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MISÈRE ET BEAUTÉ

Je ne pense pas à toute la misère, mais à la beauté qui demeure.
– Anne Frank

Venant d’elle, sachant ce qu’elle a vécu, ces mots sont plus que crédibles.

De mon côté, je ne peux m’empêcher de penser autant à la misère qu’à la beauté.

Bien sûr, on ne veut pas seulement penser à la misère du monde, mais de tenter de penser seulement à la beauté ne fera pas la job non plus. Car la misère existe. On la lit, on la voit, on la constate. Alors que plusieurs la subissent au quotidien.

De toute façon, en voulant éviter l’ombre on ne peut connaître la réelle amplitude de la valeur de la lumière.

Et cette lumière se mesure en quelque sorte en contraste à l’ombre. Pas d’ombre sans lumière et pas de lumière sans ombre. Et plus grand est la lumière, plus forte sera l’ombre. Le monde est plein de beauté et de bonté comme d’horreurs et de laideur.

Et la beauté, comme la bonté, tire toute sa profondeur, de la laideur et de la misère. Pas en comparaison, en juxtaposition.

Par empathie, par compassion, par simple humanité partagée, on ne peut choisir de ne penser qu’à la beauté du monde en voulant ignorer la laideur humaine. De toute façon, ce n’est pas possible.

Évidemment que la plupart d’entre nous n’avons pas vécu autant de misère qu’Anne Frank. Ni que les habitants de Gaza en ce moment, ni que les femmes d’Afghanistan depuis que les Talibans ont repris le pouvoir, ni que tant d’autres de nos frères et nos soeurs partout sur la terre qui souffrent au quotidien, que ce soit de près ou de loin.

Bien sûr, leur misère n’est pas la mienne, leur misère n’est pas la nôtre. Mais on ne peut l’ignorer, on ne doit surtout pas l’ignorer. De toute façon, on ne peut pas l’ignorer.

Bien sûr qu’on ne doit pas laisser cette misère tuer notre capacité d’apprécier la beauté, notre capacité d’émerveillement. Car tant de beauté autour, tant d’amour et de miracles au quotidien juste ici sous nos yeux.

Mais toute tentative de nier la misère, ou même de la minimiser, réduit du coup notre capacité d’apprécier la chance et le privilège que l’on a de vivre ici, en paix et en sécurité. En voulant se protéger de l’une, on se coupe de l’autre. La vie se vit sur 360 degrés, et dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, pas que le rose.

En bons empaths, on ne peut s’empêcher de ressentir la misère du monde, même si on ne la vit pas personnellement. Parfois, on aimerait mieux pouvoir vivre en vase clos car le fait de ressentir autant apporte son lot d’inconfort. Ce n’est pas comme telle une souffrance, plutôt une sorte de responsabilité partagée. Pas une culpabilité, mais une responsabilité. Dans le sens du terme proposé par Osho en anglais de response ability, capacité de réponse.

Et alors, quelle est notre juste capacité de répondre à la misère du monde ?

Premièrement, en appréciant totalement son propre bonheur. Mais apprécier totalement son bonheur en étant conscient du malheur d’autrui est un art qui se développe. Un n’exclut pas l’autre, les deux sont inclusifs, les deux co-habitent.

Et en appréciant l’immense chance et le grand privilège que nous avons nous ici, cherchons comment on peut aider notre prochain(e), nos voisin(e)s, nos êtres proches. En commençant autour de soi, puis ne élargissant de plus en plus grand. À la limite de nos moyens et de nos capacités.

Certains dénoncent les injustices, choisissant de mettre l’ombre en lumière. D’autres préfèrent partir de la lumière et de la faire rayonner. Chacun(e) doit voir pour soi comment apprendre à vivre en paix avec soi-même dans un monde d’injustice et de souffrance, tout en faisant la promotion de la justice.

On touche ici aux concepts de bien et de mal qui sont très relatifs et variables selon nos valeurs et nos contextes de vie. Le bien de l’un est souvent le mal de l’autre.

Pas si évident de vivre dans un monde dans lequel plusieurs subissent l’injustice au quotidien et nous nos yeux. Mais plutôt que de justice, j’aime bien considérer le concept de justesse. Soit de trouver une position juste devant toutes les nuances de la vie.

ÉCOUTER POUR VOIR

Une disposition essentielle pour entendre l’appel de la terre et lui répondre consiste à développer le silence en soi. Si vous n’avez pas le silence en vous, vous n’entendrez pas son appel: l’appel de la vie. Votre coeur vous appelle mais vous n’entendez pas. Vous ne prenez pas le temps pour écouter votre coeur.
– Thich Nhat Hanh

Hier, je vantais les mérites de chanter, d’ouvrir sa bouche et chanter. Mais pour chanter, il faut aussi être capable d’écouter, écouter pour s’entendre soi et entendre les autres.

Comme pour écouter la terre, on doit écouter son coeur. Car notre guide, notre enseignant, notre professeur et notre boussole.

Écoutez votre propre coeur. Il est votre seul guide.
– Osho

Mais nous sommes très occupé(e)s, préoccupé(e)s par les choses du monde. On préfère suivre l’actualité, on préfère se laisser divertir par les (mauvaises) nouvelles ou par les frasques des politiciens. Ou par les vidéos de chats. Rien contre les chats mais…

On se divertit souvent par les yeux, en lisant ou en regardant.

Ou en parlant.

Comme le dit le meme ci-bas, si le Créateur nous a donné des bouches qui ferment et des oreilles qui ne le font pas, ça devrait nous éclairer.

Comme les oreilles, nos yeux aussi viennent en pairs mais contrairement aux oreilles, nos yeux se ferment.

