
Un bref instant à des milliards d’années-lumière de distance…
Du néant au néant incluant tout entre les deux…
Des définitions élaborées… débattues, acceptées, rejetées…
À propos desquelles on fait la guerre, pour ou contre…
le magnifique sens d’une existence insignifiante…
– rm dustn
Je sais, je sais, je ne fais pas léger léger ce matin. Mais pas nécessairement heavy pour autant. Que lourd de sens.
Petites réflexions d’un mardi matin gris de fin septembre et de fin d’un certain monde. Toujours la fin d’un certain monde, et le début d’un autre, du moins la transformation rapide d’un monde qu’on considérait plus certain jadis, du moins, moins incertain. Plus ou moins, plus que moins, du coup. Alors que nous étions jeunes et fous, et folles.
Peut-être est-ce que les feuilles se disent avant de se pitcher dans le vide ?
J’y vais ou je m’accroche ? J’me tiens ou j’me garroche ? Stop ou encore ?
Petit suicide ou grand lâcher-prise individuel au sein d’une grande oeuvre collective sans sens unique dans laquelle on trouve toujours moyen de se ré-inventer, expression à la mode s’il est en une. Intelligence naturelle.
On dit souvent que l’automne constitue un bel exemple de lâcher-prise. Mais aussi, et surtout peut-être, le paroxysme conjoint de beauté et d’éclat avant la chute.

Quand on relativise un peu, ou un peu plus, en effet, on peut chercher du sens dans
Une vie limitée au sein d’un univers infini…
Un bref instant à des milliards d’années-lumière de distance…
Du néant au néant incluant tout entre les deux…
Des définitions élaborées… débattues, acceptées, rejetées…
À propos desquelles on fait la guerre, pour ou contre…
le magnifique sens d’une existence insignifiante…
Presque tout est dans la définition en effet, du moins dans notre conception de notre présence ici, ici-bas. Aho !

Qu’est-ce qui voit quoi ?
La question se pose mais n’est pas reposante, en particulier si on cherche une réponse. Car LA réponse n’est jamais singulière, toujours multiples les réponses, complexes, nuancées, mouvantes. Comme la vie, comme les milliards de vies. Dont celle-ci:

En souhaitant que ce ne soit pas la vôtre. Ou si oui, que vous êtes en train de bouger pour vous ré-inventer un peu.
De toute façon,

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On entend répéter qu’il faut « faire confiance », s’abandonner, lâcher prise.
La confiance est même le maître mot de la démarche religieuse, synonyme de foi en Dieu, en sa miséricorde et sa providence.
Autant le « lâcher-prise » m’insupporte – et je lui tords le cou –, autant la confiance me questionne.
À vrai dire, je ne la conçois pas sans alliance avec le discernement.
Au fond, ceux qui ne cessent d’invoquer la confiance – les politiciens, les gurus, les thérapeutes et autres bonnes âmes – y trouvent leur intérêt : ils encouragent une mentalité passive, une conscience endormie, une attitude obéissante, voire résignée.
« Faites-moi confiance », disent-ils.
À ces mots, un individu sain d’esprit devrait fuir immédiatement.
Parce que c’est la porte ouverte à la tromperie et à la soumission.
C’est toujours le même refrain : les chrétiens répètent que Dieu est Amour et ils omettent le fait que Dieu est également Justice.
Ou encore on parle du chevalier médiéval comme d’un homme vaillant qui défend le pauvre, la veuve et l’orphelin, mais on oublie de dire qu’il est tout autant celui qui fait justice, qui redresse les torts et pourfend méchants et félons.
La juste attitude est bien celle d’une confiance où ne sombre pas le discernement, d’un abandon qui n’est pas faiblesse et lâcheté, d’une foi qui n’est pas facilité mais quête ardente et périlleuse de la Vérité.
Lorsqu’un chevalier engage un combat ou doit repousser des assaillants, il ne pense pas en premier à la confiance (confiance en soi, en ses ressources, confiance en Dieu qui mène à bien la bataille, en la Justice finale), et, bien sûr, il n’imagine nullement s’abandonner ni lâcher prise.
Il se bat au nom de la justice, de la beauté, de l’amour, il se bat pour l’honneur, pour la fierté d’être une âme libre, à jamais insoumise. La valeur du combat tient en cet engagement. Entrer dans l’arène, monter au créneau, prendre les armes, se présenter face à l’adversaire… autant d’expressions qui désignent une âme héroïque.
Ces chevaliers ne triomphent pas nécessairement, ils ne viennent pas à bout de tous leurs ennemis, ils se retrouvent blessés, ils sont trahis, moqués aussi, mais ils ne renoncent pas, ils se relèvent et persistent jusqu’au trépas.
Nulle trace de confiance béate ou d’abandon.
Nulle vanité personnelle non plus.
D’une âme libre, d’une âme noble, on peut dire seulement : en ce monde elle a bien combattu.
Parce qu’une grande âme ne peut rien faire d’autre en ce monde mensonger et factice, promis à la mort, voué aux multiples séductions démoniaques.
Elle ne peut ni se taire ni adhérer.
Ni se réfugier au fond d’un ermitage ni se contenter de faire du bien à autrui.
Elle n’a en ce monde aucun lieu où se reposer parce qu’elle n’est pas de ce monde, parce qu’en celui-ci elle ne se fie pas, elle ne se fixe pas.
Son seul destin est de combattre, de témoigner sans relâche du Royaume de lumière, de repousser ou abattre les puissances ténébreuses – et d’abord les démasquer.
Elle se doit donc d’être aux aguets, sur ses gardes, tel un félin.
La confiance suave ici n’est pas de mise puisque l’issue du combat métaphysique est incertaine.
Ce n’est pas, comme le disent benoîtement les religieux, le Bien (alias l’amour, le pardon, la miséricorde) qui triomphera et sauvera tous les humains indistinctement.
Non, l’issue finale n’est pas assurée, et peut-être que le combat continuera éternellement (quelle vision éreintante !) dans les cieux et en d’autres mondes.
– Jacqueline Kelen, via Cristina RJ
