke, celle qui passe, comme celle qui n’est pas.

Comme le vent dans les arbres chronologiques.

Et oush…

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Mais les hypersensibles disposent surtout d’une vie intérieure très riche, de mondes imaginaires intenses, depuis l’enfance.
Ils ont plus que les autres besoin de moments de calme pour se reconnecter à eux-mêmes, sinon ils éprouvent un sentiment d’aliénation et d’épuisement rapide.
Ils ont du mal à supporter en permanence des situations de groupe, et le besoin de se mettre régulièrement à l’écart : lors de vacances en famille, ils aspirent régulièrement à se retrouver tout seuls pour aller se balader, ou lire tranquillement dans leur coin.
D’où la fréquence dans leurs rangs d’artistes et de poètes, qui sont à peu près tous des hypersensibles.
Ce qui en induit quelques-uns jusqu’à la maladie psychique.
Car il existe aussi une face sombre à l’hypersensibilité : le sur-risque anxieux et dépressif.

– Christophe André

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J’ai juste envie de me déconnecter des autres.
Tous ces gens sont trop agités et trop nerveux pour mon niveau de sensibilité.
Leurs préoccupations me semblent puériles.
Ils n’agissent que pour réduire leur peur.
Ils n’ont aucune ambition honorable.
Pour eux, réussir c’est posséder de l’argent, de l’influence sur les gens, des animaux et des objets.
Ils veulent les privilèges et les honneurs.
Ils veulent les machines avec des boutons sur lesquels ils pourront appuyer.
Ils accumulent des biens dont ils n’ont pas besoin avec pour seul objectif d’en avoir plus que les autres.

– Bernard Werber, Le miroir de Cassandre

MESSAGE AUX ZABONNÉ.E.S

Salut chez-vous chers/ères zambonis (ancien joueur de hockey le chroniqueur)

Premièrement je tiens à vous souhaiter un soyeux temps de fête, de slowmoïtude intensive et de profond repos, jusque dans votre âme. Paix dans votre coeur, calme dans votre tête et du merveilleux dans vos yeux.

Si vous lisez ceci, c’est que vous vous êtes abonné.e.s à mon blogue et que vous recevez des messages indiquant que j’ai publié une autre boulette, ce que je fais régulièrement. C’est que vous avez pris la peine, mais surtout la joie, de vous abonner à mon blogue. J’aime tellement écrire que je le fais encore aujourd’hui, mais uniquement pour vous, sans poster sur FB, là où la plupart voit s’afficher des liens vers mon blogue une fois de temps en temps. Pausa FB.

Alors, aujourd’hui, je peux me permettre d’écrire plus intime, à plus petite échelle. Pas que j’écrive at large en général, mon lectorat est somme toute limité, mais ce message circulera encore moins que d’habitude. Alors entre nous, entre toi et moi.

Ces quelques mots pour vous dire que je ferme la shoppe pour quelques semaines. Je vais aller jouer dehors un peu plus, lire et lâcher les zinternet, et me concentrer sur mon projet de livre. Oui oui, je suis à écrire l’histoire de ma vie de ptit gars ben ordinaire, comme Robert et son chum le gros Pierre.

Je rédige ce petit bookin en particulier pour mes deux filles, afin qu’elles connaissent plus de détails de la vie pèresonnelle de leur poups, qu’elles ont chacune connu à des âges très différents. Donc elles n’ont pas vraiment connu le même père dans leur âge tendre.

Je veux aussi rendre hommage à ma mère en racontant mon histoire. Car je considère que c’est en bonne partie grâce à elle et à son courage et sa générosité que je suis devenu qui je suis aujourd’hui. Regardez comme elle est belle. Michelina Supino.

Et finalement, comme noussommes la somme de nos rencontres, je veux présenter mes grandes influences et inspirations dans cette vie car j’ai eu la chance et le grand privilège de croiser quelques êtres très particuliers et encore plus importants sur ma route. Sans eux, j’aurais erré beaucoup plus que je ne l’ai fait. Car tous les petits bateaux ont besoin d’un phare à certains moments lorsque la tempête sévit. J’ai eu la chance de voir quelques brillantes lumières qui m’ont ramené dans le droit chemin, celui du coeur.

Je ne sais pas quand j’aurai terminé là rédaction de mon histoire car je brette pas mal, et ce depuis quelques années. J’hésite beaucoup. Mais comme j’aurai 65 ans en avril, ça fait un beau but. Oui j’étais gardien de but quand je jouais au hockey, comme mon grand frère qui fut professionnel. Comme si écrire à propos de moi me rend un peu gêné, pudique. Et public je ne veux pas trop vivre, j’aime l’arrière-scène. Mais pour mes filles, je veux le faire et le ferai. C’est ce que je m’apprête plus assidûment dans les prochaines semaines. Car on écrit toujours par amour. Des mots, et des gens.

Alors voilà, mon petit mot juste pour vous, mes lecteurs/trices, en ce début du temps plus lent, celui sans horaire autre que celui qu’on choisit – quoique plus ou moins car avec la famille parfois, on sait ce que c’est. Mais peu importe, aimons-les, aimons-nous car la famille c’est la famille et plus la vie avance, plus on se rend compte de leur importance malgré notre rouspetage d’adolescence.

Et apprécions ce temps avant le tournage du nouveau carré aux dates. 2026 sera une année de nouveau parait-il, année 2 + 0 + 2 + 6 = 1. Année 1. Bemvindo 2026 alors.

