
– Erich Fromm.
On voit ces jours-ci le comble de l’avidité des personnalités publiques frapper son mur, son mur du son, le plafond des égos des riches et puissants. Tous égaux ces égos. Vides et sans substance.
On observe la manifestation concrète de cette expression finfinnaude de George Carlin qui va ainsi : essayer d’être heureux/se en accumulant des biens, c’est comme attacher des sandwiches partout sur son corps pour tenter d’assouvir sa faim.
Car l’appétit est immatériel, il est d’un autre ordre, un ordre supérieur. La quête relève d’une dimension autre que ceux qui vivent uniquement dans la matière ne peuvent saisir, et ne saisiront jamais. À ce niveau, less is more.
On peut bien tenter d’accumuler les possessions, atteindre la richesse monétaire ou se placer dans une position de prétendu pouvoir, rien n’y fait et rien n’y fera, jamais pour bien longtemps, le vide demeure et demeurera. Le vide que l’on tente de bourrer remontera toujours à la surface. Car notre nature profonde relève du vide. Et peut-être même que le vide se creusera de plus en plus à mesure du poids des acquisitions car on se rendra compte, au fur et à mesure qu’on remplit ce vide au coeur et à l’âme, que ça en prendra de plus et que plus on remplit, plus le vide crie et creuse sa présence.
Malgré les toilettes dorées, le bling bling, les caméras sur soi et les autres artifices soporifiques, la nature du vide demeure éternelle, et toute tentative de remplissage reste vaine. La nature n’a pas du tout horreur du vide, la nature du vide est l’ultime richesse, l’ultime possession. Impossible à posséder, impossessible et impossédable.
Car c’est toujours le vide qui gagne, toujours le vide nous gagne, malgré toutes nos tentatives de remplissage. Il faudra bien s’y faire. Tête vide coeur plein.
La réelle richesse est plus abstraite que les diverses bébelles qui ne feront de toute façon que faire croître et grandir la peur de leur perte. Plus on pense posséder, plus on aura à perdre. Perdre est inévitable. La perte de tout ce que l’on pense être et avoir est la seule certitude. Only losers can win this game disait Osho. On doit apprendre à vivre les mains ouvertes, comme le coeur et l’esprit, et être prêt.e à tout perdre, à tout moment. En attendant Godot, pas le gros lot. Rien est le grand lot.
En ce sens, cette parole d’Eckhart Tolle s’avère riche: Passe dans la vie non pas comme une personnalité mais plutôt comme un champ de présence.

Cultivons la présence. Vivons totalement incarné.e. mais tout autant détaché.e du résultat comme du processus. Allons-y pour les leçons, pour le simple air d’aller. Coulons avec le flow. Soyons témoin davantage qu’une entité fixe et dense. Allégeons-nous, délestons-nous. Habitons totalement notre corps mais ne nous y attachons pas trop, ne nous y fixons pas trop densément. Nous avons signé un bail locatif, nous n’avons rien acheté.
Ou dit autrement, à la Krishnamurti : Meurt à tout ce qui était d’hier pour que ton esprit puisse toujours demeurer frais, toujours jeune et innocent, plein de vigueur et de passion.

Pour goûter le moindrement à cela, il faut apprendre à laisser aller, à se détacher, à délester, à ouvrir les mains. Et être prêt.e à tout, et surtout et particulièrement à l’imprévisible, à l’inattendu, à l’impossible.
Un champ de présence droit et debout dans la vie, et non une personne alitée.
Et ne jamais perdre son sens de l’amour. Juste pour vivre.

Tellement vrai.
Tout ce matériel superflue qu’il m’est difficile de laisser aller en gardant l’illusion d’une pseudo sécurité pour moins sentir ce vide.
Merci pour ce rafraîchissant rappel qui aide à garder l’esprit frais.
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