Mais ça prend du courage de fermer ses ptits coeunoeils et plonger en soi. La plupart des gens préfèrent garder les yeux ouverts et regarder le monde. Pourtant, le monde n’est que soi-même, projeté à l’extérieur de soi. Des reflets de soi.

On vit beaucoup via les écrans depuis quelques temps, les ptits comme les grands. Si on pense généralement que les écrans ouvrent sur le monde, les écrans nous coupent aussi beaucoup plus du monde qu’ils nous l’ouvrent.

De toute façon, nous décidons de moins en moins de ce que nous regardons dans ces écrans. Les algorithmes décident désormais pour nous. Et, ainsi, les vues de notre passé déterminent de plus en plus celles de notre avenir. Le monde se referme sur nous en chambre d’échos rapetissantes. Nous devenons prisonniers de nos écrans, et des messages qu’on veut nous faire entendre et voir.

Éventuellement, il nous faudra arrêter de faire dérouler la vie artificielle devant nos yeux et dans nos oreilles, pour fermer nos yeux et ouvrir nos oreilles et ré-apprendre à écouter le coeur de la terre qui bat au coeur de notre coeur.

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La façon la plus simple d’entrer dans l’état méditatif est de commencer par écouter.
Ferme simplement les yeux et permet-toi d’entendre tous les sons qui se produisent autour de toi.
Écoute simplement le bourdonnement général du monde.
Comme si tu écoutais de la musique.
N’essaies pas d’identifier les sons que tu entends.
Ne leur donne pas de noms.
Laisse-les simplement jouer avec tes tympans.
Et laisse-les partir.
En d’autres termes, on pourrait dire : laisse tes oreilles entendre ce qu’elles veulent entendre.
Ne juge pas les sons.
Il n’y a pas, pour ainsi dire, de sons appropriés ou inappropriés.
Et cela n’a pas d’importance si quelqu’un tousse ou éternue.
Ou laisse tomber quelque chose.
Ce n’est qu’un son.

Et si je vous parle en ce moment, ne faites que cela.
Je veux que vous écoutiez le son de ma voix.
Comme si c’était du bruit.
N’essayez pas de donner un sens à ce que je dis.

Parce que ton cerveau prendra soin de ça automatiquement.
Tu n’as pas à essayer de comprendre quoi que ce soit.
Écoute simplement le son.
En poursuivant cette expérience tu découvriras très naturellement que tu ne peux pas t’empêcher de nommer les sons, de les identifier.
Que tu continueras à penser.
C’est-à-dire à te parler à toi-même dans ta tête, automatiquement.
Mais il est important que tu n’essaies pas de réprimer ces pensées en les forçant à sortir de ton esprit.
Parce que cela aura exactement le même effet.
Comme si tu essayais de lisser une eau agitée avec un fer plat.
Tu vas juste la perturber encore plus.
Ce que tu fais, c’est ceci.
Lorsque tu entends des sons monter dans ta tête, des pensées, tu les écoutes simplement comme une partie du bruit général qui se passe.
Tout comme tu écouterais le son de ma voix.
Ou tout comme tu écouterais les voitures passer.
Ou les oiseaux qui bavardent à l’extérieur de la fenêtre.
Alors regarde tes propres pensées.
Comme de simples bruits.
Et bientôt tu découvriras que le soi-disant monde extérieur et le soi-disant monde intérieur se réunissent, ils sont un seul et même événement.
Vos pensées sont un événement.
Tout comme les sons qui se produisent à l’extérieur.
Et tout n’est qu’un seul événement.
Et tout ce que tu fais, c’est regarder.
Peux-tu entendre le passé ?
Peux-tu entendre le futur ?
Peux-tu entendre l’auditeur ?

– Allan Watts

CHANTER À TUE-TÊTE

Le nuage n’a aucune destination. Il flotte sans but. De la même façon, lorsque vous n’attisez plus de soucis, d’inquiétude face à ce qui viendra, vous pouvez alors marcher sans besoin d’arriver.
– Wu Hsin

Je sais, je sais, nous ne sommes pas des nuages. Mais tout de même, on les envie non ? Ils flottent dans les hauteurs toute la journée, chatouillent les aisselles du ciel, se fondent les uns aux autres et les uns dans les autres, et lorsqu’ils sont trop pleins, ils grondent, éclairent et en braillent un bon coup. Parfois ça cause des problèmes pour nous les gens d’en bas, mais comme on dit là-haut, c’est la vie atmosphérique !

Le premier livre d’Osho que j’ai lu au début des années 1980 s’intitulait justement My Way, the Way of the White Clouds. Oui, celui-ci.

Alors bien sûr que cette citation de Wu Hsin, de qui Osho a quelques fois parlé de, résonne dans mon registre néphologique (1).

Bien beau but que de celui de (re)devenir nuage me direz-vous, de se laisser porter par l’air du temps, de flotter au gré des vents. Pas nos ptits vents ci-bas, les décoiffants, pas ceux qui n’écornent que les boeufs, non, ceux d’en haut, tout là-haut, les Grands VVVVents aux V majuscules qui ne font pas qu’écorner les boeufs mais font carrément perdre la tête aux taureaux de la terre (salut Lynx, Éric pour les non initié(e)s ;-). Car la tête est parfois notre entrave vers les hautes sphères.

On reproche souvent aux gens flyés d’avoir la tête dans les nuages, et même d’être des pelleteux de nuages. Dans le fond, je crois que c’est parce qu’on les envie secrètement. On envie leur capacité de s’y réfugier, de vivre plus léger. Bonjour High !