Si ça vous tente de me faire un coucou et de me donner de vos nouvelles, ça me ferait plaisir de vous lire. Aucune pression car je sais qu’il y a des écriveux/es et des liseux/ses dans la vie et que ce ne sont pas toujours les mêmes.

Scoop: Je compte utiliser les 2 photos ci-haut pour la page couverture. J’aime l’idée que leplus vieux semble regarder le plus jeune, qui, déjà, faisait dans la prière et le namasté. Ptit ange cornu me disait toujours ma mère, et une mère connait son fils. Comme si je me regardais moi-même avec compassion. Bon rappel.

OK là c’est vrai… amor amor amor…

ACCEPTER LE MONDE ZEN QU’IL EST

La réelle nature du Zen consiste à voir les choses telles qu’elles sont, à observer les choses telles qu’elles sont, et de laisser les choses aller comme elles vont.
– Shunryu Suzuki

All right, lecteurs/trices. Dernière chronique pour un temps indéterminé, en cette période sur terre minée. En effet, minée cette période et cette terre. Dès qu’on observe le monde, on projette une certaine adversité, une adversité certaine. On dualise le monde. Et quand on se prononce, cela est d’autant plus vrai. Les bombes de mots tombent et volent.

Le temps est à la dualité. Opposés, polarisés, déchirés nous sommes. Gauche/droite, pro/anti, et tutti quanti. Même chose en soi-même.

Dès qu’on observe quelqu’un, ou quelque chose, notre idée est déjà faite. On regarde toujours les gens ou les choses, le monde quoi, avec une idée déjà faite, avec de multiples idées déjà faites en tête. On a la tête qui éclate et qui pète de partout. En fait, on impose toujours notre vision du monde au monde. On ne voit pas le monde, on ne voit que ce que l’on pense du monde. On a les yeux trop pleins du monde. Laissons le monde vivre. Et faisons lui confiance malgré les actions et les dires de certains.

Alors pour les prochains jours, j’ai envie de me défaire les idées, détisser, détricoter les mailles de mes prétendues savoirs et connaissances. J’ai envie, que dis-je, j’ai besoin, de défaire les noeuds dans mes yeux. Envie d’observer le monde tout zennement, tout bonnement, sans opinion, sans préavis, sans idées préconçues, ni jugements. Envie de transformer mes certitudes en simples hypothèses.

J’ai envie de vivre sans connaissances. Et de me refaire une virginité d’esprit.

Pour cela, je compte aller me promener dans les bois, écouter les arbres craquer, et les oiseaux chanter, regarder et voir la neige tomber. L’entendre même. Sans penser, sans juger si c’est chaud ou froid, si c’est quoi que ce soit. Pas plus que si moi je suis même moi. J’ai envie que mon nom soit personne. Et de perdre la raison. Et de ne plus l’avoir.

J’ai envie de ne plus me frotter à ce qui grouille ni par en dedans, ni par en dehors, simplement de couler avec. Oui oui la vie. Envie de moins croiser les mauvaises nouvelles du monde et de ne pas prendre position. Ni pour, ni contre. Ni l’un ni l’autre. Ni moi, ni monde. Un. Un point c’est tout.

En fait, j’ai juste envie d’arrêter de vouloir. Arrêter de vouloir changer le monde, de le vouloir autrement que tel qu’il est. Simplement envie d’accepter tout ce qui est comme que c’est. Accepter les injustices, laisser crier les grandes gueules et arrêter de vouloir changer le monde pour qu’il devienne comme je pense qu’il devrait être. Il l’est déjà.

Envie de troquer le conditionnel pour la simple présence d’esprit. De laisser le passé composé se décomposer en un impératif présent plus que parfait imparfaitement parfait. Envie de simplement laisser le monde être tel quel. Ce qu’il est déjà et sera toujours.

As is disent les anglais, as is.

Envie de ralentir le temps et de faire la fête au temps lent (voir le superbe texte de Christian Vézina ci-bas).

Envie d’aller jouer dans le jardin Zen nordique et boréal dans ma cour forestière. Et d’en laisser pousser un dans ma tête, mon âme et mon coeur.

Âmen…

et Yutori…

Yutori: concept japonais qui consiste à créer une pièce intérieure – ralentir et faire consciemment de l’espace pour être présent et savourez le monde sans objectifs spécifique. Sans parler. Simplement en absorbant le monde sans intention autre que celle d’observer.

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C’est plutôt peine perdue que chercher à s’opposer aux forces démoniaques à l’œuvre derrière les petits pantins qui gouvernent l’Occident.
Ni collaborer, notamment en se ruant dans les bureaux de votation tous les 4 ou 5 ans et en se soumettant passivement et silencieusement, ni rentrer dans leur jeu en usant de violence.
Simplement VEILLER, demeurer vertical au milieux des ruines, «chevaucher le tigre» comme dit l’Orient traditionnel.
Ces forces sont destructrices et ne voient même pas qu’elles sont sur le point de s’autodétruire aussi.
Plus il y aura de Veilleurs, plus vite viendra la délivrance.

– Jean Bouchart d’Orval

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Veillez donc, priant en tout temps, afin que vous puissiez échapper à toutes ces choses qui doivent arriver et subsister en présence du Fils de l’homme.
– Luc 21, 36

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La Fête du Temps, par Christina Vézina dans Le Devoir

La routine est une petite route, un sentier bien tapé par le quotidien pour faciliter l’ordinaire des jours.
Je l’aime autant que je m’en méfie.
L’aisance que j’y gagne me libère l’esprit comme le coeur qui peuvent ainsi s’aventurer ailleurs.
Mais son confort est redoutable qui peut reléguer à la semaine des quatre jeudis l’aventure autre que rêvée.

