DOUX IMBÉCILES

La personne qui écrit pour des imbéciles est toujours assurée d’un vaste auditoire.
– Arthur Schopenhauer

Je n’écris pas pour des imbéciles. J’écris seulement et surtout pour moi-même.

Oups, peut-être écris-je pour un imbécile alors ?

J’écris pour moi, pour le plaisir, et pour quelques-un(e)s d’entre vous mais ultimement j’écris pour personne en particulier. J’écris pour tout le monde. Je poste mes mots à tous vents, je les ne les vends pas, je les donne à qui les voudra. Et que quelques-un(e)s qui les liront.

Sommes-nous des imbéciles vous et moi ? La question se pose, se dépose et se repose.

Je ne veux pas vous traiter de quoi que ce soit encore moins d’imbéciles, mais personnellement, je n’ai aucun problème à me considérer comme un imbécile, ni à me traiter de la sorte. Car je le suis souvent. Comme vous aussi probablement, et la plupart d’entre nous humains et humaines.

Vous savez toutes ces choses stupides auxquelles nous pensons parfois ? Et que nous allons même parfois jusqu’à exprimer devant autrui, ce qui nous rend gêné(e)s, et même humilié(e)s à l’occasion. Nous sommes tous et toutes des imbéciles si nous sommes honnêtes. Tant que notre coeur reste pur, tout va bien.

Je pense notamment ici à l’expression imbécile heureux. Cette expression se dit en général d’une personne considérée comme simple d’esprit mais satisfaite de sa situation, quelqu’un qui vit dans une ignorance joyeuse. Si c’est le cas, je suis tout à fait d’accord d’être un imbécile heureux.

Heureux les simples (ou pauvres) d’esprit car le royaume des Cieux est à eux aurait dit l’apôtre Mathieu jadis. J’achète.

En cette ère d’écrans cathodiques impudiques, nous avons tous et toutes posté et/ou reposté de fausses vérités ou des trucs carrément patentés. En cette ère ou l’intelligence artificielle pour tout faire et son contraire, nous sommes tous et toutes en quelque sorte des imbéciles de l’écran.

Nous nous faisons floué(e)s sans qu’on le sache. La prétendue vérité comme les faits sont devenus plus flexibles que la plasticine de notre enfance. On dit et on se fait dire à peu près n’importe quoi sans jamais savoir désormais ce qui est vrai, faux, ou inventé par les humains ou par le grand Esprit – qui doit être le plus simple non ?

N’ayons pas peur, chers lecteurs/rices, d’être des simples d’esprit, ça peut être notre force. Si Tolstoy le dit. S’il l’a dit. À moins que ce ne soit Rumi ou Martin Luther King.

De toute façon, il faut acquérir beaucoup de connaissances pour savoir tout ce que l’on ignore.

Ça m’est arrivé quand je suis allé à la collation des grades suite à mes études doctorales en 2003. Je me suis pensé finfinnaud pendant quelques minutes jusqu’à ce que je réalise l’étendue de mon ignorance incarnée par le travail de tous les autres chercheurs/ses. Vous voyez, on peut être un imbécile scolarisé aussi. Tant qu’on le sait.

Peu importe nos efforts, notre volonté, comment on se considère, ou comment on nous qualifie de l’extérieur, l’idée est de prendre ça mollo, et d’être doux et douce avec soi-même, foi d’Aldous Huxley.

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Peut-être que tu te sens mal parce que tu essaies trop fort.
Vas-y doucement, mon enfant. Apprends à tout faire doucement.
Oui, ressens doucement même si tu ressens quelque chose de profond.
Laisse les choses arriver doucement et fais-y face doucement.
J’étais tellement ridiculement sérieux à l’époque.

Allez doucement, doucement – ​​c’est le meilleur conseil qu’on m’ait jamais donné.
Alors, jette tes bagages et avance.
Il y a des sables mouvants tout autour de toi, qui aspirent tes pieds, qui essaient de t’aspirer dans la peur, l’apitoiement sur toi-même et le désespoir.
C’est pourquoi tu dois marcher doucement.

Doucement, mon chéri.
– Aldous Huxley – Island

Larguons nos bagages, nous retournons tous et toutes à la maison.

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