Oh bien sûr, tant que nous sommes incarnés dans nos corps d’humains, busy busy comme des bees nous sommes et nous serons. Car des comptes à payer ici-ba$ et tant de choses à faire. Mais tant qu’à faire justement, faisons des choses que l’on aime et que l’on apprécie. Et si cela n’est pas toujours possible, comme disait les poètes CSNY, if you can’t be with the ones you love, love the ones you’re with.

Ainsi, si on ne peut toujours faire ce que l’on aimerait le plus faire au monde, apprenons à aimer ce que l’on fait, ce que l’on a à faire, ce que l’on doit faire. Mettons de l’amour dans tout ce que l’on fait, de la passion dans nos actions, de l’attention et de la délicatesse dans chacun de nos gestes.

Car peu importe le rôle que l’on a à jouer ici-bas en cette drama-comédélire humaine, jouons-le du mieux qu’on peut. Paraitrait même qu’on l’a choisi avant de venir ce dit rôle. Serait utile de s’en souvenir. Et même si ce n’était pas vrai, faisons comme si. Et ça le deviendra peut-être. Act as if disait Veeresh. Faites comme si.

Perso, la voie royale de monter au ciel et de visiter l’atmosphère néphologique consiste à chanter. Chanter allège la tête, dilate la gorge et ouvre le coeur. On peut dire n’importe quoi mais on ne peut le chanter. On ne peut que chanter le vrai. Chanter vient toujours du coeur et nous permet de respirer davantage. Chanter implique davantage le coeur que la tête car on ne peut se cacher derrière les mots quand on chante. Et le coeur sait encore mieux que la tête voyager dans les nuages. Poupoum poupoum.

On nous dit que nous deviendrons des anges éventuellement, alors préparons-nous. Élévons-nous. En chantant. Et en redevenant des chanteux de nuages.

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Tout le monde devrait s’engager à chanter, même si on fausse, car c’est la façon de travailler sur soi-même.

Quand on chante, physiologiquement, quelque chose de puissant est activé de la gorge au diaphragme : la voix coule et, petit à petit, nous sentons que nous sommes libérés des tensions et des poids intérieurs.
Que savez-vous des anges ?
Ils sont représentés comme des créatures ailées qui chantent. Tout comme les oiseaux.
L’ange et l’oiseau sont associés à l’idée de légèreté, de vol et aussi de chant.
N’est-ce pas une invitation pour nous à chanter afin de lâcher tout ce qui nous pèse ?
Combien de troubles mentaux les humains pourraient guérir en chantant !
Oui, car les vibrations de la voix ont aussi le pouvoir de dissoudre les présences obscures qui essaient de nous attraper.
Chanter est une expression de la vie.
Et quoi de plus nécessaire et vivifiant que de pouvoir se libérer de la lourde atmosphère qui nous entoure, de se lancer dans les régions où tout est harmonieux, lumineux et léger ?
– Omraam Mikhael Aïvanhov
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À force de sacrifier l’essentiel pour l’urgent, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel.
– Edgar Morin

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Et ils devinrent des reclus, des écrivains, des artistes, des sculpteurs, des danseurs, des rêveurs. Des ermites, des poètes, des peintres et des prophètes. Des intendants de l’humanité. Des croyants en l’amour. Et le monde devint silencieux et ouvrit les yeux.
Et l’humanité écouta enfin.
– Kalen Dion

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Nous l’appelons l’heure de pointe.
Pourquoi cette ruée ?
La plupart des heures de pointe sont pavées de véhicules qui rampent.
Où allons-nous ?
Et que ferons-nous quand nous y arriverons ?
Est-ce une vraie destination ?
Ou juste une pause avant la prochaine ruée ?
Peut-être est-il temps de ralentir un peu ; de se pencher un peu en arrière ;
de reconnaître qu’il n’y a aucun moyen d’atteindre la détente en se précipitant pour la trouver.
Ce qu’il faut c’est arrêter de se précipiter, d’arrêter de faire, et d’être ici, maintenant – pendant quelques instants.
Rien à faire en ce moment ;
Et nulle part où aller en ce moment.
Et tout ce qu’il faut, c’est que tu sois là.

– Subhan

(1) La néphologie (du grec ancien νεφέλη pour « brouillard, nuage » et -logie pour étude) est la branche de la météorologie qui traite de l’étude des nuages, de leurs formes et de leur classification.

N’ÊTRE / BE DOUX BE D’AOÛT

Nous sommes des actifs. Certain(e)s hyper, d’autres super. Mais en ces temps branchés de partout, nous sommes tous des TDAH multitaskant, sautant d’une chose à l’autre, jumpant d’un stimuli à l’autre.

Nous faisons toujours quelque chose. En fait je parle surtout pour moi, mais comme j’écris surtout pour vous, je nous adresse la parole et je nous inclus tous sur le même radeau. Que ceux et celles qui ne veulent voguer se sacrent à l’eau. Allo.

Et si je regarde autour, comme pour moi, ça bouge pas mal tout le temps aussi, et partout. On s’active pour un tout ou pour un rien, on fait. On scroll en masse et compulsivement. La vie défile dans nos écrans. Notre journée est rarement complète et satisfaisante si on n’a pas accomplit quelque chose de concret.

En fait, nous sommes des fous et des folles du faire. Toujours le faire en l’air.

Et pourtant. Nous allons tous et toutes finir à l’arrêt, les pieds devant, la to do list incomplète. C’est le propre d’une to do list de ne jamais finir ni se terminer. Car par définition, une to do list n’est pas quelque chose que nous sommes censés compléter. On ne fait qu’y rajouter des choses à faire, qu’on classe par ordre de priorité. Une to do list est davantage une liste de rappel de choses à faire qu’une liste de choses à compléter. Car on n’aura jamais fini.