Ceci dit, à notre époque, présenter la routine sous le jour d’un tranquille artisanat domestique s’avère trompeur.
Depuis un siècle ou deux, les cadences se sont tellement accélérées qu’elles ont rompu le lien avec les rythmes du vivant.
Nous courons souvent ventre à terre, à travers nos agendas sur quatre étages.
Dans ce contexte, la routine devient une autoroute à péages tentant de rendre possible l’impossible exigé.

Le Temps des Fêtes pourrait être une occasion providentielle de quitter cette autoroute pour prendre un chemin de traverse, loin du bruit et du sifflet des injonctions nous pressant de faire ceci ou cela.
À condition, bien sûr, de ne pas retracer dans la blanche vacance de l’agenda le plan cartésien de l’horaire habituel, quadrillé comme un document Excel.
Vacances et performance ni riment qu’accidentellement!

Mais savoir ralentir n’est pas si simple pour des êtres aussi bien conditionnés que nous.
D’où la pléthore de gourous en tous genres dont les cours et les livres, souvent coûteux, veulent nous réapprendre à respirer, à faire le vide, à nous recentrer sur notre propre coeur – qui n’est rien sans celui des autres, détail souvent omis…

Permettez-moi aujourd’hui de partager avec vous les coordonnées d’une grande sage mi-sorcière mi-fée qui, annuellement et pour notre plus grand bonheur, fait la tournée des pays froids.
Ses séminaires ont ceci de spécial qu’ils peuvent accueillir un nombre illimité de participants.
Pour être informé du lieu et de l’heure de ses conférences silencieuses et toujours gratuites, vous n’avez qu’à consulter les bulletins météorologiques; je parle de la neige.

De tout ce qui nous tombe sur la tête, et dieu sait qu’il nous en tombe dessus, la neige est la chose la plus légère.
Rien de plus délicat ne tombe du ciel.
Et c’est déjà beaucoup.
Mieux encore, rien ne tombe plus lentement qu’elle.
On dirait Newton qui rêve à sa blonde, après le temps des pommes. Immaculée, légère, lente, diverse, silencieuse, telle est la neige. Bon, parfois elle passe en coup de vent de nordet, d’accord.
Mais les soirs de conférence et les matins de ses ateliers, je vous le conseille : soyez présents.
Sortez.
Regardez.
Regardez – longuement – la neige tomber.
Il vous arrivera quelque chose…

Vous aurez l’impression que le Temps ralentit.
Et comme le Temps est relatif, de fait, il ralentira.
Hypnotisé, vous sentirez se faire en vous un grand vide qui, paradoxalement, vous comblera, une étonnante plénitude.
Le nombre et la diversité des flocons y contribuent certainement.
Vous aurez l’impression d’être au milieu d’une multitude d’instants simultanés.
Au centre d’une métaphore figurant cette minute diversement vécue par chacun et chacune au moment où vous vivez, vous, cet instant neigeux.
(Toutes mes excuses aux comptables de la SQDC; ce recours à la gratuité de la simple conscience n’aura qu’un faible impact sur vos affaires courantes, ne vous en faites pas.)

Il y a encore plus beau…
Contrairement au Temps qui, sans cesse, nous semble disparaître, sa métaphorique sœur s’accumule à nos pieds, s’entasse, prend ses aises.

Après avoir ralenti nos pensées, voici qu’elle ralentit nos pas.
Elle arrive même parfois à fermer l’autoroute. Avouez qu’elle fait tout son possible pour passer son message.
Elle demande même l’aide d’un très vieux pote à elle : le silence.
Il répond toujours « présent » à son invitation. Il adore s’étendre dans ce temps floconneux et s’y dessiner des ailes comme font les petits anges en bottes d’hiver.
Le silence de la neige a beaucoup à nous dire.
La neige sait des choses au sujet du silence.

Pelles et grattes, plus prosaïques, voient la chose autrement.
Mais n’est-ce pas également un temps des plus précieux que celui de déneiger l’entrée de sa vieille voisine, d’aider un inconnu à se sortir du banc de neige?
Y a-t-il moment plus cher que celui de creuser un fort pour ses enfants ?
Pousser cette grosse boule blanche qui va grossissant, y a-t-il plus belle façon d’imaginer Sisyphe, heureux?

Le temps des Fêtes c’est déjà le temps des présents.
Pourquoi n’en ferait-on pas le temps de la présence?
Qu’y a-t-il de plus précieux à prendre et à donner que notre propre temps?
Pourquoi ne ferait-on pas du temps des fêtes, la Fête du temps?

FOLLOW THE LIGHT

Ça y est. C’est finalement l’été… dans l’hémisphère sud.

Alors qu’ici, dans le grand comme dans le ptit now, l’automne est fini et l’hiver peut commencer.

Enfin

Grosse saison ici l’automne finalement, saison multitasks, saison éclatée. Particulièrement cette année.

Une saison qui se prend pour l’été en s’étirant et s’étendant et en lui volant carrément sa job tout septembre durant. Les arbres qui font leur gros show de boucane de couleurs, spectacle spectaculairement spectaculaire couronné par leur striptease annuel fin septembre début octobre. Super job d’effeuilleuse.

Octobre lui nous invite et nous incite même à sortir nos laines – ptites et grosses – et à serrer nos sandales pour de bon et à sortir nos bas. Ça lève moins haut en effet.

