ÉCRIRE POUR NE RIEN DIRE

Je me suis tu et je t’ai parlé de tant de façons silencieuses. – Rumi

De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent.
– Coluche

Tant de mots, tant de paroles en ce bla bla monde.

Des mots pour vouloir avoir raison, des mots pour se justifier, des mots pour tenter de se dire. Et pourtant. Rien ne peut nous permettre de se dire autant que le silence. Comme rien ne peut convier notre vérité autant que notre présence.

Ou comme notre absence. Car souvent, ce n’est que lorsque quelqu’un n’y est plus qu’on réalise combien importante cette personne aura été présente.

L’absence révèle la présence comme le silence révèle la parole.

Alors plutôt que de dire, et d’ajouter au grand bla bla ambiant, j’écris. Tout bas.

Tant de mots pour tenter de rejoindre les autres, pour tenter de communiquer. Quand au fond, au plus profond de soi, ce que nous re cherchons est fondamentalement quelque chose comme une union, une communion. Une union commune. Une communauté, appartenance au vivant, au plus Grand que soi. Un sens unique à la vie.

À chaque aurore de semaine, j’écris ces petits billets pour une poignée d’entre vous, que quelques paires d’yeux. Yeux pers, yeux bleus, ou verts. Yeux, et coeurs ouverts. Ces mots sont notre moyen de communion. Et parfois je parle probablement tout seul.

J’aime écrire pour moi-même. En premier. Car on n’écrit toujours qu’à soi-même de toute façon. Comme pour parler. Pourpalers avec soi-même toujours. Peu importe qui nousécoute, ou entend, ou nous lit. Qui lit, qui lit ? Guili guili.

J’aime écrire pour ne pas dire ce qui ne peut l’être de toute façon. Alors aussi bien se taire et écrire son petit boniment de chemin.

Je tente de dire mon tout petit grand coeur ouvert et battant la chamade à l’aide de mots, et plutôt que de les dire, je les tape et les envoies dans l’univers, dans le multivers. Enter. Bouteille à la mer.

Plutôt que de les crier, je les écris. Je les dis, mais silencieusement. Ce petit rien qui ne peut être dit de toute façon, ni de toutes les façons, j’aime les dire tout bas. J’écris low profile.

J’écris comme je peux, et un peu comme je veux, et vous lisez comme vous voulez. mais la plupart ne me lisent pas. Alors j’écris tout droit. Et un peu tout croche.

J’écris gratuit, j’écris free, et un peu frit dans le cerebelum. Je donne mes mots, je les sème à tous vents. J’ai un blogue dans le cervelet. Je me donne la joie d’écrire car la peine ne vaut pas la joie. On ne se donnera pas la peine de le dire. La joie prévaut. Faut ce qui faut.

J’écris mais m’entendez-vous vraiment ? Je ne puis dire. Vous attendes-vous à quelque chose ? Ou à rien ? Tout de même, j’écris. Mais j’écris tout bas. J’écris humblement. J’écris profil bas, bla bla. Et comme les gens lisent si peu désormais passé les images, déficit d’intention, peu de risque d’être lu. Je me suis tu. Turlututu.

Qui est ce JE dont parle Rumi ? Le grand Moi ? Celui ou celle qui parle aux milliards de petits je que nous pensons être chacun chacune ? Le Grand bonhomme ou Bonne femme dans le Ciel ? Levons la tête pour – essayer – de voir. Ou fermons-nous les yeux. Car comme on dit, à l’intérieur comme à l’extérieur. Omni présence.

Je ne saurais dire. Mais comme on dit quand même, moi je suis moi, et toi, tais-toi. Et cries-toi, ou écris-toi. Écris pour te faire croire que tu existes, écris pour ne pas crier face à la folie d’un monde qui fonce droit dans le mur, celui du son ou celui de l’anihilation. Ou FB.

De tous ceux qui n’ont rien à dire, les plus agréables sont ceux qui se taisent, disait donc Coluche.

Alors moi, j’écris.

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L’amour est sage – La haine est stupide.
Dans ce monde de plus en plus interconnecté, nous devons apprendre à nous tolérer les un(e)s les autres. Nous devons apprendre à accepter le fait que certaines personnes disent des choses que nous n’aimons pas.
Nous ne pouvons vivre ensemble que de cette façon.
Mais si nous voulons vivre ensemble, et non mourir ensemble, nous devons apprendre une forme de charité et une forme de tolérance absolument vitales pour la continuation de la vie humaine sur cette planète.

– Bertrand Russell, entrevue Face à Face sur BBC (1959)

6 réflexions au sujet de « ÉCRIRE POUR NE RIEN DIRE »

  1. Avatar de AnandgyanAnandgyan

    Je te réponds car j’écris.

    J’adore quand tu oses « Toi, tais-toi »
    car je peux être désagréable
    étant plus du genre écrivain « high profile ».

    Oh oui entre deux lignes de prose
    se révèle parfois un écho qui dit autre chose.

    Oh le plaisir d’accoucher d’un triple-entendre.

    Très riche cette chronique. (Où est le verbe?)

    La citation de Coluche est quelque chose.

    Merci Ati!

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  2. Avatar de AnandgyanAnandgyan

    Bananes et messieurs,

    Si t’ avais dit: « et toi, taie-toi »…
    … j’aurais prêté oreiller.

    Je suis désagréable seulement
    parce que je n’ai rien à dire
    et ne me tais pas.

    Merci Coluche. Marci Ati.

    Je suis la cerise sur le fun day itou.

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