Comme disait Yogi Berra: ce n’est pas fini tant que ce n’est pas fini.

On pourrait dire qu’être n’est pas quelque chose de l’on peut faire. Peut-être. Il n’y a rien à faire pour être. Même respirer est facultatif, ça se fait tout seul.

Être, exister, vivre et survivre; quelques nuances de vie.

Peut-être que l’on si arrête de toujours faire quelque chose, ou si on fait moins, on va enfin être, ou être plus, être mieux. Tant qu’à être, apprenons à être doux avec soi, doux comme de la soie, soyons des êtres d’août en ce mois si doux, ce mois qui commence à ralentir. Quoi que pas pour les parents toutefois.

Arrêtons de faire pour apprendre à être. Mais arrêter de faire va peut-être signifier moins d’avoirs.

Les verbes êtres, faire et avoir entretiennent une drôle d’inter relation. Ils sont liés parfois, et parfois opposés. Parfois, plus on fait plus on a. d’autre fois, plus on fait moins on est. Mais parfois c’est en faisant qu’on se réalise. Mais d’autre fois, moins on fait et plus on peut être. Peut-être.

Certain(e)s veulent surtout être, d’autres surtout faire, et d’autres surtout avoir.

Mais de façon générale, nous accélérons, et nous avons de plus en plus de difficulté àne pas faire. Mais on n’en fera pas un drame m’sieurs dames.

Car même arrêter de faire c’est faire quelque chose. On doit arrêter. Pourtant, être ne requiert aucun effort, et pourtant. Pas si simple d’être plein et content – comme dans contentement, en ne faisant rien.

Comme s’il nous manque toujours quelque chose, comme s’il fallait toujours en faire un peu plus, acquérir davantage, être autre chose que nous sommes déjà. Le simple fait d’être est un accomplissement en soi.

Même dans nos vacances, plutôt que d’arrêter, on se dépêche de s’en aller ailleurs pour aller faire quelque chose, on va se faire voir ailleurs.

Si on pouvait seulement ré-apprendre à ne rien faire, ou désapprendre à toujours faire. Me semble que la vie serait plus simple. La beauté dans le fait de vieillir est qu’avec le temps qui passe avec nous dedans, on ré-apprend à n’être, qu’à être.

C’est ce que j’aime de la méditation. Méditer c’est l’absolu du rien faire. C’est simplement arrêter, fermer le yeux et ne rien faire d’utile. On ne médite surtout pas sur quoi que ce soit comme dans l’expression commune : je vais méditer là-dessus.

Méditer ça se passe dans l’arrière scène. À l’arrêt, au neutre, sur pause, on pèse sur la clutch. Le moteur du mental continue à rouler mais on ne fait qu’observer, on relaxe, on se dégage, on se désengage. On se rend disponible pour que la vie puisse nous remplir, pour que la vie nous comble de ce vide si plein, si doux, de ce grand rien du tout.

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La paresse est une valeur humaine qui est en train de disparaître.
C’est fou ce qu’à notre époque les gens peuvent être actifs.
Que quelques amis se réunissent le dimanche pour un bon déjeuner, à peine la dernière bouchée avalée, il se trouve toujours quelqu’un pour demander : « alors.. ? qu’est ce qu’on fait ?… ».
Une espèce d’angoisse bouleverse ses traits, tant est grand son désir de faire quelque chose ; et il insiste : « qu’est ce qu’on fait ? – mais rien ! », ai-je toujours envie de répondre…
Pour l’amour de Dieu, ne faisons rien.
Restons un bon après-midi sans rien fiche du tout, ça ne suffit donc pas d’être avec de bons amis, de jouer à sentir cet invisible courant qui, dans le silence, règle les cœurs à la même cadence, de regarder le jour décroître sur les toits, sur la rivière, ou plus simplement sur le coin du trottoir ?
J’exagère sans doute.
C’est que j’aime tant la paresse, mais la vraie paresse, consciente, intégrale, que je voudrais bien lui trouver toutes les bonnes vertus.
Bien sûr, elle est comme toutes les bonnes choses, comme le vin, comme l’amour ; il faut la pratiquer avec modération. mais croyez-moi, la terre ne tournerait pas moins rond si ses habitants avaient le courage de se forcer chaque semaine à rester quelques heures bien tranquilles, sans occupation apparente, à guetter les signaux invisibles et puissants que vous adresse le monde vaste et généreux.

– Jean Renoir, 1937, via Chloé

IRE & RÉALITÉ

Aucune définition n’est plus réelle qu’une autre car il n’existe pas de réalité autre que celle que tu prétends exister. – Bashar

La réalité est un mot qui tente tellement de tout dire que dans les faits, il ne veut rien dire. En fait, il veut tellement tout dire qu’il ne peut rien dire. Trop c’est comme pas assez.

Je vous reviens plus loin pour le ire de mon titre, il n’est pas là que pour le pun (salut AG ;-).

Car la réalité des uns n’est pas celle de tous ni de toutes. Et la réalité n’est pas toute sweet, ni plus tard d’ailleurs, ni la même pour tous/tes. Celle des uns n’est pas celles des autres, encore moins celle des unes.

Un peu à l’image de sa soeur jumelle, la vérité. LA réalité n’existe pas dans l’absolu, et LA vérité non plus. Même si on leur met des majuscules au début. Voyez: Vérité et Réalité. Pas plus vraies ni réelles. Et on pourrait même ajouter le concept de Dieu car jamais 203. Au moins.

Aucun autre concept que Dieu n’a justifié autant de persécution, de morts, de barbarie de chicanes de mots sacrés. Tout ça au nom de l’amour. Tiens, jamais 304.

