UNIQUE HUMANITÉ

Le monde n’est pas divisé entre l’Occident et l’Orient. Vous êtes Américains, je suis Iranienne, nous ne nous connaissons pas mais nous nous parlons et nous nous comprenons parfaitement. La différence entre vous et votre gouvernement est nettement plus grande que celle entre vous et moi. Et la différence entre moi et mon gouvernement est nettement plus grande qu’entre moi et vous. Et nos gouvernements sont très semblalbles.
– Marjanne Satrapi

C’est ici que je vis. Je sais, je suis chanceux, je sais et j’apprécie. Du mieux que je peux. Car en background sévit la guerre et je ne peux l’oublier.

Hier je marchais dans la forêt derrière chez-moi, en toute tranquilité. Que les oiseaux qui piaillent et s’éveillent. Et je me trouvais chanceux. Et en même temps, je pensais à la guerre. Je portais la guerre lourdement au coeur.

En paix ici. Très loin de l’Iran et du Moyen-Orient. Mais comme plusieurs d’entre nous, depuis samedi, je pense beaucoup aux Iraniens et aux Iraniennes, aux enfants de l’Iran en particulier. Je vous épargne la photo de la centaine de trous qui ont été creusés pour enterrer les cadavres des enfants tués lorsqu’une école a été bombardée. Dommages collatéraux disent-ils

Je pense à nos enfants ici aussi, eux et elles qui doivent apprendre à vivre avec la folie de la guerre généralisée et médiatisée. Comme ceux et celles qui ont connu d’autres guerres j’imagine. Difficile de seulement penser à tout ça sans le ressentir.

Je pense aux gens de toute la région du Moyen-Orient, dont certains doivent courir pour se réfugier aux bunkers plusieurs fois par jour. J’ai une connaissance qui vit à Tel-aviv qui raconte son quotidien sur FB. Pas plus reposant pour tous les gens de toute la région. Zone et zones de guerre.

Et nous ici, d’ici, on regarde, on observe, on commente. D’autres encore préfèrent plutôt détourner le regard et se divertir. Pas notre guerre disent-ils. Mais ils s’inquiètent tout de même du prix de l’essence qui risque d’augmenter.

On a beau vouloir ne pas s’intéresser à la guerre, on ne peut prétendre qu’elle ne sévit pas en ce moment. Encore. Et encore. Et toute guerre est notre guerre. On a beau dire que la guerre extérieure symbolise et se veut le miroir de notre guerre intérieure, ça serait gênant d’aller expliquer ça aux gens qui la vivent, comme à leurs proches.

J’ai quelques ami.e.s qui ont de la famille en Iran, en Israël, en Afghanistan (guerre avec le Pakistan) et en Jordanie. Je leur ai écrit pour leur dire que je priais pour eux et elles.

Quoi faire d’autre ? Que faire d’autre face à la guerre ? À part désirer qu’elle disparaisse. Et détester ceux qui la veulent et qui la causent. Mais même ça, ça n’amène guère la paix.

Et sentir notre impuissance, apprécier notre privilège et reconnaître notre immense chance de vivre ici. Et continuer de se relier au reste du monde, se relier à ceux et celles qui subissent la guerre. Empathie. Compassion. Humanité partagée.

Je postais ici dimanche un texte de Joan Tollifson qui citait une de ses enseignantes, Charlotte Joko Beck, qui leur faisait pratiquer la révérence : soit de s’incliner devant tout ce que nous n’aimons pas ou ne désirons pas. On ne peut que s’incliner devant la guerre et l’inhumanité qui la sous-tend. Et demeurer aimant.e et dans le coeur.

Plutôt que de s’incliner et de sentir, certains préfèrent se réfugier dans leur tête pour expliquer, justifier et faire comprendre aux autres. Chacun sa façon de coper.

Comme devant toute horreur, une partie de nous veut détourner le regard et passer à autre chose, une autre veut se mettre le nez dedans.

La guerre génère beaucoup d’arrogance aussi, surtout chez ceux qui la soutiennent ou qui la regardent à distance. Certains approuvent un côté, d’autres l’autre. Certains justifient les attaques, d’autres les réprouvent.

Mais la guerre nous laisse pantois, la guerre nous la bouche. La bouche, comme la vue.

Si seulement la guerre pouvait nous unir. Dans le coeur. Je sais, je sais, wishful thinking.

Mais quoi faire d’autre que de s’incliner devant cette inhumanité ? Eet reconnaîtr que c’est ce qui se passe. Et cultiver la paix en soi. Et se soutenir les un.e.s les autres.

Car un seul et même coeur. Une seule humanité partagée.

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Seuls, sans communauté, nous ne pouvons pas faire grand-chose.
Nous avons besoin d’une communauté d’amis et de collègues partageant les mêmes idées pour nous aider à réaliser nos rêves les plus chers.
Notre communauté peut devenir une source de soutien et un refuge pour plusieurs.
Nous nourrissons notre communauté tout au long de notre vie, et elle nous porte vers l’avenir.

-Thich Nhat Hanh (L’art de vivre)

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