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RÉSISTER

Il est tout à fait possible de prendre soin de tout le monde sur terre à un niveau plus élevé que tout ce que nous avons connu auparavant. Ça n’a plus à être toi ou moi. Il suffit de convertir notre technologie supérieure de l’armement vers la vie. – Buckminster Fuller

Rare que je tente de mettre des mots sur les grands problèmes sociaux, et le vague à l’âme qu’ils suscitent. La guerre, l’itinérance, l’injustice, la dégradation du vivre ensemble. Je préfère habituellement jouer avec les mots de l’esprit, faire philosopher les ptits mots de l’âme, faire danser avec légèreté les mots de mes doigts jusqu’à vos yeux.

Mais parfois le sort du monde, notre monde, celui-ci, juste là, le monde ordinaire, nous, le petit monde, monsieur et madame tout le monde, nous rattrape, devient lourd et nous affecte juste là tellement que ça déborde. Comme ce matin. Parfois le monde me décourage et m’attriste. Moi qui a pourtant tout l’essentiel, comme la plupart d’entre nous.

Car le monde dans lequel on vit, notre monde, est bien réel et nous rentre dedans avec tant d’inhumanité et d’insensibilité. On a beau vouloir ne pas trop regarder les mauvaises nouvelles, on sait bien qu’il se passe de drôles d’affaires pas drôles du tout partout autour de nous. De proche comme de loin. Et si nous sommes le moindrement sensibles, ces faits sociaux finissent par nous affecter, par nous toucher le bout de l’âme.

Par exemple, en termes de richesses et de ressources, l’humanité est plus que riche et auto-suffisante. On a tout ce qu’il faut pour prendre soin de tout le monde, de tout notre monde.

Si on pouvait seulement partager plus équitablement ressources et énergies, tout le monde mangerait à sa faim et aurait un toit, comme le reste du strict minimum. Mais certains en ont déjà trop, et en veulent encore plus, alors que d’autres n’ont rien et ont bien peu de moyens pour changer les choses.

Partager davantage et arrêter de se diviser en nations prétendument distinctes car nous sommes tous humain(e)s et rien ne nous appartient. Rêveur le chroniqueur ce matin.

Le sort du monde actuel résulte en bonne partie du fait que ce sont une poignée d’hommes – et quelques corporations qui leur appartiennent – qui se l’ont approprié aux dépends des autres pour faire toujours plus de profits, en exploitant jusqu’au bout les ressources, en siphonant notre terre mère. Bien sûr que cela est plus complexe que ça, mais la base du problème me semble y résider.

Un autre meme pour illustrer la situation.

Nous sommes entre les mains d’hommes dont le pouvoir et la richesse les ont coupé de la réalité du quotidien et de leur imagination. Nous avons raison d’avoir peur.
– Grace Paley, autrice américaine, poète, enseignante et activiste politique.

On surexploite la terre et on prône la guerre à des fins économiques.

On a transformé le simple besoin fondamental de se loger en marchandise, en bien de consommation, en opportunité de faire du cash au détriment de nos jeunes, comme des plus nécessiteux. On se tire dans le pied.

Au-delà des grands enjeux sociaux complexes auxquels il semble bien difficile de s’attaquer individuellement et à main nue, on ne peut que faire de son quotidien un oasis de sens et de paix. Demeurer conscient des grands enjeux en les adressant au quotidien et en faisant du mieux que l’on peut à notre échelle.

En demeurant tout de même émerveillé par le miracle de la vie.

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À la question posée par François Busnel : Dans le monde actuel, comment faire pour garder intacte notre capacité d’émerveillement ? Christian Bobin a répondu : 

Toujours ramener la vie à sa base, à ses nécessités premières : la faim, la soif, la poésie, l’attention au monde et aux gens.
Il est possible que le monde moderne soit une sorte d’entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales sous le prétexte de les exalter.
Il détruit notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits, des gestes que nous ne comprenons pas.
Il est possible que ce monde moderne, que nous avons fait surgir et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide.
Les livres, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes, nous redonner des forces pour lutter contre cette forme d’éparpillement.

La méditation, la simplicité, la vie ordinaire : voilà qui donne des forces pour résister. Le grand mot est celui-là : résister.

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L’écrivain qui refuse d’explorer les régions les plus sombres du cœur ne sera jamais capable d’écrire de manière convaincante sur l’émerveillement, la magie et la joie de l’amour, car on ne peut pas non plus faire confiance au bien s’il n’a pas respiré le même air que le mal.
~Nick Cave

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Papier intéressant de Marie-France Bazzo:
https://www.lapresse.ca/dialogue/chroniques/2024-05-21/envie-d-autre-chose.php

AIMER MALGRÉ TOUT

Il est primordial d’aimer le monde, et non de le mépriser, de ne pas se détester les un(e)s les autres, mais plutôt de continuer à voir le monde comme soi-même et tous les êtres avec amour, compassion et respect. – Herman Hesse

Je sais, je sais, plus facile à dire qu’à faire. Mais quand même, on doit tendre vers ça me semble. Sinon la vie n’a plus de sens.

Car lorsqu’on regarde le monde en dehors de soi, c’est toujours soi qu’on voit, surtout soi en fait. L’observé comme ce qui observe.

Et si on méprise le monde, en fait, c’est soi qu’on méprise. On finit par devenir mépris. Et on vit avec soi-même.

Bien sûr que certaines personnes commettent des actes répréhensibles. Bien sûr que d’autres abusent et exploitent autrui. Bien sûr, toutes ces guerres et ces situations folles d’inhumanité qui prennent place en ce monde maintenant et depuis toujours.

Mais si on regarde bien, si on regarde mieux, plus en détail, en détails plus fins, un à un, une à une, la majorité des gens sont de bonnes personnes. Tous et toutes des parents, des fils et des filles, des frères, des soeurs, grand-mères et grands-pères, proches, ou de loin, aidants. Tous et toutes veulent le mieux qui soit pour le plus rand nombre. Certains ont eu des enfances difficiles qu’ils et elle ne font que reproduire. Certain(e) ont peur et se défendent du danger. Même les soldats des peuples en guerre font la guerre pour défendre une cause qu’ils et elles jugent juste. Car chaque geste prend place dans un contexte particulier et regarder le monde sans en tenir ne fait pas sens.