Combien de personnes ont juré, une main sur un livre qu’ils/elles n’ont pas lu et l’autre main en l’air, de dire la vérité, toute la vérité, juste la vérité, je le jure ? En cour, pas rare que les vérités de contredisent, s’attaquent et s’opposent, en particulier de la part des mots dits experts. Au nom de la justice. Jamais 405.

Par exemple, en science fondamentale, la réalité évolue, elle change, elle se métamorphose, elle se cherche mais se trouve rarement. Et lorsqu’elle se trouve, ce n’est jamais pour longtemps. Alors qu’en science privée, la recherche se contorsionne à des fins de développement, lire mise en marché et profits.

Souvent quand on veut trouer la vérité, on la trouve mais elle s’impose, elle se force. Phony vérité, funny vérité. Vérité de pacotille.

Par exemple, si l’on croit que Dieu existe, il existera. Surtout si l’on veut croire qu’Il – ou Elle – existe. Voyez comme c’est complexe ? D’Oedipe même. Si on veut que ça existe, ça existera. Jusqu’à preuve du contraire.

Comme le Père Noël, parent avec Dieu il parait, qui finit par ne devenir qu’illusion dans la vie des enfants. Croyance dépassée. On peut affirmer ne pas croire en une forme de Dieu mais reconnaître qu’un liant universel puisse exister. Le concept de Grand Esprit me semble plus soft. Car tant de Dieux pour lesquels on se tue à tenter de se prouver les uns aux autres.

La réalité n’est pas ce que l’on voit de nos yeux, elle est ce que l’on voit en fonction de ce l’on croit voir. Et l’on voit ce que l’on croit. Faut-il le voir pour le croire, ? ou le croire pour le voir ? telle est une des nombreuses questions aux choix de réponses multiples. Ou comme dans nos examens préférés, de toutes ces réponses. e) en général

On fait si souvent dans le général alors que la vie s’incarne toujours dans le particulier, et dans la particule hier. Si la réalité, la vérité et Dieu – oh j’oubliais l’amour – flirtent tous avec le général, foi de capitaine bonhomme, c’est dans les détails que son chum de gars, le Diable, a décidé de se cacher. Pas fou lui.

Je me demande souvent ce que les animaux perçoivent comme réalité eux de leur côté. Elle doit être plus directe que la nôtre, moins crue. Cui cui et cervelle d’oiseau, heureux les simples du Grand Esprit . Ou je devrais dire que les nôtres, réalités I mean. Et je ne parle pas ici de la réalité végétale ou minérale qui doit être minime et épurée à sa plus simple expression. Ou tellement complexe qu’on ne peut que la sur simplifier. Élémentaire mes chers Watson.

Et je ne parle même pas de la Raëlité. Ovni patente.

Et le Ire là-dedans ?

Tout d’abord, mot de trois lettres qui signifie colère. Et mis devant réalité, le vire à l’envers.

Et souvent, en fonction de notre perception de la réalité perçue, on se met en Criss – fils de Dieu – après la vie, et on la considère injuste. C’est certain que lorsque l’on voit ce qui se passe en Palestine notamment ces jours-ci, mais pas que là, la réalité semble injuste et on a tendance à devenir en colère. Moi le premier.

Mais la dite réalité est tellement complexe et compliquée et repose sur des enjeux et des croyances ancestraux et archaïques. On a beau vouloir agir devant le massacre d’innocents, notamment des enfants, que peut-on faire concrètement ?

La question se pose. Mais au moins ne pas oublier notre réalité, si douillette, et conserver notre part d’humanité pour ressentir de l’empathie et de la compassion. Et questionner sans cesse nos croyances car ce sont elles qui déterminent notre réalité. Et souvent la mine, mine de rien.

Jusqu’à l’infinie indéfinition.

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La Vérité : de la théorie à la pratique

La vérité est un problème philosophique, mais c’est aussi un problème pratique. Car une vérité n’est pas complète tant qu’on s’en tient au plan de l’intellect, de la pensée. Pour qu’elle soit complète, il faut la faire descendre dans le plan du sentiment, et plus bas encore dans celui de l’action. Théoriquement, intellectuellement, chacun peut être prêt à admettre une vérité : tant qu’il s’agit de théorie, cela n’engage pas à grand-chose. Mais il faut qu’il accepte ensuite cette vérité dans son cœur, et qu’il arrive enfin à la concrétiser par des actes. Et alors là, quelles difficultés ! Prenons un exemple très simple.

Théoriquement, il est assez facile d’admettre comme vérité que tous les hommes sont frères. Mais avoir pour eux tous des sentiments fraternels, c’est déjà beaucoup plus difficile. Quant à agir fraternellement quelles que soient les personnes et les circonstances, alors là, c’est la chose la plus difficile au monde et, il faut le reconnaître, la moins bien réalisée.

Quand on leur explique ce qui est juste et bon, combien de gens disent : « J’ai compris, j’ai compris… » mais ils agissent ensuite contrairement à toutes les lois de la justice et de la bonté, parce qu’ils n’ont pas conscience que le cœur doit aussi dire son mot et la volonté se mobiliser pour réaliser. Or, toute idée qui n’est pas réalisée est presque inutile.

Lorsqu’on nourrit une pensée juste, on doit arriver à l’aimer suffisamment pour vouloir agir en conformité avec elle.

– Omraam Mikhaël Aïvanhov

D’EGO RYTHME À BPM

Ultimement, nous faisons tous face à la mort.
Mais d’ici là, prenons soin de ne jamais blesser un coeur humain.
– Rumi

Je ne sais pas si elle est vraiment de Rumi celle-ci car de nos jours vous savez. Mais ça constitue un bel objectif de vie à atteindre je trouve : Ne jamais blesser un coeur humain.

