POUÈTT POUÈTTERIE

La poésie peut être dangereuse, en particulier la belle poésie car elle crée l’illusion d’avoir vécu l’expérience sans vraiment être passé au-travers. – Rumi

Les mots sont des filoux, de fins renards. Les mots peuvent être de beaux parleurs, des enjoleurs. On peut leur faire dire tout et son contraire.

Les mots peuvent être justes et bons, mais ils peuvent aussi être sournois et se prendre pour la réalité. Les mots sont une réalité virtuelle et essaient parfois de nous faire croire que ce qu’ils transmettent est ce qui est, the real thing. En fait, les mots sont comme le groupe de musique, The Pretenders.

Les mots sont en effet des prétendants. De pâles copies d’une réalité indicible, des faire valoir d’une réalité incompréhensible et indisable. Comme Iznogoud qui a toujours voulu être calife à la place du calife, et comme Pete Poilièvre qui se voyait déjà premier sinistre, les mots prétendent être l’expérience, mais ils ne sont qu’une pâle copie de l’expérience humaine. Les mots ne sont que pâles substituts d’une réalité qui tentent de donner vie à la vie, qui tentent de traduire la vie. Lost in translation.

Mais la vie, pour se dire vraiment, nous laisse sans mots. Speechless la vie. Elle s’écoute et parfois s’entend.

Dès qu’on tente de mettre la vie en mots, dès qu’on tente de réduire le silence avec un quelconque agencement des 26 lettres que l’alphabête met à notre disposition, comme je le fais tous les matins de semaine, mais a coule pas, on réduit la vie à une trop simpliste expression d’elle-même, on l’assèche, la désèche, on la diminue en la la tapant. Tac tac tac.

Au moins, l’écriture à la main avait le mérite de tenter de transmettre l’âme de la personne écriveuse par une main de maître, une lettre à la fois, comme un dessin. La calligraphie recélait quelque chose de plus personnel que les lettres tapées via nos claviers. Mais que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès.

Par les mots, on tente de faire entrer du 5 D dans du 2 D. On tente de mettre tout le relief de la réalité à plat sur une feuille de papier ou pire, sur un écran pas toujours cathodique. Un peu ce que la photo tente de faire avec un paysage vivant, avec une oeuvre d’art naturaliste qui vit et qui respire en plusieurs dimensions et sens multiples, la nature qui émane la vraie vie.

On tente de figer la vie sur papier, et, désormais, sur écran. Platitude platonique.

Un peu comme le mot Dieu qui tente de donner vie ou d’expliquer le Grand Mystère insaisissable. Peu importe le nom qu’on lui impose, on finit par se battre à coup de dénominations, quant au fond on vit dans la même et seule existence. Mon Dieu est plus fort que le tien. On a tenté de créer Dieu à notre image et la vie à l’image de ce Dieu inexistant dans une forme si limitée.

Les mots sont un menu simpliste qui tentent de nous faire saliver devant le grand buffet de la vie.

Les mots sont même parfois de fieffés menteurs. Une preuve ? Le nom du réseau social du gros POTUS. D’ailleurs, ce que l’on dit de la vie dans les médias ou les réseaux n’est pas La vie, qu’un pâle biais sélectif de quelques petites parties de celle-ci. Et même les réseaux dits sociaux sont davantage a que sociaux.

D’ailleurs, un peu aussi ce que tentent de faire les memes: Mettre la vie en boîte, et en quelques mots, grâce à de belles expressions séduisantes et punchées. Mais la vie ne se laissera jamais mettre en boîte, ni en memes.

Même si elle est invitante et divertissante, la poésie est une romance, une pâle copie, un coup de marketing, un stunt publicitaire. Même si elle fait danser les mots, et les transforme en dentelle, ultimement, la poésie n’est pas la vie. Qu’une version édulcorée de celle-ci, qu’un menu sans saveur réelle. On doit se tremper les doigts dedans et y sauter à deux pieds pour y goûter pour de vrai, pas juste du bout de la lalangue.

Si la vie est belle et lisse lorsque mise en mots, la vraie vie est aussi et surtout sale, elle est drue, elle sue, elle pue, elle tue, elle est dure et dégouline d’expériences humaines vraies et pleines de tripes.

La paix s’énonce et s’écrit alors que la guerre se dénonce mais sévit. Partout, Depuis toujours.

Comme je lisais récemment, on peut bien vouloir tendre vers la paix sur papier et à coup de traités, mais ce n’est pas en haïssant le guerre qu’on fera la paix. C’est en vivant la vie dans toutes ses dimensions. Et peut-être que la paix ne sera jamais complètement. Du moins si on se fie au passé, la paix totale n’a jamais été. Alors acceptons la vie dans toutes ses déclinaisons.

C’est Pablo Neruda qui disait d’ailleurs : Ah ! Si seulement avec une goutte de poésie ou d’amour nous pouvions apaiser la haine du monde !

Le mot feu ne brûle pas. L’expression peine d’amour ne brise pas le coeur en son coeur et ne tire pas la larme à l’oeil. Le mot désespoir ne nous serre pas les tripes et ne nous fait pas tomber à genoux. La bonne position pour prier dit-on.

Malgré les limites de la poésie, comme du mot amour d’ailleurs, malgré leur simplisme, et leur bonne volonté comme de leur impossibilité à rendre totalement la vie, utilisons les avec bienveillance car c’est tout ce que nous avons pour communiquer. Utilisons-les tout de même pour tenter d’apaiser la dureté de la vie. Utilisons les mots pour transformer nos maux en lumière, pour nous sortir de la torpeur de l’inaction, pour nous extraire de notre tour de peur.

Jouons avec les mots, sans oublier qu’ils ne sont que des mots, jamais la vie comme telle, qu’une manifestation de celle-ci. Forgeons les mots pour tenter d’extraire la réalité crue de la vie, pour la distiller, la vie réelle dans laquelle nous vivons avec tous nos sens, la vraie vie même si on en perd le sens.

La vie qui dure, la douce comme la dure, celle qui passe et qui nous passe dessus comme dedans, celle qui nous porte chaque jour un peu plus près de la mort du corps. Car la vie contient la mort. Ce même mot, mort, qui ne veut rien dire tant qu’il ne sera pas vécu de l’intérieur. C’est ainsi qu’on ne peut rien savoir de la mort, à part un ptit bout de celle de nos proches qui nous touche de plus en plus près.

Et réalisons du même coup que seul le silence transmet purement la vie, sans filtre, sans distortion, sans écran de fumée. Et que c’est dans le silence que tous les mots se fondent en réalité partagée.

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