Oh bien sûr, aussi, certaines personnes font ce que l’on peut considérer comme le mal. Certains arnaquent des personnes âgées, d’autres bombardent et affament des enfants. Et ces gestes sont difficiles voir impossibles à accepter. Mais on ne peut jamais généraliser, on ne peut jamais considérer le monde entier dans son ensemble car le monde est un univers de micros-mondes qui co-existent dans un environnement spécifique. Et on ne doit surtout pas juger le monde entier à partir des pires cas de figure.

Tenez, cette citation par exemple: Une des punitions pour refuser de prendre part au jeu politique est que vous finissez par être gouverné(e) par des gens inférieurs à vous.

Non, pas tous les politicien(ne)s nous sont inférieurs. Plusieurs sont des hommes et des femmes intègres qui veulent changer les choses, améliorer le sort des plus démuni(e)s.

Mais la politique est un jeu de pouvoir et de négociation qui a ses propres règles, un jeu dans lequel on ne fait pas toujours ce que l’on veut, probablement jamais en fait. Un jeu de compromis que la plupart d’entre nous refusent de jouer, chacun(e) pour ses propres raisons. Car probablement que ceux qui tirent les ficelles ne sont pas ceux et celles que l’on pense, ceux et celles que l’on voit. Mais certain(e)s essaient tout de même d’améliorer les choses. On peut les juger d’un seul coup de mental froid et dur, ou choisir de les voir un(e) par un(e) pour qui ils et elles sont. Mais cela demande du discernement, ce qui n’est pas une qualité très présente en cette ère de généralisation.

Certain(e)s deviennent méprisant(e)s et choisissent de penser que la plupart du monde est corrompu, jugeant négativement l’ensemble de l’humanité. Mais l’humanité n’existe pas, il n’existe que des êtres humain(e)s, des milliards d’êtres humain(e)s.

Et tout ce que l’on voit, tout ce que l’on observe, n’est toujours que réflexion de soi, une certaine image de nous-même. Alors avant d’être trop dur(e) et catégorique face au monde, regardons qui regarde, et essayons de rester humain(e), vivant à partir du coeur, et de voir que nos premières réactions ne sont que ça, des réactions, et que le vrai monde prend place dans notre capacité de répondre au monde, et qu’il est essentiel de questionner notre propre regard, comme les jugements qui émanent de soi.

Car le monde, c’est moi, c’est toi, c’est nous et vous, que chacun et chacune de nous qui le regardons.

Le monde n’est que miroir de moi et je peux choisir d’y voir tout ce que je choisis d’y voir, de voir ce qu’il est, ce que je choisis d’y être et de devenir.

Car au fond, on ne peut aimer et accepter le monde que dans la mesure où l’on s’aime et s’accepte soi-même.

LE MONDE SELON PETIT MOI

La plus dangereuse erreur psychologique consiste à projeter son ombre sur les autres; c’est la racine de presque tous les conflits… – C. G. Jung

Nous avons deux yeux pour voir, pour regarder.

Alors nous les ouvrons la majeure partie du temps.

Et nous regardons presque toujours en dehors de soi.

Mais c’est toujours nous que nous voyons.

En pensant voir le monde tel qu’il est, en croyant voir les autres tels qu’ils et elles sont, objectivement, en toute neutralité.

Nous nous projetons dans le monde, dans les choses, dans les autres.

Nous projetons sur le monde nos idées de nous-même.

Nous croyons voir le monde mais c’est toujours nous que nous voyons.

Toujours soi entre le monde et nous.

Je vois mon écran blanc, je tape et c’est moi que je répand sur l’écran blanc de mon imagination.

Et vous, qui lisez ces mots, prétendument mes mots, dès que vous portez votre regard sur ces mots, ils deviennent vos mots, vous leur donnez le sens que vous voulez, que vous pouvez. Vous en faites ce que vous pouvez et voulez.

Je m’écris moi-même et vous vous lisez vous-même, vous-mêmes.

Ou n’est-ce pas plutôt : je nous écris et vous me lisez ?

Les mots sont censés être des courroies de transmission, des vecteurs de connexion, des outils de communication. Mais souvent ils portent plus à confusion qu’à réunion, plus à scission qu’à unisson. Car le même mot veut toujours dire un ptit quelque chose de différent selon qui le dit, et qui le lit.

Qui dit qui lit, qui dit qui lit. Les mots chatouillent, les mots cafouillent.

Nous portons tous et toutes une certaine part d’ombre dans notre regard, dans nos propres yeux. Des nuages visuels. Et lorsque nous regardons le monde, cette part d’ombre obstrue partiellement notre perception, elle entrave notre regard, elle nous fait toujours voir notre propre version du monde.

8 milliards de petits mondes dans ce même grand et unique monde.

L’humilité consiste à reconnaître que le monde que nous percevons, le monde que nous croyons voir est toujours teinté de nos jugements, de nos croyances, de nos présupposés.

Un monde purement objectif est impossible à capter, notre regard le pervertit toujours un peu, ou beaucoup. Nos sens nous jouent des tours. Notre regard ajuste toujours le monde extérieur à sa propre mesure, à la mesure de notre capacité à le saisir, à la mesure de l’ampleur de notre regard.

Pour chacun chacune, c’est toujours le monde d’après moi, le monde de mon point de vue.

C’est la raison pour laquelle le principal et premier travail à effectuer – et le plus long et difficile car jamais complété – consiste à tourner son propre regard sur soi, vers soi, à voir nos propres perspectives limitées et nos angles de perception, surtout les angles morts qui, par définition, sont cachés et hors de vue du regard ordinaire.

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La vie va vous briser.
Personne ne peut vous protéger de cela, et être seul ne le sera pas non plus, car la solitude vous brisera également par son désir.
Il faut aimer. Il faut ressentir.
C’est la raison pour laquelle vous êtes ici sur terre.
Vous devez risquer votre cœur.
Vous êtes ici pour être englouti.
Et quand il arrive que vous soyez brisé, ou trahi, ou abandonné, ou blessé, ou que la mort vous effleure trop près, laissez-vous asseoir près d’un pommier et écoutez les pommes tomber tout autour de vous en tas, gaspillant leur douceur.
Dites-vous que vous en avez goûté autant que vous le pouviez.