Ni le sien, ni un autre. Car de toute façon il n’existe qu’un seul et même coeur et que ce soit le nôtre ou un autre, c’est toujours le nôtre qu’on blesse si et quand on blesse un coeur, même s’il semble appartenir à quelqu’un d’autre.

Un seul et même coeur dont nous partageons tous et toutes un ptit bout dans nos cages thoraciques respectives. Et même si certains battent plus vite que d’autres, d’autres semblent plus grands que d’autres, au final, c’est la symphonie humaine qui prend place. Si on a l’oreille pour l’entendre. L’oreille absolu. L’oreille du coeur.

Ça peut arriver qu’on égratigne l’amour propre d’autrui si la situation le requiert car honnêtement, certains le méritent. On peut aussi parfois signaler certains abus de personnalité de la part d’autrui. Car on a beau, chacun chacune, être tous et toutes le même grand coeur qui bat, divisé en des milliards de petits corps différents, et faire partie de la grande famille humaine, nous sommes aussi de drôles d’énergumènes sur deux pattes à l’occasion.

On a appris toutes sortes de stratégies pour survivre, pour obtenir de l’attention, pour se faire voir, pour se démarquer. On s’est tous développé et bâti une personnalité car on en a besoin pour survivre dans le monde. Pas de problème avec ça. On s’est tous fait une tête à propos de différents sujets. Mais il ne faut pas que ce soit ça qui mène notre vie.

Et on ne doit jamais perdre son coeur de vue. C’est le lieu du dépôt de Dieu en soi. On dit que c’est là que le Grand Esprit a élu résidence en chacun et chacune de nous. Et ça inclut les animaux, ainsi que les minéraux et les végétaux même la forme de leur coeur diffère. Tous du même coeur.

Certains sont déterminés à survivre sans considérer l’état du monde. Certains sont motivés par l’appât du plus grand gain davantage que par le bien du plus grand nombre. Grand bien leur fasse mais face à la mort, cela sera bien futile. L’avarice et la recherche de profits à tout prix ne font que cacher une grande peur du vide et du rien, une immense insécurité. Et comme disait Georges Carlin :

Le coeur est ce qui nous relie, ce qui nous rallie dans cette course folle dont personne ne sortira vivant, de corps du moins. Nous sommes tous et toutes des coeurs in the human race. Les drapeaux ont beau être de différentes couleurs, chaque humain est unique et semblable dans sa différence.

Et comme disait Osho: only losers can win this game. Et il ne parlait de choses matérielles.

Switchons de l’ego au coeur, de l’egorythme au rythme du coeur. Passons de la tête au coeur et développons notre coeur au ventre.

On dit qu’on va finir par tout perdre et qu’on ne peut conserver éternellement que ce l’on aura donné.

Alors donnons de l’amour, donnons tout ce que nous avons, ouvrons nos coeurs et prenons soin de la planète tous et toutes ensemble, en commençant par ceux et celles qui ont le plus besoin. Prenons soin des enfants. Peut-être que les marchands de guerre comprendront un jour. En attendant, pendant que nous tournons tous en rond en cette grande human race, même eux gardons-les dans notre coeur car ce sont eux qui en ont le plus besoin. Vroum Vroum.

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J’aimerais lutter contre cette idée qu’il faut être un Gagnant.
Qu’est-ce qu’un Gagnant ?

C’est un fabricant de perdants.
Et je n’ai pas le droit de fabriquer des perdants.
Par conséquent il faut, dans toutes les structures et en particulier à l’École, dire aux enfants : «J’espère que tu ne seras ni un gagnant, ni un perdant.

J’espère que tu vas dépasser cette idée d’un palmarès qui n’existe pas».
Un palmarès, c’est absurde.
En tant que biologiste, et même mathématicien, je sais que vouloir rétablir un palmarès, c’est aller contre la logique.
Je ne suis pas meilleur que vous. Je peux être plus grand, plus petit, plus rapide… mais pas meilleur que vous, globalement.
Je suis différent.
Et par conséquent, il faut dire aux enfants : «Ne soit jamais premier. N’accepte pas une Société raisonnant comme ça, car elle serait stupide».
C’est d’ailleurs pour ça que je lutte contre la Formule 1.
C’est magnifique que Renault ait gagné. Mais réfléchissez, c’est ridicule…
Pourquoi faut-il dépenser tant d’argent pour tourner en rond le plus vite possible ? »

– Albert Jacquard, sur France Culture en 2007

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Un enfant naît avec sept dons naturels

Le premier est l’innocence, le second est l’ouverture d’esprit, le troisième est l’imagination, le quatrième est la confiance, le cinquième est une passion pour la vie, le sixième est la compassion pour la vie, le septième est le courage.

Voilà les dons que le monde tente de dérober à chaque enfant, en les remplaçant par sept traits inférieurs comme la culpabilité, l’étroitesse d’esprit, le conformisme, le doute, l’apathie, l’insensibilité et la peur.

J’ai découvert la face sombre de l’humanité quand j’étais encore enfant, lorsque j’ai vu assommer un bébé phoque pour la première fois. Mais j’ai aussi eu la joie de voir les baleines et de nager au milieu des castors, des dauphins, des phoques et des poissons.

Mon enfance m’a donné pour toute ma vie l’amour des autres créatures et de la nature, et pour toute ma vie aussi la passion de défendre et protéger. Elle m’a aussi fait entrevoir les choses auxquelles je ne voulais pas prendre part. Lorsque j’étais enfant, je me disais que je ferais cesser le massacre des phoques et que je protégerais les animaux sauvages.

