Archives pour la catégorie Non classé

PEUR, PERTE ET VÉRITÉ

Il existe quatre choses dans la vie qui vont te transformer: L’amour, la musique, les arts et la perte. Les trois premiers vont te garder sauvage et passionné.e. Puisses-tu permettre à la perte de te rendre brave.
– Erin Van Vuren

La peur est l’un des plus puissants moteurs de vie. Soit on a peur d’elle, et elle nous fige, elle se fige en nous et nous paralyse. Soit on la fait sienne, et on fait avec.

Au coeur de la vie il y a la peur. Et son fidèle et inséparable compagnon, le courage.

Oui, la vie est épeurante, vertigineusement, viscéralement.

Épeurante dans son imprévisibilité, dès la naissance, mystérieuse et inexpliquée, qui nous catapulte dans une existence nouvelle et inconnue, et ce jusqu’à la mort. Cette vie qui nous donne tout, mais qui nous prendra et reprendra tout aussi. Cette vie qui nous alimente et qui nous soulagera éventuellement de tout le matériel dont on s’entoure, jusqu’à la perte ultime de notre propre corps, ce véhicule de chair qui nous permet de percevoir la vie, de la laisser passer et de toute la ressentir.

C’est peut-être à cause de cette vaste peur que nous tentons de nous rassurer avec toutes sortes d’affaires, dont des gens, mais aussi des croyances et des concepts avec lesquels on essaie de se sécuriser, de trouver raison et repères devant l’inconnu.

Mais éventuellement on échouera. Car la vie est surtout, et par dessus tout, insécurité, apprentissage de détachement et pertes multiples : déchéance du corps malgré l’âme qui voit tout, perte graduelle de nos êtres les plus chers, comme de tous nos biens, et aussi de nos illusions.

Épeurante dans sa dureté aussi la vie. Quand on regarde notamment ce qui se passe à Gaza, ou en Ukraine, à Haïti ou en Afrique, ou plus près chez l’oncle Sam, on réalise que certains humains sont plus durs les uns envers les autres qu’aucun animal ne peut l’être. On dit d’ailleurs que l’homme est le plus cruel des animaux. Serait d’ailleurs temps de donner le pouvoir aux femmes – gardiennes de la vie – et aux enfants, mais autre histoire que celle-ci.

Épeurante dans notre implication la vie. Car la vie est en nous, dans nos tripes, et nous sommes en elle par chacune de nos respirations. En lien avec tout le reste. Nous sommes la vie, bande passante temporaire, inexplicable, inévitable malgré nos tentatives de fuite. Car la vie se passe au-delà des mots. La vie bat, la vie est animale, elle coule dans nos veines, pulse dans notre coeur se meut par notre chair.

Si l’amour, la musique et les arts nous donnent le jus pour nous garder vivant.e.s et un peu sauvages, nous permettant d’avance et de faire sens de ce grand chaos, la perte nous ramène à notre plus profonde impression. Celle d’être des passagers, relativement impuissant.e.s devant l’immuabilité de notre destin d’êtres mortels.

Riding the human race.

La vie a passé, elle passe et continuera de passer, et nous, avec nous dedans, et autour aussi. Avec elle et avec tout, en tout, et en dépit de tout. La vie vient et la vie va.

Alors devant la peur, dans la peur, il nous fait apprendre le courage, cette force du désespoir qui émane directement du coeur, de l’action pure, de notre humanité. Celle qu’on apprend avec le temps qui passe et qui nous aide, et nous force, à s’impliquer et à nous détacher, cette pulsion de vie qui nous apprend à tout perdre.

Qui perd gang ?

Malgré la peur – ou avec elle ? – aimer pour trouver le courage.

En pensées avec tous les peuples en guerre qui apprennent la perte à la dure.

___
Le Secret de Ceux qui n’ont Plus Peur

Ils marchent lentement.
Ils ne s’agitent pas.
Ils n’ont pas besoin de se défendre, ni d’impressionner.
Ils ont vu quelque chose.
Pas avec les yeux,
Mais avec l’âme nue.

Ils savent que la perte n’est pas la fin,
Que le vide n’est pas l’ennemi,
Que la mort n’est pas un mur, mais une porte.
Ils ont traversé la nuit,
Et dans l’obscurité,
Ils ont trouvé la lumière
Qu’on ne voit qu’en fermant les yeux.
Ils n’ont plus peur
Parce qu’ils ont cessé de s’accrocher.
Ils ne possèdent plus rien,
Et c’est ce qui les rend invincibles.

Celui qui n’a plus peur a vu la vérité,
Il n’est plus attaché à ce monde…
Son silence est une force, son regard apaisé,
Il est déjà parti, ne laissant qu’une intention pure.

Un jour, un soufi m’a dit :
« Le secret, c’est d’accepter de tout perdre avant que la vie ne te l’arrache.
Et de sourire quand même.
Ceux qui n’ont plus peur
Ont aimé plus fort que la peur.
Et c’est pour ça
Qu’ils sont libres. »


Tu veux ce calme profond ?
Ce détachement paisible ?
Alors ne cherche pas à vaincre la peur.
Aime au point qu’elle n’ait plus de place.
Et tu verras :
Ceux qui n’ont plus peur
Ne sont pas devenus forts.
Ils sont devenus vrais.