– Louise Erdrich

WE TOO SHALL PASS

Le passé et l’avenir font partie du présent. – Alan Watts

Il existe une expression anglaise (qui a peut-être été traduite d’une autre langue) qui dit: This too shall pass, qu’on pourrait traduire en français par ceci aussi devrait passer, ou ceci aussi va passer pour les plus catégoriques.

Comme le temps, comme les choses agréables de la vie, tout passe. Notamment les choses agréables qui passent toujours plus vite qu’une visite chez le dentiste.

Tout passe, comme chacun(e) de nous passera. Dans l’histoire, comme notre tour parfois que l’on préfère passer. et parfois, on laisse passer. Avant de trépasser.

Même si nous ne sommes pas mort(e) encore, jamais mort(e) encore en fait, car encore en corps, pas mal certain qu’on le sera un jour, ou de soir. Car oui, probablement qu’on mourra. On passera à-travers le temps comme le temps nous passe à-travers, comme le temps nous rentre dedans. Pas trois fois passera, une seule fois. On passera tout droit, comme on passera aussi de l’autre bord comme le veut l’expression. Et toujours dans le domaine des expressions, celle-ci qui ne se dit presque plus désormais avec la fin des buanderies asiatiques: tu feras comme le chinois, tu repasseras.

Tout passe. Et parfois même, certains choses repassent. Parfois lentement, parfois trop vite. Plus on vieillit, et plus on dirait que ça passe vite. La vie passe, le temps passe, on passe. Et de certaines choses, on ne peut plus s’en passer.

Nous ne sommes plus ce que l’on a déjà été, mais sommes-nous déjà ce que l’on sera plus tard ? La question se pose. Car avec les algorithmes, notre passé détermine de plus en plus ce qui nous est offert, ce qui nous est donné à voir. Notre furetage passé détermine notre futur. Un peu – trop – déterministe à mon goût. On devra apprendre à sortir du moule comme des sentiers déjà explorés car sinon notre avenir est déjà tout tracé. On laisse des traces désormais, des traces qui nous menacent. Intéressante époque que celle-ci. Et un peu folle.

On dit en général que l’on ne peut changer notre passé. Et que ce passé nous influence soit en nous en construisant, ou au contraire, si nous sommes en mode réactionnel, en sens inverse en nous poussant agir à l’encontre de ce qui a déjà été pour ne pas le répéter. Chacun(e) sa façon d’agir ou de réagir. Action réaction.

Si certains affirment qu’on ne peut refaire le passé, Bashar avance au contraire qu’on peut recréer notre passé à partir du présent, qu’on peut réinterpréter ce qui s’est passé à la lumière de qui nous sommes aujourd’hui. Vous créez votre passé à partir du présent dit-il. Intéressante perspective qui nous dévictimise, qui nous libère du poids de nos expériences passées.

Bashar dit aussi que Le temps et l’espace sont des illusions et que tout existe en même temps, que nous ne voyons que ce que nous sommes à l’écoute de la vibration que l’on peut voir. Extrême relativité spatio-temporelle, comme existentielle car vu ainsi, qui voulons-nous être ? Qui pouvons-nous être ? Petites questions légères d’un vendredi de mai.

Alors passé, présent et futur, du pareil au même ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non. Peut-être. De toute façon, sur la pointe de l’iceberg de ce présent, tout ce que l’on a déjà été, comme tout ce que l’on sera éventuellement, peut être un cadeau si on le conçoit ainsi. Ou pas un cadeau la vie pour d’autres. Notre choix dit-on. Joyeux Noël.

Mais au final, tout ce que l’on peut être maintenant est qui l’on est. Avec tout ce qui nous motive, nous fait bouger, avec notre entière lignée familiale logée dans les cellules, avec l’histoire entière de l’humanité en nous, et nous dedans.

Car nous portons tous et toutes le monde entier en chacun(e) de nous, tous univers compris. Nous l’avons toujours porté et le porterons peut-être aussi toujours, peut-être même après notre mort car le corps de nous délimite pas. Nous sommes le monde, et ce nous, ce moi multiplié des milliards de fois en des corps étrangers, n’est pas ce qui nous limite et nous définit. Pas plus que le passé ni l’avenir fait de nous qui nous sommes maintenant.

Nous sommes la trame sur laquelle passe le temps et notre conscience du temps qui passe, nous sommes le fil, et le sans fil, oui fils et filles de la création, enfants de la grande récréation humaine.

Nous sommes le vent qui danse, nous sommes le temps qui pense et qui dépense. Nous avons été, nous sommes et nous serons pour l’éternité. Ici, maintenant, tout le temps, sans temps. Éternellement.

La Vie à l’état pur, la Vie au-delà d’une présence qui l’observe, au-delà d’une présence qui s’observe observer le temps qui passe. La Vie sur laquelle nous ne laisserons aucune trace. La Vie, sans filtre, la Vie avec laquelle on flirt, la Vie dans laquelle on fitte, ou pas, la Vie sur laquelle on glisse ou surfe, Ze Life sur laquelle on rap ou se râpe.

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Il est absolument impossible de parler de la véritable condition de la Présence Radieuse. C’est absolument infiniment ouvert et infiniment insoluble. Le fait marquant est que vous l’êtes. Vous n’êtes aucune des perspectives partielles qui s’y présentent. Vous n’êtes pas limité à être l’une de ces perspectives. Vous êtes tous pratiquement comme vous êtes tous les rêves dont vous rêvez la nuit sans limitation. Vous êtes celui qui fait le rêve, qui expérimente le rêve, et vous êtes immergé dans le rêve sans être limité à aucun des rêves particuliers
.

Regardez n’importe quelle chose qui semble apparaître comme une certaine chose. Si vous vous détendez simplement et faites l’expérience de ce qui est réellement là, cela s’ouvrira et se présentera avec une mer infinie et sans fond de qualités savoureuses et de plénitude…

Quand on essaie de le concrétiser, cela devient un désastre car on se retrouve dans la douleur et la confusion. Plus vous lâchez prise et laissez les choses telles qu’elles sont, plus vous appréciez pleinement et vous engagez pleinement dans ces différentes dimensions. Lorsque vous essayez de saisir l’un d’entre eux ou de le concrétiser, vous perdez en réalité la plénitude de ce qu’il est.

Le summum de la sagesse dans la vie est de la laisser couler. Laissez les énergies être ce qu’elles sont et faites ce qu’elles font. N’essayez pas de leur donner un sens, de les cartographier, de les saisir ou de ralentir. Il n’y a pas de freins. Laissez tomber.

