CHILLING INCARNÉ

Mon corps est un temple. Ancient et s’effritant, probablement hanté, peut-être même maudit, mais un temple néanmoins. – image via Asango, merci du coeur du Temple 🙂

On aime parfois prétendre que nous ne sommes pas notre corps. Jusqu’à ce que la maladie se pointe. On réalise alors que même si nous ne sommes peut-être pas le corps, on vit dedans et c’est qui mène le bal. Et tant qu’on vit dans un corps, nous sommes soumis aux lois de la dualité et de la physicalité, n’en déplaise aux adeptes de la non-dualité et de la pleine conscience.

D’autres s’identifient davantage à leur esprit qu’à leur corps, à ce qui se passe au-dessus de leurs épaules, leurs idées, leur intellect. Mais tout passe par le corps, tout se passe dans le corps. Et d’ailleurs, la tête ne fait-elle pas partie du corps ?

Comme au début de la vie alors qu’on découvre pour la première fois tout ce que notre corps peut réaliser, ce véhicule terrestre pour notre âme, avec les années qui s’accumulent, on revient aux fonctions primaires de notre corps. De plus en plus lentement, mais encore plus sûrement. On part du corps et on y revient. Et parfois on n’en revient pas.

Le corps vient de nulle part, se manifeste, et y retournera. Soit par terre, soit par les airs.

À la recherche de soi-même, ou de la Vérité avec un bien grand V, et souvent un peu dégroundé et déconnecté de nos pieds, on s’égare parfois dans toutes sortes de directions mentales, conceptuelles ou intellectuelles. Notre tête quitte le corps, son ancrage, comme les deux pieds la terre. On vit ici-bas, mais très loin de ses bas. Oh oh oh !

On explore de multiples théories, on fouille les annales akashiques, on demande aux astres ou aux arcanes du tarot, on cherche partout, avec sa tête et ses yeux, et on oublie souvent que le secret de la vie passe inévitablement par le corps. Par les diverses fonctions du corps, par ses besoins fondamentaux, par ses appels à la terre, par sa fondamentalité.

On a traditionnellement dévalué le corps physique, le reléguant à ses aspects la plus bas, à ses instincts les plus primaires. Mais si c’est dans et par le corps que se trouvait l’ultime voie à suivre ? Et si c’était par le corps que ça devait passer, que l’on devait passer ?

On se cherche souvent la tête dans les étoiles, alors que le secret se cache juste ici, juste là, ici-bas, en soi, dans la chair de sa chair, dans la matière et ses tissus de vérités.

Moi, personnellement, quand je pense corps, je pense généralement coeur. Ce coeur qu’on qualifie parfois de siège de l’âme. Pas si spectaculaire ni éclatant mais si basic. Poupoum poupoum. Élémentaire cette chair Watson.

Le coeur humain produit un champ électromagnétique 100 plus puissant que celui généré par le cerveau. Ce champ puissant peut être détecté jusqu’à trois pieds du corps et change selon les états émotionnels. Les scientifiques ont découvert que l’énergie émise par le coeur influence l’activité du cerveau, illustrant ainsi que nos émotions peuvent affecter l’énergie que nous émettons.
– source non identifiée

Alors, si le corps, et le coeur par qui tout bat, peuvent générer autant d’énergie, ça vaudrait peut-être la peine, et la joie surtout, d’y plonger, de s’y investir, d’y ouvrir un chantier d’exploration de travail pratique ? Une fouille archéologique. Car vivent de nombreux mondes en ce corps.

On a mis un coeur dans le monde, on devrait peut-être y goûter. Et l’écouter bien sûr.

Chilling em carne.

Car si comme l’affirme Vishrant, il n’y a pas comme tel de but dans la vie, une vie sans but peut s’avérer démotivante. Alors fixons-nous le but d’explorer la voie du coeur.

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Ces derniers temps, j’ai beaucoup réfléchi au lien entre méditation et incarnation.
Nombreux sont ceux qui débutent la pratique en pensant que la méditation concerne avant tout l’esprit.
Nous espérons apaiser nos pensées, devenir moins réactifs ou cultiver une plus grande paix intérieure.
Ce sont de belles aspirations, qui se concrétisent souvent avec le temps.
Pourtant, plus je pratique, plus je constate que le Dharma nous demande quelque chose de plus profond que de simplement changer notre façon de penser.
Il nous invite à vivre différemment.
Bien avant de nous forger une opinion ou de nous raconter une histoire, le corps a déjà réagi.
Nous ressentons l’oppression dans la poitrine, le souffle court, la contraction du ventre, l’impulsion de nous défendre, de nous replier sur nous-mêmes ou de nous accrocher.
Ce que nous percevons souvent comme une « pensée » est déjà un événement incarné.
C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le Zen a toujours accordé une telle importance à la posture, à la respiration, à la marche, aux chants, aux prosternations, à l’alimentation et à la pratique du travail.
Le corps n’est pas secondaire à l’éveil.
C’est là que l’éveil se vit.
À mesure que nous pratiquons, nous commençons à reconnaître ces schémas avec une plus grande intimité.
Nous percevons l’instant qui précède notre réaction.
Nous découvrons que la peur peut être ressentie sans pour autant devenir immédiatement notre identité.
Nous apprenons que la colère, le chagrin, la tendresse et la joie ont tous une existence corporelle avant de se transformer en récits mentaux.
C’est ce que je comprends comme l’incarnation.
L’incarnation ne consiste pas simplement à prendre davantage conscience de son corps.
Il s’agit de permettre au Dharma de s’intégrer si profondément à nos vies que la sagesse et la compassion commencent à s’exprimer naturellement : dans notre façon d’écouter, de parler, de gérer les conflits et de prendre soin les uns des autres.
Les neurosciences contemporaines ont commencé à décrire certains de ces changements en termes de régulation du système nerveux, de résilience et de neuroplasticité.
Je trouve ces découvertes profondément intéressantes, non pas parce qu’elles valident le bouddhisme, mais parce qu’elles offrent un autre langage pour comprendre des phénomènes explorés par les traditions contemplatives depuis des siècles.
Plus je pratique, moins je m’intéresse aux expériences extraordinaires et plus je m’intéresse à l’incarnation.
L’intuition peut surgir en un instant.
L’incarnation est le travail silencieux d’une vie entière.
C’est peut-être pourquoi la pratique est si merveilleusement ordinaire.
Nous revenons simplement sans cesse à la respiration, au corps, à l’instant présent.
Et peu à peu, le Dharma cesse d’être simplement quelque chose que nous comprenons.
Il devient notre façon de vivre.

– Diane Musho Hamilton

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