Novembre lui, cette année, a carrément viré blanc dès le 9 pour se prendre pour janvier right away (un peu de la frime mais c’est pour pour la rime crime de câline).

Et décembre, décembre, quoi dire de ce denier mois de l’année avec sa neige et son froid, ainsi que cette pluie de vendredi qui a essayé de nous scrapper notre white Chrsistmas clissmas, mais vous devriez voir ça ici ce matin. Full hiver out there.

Ce fut un automne bi-polaire, avec ses ho ho ho et ses bas, ses bottes et des tas… de neige.

On s’excite du Solstice qui arrive par ici ce matin, nous ramenant l’élan de la lumière à venir. Plus de lumière en tous cas. Follow the light disait le guide. Avec raison. Car on en a bien besoin de cette lumière qui est la source même de toute vie. On vient de passer à travers le bout le plus tough et sombre de l’année. Quoique la blancheur est arrivée très tôt dès novembre et que janvier constitue toujours un ptit beau défi aussi.

Mais si les anglais follow the light, ici, nous ne faisons pas que la suivre, nous la sommes aussi. Je suis la lumière, tu l’es aussi, et nous le sommes, et la somme de nos ptites lumières finira bien par gagner sur l’obscurité.

Alors, on repart vers la lumière… this little light of ours, we gonna let it shine

CO INCIDENCES

La seule chose qui existe, comme vous dites, la «réelle réalité», est simplement le fait que vous existez. Tout le reste n’est qu’une réflection du fait que vous existez.
– Bashar

On entend souvent des gens dire que le hasard n’existe pas, qu’il n’y a pas de coïncidences dans la vie.

Bien difficile d’infirmer, comme de confirmer ce fait. Tout au plus on peut penser que c’est plausible, possible. Pas probable, que plausible, possible. Maybe baby.

Personnellement, je préfère penser au contraire que tout est un hasard, et qu’il n’existe qu’une multitude de co incidences, une multitude d’incidences qui co-existent simultanément. Dans le temps et hors du temps. Comme a/temps, à côté du concept même de temps. Dans le Dalitemps.

Je n’ose pas dire que je crois que tout est hasard, tout au plus pourrais-je dire que je crois que cela est possible. Mais si on croit cela possible, on doit aussi croire que c’est tout autant impossible. Ou autre chose. Ou pas. Ou cesser de croire tout simplement.

En fait, même croire est une drôle de position dans la vie. Si je crois que j’existe, est-ce que je suis ? Mais si, par contre, je crois que je n’existe pas, est-ce que j’existe quand même ? Ou je m’évanescensionne ?

Oui, il y va fort de café ce matin le ptit chroniqueur des grands chemins. Le café qui kick in probablement, possiblement, plausiblement. Pas de crème pas de sucre.

L’autre jour, j’ai entendu le terme co incidences et, pour la première fois comme jamais auparavant, j’ai vu la juxtaposition de deux incidences, ou plus. Et j’ai comme réalisé que tout dans la vie existe en même temps. Même ce qui n’est plus, par le souvenir, même ce qui n’est pas encore ou même ce qui ne sera jamais, par l’appréhension ou par l’imagination. Tout ce qui est pensé ici existe ici. Jusqu’à preuve du contraire.

En ces temps de réalités virtuelles, tout est devenu possible, et du coup (accent français) simultanément impossible. Tout peut être vrai, ou faux, réellement réel, ou virtuellement conçu.

Mais, me demande-je, est-ce que la réalité virtuelle est réellement réelle ? Et la virtualité peut-elle être aussi réelle même si on la dit virtuelle ? Même la virtualité peut se réaliser, nous en sommes témoins.

Peut-être que nous avons déjà vécu de multiples vies et que nous en vivrons même encore plusieurs ? À l’infini peut-être. Si on y pense, pourquoi cela ne serait-il pas possible ?

Ou peut-être même que nous les vivons toutes en même temps ces multiples vies, en temps réel ? ou irréel.

On peut croire en Dieu, ou non y croire. Ou croire avec insistance qu’il/elle n’existe pas. On ne parle pas de sa forme, ni de sa nature. On parle souvent d’une force reliante. Mais à voir l’état du monde actuel, et encore plus des relations entre les habitant.e.s de la terre, on est en droit de se poser des questions. Comme d’avoir certaines doutes.

Personnellement, j’aime vivre avec un point d’interrogation.

Car au fond, on ne sait rien vraiment de la prétendue réelle réalité. Ni de l’irréelle by the way. Tout semble vrai si on veut y croire, si on peut y croire, ou nous y faire croire. Et tant de vérités nous dépassent, des grandes comme des petites, davantage qu’on peut même l’imaginer.

Est-ce que le passé existe encore ?

Est-ce que ce que l’on ne peut pas – encore – imaginer existe déjà réellement ?

Ou existera-t-il ?

Oh que non, on n’ira pas demander ça à l’intelligence artificielle right ?

Car je trouve l’Hi Ha Tremblay bien plus drôle encore pour le moment.

Et Joyeuses fêtes.

Allez, prenons la réalité actuelle chillement, et nous-même pas trop au sérieux. Nous lisons ceci, donc nous existons. Et tiguedon.