La conscience est un mythe. Il n’y a aucune prise de conscience. Cela ne peut pas être décrit. Il n’y a vraiment rien. Il n’y a pas de dimensions. Il n’y a pas de conscience. Nous en parlons avec ces termes parce qu’il est utile de démanteler la structuration plus lourde à laquelle nous sommes habitués dans notre cadre de référence humain normal. En réalité, tout cela n’est que du pur miracle. Tout cela est absolument non structurel et indifférencié. Ou non. Ce n’est rien, mais ce n’est rien non plus. Tous ces concepts comme la conscience ou la conscience sont des jouets pour enfants. Ce sont des jouets d’enfants puissants, mais à un moment donné, on les lâche. Et tu vis.

by Peter Brown, – This That is, via Joan Tolifso,

AT TENDRE (VERS) LA VIE

Tu n’as pas besoin de quitter ta chambre. Reste assis à ta table et écoute. N’écoute même pas, ne fait qu’attendre, reste tranquille, immobile et solitaire. Le monde s’offrira tout simplement à toi afin d’être démasqué; c’est inévitable, il ne fera que se présenter à toi sous forme d’extase.
– Franz Kafka

Wow, tout un statement que celui-ci de Kafka ce matin. Laissez-moi le répéter phrase par phrase car riche en indices de vie.

Tu n’as pas besoin de quitter ta chambre.

Qui parmi nous peut ne pas quitter sa chambre ? Et ce, même si elle inclut une salle de bain 😉

Car nous avons tant à faire, tant de besoins à satisfaire autres que dormir et attendre : par exemple, manger, socialiser, parcourir le monde, aller en nature, se divertir, s’activer au boulot pour réussir à payer ses comptes, et si on est chanceux, à ne pas perdre sa vie en tentant de la gagner. Monde de matière à faire.

Mais rester seul(e) chez-soi ? Gros gros défi. Quoi qu’on dise que certains jeunes japonais ne sortent plus de leur chambre pour ne jouer qu’à des jeux en ligne.

Personnellement, j’ai de moins en moins d’intérêt à sortir de chez-moi. Je m’y sens comblé, si bien entouré, et en plus, j’ai la chance d’avoir des ami(e)s qui passent régulièrement pour faire musique et silence. Grande grande chance. Home sweet home.

Reste assis à ta table et écoute.

Même si je ne fais pas que ça, de plus en plus le silence, l’observation et la méditation sont mes in/activités de plus en plus favorites, avec faire musique. Quelques travaux manuels et quelques marches en forêt meublent aussi mon quotidien car matière oblige et matière matière tant tu nous tiens et tant nous sommes.

Mais je pense savoir ce que Kafka tente de nous communiquer avec ses mots: Il n’y a rien à obtenir de l’extérieur, tout est déjà ici, déjà en soi. On n’a qu’à demeurer alerte et à écouter.

Et si on ne peut faire autrement, apprendre à écouter en étant actif. Quand même une job de pro.

N’écoute même pas, ne fait qu’attendre, reste tranquille, immobile et solitaire.

Oh il ne suffit pas de simplement écouter semble-t-il; non, il va plus loin en disant: n’écoute même pas, ne fait qu’attendre, immobile et solitaire.

Autre gros contrat, quasi impossible à réaliser dans notre forme actuelle de personne il me semble. Car nous sommes des êtres d’action, des bibittes sociales, avec un grand besoin d’être diverti(e), désennuyé(e), que dis-je, mû(e)s par un désir quasi irrépressible d’interagir de diverses façons, de nous occuper, de bouger.

Avec le temps, et la contrainte du corps et parfois de l’esprit, on apprend, parfois à la dure et par obligation malheureusement, à rester tranquille, immobile et solitaire. Mais éventuellement, avec la mort qui nous attend, c’est l’état ultime dans lequel on finira notre vie. Alors pas peut-être pas une si mauvaise idée d’apprendre à se pratiquer d’ici là ? Pré-retraite ultime.

On perd tant de temps à tourner en rond, à regarder des écrans, la plupart du temps pour boire de si mauvaises nouvelles, ou désormais pour regarder la vie des autres sur des réseaux plus a que sociaux. Divertissement numérique et cathodique, observation de la vie extérieure à soi, tout pour ne pas – trop – se regarder soi-même.

Et pourtant, quoi d’autre que l’apparence de soi nous peut-on vraiment observer ?

Qu’est-ce qui mérite notre attention davantage que ce qui en nous entrave la vie à l’état pur ?

Le monde s’offrira tout simplement à toi afin d’être démasqué; c’est inévitable, il ne fera que se présenter à toi sous forme d’extase.

Le monde s’offrira tout simplement à toi. Si on ne l’interprète pas, si on ne le distortionne pas, le monde s’offre simplement à nous. Il le fait afin d’être démasqué. Mais pour cela, il faut le regarder sans filtre, les yeux dans les cieux, ici les deux pieds bien sur terre.

On définit généralement l’extase positivement, ou comme un état dans lequel une personne se trouve comme transportée hors de soi et du monde sensible, un état hors de soi. Il nous seulement à définir le Soi, s’il existe une telle chose. Est-ce que la part du divin en nous, ou la fin de la séparation d’avec le Grand Manie Tout ? Beaucoup de temps requis pour méditer là-dessus je crois. Beaucoup de silence encore à apprendre à faire.

De nombreux sages, dont Osho, mon best à moi, mon beloved, aimaient dire qu’il est inévitable qu’on retrouvera notre nature divine éventuellement, quoi que l’on fasse, effort ou pas. Kafka semble sorti du même moule en affirmant que le monde s’offrira à nous afin d’être démasqué inévitablement. Il affirme aussi qu’il se présentera sous forme d’extase. À faire fléchir, et réfléchir. Méditons là-dessus car il semble y avoir là un précieux secret.

Ce que je comprends de ses propos est qu’on sortira éventuellement de notre forme actuelle, qu’elle soit physique ou intellectuelle. On s’en libèrera, on s’en évadera, soit par la mort, soit avant si on réussit à allumer et à pogner la patente. Si on réussit à saisir existentiellement que l’oie n’a jamais été dans la bouteille 😉 Si on finit par entendre la seule et unique main qui applaudit. En fait si on finit par entendre le chuchotement Dieu car on a suffisamment écouté.

