
Nous nous identifions habituellement à notre corps. Dans cette optique, pas surprenant que la mort nous semble terrifiante. Comme si on vivait avec la certitude de disparaître au fil d’arrivée, et soit on va finir enterré.e ou brûlé.e. Pas un débouché très positif ni encourageant.
Je préfère ce concept qui avance que nous soyons plutôt une âme qui s’incarne dans un corps à la naissance – un peu avant disons – pour un certain temps, pour un temps incertain. Ça allège, ça soulage. Ça permet une suite possible. Ça ouvre sur autre chose.

Et notre corps, ce n’est pas un don, ce n’est pas à nous. Qu’un contrat de location à plus ou moins long terme qu’on a nous fait signer mais on a oublié, on le prend personnel.
. Dans ce monde si matérialiste, où la plupart des gens s’identifient à leur enveloppe charnelle, on vit en quelque sorte en surface. Me, my Selfie and I. Un peu comme si une auto se prenait pour son propriétaire, son/sa conducteur/trice.
Avec les années qui passent, notre rutilante et jadis nouvelle fougueuse voiture sport devient graduellement un char usagé, jusqu’à devenir éventuellement une bagnole usagée, une minoune qui finira à la cour à scrap. Oh, bien sûr, notre corps physique est davantage un temple qu’un char si on le considère ainsi. Mais néant en moins, il vieillit toujours un peu plus.
Quand une âme se souvient que c’est elle qui a squatté un corps pour quelques années plutôt que de se retrouver prisonnière d’un habit de chair, ça lui donne de l’éclat, Ça donne de l’expansion à sa brillance, à son aura. L’aura score. Excusez-là. Comme l’impression que c’est pour cela que certaines personnes brillent plus que d’autres, elles se savent plus âme que corps, elles se souviennent pour de vrai, comme nous le rappellent pourtant nos plaques d’immatriculation au Québec sur nos bolides.
En fait l’aura serait peut-être l’éclat de la lumière de l’âme qui déborde de notre corps.
Il y a quelques années, je me souviens d’être allé voir une amie dont le corps venait tout juste de mourir à la maison de soins palliatifs. Quand je suis rentré dans la chambre où reposait encore son corps tout fraîchement mort, c’est comme si j’étais entré en elle, comme si j’avais pénétré dans l’antre de son âme. Je la sentais encore autant présente qu’avant, sinon plus encore. Du moins, autrement. Car on dit que l’âme flotte autour du corps pendant un certain temps après la dernière expiration et le dernier battement du coeur. D’ailleurs, son corps sans âme active désormais n’était plus du tout semblable à l’avant, lorsqu’il était animé de son âme.
Personnellement, c’est à ce moment-là que j’ai réalisé que nous sommes bien davantage une âme qu’un corps. Et que la vie continue après la dernière expiration. Car un corps sans âme n’est plus du tout la personne que nous avons connue jadis. Un corps sans âme n’est pas vraiment quelqu’un, ce n’est qu’un corps tout court, un contenant à âme, un corps de membres sans force vitale, sans essence. Un char pus de gaz.
Bien sûr qu’on devra sûrement attendre le trépas ultime pour avoir la preuve confirmée de cette théorie, pour vivre l’expérience. En fait, pour la mourir pour de vrai. Mais déjà, ceux et celles qui sont passés de l’autre bord et qui sont revenus, nous l’ont dit, nous l’ont raconté un peu. Légèreté et lumière blanche etc.
Et si nous sommes davantage une âme qu’un corps, le passage ultime ne nous fait pas disparaitre complètement. Comme la naissance ne nous a pas créé à partir de rien. La mort de notre corps ne fera que révéler une autre facette de notre âme, une grande libération.
Alors vivons à mort d’ici là.
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Le vrai tombeau des morts, c’est le coeur des vivants.
Le moine Rigord

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Ce n’est pas la mort qui prend les gens, c’est l’oubli.
On meurt quand on n’est plus dans le cœur de personne.
– Christian Bobin, La Plus que vive

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Il y a tellement de choses à étudier, mais tu vas mourir.
Alors, concentres-toi sur l’essentiel.
Explore ton esprit.
Approche-toi le plus près de ton esprit.
C’est là que se cache le trésor.
– James Low
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Cette vie, la vie future et le bardo ne font qu’un : « Lorsque vous rencontrez des difficultés, comme une personne qui vous cause des ennuis, cela semble être un obstacle à votre pratique du Dharma.
Mais lorsque des pensées et des sentiments surgissent dans votre esprit, méditez.
Plus tard, dans le bardo, après votre mort, les mêmes tendances habituelles surgiront et vous feront souffrir.
Les mêmes pensées et sentiments qui surgissent maintenant surgiront également dans le bardo. »
Jigten Sumgon a dit : « Moi, un yogi, j’ai réalisé que cette vie, la vie future et le bardo ne font qu’un.»
Sachez que toutes ces pensées et sentiments sont des illusions et méditez.
Avec une conscience claire, observez-les directement et ne vous y accrochez pas.
Si vous ne vous accrochez à rien, bon ou mauvais, votre réalisation s’améliorera considérablement.
Une personne ordinaire pourrait penser : « Je dois me débarrasser de tous mes problèmes, je n’en veux aucun.
Je veux seulement connaître le bonheur et la félicité sans aucune difficulté. »
Ne soyez pas ainsi.
Pratiquez plutôt face à la souffrance et aux difficultés. Les sentiments négatifs qui naissent des circonstances difficiles et ceux qui naissent des pensées perturbées sont tous identiques.
Lorsque vous méditez et comprenez que ce ne sont que des pensées fictives, l’expérience du problème disparaît instantanément.
En vous habituant à cela, quelle que soit la difficulté rencontrée, elle vous sera bénéfique.
On peut dire que Milarépa a enduré des épreuves réelles, comme la famine.
Cependant, la plupart de nos difficultés ne sont que mentales.
—H.E. Garchen Rinpoche (July 2020, Arizona)

Et ça ne sera peut-être pas si triste que ça finalement