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Imaginez une roue dont la circonférence représente le cycle des naissances et des morts, toute la substance de la vie, la réalité conditionnée, et dont le centre est le flux parfait, le non-mental informe, la source.
Nous avons alors un pied, avec la majeure partie de notre poids, sur la circonférence, et l’autre, plus timidement, au centre.
C’est le début de l’éveil.
Nous entrons dans ce moment, nous nous asseyons et méditons, et soudain, nous ressentons la perfection de notre être et de notre connexion.
Puis notre poids se reporte sur la périphérie de la roue.
Ce processus se répète inlassablement.
Lentement, très lentement, le poids se déplace.
Puis, juste assez pour qu’il y ait une légère prédominance au centre de la roue, et nous constatons que nous avons naturellement envie de nous asseoir et de faire silence, sans avoir besoin de nous dire : « Je dois méditer maintenant », ou « Je dois lire un livre sacré », ou « J’ai… » « Éteindre la télévision » ou « Je dois faire… quelque chose ».
Ce n’est plus une discipline de ce genre.
L’équilibre a changé.
Et nous laissons nos vies devenir de plus en plus simples, de plus en plus harmonieuses.
De moins en moins nous nous accrochons à ceci et repoussons cela…

– Ram Dass

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Je ne m’intéresse plus à aucune forme de spiritualité, aux programmes de développement personnel, aux mentors, coachs, guérisseurs, penseurs spirituels ou activistes qui, en fin de compte, ne ramènent pas leurs communautés à une association responsable avec la préservation de la Terre.
La quête incessante de réalisation de soi, de maîtrise de l’image personnelle, de réussite personnelle et d’« entrepreneuriat spirituel » me semble être une échappatoire qui n’a fait que nous déconnecter de la réalité.
Il nous faut donc sortir du culte de la réussite individuelle, qu’il soit perçu à travers le prisme d’une spiritualité illusoire ou non, et nous impliquer concrètement dans la résolution des problèmes environnementaux qui nous entourent.
Le monde dépérit pendant que nous nous laissons séduire par une énième voix charismatique qui nous explique comment guérir une part de nous-mêmes encore inexplorée, nous enfonçant toujours plus profondément dans une « réussite » individuelle et narcissique.
Le monde dépérit pendant que des charismatiques amassent des millions grâce à leurs plateformes de développement personnel.
Alors, s’il vous plaît : prenez soin de vous.
Mais si ma guérison ne fait que me ramener à moi-même, sans me conduire finalement à renouer avec la Terre et mon travail pour en faire partie, alors je ne suis qu’une victime du consumérisme axé sur la guérison.
Et je contribue malgré tout aux problèmes qui détruisent la planète.

– Adrianne Tamar Arachne

AMOUR ALLUMOIR D’OMBRE

Tant que nous vivrons dans un corps, il y aura une ombre; et la lumière y sera éblouissante et brillante. – Matt Licata

Je parlais ici il y a quelques jours seulement d’ombre et de lumière.
https://atisupino.com/2025/12/16/lombre-de-toute-lumiere/

Alors je vais radoter un peu. Faut s’y faire, parait que ça vient de plus en plus avec l’âge. Enwèye pépère chroniqueur, lâche-toi lousse. Un peu une obsession aussi l’ombre et la lumière pour moi.

Ainsi, quelques jours encore et le grand swing vers plus de lumière sera ré/enclenché. Oh, il y aura bien sûr quelques jours de flottement et ensuite seulement les jours vont commencé à rallonger.

La vie n’est qu’un grand swing au fond. Un continuel balancier. Vers l’ombre, puis vers la lumière.

Ombre et lumière, ou conscience et inconscience. Noir et blanc. Féminin versus masculin. Gauche-droite. La vie la mort. Popa môman. Le paradis et l’enfer. On dirait bien que tout vient en couple dans la vie. Ce monde peut bien en être un de dualité. C’est la friction qui crée la vie peut-être bien ?

J’aime l’idée que tant que nous vivons dans un corps, nous porterons une certaine part d’ombre. Matt Licata dit avoir un corps (have a body), mais ce corps, l’a-t-on ? le sommes-nous ? ou vivons-nous dedans ? Les questions se posent. D’autres disent même que c’est notre âme qui porte le corps. Tant de façons différentes de voir la vie, de considérer l’existence.

Alors, vu ainsi, cette ombre que nous aurons tant qu’on vivra, il faudra bien s’y faire on dirait bien. J’avais inclus cette citation dans l’autre chronique car je la trouvais éclairante 😉


L’amour serait donc source de lumière. Et le seul antidote à la prédominance de l’ombre, de la sombritude.

Ces mots de Nikos Kazantzakis disent un peu la même chose non ?
Le véritable sens des Lumières est de contempler les ténèbres avec des yeux clairs.

Les lumières de Noël symbolisent le retour de la lumière, nous soutiennent dans ce passage étroit.

Alors shinons mes ami.e.s., shinons. Jusqu’au solstice. Et ensuite, l’astre central va reprendre du boulot.

Ci-bas, mon amie Manon a relayé ce texte de Nathalie Platt hier sur son fil. Beau. Et éclairant quant aux temps sombres que l’on semble vivre ces temps-ci.