Mes expériences enfantines ont modelé mon évolution en tant qu’adulte, et je n’ai jamais perdu cette innocence, j’ai gardé un esprit ouvert, nourri mon imagination et conservé ma confiance, ma passion et ma compassion, et renforcé mon courage.

Les livres que j’ai lus, les oiseaux dont le chant m’a émerveillé, les animaux que j’ai vus, les grands professeurs que j’ai écoutés et l’amour qui emplissait constamment mon cœur m’ont gardé sur la voie de la compassion.

Chaque enfant a le potentiel pour la grandeur, et cette grandeur peut être nourrie simplement en ne renonçant pas aux sept vertus positives pour les remplacer par les sept traits négatifs.

Les rêves d’un enfant peuvent se réaliser s’il ne perd pas les sept dons naturels qu’il reçoit à la naissance. Le secret est simple. Suivez votre cœur, et souvenez-vous que votre cœur n’a jamais tort.

Capitaine Paul Watson

MONDE DE NOMBRILS DU MONDE

Tu peux accorder beaucoup d’importance à ta naissance, à ta vie et à ta mort, mais pour la Terre Mère, ce n’est qu’un processus de recyclage. – Sadhguru

Tiens toi, un peu d’humilité dans notre dash à matin. Car au fond, tout à fait le cas.

Et en même temps, lorsqu’on va disparaître, peut-être que tout ce qui existe présentement va aussi disparaître du coup. Pouf ! comme par magie, plus de soi, plus de monde. On peut bien imaginer que le monde va nous survivre, mais on ne sera plus là pour le savoir. Ou peut-être le sera-t-on.

Lorsque notre coeur cessera de battre au diapason du grand beat, et que notre respiration cessera, que notre cerveau sera mis à off, notre corps sera soit incinéré ou enterré. Mais où donc ira ce ptit bout de conscience qu’on nous a prêté pour ces quelques années ? La question se pose, se repose, et se dépose. Qui mourra verra.

D’une part, nous ne sommes qu’un tout petit canal de réception par lequel se vit le monde, par lequel l’univers se perçoit. Un tout petit poste de radio qui syntonise la canal de la matrice créatrice. Avec nos filtres et notre grichage et nos propres distortions cognitives et perceptuelles personnelles.

De l’autre, nous ne sommes qu’un petit maillon relativement insignifiant dans une chaîne humaine et vivante infiniment grande. Et quand on disparaitra, le monde continuera de tourner sans broncher, à part les remous chez quelques-uns de nos plus proches.

On part habituellement de soi, avec note nombril comme centre du monde, et on projette vers le monde. Mais si c’était de l’autre sens que ça marchait ?

Nous avons vécu avec la présomption que ce qui est bon pour nous est bon pour le monde. Mais nous avions tort. Nous devons changer nos vies pour vivre pour adopter une autre perspective, soit que ce qui est bon pour le monde sera bénéfique pour nous. Mais cela requiert de faire l’effort de connaître le monde et ce qui lui est bénéfique.
– Wendell Berry

Alors plutôt que de se considérer comme le nombril du monde, MOI et le monde, on pourrait virer ça de bord, et voir globalement le monde, puis chacun(e) de nous dedans, soi seulement un parmi les autres. Se tasser du chemin, et se considérer comme ce que nous sommes fondamentalement, comme des fleurs du monde, non comme ses maîtres ou ses créateurs/trices.

Des fleurs qui ne font que passer, et qui faneront éventuellement. Des fleurs qui doivent contribuer au bien du grand jardin, comme du plus grand nombre, et non pas se considérer strictement comme un(e) bénéficiaire. Plutôt que comme un(e) esclave de la vie, au service de cette vie, ici pour servir le bien du plus grand nombre.

C’est ce à quoi ressemble l’humilité on dirait bien.

HUMILISANTE VIE

La vie vous rend humbles. En vieillissant, vous arrêtez de chasser les grandes choses et commencez à apprécier les petites choses. Du temps en solo, assez de sommeil, de la nourriture saine, et du temps de qualité avec les êtres aimé(e)s. La simplicité devient le but ultime. – Anonyme

Je ne sais pas de qui est cette citation. Pas plus que je n’aurais pu penser moi-même écrire quelque chose de tel auparavant, plus jeune, intrépide et plus fringuant.

Mais avec les années qui nous passent dessus et dedans et qui nous rendent parfois sans dessus dessous, on peut commencer à assumer le poids des années et oser envisager incarner ces mots.

Car la vie est un grand papier sablé. Au début le grain est gros, décapant, rough. Et les leçons grandes, les couches importantes. Et au fur et à mesure des saisons et des années, le polissage s’affine et s’adoucit.

L’humilité est un drôle de mot qui n’a pas comme tel de verbe. Humilier n’est pas le terme juste. La vie ne nous humilie pas, elle nous rend humble. C’est nous qui devons prendre la décision de devenir humble, et faire la job de finition, qui n’est jamais finie. La vie ne nous humilie pas, elle ne fait que nous retirer notre arrogance et notre croyance de séparation. Elle nous redonne notre modestie.

En fait, humilité découle du terme latin humus qui signifie le sol, la terre. C’est la conscience de notre retour à la source de la création qui nous rattrape au fil du temps qui passe.

À mon humble avis 😉 on ne peut pas vouloir devenir humble car cela serait prétentieux. On ne peut que le devenir, à force d’épreuves et de compréhension, d’expérience et de compassion. L’humilité ne s’acquiert pas, c’est plutôt l’arrogance qui se perd, qui nous quitte avec les défis de la vie, et le temps qui passe. À l’image de la pièce de bois polie qui a perdu son gros grain à force de temps et de soin. La finesse s’acquiert lentement.