Donc à nos pieds, ou à nos oreilles. Ou est-ce au coeur de notre coeur ?

DIEU OU PAS

Tu penses que Dieu nous regarde d’en haut, mais ça nous voit de l’intérieur.
– Rumi

Le concept de Dieu est probablement celui qui fait le plus réagir au monde. Certain(e)s l’adorent, le vénèrent, d’autres la bannissent et ne croient même pas en lui/elle/ça. On n’a qu’à dire Dieu et le feu pogne, d’adoration ou de détestation. Dieu laisse peu de gens indifférents. La plupart des guerres sont menées en son nom, peu importe son ptit nom: Dieu, argent, ou pouvoir.

Pourtant, tellement futile comme débat et comme combat. Car qu’il y ait une puissance supérieure unique ou multiple, une sagesse, une énergie, une force divine, name it, qui tient tout ça ensemble, ou que tout soit le fruit d’un grand hasard (même si certains sont convaincus dur dur dur qu’il n’y a pas de hasard) et/ou d’un chaos brillamment orchestré, quelle différence cela fait-il au bout du compte ?

De toute façon, on a probablement créé Dieu à notre image en fonction de nos caractéristiques régionales et locales.

Pour ça que le concept de Dieu, et notre représentation d’une force supérieure, présente tant de différentes déclinaisons, différentes couleurs de peau, qu’on lui fait parler différents langages, ou qu’on lui attribue tant de livres différents.

Dieu est le plus grand mot générique – passe-partout et passe-nulle-part – qui veut tout et ne rien dire en même temps.

Oh my God & Wo your God !

Seuls les gens à l’aise ont le luxe de se poser des questions à son sujet de toute façon. Les Palestinien(ne)s ou les autres peuples qui vivent en guerre n’ont pas ce luxe, eux et elles qui ne cherchent qu’à survivre au quotidien et à échapper aux bombes, et à manger et boire un peu.

Dieu, peu importe le nom qu’on lui donne, prêt ou impose, est un luxe que tous ni toutes ne peuvent se payer.

Alors quand on prie, à qui prie-t-on ?

À la vie ? À l’existence ? Au pouvoir supérieur ? À l’intelligence divine ? À soi-même ?

À voir l’état du monde, pas certain que nos commandes et nos demandes soient entendues ni reçues. À moins que nous soyons back order au niveau de la bonté divine comme humaine. Même rappelons-nous que la plupart des humain(e)s sont des gens de bonne volonté, peu importe les mauvaises nouvelles qu’on nous convient et ce qu’on veut nous faire croire.

Alors, malgré tout le chaos du monde, implorons Dieu, Allah, Jehovah ou quoi/qui que ce soit, ou pas, et gardons espoir, ou le silence, mais conservons la foi au coeur que tout finira pas se placer, que la paix vaincra, que les gens de bonne volonté triompheront. Dieu ou pas.

Car je ne sais pas si une telle présence que celle de Dieu existe en dehors de nous, mais si on a tous et toutes un coeur qui bat, que là que Dieu peut se trouver, qu’ici.

Poupoum divin et humain.

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À la question posée par François Busnel : « Dans le monde actuel, comment faire pour garder intacte notre capacité d’émerveillement ? », Christian Bobin a répondu :

Toujours ramener la vie à sa base, à ses nécessités premières : la faim, la soif, la poésie, l’attention au monde et aux gens.
Il est possible que le monde moderne soit une sorte d’entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales sous le prétexte de les exalter.
Il détruit notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits, des gestes que nous ne comprenons pas.
Il est possible que ce monde moderne, que nous avons fait surgir et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide.
Les livres, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes, nous redonner des forces pour lutter contre cette forme d’éparpillement.
La méditation, la simplicité, la vie ordinaire : voilà qui donne des forces pour résister.
Le grand mot est celui-là : résister.

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Tous les matins, on a une mission.
Trouver la gaieté au milieu des raisons de désespérer.
La beauté au milieu des laideurs.
La gentillesse au milieu des visages fermés.
Les caresses au milieu des griffes.
La tendresse au milieu des gifles.
L’ouverture au milieu des fermetures.
Si vous acceptez cette mission, la journée sera magnifique.
Si vous la refusez, allez vous recoucher tout de suite !
– Edouard Baer

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Par exemple
https://www.lapresse.ca/actualites/2024-05-15/le-club-des-super-donneurs-de-sang-s-elargit.php

ÉCRIRE EN DILLETANTE

Écrire…
est souvent la seule chose qui te sépare de l’impossible… aucune boisson, l’amour d’aucune femme, aucune richesse ne peut l’égaler… rien ne peut te sauver à part écrire… ça permet aux murs de ne pas tomber, aux hordes de ne pas t’écraser… ça fait éclater la noirceur… écrire représente l’ultime Dieu parmi tous les Dieux…
– Charles Bukowski, Damned Poets Society

Quiconque connait un peu Bukowski sait qu’il a eu une vie difficile et intense. Mais on peut sentir combien l’écriture lui a été salvatrice pour passer à-travers ses démons et ses cauchemars.

Sans que la vie de votre humble chroniqueur ne soit aussi chaotique, l’écriture joue un rôle important dans ma petite vie beaucoup plus tranquille ici dans la forêt et je peux sentir ce que veut convier Charly boy.

La plupart des matins, aux aurores, au seuil d’une nouvelle chronique, après avoir choisi un meme qui m’inspire, je fais le vide, je me tasse du chemin et je me rends disponible aux mots. Je laisse passer le Dieu des Dieux des mots.

Je me tasse du chemin, du moins j’essaie, je laisse les mots monter, eux qui se bousculent même parfois un peu car ils veulent sortir avec tant d’enthousiasme. Moi je tente seulement de les ordonner un peu, de tenir les guides, de les démêler, de défaire les noeuds entre eux et de leur donner un sens unique ou multiple, avec un soupçon de non-sens et une touche de double sens qui souvent passera inaperçue. Mais là la vraie beauté peut-être, la nuance qui passe inaperçue.

Quand on écrit en dilettante, on est complètement libre, on n’a à répondre aux attentes ni aux demandes de personne. Personne ne nous paie pour nos mots, on peut donc écrire free, librement, gratuitement.