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AU NOM DU PÈRE
Si la société et les mœurs évoluent, les mondes inconscients demeurent parfois longtemps rétrogrades.
– Nathalie Plaat, LE DEVOIR, Psychologue clinicienne, la chroniqueuse est autrice et chargée de cours à l’Université de Sherbrooke

Dans le cadre d’une psychanalyse personnelle, nous passons un long et douloureux moment à analyser nos relations infantiles à nos parents, les disséquant notamment sous la loupe de la fameuse lecture œdipienne.
Le but premier de cette lente excavation de nos mondes inconscients est d’arriver graduellement à devenir nous-mêmes, des adultes souverains, libres de penser et de vivre en étant, le plus possible, dégagés des structures infantiles.
C’est aussi, si on transpose cette grille de lecture au collectif, une manière de «faire progrès» autrement qu’en adoptant, de manière cyclique et répétitive, des pôles paradoxaux où l’on prétend avancer sans le faire véritablement, avant de revenir épouser avec force des postures régressives et nostalgiques.
Mais la psychanalyse a aussi participé à penser le monde d’une manière hétéronormative et profondément patriarcale qui continue de marquer nos inconscients.
Si la société et les mœurs évoluent, les mondes inconscients, eux, demeurent parfois longtemps rétrogrades, jaillissant dans une série de comportements qui persistent, au-delà des éducations, des avancées politiques et des discussions publiques.
Quand on parle, notamment, d’un retour ou d’un backlash des discours masculinistes ou patriarcaux, qui mettent en avant la domination du féminin, la possessivité du corps des femmes, la suppression des émotions et le spectacle de la virilité, je me demande bien sur quels éléments on se base pour parler d’un «retour».
Dans mon monde à moi, pour qu’il y ait retour, il faut qu’il y ait eu d’abord disparition, à moins qu’on parle du fameux « retour du refoulé » qui implique précisément le fait qu’il n’y a jamais eu disparition, seulement dissimulation.
Pour qu’un élément disparaisse réellement, en psychanalyse du moins, il faut qu’il ait été digéré, repensé, intégré, transformé, porté d’une manière radicalement différente, qui aurait modifié non seulement l’état de cet élément en lui-même, mais aussi l’ensemble de la personnalité de celui qui le porte.

C’est probablement ma fâcheuse tendance à lire sous les discours performés, ce qui se tapit dans nos angles morts, ou encore ces deux décennies de pratique clinique dans l’intime des gens qui m’empêche d’avoir cru, une seule seconde, que les vieilles et profondes tendances patriarcales avaient réellement été renversées.
Il ne s’agit donc pas d’un retour, encore moins d’un backlash (terme utilisé pour retourner le féminisme au plancher d’une prétendue culpabilité, comme s’il avait osé faire apparaître, comme par magie, le machisme, du haut de ses quelques petites décennies de timide apparition dans la sphère sociale).

Non, à mon avis, il s’agit plutôt d’un dévoilement, rendu possible par la formulation d’un discours féministe plus structuré qui aurait simplement rendu apparent ce qui, partout, était agissant.
Ainsi, la montée des discours masculinistes, qui viennent souvent de pair avec une certaine pensée politique d’extrême droite, caractérisée par le refus de l’altérité et une manière d’habiter le pouvoir en usant d’intimidation, se vit en phase avec le politique : en se décomplexant.

Dans son essai Le goût de la politique, observateur passionné de la Ve République, le politicologue français Pascal Perrineau désigne ainsi ce qui redessine les dynamiques politiques occidentales :
« Le clivage gauche-droite s’estompe, le paysage partisan se réorganisant autour de deux pôles, l’un ouvert sur le monde, l’autre figé sur l’idée de nation. »
Le terme « figé », ici, m’apparaît central pour comprendre la manière dont un certain nationalisme, au nom du père, au nom d’une vision du monde nostalgico-restauratrice d’un ordre moral résolument disparu, refait surface, d’une manière qui reprend les codes patriarcaux à la lettre jusque dans sa manière de débattre.
On rejettera l’altérité, on érigera des murs autour de la cité et nous nous « tiendrons debout » en haïssant les mêmes ennemis, osant appeler ça le « progrès ».

Sur le plan politique, j’ai souvent l’impression de lire dans nos manières de faire, de dire et de penser, des restes de vieilles blessures qui réclameraient bien une vaste psychanalyse collective, une sorte de suite au fameux « père manquant, fils manqué » qui avait fait s’élever la conscience de tant d’hommes des années 1980, grâce au travail du regretté psychanalyste Guy Corneau.
Parce que, oui, il semblerait bien que la fameuse absence du père, la recherche de celui-ci, l’identification presque aveugle à une figure paternelle projetée sur une personne qui nous semble soudainement investie de la mission quasi divine de nous mener vers notre destin, me paraît encore bien agissante dans nos motivations électorales.
Et comme dans le grand mythe structurant de la psychanalyse freudienne, je déplore encore et toujours une autre grande absence, beaucoup plus dommageable pour la suite du monde: celle du féminin.

S’il y a une sphère où la grille d’analyse œdipienne perdure, c’est bien dans la lecture collective de cette course générationnelle, où, de tous les temps, on observe des figures reprenant le rôle du bon vieux père Laïos, qui refuse de céder son chemin à un fils — dont il ignore à ce moment qu’il l’est, convaincu qu’il est d’avoir éliminé le danger que l’oracle lui avait annoncé.
Mais comme nous l’enseigne la mythologie grecque, il est bien difficile d’échapper à son destin, et ce fils qui lui apparaîtra sous les traits d’un inconnu finira bel et bien par le tuer, et renverser son monde.
Le plus difficile est probablement de réaliser que nous sommes finalement devenus des Laïos, alors qu’il y a si peu de temps, nous étions le fils.
De révolutionnaire à réactionnaire, il n’y a souvent qu’un seul petit pas, qui se fait dans l’angle mort le plus total.

Je ne sais pas de quelles couleurs le paysage politique québécois se drapera, mais je sais trop bien que le progrès, le vrai, exige une profonde prise de conscience de soi, à la fois lente et douloureuse, qui demande essentiellement de dépasser nos angoisses face à «l’inquiétante étrangeté», celle-là même que nous portons en nous-mêmes, mais que, suivant la courbe de notre immaturité, nous préférons longtemps projeter sur l’autre.

