
– Matt Licata
Tout le monde veut aller au ciel…
mais personne ne veut mourir, chantait Pétula.
J’avoue, j’ai dû la googler celle-là. Tout de même, ça nous rajeunit pas. 😉
Indeed, tout le monde veut monter, transcender, dépasser cette simple humanité qu’on nous offre à vivre – d’ailleurs on dit qu’on l’a choisie, si on pouvait s’en souvenir plus souvent – mais peu d’entre nous sommes prêt.e.s à habiter notre corps totalement, à descendre dans nos racines, à fouiller dans nos trous noirs, à explorer nos pénombres intérieurs. On aime mieux vivre up there, dans les nuages.
Et pourtant. Tout ce qui descend finit par toucher le ciel.
Cette année, juste avant de partir pour le Brésil pour notre périple annuel, j’ai découvert qu’une poutre de ma maison, celle qui soutient le réservoir à eau chaude, a besoin d’être solidifiée assez rapidement car elle faiblit sérieusement. Inquiéteusement. Excusez-là.
Et tout au long du voyage, bien que l’élan de notre visite à notre église brésilienne consiste à s’élever dans les hautes sphères – subi subi subi – cette poutre m’a gardé bien groundé, en contact avec mes racines, sur le plancher des taureaux. La pensée de ma poutre n’était pas que dans mes yeux, elle occupait toutes mes pensées.
Avant-hier, j’ai posté une photo de ma maison, ce que je fais rarement, privilégiant et protégeant habituellement mon intimité. Et bien que l’enveloppe de mon home soit bien esthétique et attrayante, personne ne voit son besoin de solidification. Seuls vous le savez. D’ailleurs on fait la job ce vendredi, soit après demain.
Depuis que j’ai constaté que ma fondation a besoin d’être solidifiée, je vis avec ce besoin fondamental de retourner à mes fondements justement. Et j’y vois une certaine illustration de nous, les humains, qui mettons beaucoup d’attention et d’énergie à notre image, au paraître, au désir de nous élever au-dessus de la mêlée, tout en négligeant trop souvent la base de notre vie. Je parle pour moi ici mais j’imagine que je ne suis pas seul.
Cette job de poutre m’occupe à temps plein depuis que j’ai constaté sa faiblesse. Je sens le sol fragile sous mes pieds, sous mes pas, qui se font feutrés depuis. En fait, le sol est toujours fragile sous nos pas. Toute la vie ne tient toujours qu’à un fil. C’est simplement qu’on vit plus haut, trop haut.
Avant de chercher à s’élever, je réalise comme jamais auparavant qu’il est essentiel et primordial de retourner à la base et de solidifier ses racines, consolider son ancrage. Et c’est dans le corps que cet ancrage doit prendre place, Car pour qu’un taureau puisse voler, il lui faut tout d’abord bien attacher ses racines. Sinon il devient un cerf-volant au fil coupé, un cerveau lent échevelé, déconnecté de sa base. Flying Bull on the loose.
Il est souvent plus tentant de chercher à prendre de la hauteur, à s’élever, que d’oser faire le chemin vers le bas. Mais je réalise qu’avec le temps qui passe, la vie nous ramène à notre corps, à nos besoins fondamentaux, elle nous force à ralentir et à revenir à la base.
ati phone home
Hier un ami cher postait, avec une grande sincérité et une lucidité qui l’honore, ces quelques mots :
Je me réfugie parfois en hauteur.
Dans l’idée.
Dans l’esprit.
Dans une spiritualité brillante qui évite le bruit.
La plupart d’entre nous adoptons cette stratégie. On vit souvent en haut le corps.
Puis, il a rajouté:
Alors je redescends.
Je reviens au corps.
Au souffle court.
À l’effort.
Exactement la raison pour laquelle je pratique le shaking quotidiennement ces temps-ci. Pour redescendre dans mon corps, jusqu’aux pieds, jusqu’au sol, pour laisser aller, pour m’auto-effeuiller, strip atise, pour laisser passer toute la folie de ce monde qui nous frappe de plein fouet ces temps-ci à-travers moi.
Shake and wake.
Aho d’ici bas.
Je m’incline bien bas. Mais nus-pieds 😉