On peut se faire croire qu’on est écrivain, ou un écriveux, comme dans gosseux de mots, comme dans sculpteur de jeux de mots. Car comme pour un sculpteur, le gros du travail d’écriture consiste à retirer le trop plein, à alléger, à purifier ce qui veut se dire.

Les mots constituent le matériel brut, la matière première pour quiconque tente de dire ce qui ne se dit pas, l’indicible, l’inexprimable. Pour dire le silence, ce qui se cache entre les mots, ce qui se glisse entre les lignes. Tenter de tout dire pour ne rien dire.

Écrire ne sert à rien. Mais écrire permet tout. Écrire ouvre sur tout, ouvre à tout.

Ça permet de dire notre indignation devant l’horreur, car tant d’horreur en ce moment sur terre, particulièrement en Palestine. Nous, ici, spectateurs/trices, à regarder se déployer sous nos yeux un génocide alors que des milliers de mères et d’enfants sont attaqués, tués, affamés, assoiffés.

Les mots sont des larmes de destruction massive devant l’horreur. Aligner les mots pour exprimer son impuissance, pour dire sa détresse devant l’inhumanité, l’injustice, la barbarie. Aie humanité, wake up !

Écrire pour vivre, pour respirer, pour ventiler ce trop plein d’émotions soulevées par la folie de notre monde.

Exprimer pour ne pas réprimer, exprimer pour ne pas déprimer, mais aussi pour laisser s’imprimer en soi toutes ces réflections que nous renvoie ce monde, réel ou illusoire. Du moins, certainement un monde miroir.

Écrire juste comme ça. Et comme ceci aussi. Écrire juste comme ça. Taper quelques mots out there dans ce grand monde virtuel, rapper quelques mots qui riment et qui friment. Écrire tout seul, écrire tout bas, discrètement, écrire pour rien, écrire en vain. Et pourtant, écrire quand même.

Écrire avec tout son coeur même si nos mots ne seront effleurés que par quelques paires d’yeux, dont les vôtres. Et à ce moment, quand on sent ou pressent des yeux sur nos mots, quelque chose en nous se touche, se rejoint, se lie. Et là on sait que l’on n’écrit pas pour rien, on sait qu’on écrit pour se relier, à toi, à vous, à nous, à plus grand que soi. Et que par ces mots partagés, nos coeurs se rejoignent pour un tout petit moment d’éternité.

Et alors on sait que les Dieux et que les Déesses des mots veillent sur nous, pour nous guider vers le silence du Grand Manitou.

Aho les mots écrits tout bas !

TANT QU’À Y ÊTRE, AUSSI BIEN TOUT DONNER

Qui ne donne rien n’a rien.  Le plus grand malheur n’est pas de ne pas être aimé mais de ne pas aimer. – Albert Camus

Étrange de traduire du Camus de l’anglais au français. J’avoue que j’ai googlé pour retrouver ses mots à lui.

D’ailleurs, la citation complète va ainsi : Qui ne donne rien n’a rien.  Le plus grand malheur n’est pas de ne pas être aimé mais de ne pas aimer. La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent.

Car l’avenir n’est rien d’autre que du présent répété et toujours nouveau. Car même le futur n’est toujours que moment présent rafraîchi, encore et encore.

Certaines personnes sont incapables d’amour. Autant d’en donner que d’en recevoir. En fait, c’est probablement la seule et même chose donner et recevoir car si on n’aime pas, on ne peut vraiment accepter l’amour d’autrui. Si on ne s’aime pas soi-même, comment peut-on aimer autrui ? Et si on s’aime, comment ne pas aimer autrui ? Car elle et lui, pareil comme moi.

Je crois vraiment qu’on ne peut recevoir plus d’amour que celui qu’on peut donner, et vice-versa. Car c’est notre ouverture et notre capacité à donner, à laisser passer l’amour en soi et à la distribuer autour de soi qui détermine le flot d’amour qui nous passe dessus et dedans. Nous sommes des portails d’amour, plus ou moins ouverts, plus ou moins fermés.

En anglais, on dit lovable – love able : capable d’aimer, capable d’en donner, d’en recevoir, d’en partager in and out.

Moi c’est avec Veeresh que j’ai appris à m’aimer, et à aimer. C’est avec lui, sous sa direction, par son exemple, que j’ai osé être moi-même, être tout ce que je suis, le plus beau comme le moins. Et ajuster le moins. Embellir le moins, le corriger, l’ajuster.

Je pense souvent aux gens ambitieux, aux glands de ce monde, à ceux qui veulent contrôler le monde, ceux qui exploitent l’humanité à leurs propres fins et jamais je ne les envie. En fait, je les plains.

Car ils ont beau penser posséder quoi que ce soit, un peu ou beaucoup, en fait, ils ont le coeur vide. Et ils toujours peur de perdre le peu qu’ils ont. Car plus on en accumule, plus on en a à perdre. Plus on en possède, et plus on en perdra car c’est certain qu’on perdra tout ce que l’on peut tenir dans nos mains, ou dans notre compte de banque. Tout passe et tout passera. Notre corps compris. Que le contenu de notre coeur qui restera.

On dit que l’on perd tout ce que l’on ne donne pas et que l’on possède à tout jamais tout ce que l’on a donné.

Alors quitte à vivre, autant tout donner. C’est ce que les mères ont fait et nous ont appris, grâce à elles que le monde survit.

RÊVER MIEUX OU NE PLUS RÊVER ?

Que te restera-t-il si tu abandonnes tes rêves ? – Jim Carrey

Le terme rêve est un drôle de pistolet.

On dit parfois que pour être vivant(e), on doit poursuivre nos rêves. Et on dit aussi qu’il faut arrêter de rêver, qu’il faut s’éveiller.

En fait on dit un peu n’importe quoi vous et moi.

On vit dans un univers de mots, de concepts, d’idées et de croyances qui ont souvent très peu à voir avec la réalité dans laquelle trempent nos deux pieds, le sol sur lequel nous marchons et tentons sans cesse de réaliser nos rêves, soit de les transformer en réalité. Ce processus d’ancrage requiert efforts et persévérance, ainsi que l’audace d’écouter son coeur, de suivre son intuition.

Parfois, notre vie suit le cours de nos rêves, et parfois nos rêves se transforment en cauchemars. Et parfois, on rêve lucidement.

Un vrai tango entre aisance et effort la vie, entre persévérance et lâcher prise, entre rêve et réalité, ou plutôt rêves et réalités car ceux-ci se conjuguent au pluriel.