Graduellement, la vie nous apprend que nous retournerons à la terre éventuellement. Ou que nous partirons en fumée. Que toutes nos possessions ne sont pas nôtres et que nous devons apprendre éventuellement à les laisser aller, à lâcher le morceau de vie qu’on nous a prêté.

Avec les années, on perd des proches et ces leçons nous enseignent le détachement et la lucidité du temps qui passe. En général, ce sont nos grands-parents et nos parents qui partent en premier, mais parfois des plus jeunes aussi, ce qui nous éveille à l’imprévisibilité, comme à notre propre départ possible n’importe quand. D’ailleurs on dirait qu’avec les réseaux sociaux, nous sommes davantage en contact avec la mort, on la voit plus, on la constate davantage. On l’a dans face.

Avec le temps qui passe, les gens passent aussi avec lui. Puis le corps se fragilise et nous fait prendre conscience du temps qui le forge, qui le façonne, le sculpte, le traverse.

Un jour, nous prendrons notre dernier repas, sentirons notre dernière fleur, nous donnerons la dernière accolade à un(e) ami(e).

Et nous ne saurons pas que ce sera la dernière fois, c’est pour cela que l’on doit faire tout ce que l’on fait par amour et avec passion.

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L’humilité est le symbole de la noblesse
– Mestre Conselheiro Luiz Mendes, Santo Daime

PETIT DIMANCHE DE RIEN DU TOUT

Je suis en solo pour quelques jours.

Ma douce est partie, pas de cérémonie, du gris et un peu de pluie.

Rien au programme, que du vide et du calme.

Qu’une chatte à nourrir et à flatter, un rythme ralenti pour se reposer.

Passer du temps seul, c’est prendre de ses nouvelles, quelle belle expression.

Prendre de ses propres nouvelles. Pas celles du monde, que les siennes.

Car le monde fait des siennes. Et on finit pour s’oublier si on s’occupe trop de lui, si on ne s’occupe que de lui. Alors se démêler de ses propres affaires. Laver son linge sale sans famille. Faire de l’ordre. Trier, dénouer, ralentir. Hors du bruit, full silence.

Un dimanche de pluie pour ne rien faire, pour faire rien, non, pour ne même pas faire rien. Que se laisser être et flotter lousse dans l’existence. Sur une boule bleue et verte qui tourne dans le vide sidéral.

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Notre soif d’expériences est une résistance au simple fait d’être ici, maintenant.

C’est le bourdonnement de l’avion.
Le brouillard.
Le vent souffle doucement, la pluie goutte à goutte, respire, bourdonne, palpite, s’ouvre, se ferme, rien du tout…
C’est un tel soulagement de réaliser que nous n’avons pas besoin d’être quoi que ce soit…
Quelqu’un a demandé plus tôt s’il était possible de se laisser tomber.
Il n’y a rien de tel que quelqu’un qui se laisse tomber.
Qui laisserait tomber quoi ?

– Toni Packer via Joan Tollifson

QU’ICI QU’ICI

Votre système d’éducation vous a empêché d’apprendre à vivre dans le moment car on vous a préparé à vivre dans l’avenir, plutôt que d’être vivant(e) maintenant. – Alan Watts

Dans la vie on s’en va toujours à quelque part.

On se prépare toujours pour plus tard.

On s’en va toujours ailleurs.

Nous sommes toujours en chemin.

Vers où ? Vers ailleurs.

Pourtant.

Lorsque tu arrives là-bas, ce n’est encore qu’ici..
– Proverbe Zen

Ailleurs n’existe pas. Ailleurs est un pays imaginaire. Comme Alice, au pays des Merveilles.

Ailleurs est comme plus tard. C’est le même pays en fait. Un endroit pour lequel on se prépare tout le temps mais qu’on atteint jamais. Qu’on ne pourra jamais atteindre.

En fait si ailleurs et plus tard n’existent pas, et que n’existent qu’ici et maintenant comme le veut le dicton, même ces deux concepts sont très volatiles et un peu flous.

Car dès que maintenant est vécu, réalisé, il est déjà parti et plus tard a pris sa place. Qui cède sa place lui aussi à l’instant suivant et ainsi de suite sans fin et sans cesse. Un colliers de moment présent qui s’effiloche, un sablier sans fond et sans fin.

Maintenant n’est qu’une suite de moments furtifs qui passent et ne repassent jamais. Comme des puffs de vie qui s’évaporent, avec des ptits bouts de nous dedans.

En effet Mr Watts, on ne nous a jamais enseigné à vivre le moment. Dès notre plus jeune âge, on doit apprendre à prépare son avenir, à savoir ce que l’on va faire quand on va être grand et grande. Mais la joke c’est qu’on est jamais grand ni grande, car on finit par rapetisser et redevenir un enfant.

Ainsi, apprendre à aller à quelque part tout en restant ici et présent est tout un art. Car de par notre nature d’humain(e) être social, on doit beaucoup faire pour gagner sa vie et payer ses comptes. On se trouve souvent pris dans le tourbillon de la vie ordinaire.

Se laisser porter par l’instant présent est également tout un art. Le plus grand art qui soit peut-être. Qui prend toute une vie à apprendre à maîtriser. Et encore. Parait que même à la mort certains résistent.

Ne faire qu’une chose à la fois, sans but autre que celui de faire ce que l’on fait.

Ou ne rien faire qui est le même art poussé à son paroxysme. Qu’être. Et observer, sentir, accueillir.

Et continuer.

Et si on a pas fini aujourd’hui, on continuera demain. Ou le surlendemain. Ou bien jamais.

Fin 😉 finnaud