Je sais aussi que l’avenir adviendra, que le fils tuera le père, jusqu’à ce qu’il soit tué à son tour, mais je vous avoue que j’ose aussi parfois rêver mieux, espérer une suite dans laquelle ce qui nous distinguerait, par exemple, tiendrait précisément dans une forme d’invitation à nous rassembler autour de valeurs profondément humanistes (et donc féministes).

Dans mes rêves les plus fous, nous serions inspirés davantage par la rébellion d’une Antigone, fille d’Œdipe, résolument ancrée dans une éthique de l’amour, de la défense de valeurs qui excèdent l’organisation d’une cité qui aime davantage les murs qu’elle érige que les gens qui l’habitent.

Avec elle, je ferais pays, n’importe quand.

LE TEMPS DES FAÎTES DE LA BASSESSE HUMAINE

Pour le Noël qui vient, nous n’avons pas besoin de plus de bébelles. Nous avons besoin de plus de bonté, plus d’accolades et plus d’amour les une.s pour les autres.

Une grande évidence. Le message central du temps des fêtes.

Pourtant, certains des grands meneurs de ce monde nous illustrent par de multiples exemples concrets l’envers du décor. Ils incarnent le faîte de la bassesse humaine.

On pourrait les remercier car ils nous montrent ce qui abaisse l’humanité à sa plus vile expression. Avidité, désir de puissance, manque d’empathie, name the rest. Quand on est rendu à mépriser les gens qui meurent, le fond n’est pas bien loin. Et même si ce n’est qu’un jeu médiatique, une conscience doit sûrement pouvoir atteindre le dernier sous-sol de l’humanité éventuellement. Ça sent le fond.

Comme l’impression que ces petits grands garçons doivent faire dans leur froc à l’idée de perdre ces richesses vides de sens, ce qui arrivera inévitablement plus tôt que tard. Tous ces privilèges artificiels leur seront retirés éventuellement car on sait bien que rien ne dure. À part leur tête et leur obsession d’en avoir toujours plus, que ce soit un prétendu pouvoir, une sécurité pourtant impossible et inatteignable, ou encore une quête effrénée d’éternité.

Alors pour ce Noël, souhaitons-leur de s’éveiller un peu, souhaitons leur un peu de woketitude, et de tomber, même si par hasard, sur une toute petite parcelle de leur propre humanité cachée quelque part en eux.

Prions pour qu’ils s’aperçoivent que cette course folle, quelqu’en soit le but ou l’objectif, dans laquelle ils nous entraînent sans scrupules dans leur foulée, cette inaccessible étoile, ne nous mènera que dans le cul du sac à surprises.

Car
Posséder des richesses matérielles sans paix intérieure, c’est comme mourir de soif en se baignant dans un lac.
– Paramahansa Yogananda via Pierre Lemieux

Ou comme le suggérait Georges Carlin, essayer d’être heureux en accumulant des possessions ressemble à essayer de combler sa faim en se collant des sandwiches sur le corps.

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LE MIRACLE
De l’Invisible au visible
Miracle initial, délivrance finale

Le seul vrai miracle est celui du Un se manifestant sous forme du multiple : le passage de l’Invisible au visible.
C’est la seule chose qu’on ne saura jamais expliquer ; d’ailleurs, on n’a pas à le faire.
Ce miracle est ce qui est le plus digne d’être célébré dans l’espace-temps de nos brèves vies sur terre et c’est exactement ce à quoi les anciens Égyptiens, sous l’égide des maîtres qui furent à l’origine de tout, ont consacré leur temps et leur énergie pendant des millénaires.
Non seulement avaient-ils à cœur ce miracle, mais ils avaient aussi fréquenté la voie du retour à l’Un pour l’être humain qui se voit séparé, limité et souffrant.
Cette voie passe par un retour à ce qui nous a un jour fait prendre conscience que «j’existe» et nous a dès lors amenés à nous affirmer en tant qu’individu.
C’est uniquement par la reconnaissance de ce mouvement que peut luire en toute clarté la pure Lumière consciente qui le provoque.
C’est par la prise de conscience directe du mouvement de la création temporelle que l’homme se découvre sa propre intemporalité.
C’est en réalisant ce qui a assisté à la prise de conscience « j’existe » qu’il se découvre au-delà de l’existence et de la non-existence.
C’est le sens véritable d’expressions telles que l’immortalité ou la vie éternelle : Cela qui est au-delà même du fait d’exister ou ne pas exister.
C’est cela qu’on dit au-delà de toute dualité .
Même parler du Un est une licence poétique.