Certains disent qu’on doit arrêter de rêver, d’autres qu’il faut vivre ses rêves jusqu’au bout plutôt que de rêver d’être en vie.

Vis tes rêves plutôt que de rêver d’être vivant(e).
Sois qui tu es vraiment, le créateur/trice que tu es.
Sache que tu es qui tu sais être.
Et agis de façon à démontrer que tu le sais, et ainsi ce sera.
– Bashar

On dirait que certaines personnes réussissent facilement à transformer leurs rêves en réalité. Alors que d’autres s’essaient en vain et n’y arrivent jamais. Ah la vie.

Bien sûr qu’on a tous et toutes des idéaux, qu’on veut réaliser certaines choses. Du moins la plupart d’entre nous car certains ont très peu d’ambition. Ce qui n’est ni une bonne ni une mauvaise chose si on fait la paix avec ça j’imagine. Et avec le temps, on dirait qu’on veut moins faire qu’avant, sinon être en paix.

On valorise souvent les gens motivés, mais on peut aussi considérer la motivation comme une fuite par en avant. Car si on vit totalement le moment présent, on ne s’en va pas nulle part, on est ici, on n’est qu’ici, maintenant. Sans but ni objectif à atteindre.

It takes two to tango, nos rêves et nous, nous et nos rêves !

Et la vie est la musique, et le chef d’orchestre.

En même temps, on a beau rêver, ou pas, le quotidien nous pousse au cul. On vit dans un corps avec des besoins criants au quotidien. Et on doit payer les comptes. Pas si simple la vie d’humain(e). Entre rêve et réalité, entre rêves et réalités. Tango Tango !

Sommes-nous chenilles en transformation qui doivent tenir bon jusqu’à l’ultime transformation papillonesque ? Est-ce que certaines chenilles se contentent de demeurer chenilles ? Est-ce que la chenille doit absolument vouloir devenir papillon ou est-ce que c’est hors de son contrôle et la vie décidera anyway ?

Car le miracle se produit autant pour les chenilles que pour les papillons. Peu importe le résultat.

Soyez prudent.
Dès que vous commencez à parler, vous créez un univers verbal, un univers de mots, d’idées, de concepts et d’abstractions, entrelacés et interdépendants, se générant, se soutenant et s’expliquant à merveille et pourtant, le tout sans essence ni substance, de simples créations de l’esprit.
Les mots créent les mots, la réalité est silencieuse.

– Sri Nisargadatta Maharaj, Je suis cela

Au fond peut-être qu’on doit revenir à cette ancienne sagesse autochtone

et simplement se taire et laisser la vie faire et nous défaire 😉

LA VIE LA MORT

La mort demanda à la vie : pourquoi tout le monde t’aime et me déteste.
La vie lui répondit: parce que je suis un beau mensonge et toi la douloureuse vérité.

Toute notre vie durant, la plupart d’entre nous vivons comme si on n’allait jamais mourir. Car la vie appelle la vie évidemment et le bizzy buzz du quotidien nous entraîne dans son sillage à aller toujours de plus en plus vite. La mort ? Pas le temps de penser à ça maintenant, trop occupé, trop à faire.

Mais ils/elles sont de plus en plus nombreux à préparer leur mort. À faire en sorte que tout soit en ordre dans la paperasse avant de trépasser, pour ne pas laisser à leurs héritiers un fouillis administratif. À élaguer les trop nombreuses affaires, faire de la place. Certain(e)s ont la chance de se préparer, d’autres quittent subitement. Chacun(e) sa sortie. Mais pour la plupart, on a le luxe de se préparer. Le fait-on ? Autre histoire.

Pourtant, chaque jour de notre vie nous amène à la mort, nous mène vers la mort, nous y rapproche. Un pas à la fois, si possible chaque pas dans la foi. Chaque petit bout de vie est un pas de plus vers l’ultime fil d’arrivée. Arrivée vers le grand nul part, vers la fin et le repos du corps. La mort du corps en effet car pour l’âme, on ne sait trop la suite qui nous attend. Ni même si suite il y a même. Alors squeezons tout le jus pendant qu’on orange.

Est-ce que la vie est vraiment un beau mensonge et la mort une douloureuse vérité ?

Pas toujours, car pour certain(e)s c’est la vie qui est douloureuse alors que la mort représente une libération. On voit passer parfois sur les réseaux asociaux des messages de parents qui annoncent le départ abrupte d’un de leur enfant. On voyait peu ça avant même si ça se passait quand même. Jamais simples les jeux de maux de l’esprit. Empathie parentale.

Alors, la vie est vraiment un beau mensonge et la mort une douloureuse vérité ?

Peu importe. Car certains disent que si la mort est une certitude, la vie ici-bas serait une grande illusion. Pourtant, il me semble que ces deux-là forme une paire, un couple non? Pas simple la vie, ni la mort peut-être non plus. Ou peut-être plutôt une grande libération de notre corps. Grand envol vers l’inconnu.

La vie, la mort. Que des mots. Pour le moment, la mort du moins. À part celles des autres. La nôtre, on n’en sait rien encore. Même si elle est déjà un peu ici, même si elle se passe un peu à chaque jour.

Chacun(e) notre petite vie dans cette grande Vie. Avec notre lot de déceptions, de revirements, de joies et d’apprentissages. Avec l’amour, la tristesse, l’apprentissage de l’humilité et de notre humanité.

Peu importe nos croyances, la vie est un long processus par lequel on passe tous et toutes, avec nos propres défis et leçons, nos joies et nos peines.

On pense parfois savoir ce qu’est la vie, et puis tout à coup, Euréka, on réalise qu’on ne sait rien. On réalise que nous ne sommes rien devant la mort, surtout pas un corps. Mais pas encore totalement.

Ci-bas, quelques belles paroles de vivants qui ont passé et laissé de belles traces.

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Que cette horrible aventure des humains qui arrivent sur cette terre, rient, bougent, puis soudain ne bougent plus, ne les rende pas bons, c’est incroyable.

Et pourquoi vous répondent-ils si vite mal, d’une voix de cacatoès, si vous êtes doux avec eux, ce qui leur donne à penser que vous êtes sans importance c’est à dire sans danger ?

Ce qui fait que des tendres doivent faire semblant d’être méchants pour qu’on leur fiche la paix, ou même, ce qui est tragique, pour qu’on les aime.

– Albert Cohen, Le Livre de ma mère

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Albert Einstein a visité le Japon. Il séjournait dans un hôtel et voulait donner un pourboire au personnel de l’hôtel, mais le Japon n’a pas de culture du pourboire.
Ils considèrent parfois les pourboires comme une insulte.
Le travailleur a déclaré : « Cela fait partie de mon travail, monsieur, je reçois mon salaire » et a refusé d’accepter le pourboire.
Einstein ne le savait pas.
Il a appris qu’il recevrait le prix Nobel ce jour-là et Il a dit à l’empoyé : « Je veux partager ma joie, vous n’acceptez pas le pourboire, mais si vous me le permettez, je vous offrirai un souvenir. »
Il a pris le stylo et le papier dans sa chambre d’hôtel et a écrit un mot.
Signé par Albert Einstein
L’ouvrier japonais a conservé cette note jusqu’à la fin de sa vie.
Après sa mort, il a vendu son petit-fils aux enchères et a vendu le billet pour un million 600 mille dollars en 2017.
Einstein a écrit la phrase suivante à l’Hôtel Impérial de Tokyo :
« Une vie humble donne plus de bonheur qu’une vie agitée à la poursuite d’un succès inconscient. »
La littérature sur la compréhension réelle de cette phrase est bien supérieure à 1 600 000 $.
Le bonheur ne se vend pas le dimanche.
Peut-être que vous pouvez acheter un bon lit, mais vous ne pouvez pas acheter un sommeil paisible.
Peut-être que vous pouvez acheter une belle maison chère, mais vous ne pouvez pas acheter une maison heureuse.
Comme dirait Mark Twain :
« De bons amis, de bons livres et une vie confortable où vous pouvez dormir quand vous posez votre tête sur l’oreiller, et si vous avez une conscience, c’est la vie idéale. »

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George Gurdjieff n’a jamais parlé d’amour de toute sa vie.
Il n’a jamais écrit une seule ligne sur l’amour.
Un jour, ses disciples le pressèrent beaucoup et lui dirent : Dis au moins quelques mots.

Vous n’avez jamais rien dit sur l’amour.
Pourquoi ne parles-tu pas d’amour ?
Gurdjieff a dit : Tel que vous êtes, l’amour est impossible.

Si vous ne connaissez pas l’amour, quoi que je dise, vous ne comprendrez pas.
Il a condensé tout son sentiment d’amour en une seule phrase.

Il a dit : Si vous pouvez aimer, vous pouvez l’être ; si vous pouvez l’être, vous pouvez le faire ; si vous pouvez le faire, vous l’êtes.
Et il a dit : Ne me forcez plus. Je ne dirai rien d’autre.
L’amour n’est pas possible d’ordinaire. L’amour est une erreur. Là où vous êtes, l’amour est une erreur. Ce n’est pas possible.
On ne peut pas aimer ! – parce que d’abord, vous n’êtes pas ; vous pensez simplement que vous l’êtes.
Tu n’es pas seul; vous êtes une foule.

Comment peut-on aimer ?
Un esprit tombe amoureux ; un autre esprit n’en sait rien.

Un esprit dit qu’il aime ; un autre esprit, en même temps, réfléchit à la manière de haïr, un autre esprit se dirige déjà vers la haine.
Vous êtes une foule à l’intérieur ; vous n’êtes pas un tout cristallisé, vous n’êtes pas un – et seul celui/celle qui est Un peut aimer.
L’amour n’est pas une relation ; l’amour est un état d’être.

Donc, peu importe ce que vous appelez l’amour, ce n’est pas l’amour.
~ Osho

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Au sein de certaines cultures, on dit que les anneaux de tristesse s’accumulent autour de notre être intérieur au cours de notre vie.
Tout comme les années de croissance des arbres.
Mon sentiment est que cela n’arrive que lorsque nous jugeons la tristesse comme mauvaise, comme quelque chose à éviter.
Ce n’est qu’alors que nous supprimons la tristesse et formons les anneaux.

Mais si nous explorions la tristesse au lieu de la fuir ?
Et si nous remettions en question l’idée fausse selon laquelle la tristesse est mauvaise ? Après tout, c’est un événement tellement humain !
Et il a une profondeur extraordinaire.
Ahh ! peut-être que sa profondeur nous fait croire qu’elle va nous anéantir, alors qu’en réalité elle nous traversera et nous fera cadeau du calme qui suit la tempête.
Avec une meilleure compréhension et une plus grande clarté.
Peut-être que la prochaine fois que la tristesse frappera à votre porte, ouvrez-la et invitez-la à entrer.
Apprenez à le connaître et à en faire l’expérience.
Et peut-être que cela ouvrira une porte vers une partie plus profonde de qui vous êtes VRAIMENT !
Amour…
Subhan

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Et ajout de dernière minute via Jean Gagliardi

À peine a-t-on le temps de vivre qu’on se retrouve cendre et givre.
Adieu
Et pourtant j’aurais tant à faire
avant que les mains de la terre me ferment à jamais les yeux.
Je voudrais faire un jour de gloire d’une femme et d’une guitare, d’un arbre et d’un soleil d’été.
Je voudrais faire une aube claire pour voir jusqu’au bout de la terre des hommes vivre en liberté.
Assis entre deux équilibres dans ce monde qui se croit libre et qui bâtit des miradors, je voudrais bien que nul ne meure avant d’avoir un jour une heure aimé toutes voiles dehors.
À peine a-t-on le temps de vivre qu’on se retrouve cendre et givre
Adieu
Et pourtant j’aurais tant à faire avant que les mains de la terre me ferment à jamais les yeux.
De mes deux mains couleur d’argile je voudrais bâtir une ville blanche jusqu’au-dessus des toits.
Elle serait belle comme une chanson du temps de la Commune pétrie de bonheur hors-la-loi.
Et puis que le printemps revienne pour revoir à Paris sur peine des enfants riant aux éclats.
Lorca errant dans Barcelone tandis que l’abeille bourdonne dans la fraîche odeur des lilas.
À peine a-t-on le temps de vivre qu’on se retrouve cendre et givre.
Adieu
Et pourtant j’aurais tant à faire avant que les mains de la terre me ferment à jamais les yeux.

– Henri Gougaud

7 Juillet 1936 – 6 mai 2024