Le mythe initiatique égyptien des origines, dans ses versions diverses et complémentaires, parle du miracle initial et fait signe vers la délivrance finale.
C’est en prenant vivement conscience du miracle de son origine que l’homme peut réaliser qu’il est vraiment l’Invisible, ou l’Absolu, et non simplement cet instrument mortel par lequel Il expérimente sa manifestation dans le multiple.
La tradition égyptienne était initiatique : elle se transmettait de bouche à oreille à qui s’en montrait digne et capable de porter la Connaissance.
Le grand secret, autrefois transmis nuitamment dans les cryptes ou sur le toit des temples, est aujourd’hui formulé beaucoup plus ouvertement.
Les initiés de l’Égypte antique se gardaient bien de formuler ouvertement cette Connaissance.
Ils ne souhaitaient pas que la Vérité tombât dans les oreilles de ceux qu’elle pourrait rendre fous ou qui pourraient la déformer et même l’utiliser à des fins personnelles.
Mais au fond c’était surtout une question de respect absolu : ne pas la livrer en pâture au vulgaire allait de soi et cela fut la norme dans toutes les civilisations traditionnelles.
La crainte de voir la Vérité tomber en de « mauvaises mains » concerne ceux qui sont à moitié prêts, car, on le voit bien encore de nos jours, celui qui n’est pas prêt du tout entend sans écouter et regarde sans voir, et continue de vaquer à sa petite vie personnelle comme si de rien n’était. Par contre, ceux qui entendent et en forment des concepts aussitôt mis au service de la machine égotique, ceux qui s’embrouillent en croyant avoir tout compris, sont très actifs : le nombre des malheureux et de malheureuses qui se prétendent des « éveillés » permanents, ou qui un peu plus subtilement le laissent entendre, est en croissance rapide.
Ceux qui vont ainsi grossir l’offre sur le populaire marché des éveillés de pacotille répandent une confusion colossale, bien sûr, mais cela est dans l’ordre des choses à une époque de grand désordre comme la nôtre.

La Connaissance tient à très peu de mots : l’homme n’a jamais cessé d’être l’Homme cosmique, l’Absolu, la Lumière consciente .
Tout être humain méditant avec passion sur le Mystère arrivera à une conviction absolue, hors de tout doute, et seulement alors pourra-t-il vivre sans restriction la liberté et la joie sans borne.
Toute la vie des sages de la civilisation du Nil était, à travers le mythe des origines, tournée vers cette révélation libératrice.
En dehors de cette conviction totale, la vie humaine n’est qu’une suite d’ajournements, « vanité des vanités ».

On ne peut voir directement la lumière entrant dans une pièce ; on ne sait voir cette lumière que lorsqu’elle se répercute sur les obstacles qui la réfléchissent.
Nous appelons cela des objets. Nous sommes obnubilés par les « objets » de nos perceptions —ces formes construites par notre cerveau— et nous ne réalisons pas que nous voyons toujours que la lumière elle-même et rien d’autre.
Ainsi, nous ne pouvons connaître directement l’Inconcevable, l’Irrationnel ; nous ne savons que reconnaître et comprendre les perceptions qui nous viennent de nos sens, ainsi que les images et les notions que notre cerveau construit sans arrêt depuis notre naissance.

Le réseau complexe de toutes ces images et les liens tissés entre elles, nous appelons cela le monde.
Ce monde imaginaire, nous le découpons par rapport à l’image que nous appelons moi.
C’est cela qui se passe en chacun d’entre nous au moment où nous commençons à penser et dire « j’existe ». Nous croyons que ce monde et ce moi existent vraiment de manière séparée, alors qu’il n’y a que pur Regard, la Lumière consciente, l’Inconcevable, l’unique Réalité, au-delà du fait d’«exister».
La souffrance humaine vient de cette confusion et de l’identification à cette image appelée moi.
Pendant tout ce temps où nous percevons, pensons, calculons, espérons, désespérons, pendant que nous nous réjouissons et souffrons, il n’y a que la seule la Lumière consciente, qui est notre vraie nature.
C’est cette Lumière consciente que les anciens Égyptiens ont appelé Rê (ou Râ) puis de nombreux autres noms.

Les initiés égyptiens savaient, bien sûr, qu’on ne peut connaître Rê comme on connaît un objet.
C’est pourquoi on affirmait que son nom véritable est secret.
Connaître implique une dualité.
Les Anciens ont reconnu que c’est uniquement en pressentant le mécanisme de la manifestation de l’Absolu que celui-ci peut luire en toute clarté en nous et que l’homme peut en arriver à saisir qu’il est de tout temps libre de toutes ses images et identifications.
Voilà pourquoi les Anciens ont célébré Rê sous toutes ses formes dans les hymnes et qu’ils en ont tant souligné les lois de la manifestation dans leur science sacrée.
L’architecture des temples, la sculpture, les bas-reliefs, les décorations, les Neter (les principes vitaux en nous et partout dans l’univers; on ne met pas de “s” au pluriel des mots d’autres langues, en Égyptien le pluriel est Neterou), les mythes, tout cela n’eut jamais d’autre but que de faire signe en cette direction.

Dans toutes les civilisations traditionnelles, la science était inséparable de la base spirituelle sur laquelle elles furent édifiées et qui, tant que cette base demeurait relativement intacte, en assura le fonctionnement harmonieux.
Les sciences sacrées de ces civilisations traditionnelles sont aujourd’hui snobées parce qu’on n’arrive pas à les faire entrer dans le système de classification moderne.
C’est une caractéristique de l’esprit profane moderne de tout séparer, car il ne perçoit pas le fondement universel de l’existence.
Un tel esprit, lorsqu’il se tourne vers les civilisations traditionnelles, essaie d’interpréter ce qui est fondamentalement initiatique et mystique en termes de « philosophie » ou de croyances religieuses et ce qui est science sacrée indissociable du fondement en termes de sciences modernes profanes.

On appelle civilisation traditionnelle toute civilisation au cœur de laquelle fut conservé et transmis le grand secret de l’existence et dont les institutions et le fonctionnement étaient modelés autour de la Vérité qui est au-delà de ce que nous appelons la vie et la mort.

(Extrait de « L’Harmonie secrète, cœur de l’ancienne Égypte », Almora, 2015)
via Jean Bouchart d’Orval