– Belkacem Bouasria, Ouldabderrahmane, via Nancy Vallée

DE BREBIS ET DE SERPENTS

Tu n’atteins pas la paix en maudissant la guerre; tu arrives à la paix en aimant la paix. La haine ne fait que renforcer les choses que tu dis ne pas préférer. Sois la paix, vis la paix. L’amour, l’amour inconditionnel va transformer le monde entier en un clignement d’oeil. Amour INCONDITIONNEL pour tout. – Bashar

Beaucoup de matière à haine ces jours-ci dans tous les écrans du monde. Plusieurs personnes à première vue détestables posant des actions détestables.

Mais peut-être que le test ultime consiste à conserver notre coeur pur, notre coeur de brebis dans ce monde de serpents, et à aimer, du moins accepter, reconnaître ce qui est pour ce que c’est, ce que l’on voit se dérouler sans tomber dans la haine et le mépris. Pas trop du moins 😉

Car certaines personnes ne semblent que pouvoir jouer leur propre rôle dans ce grand film de série B qui se déroule sur les écrans du monde et qui tend davantage vers le Z que le B. Ah ah ah !

Et certains acteurs de ce grand film semblent sur terre pour jouer le rôle qu’on leur a attribué à la naissance. Certains courent après l’or (jusqu’aux toilettes), après l’illusion de pouvoir, après l’attention médiatique. Tant mieux pour eux s’ils y arrivent. De toute façon, on court tous et toutes après quelque chose: que ce soit l’humilité, la simplicité ou l’illumination, ou bien après l’importance des médias, les caméras et l’apparence de bonheur ou de pouvoir. Chacun.e ses carottes.

Comme l’affirme Bashar, on ne sera jamais en paix en maudissant la guerre, ni ceux qui la veulent et la vendent. On ne peut que prendre acte, prendre note et laisser passer les réactions que ça suscite. Et être de tout coeur avec ceux qui la subissent car nous sommes impuissant.e.s à y mettre un terme. Pour le moment.

Comme faire confiance que ce qui se déroule dans le monde est ce qui doit s’y passer puisse que c’est ce qui s’y passe, qu’on aime ou pas. Même si parfois ça nous enflamme de rage. Essayons de transformer cette rage en acceptation, puis en amour. Gros contrat je sais. Mais quel autre choix a-t-on ?

Accepter d’être une brebis, plutôt qu’un serpent.

___
Une serpent a mordu une petite brebis au visage.
Elle a ressenti une douleur profonde et son visage a beaucoup enflé.
La haine que le serpent ressentait envers la brebis était telle que lui faire du mal lui procura du plaisir.
Mais le serpent ignorait le type de sang qui coulait dans les veines des brebis.
L’antidote contre les serpents est souvent élaboré à partir du sang des brebis.
Leur sang détruit le venin du serpent.
La brebis ne s’est pas arrêtée.
Elle a continué à manger, à boire, à se promener, remplie de bonheur dans les champs,
Parce qu’elle savait qu’elle allait s’en sortir.
Pendant ce temps, le serpent observait avec jalousie depuis son coin, cherchant un moyen d’attaquer à nouveau.
Il ne supportait pas de voir la brebis sourire.
Il ressentit une telle amertume, qu’il finit par devenir victime de son propre venin.
Ne t’inquiète pas pour le serpent, ni pour sa morsure,
Assure-toi seulement que le sang de l’Agneau coule dans tes veines.
Tout comme le serpent, certaines personnes seront dérangées par ta lumière,
Par ton attitude face à la vie, par ta force,
Elles envieront tes possessions ou seront simplement agacées par ta manière d’être.
Les raisons importent peu — cela échappe à ton contrôle.
L’attitude négative des autres peut faire mal,
Mais ne laisse pas le venin de leurs paroles ou actions contrôler ton bien-être.
Il ne s’agit pas d’ignorer la douleur, mais de la reconnaître et de décider qu’elle ne te définira pas.
Tout comme la brebis a eu besoin de quelques jours pour guérir.
Quand tu traverses une situation difficile ou que tu reçois une attaque, accorde-toi une pause pour digérer, ignorer ce qui est mauvais, ou te défendre si nécessaire.
Mais n’investis jamais ton temps dans la haine.
Cultive la paix et poursuis ton chemin,
Sachant que, quoi qu’il arrive, tu iras bien, comme la petite brebis.
N’oublie pas que l’antidote est en toi.

– Auteur Inconnu
___
Sans ce monde, nous ne pouvons atteindre l’éveil.
Sans ce monde, il n’y aurait pas de voyage.
Rejeter le monde reviendrait à rejeter le fondement et le chemin.
Toute notre histoire passée et toutes nos névroses sont, d’une certaine manière, liées aux autres.
Toutes nos expériences sont, fondamentalement, basées sur les autres.
Tant que nous avons le sens de la pratique, que nous comprenons que nous avançons sur le chemin, chacun de ces petits détails, qui nous semblent être des obstacles, devient un élément essentiel du chemin.
Sans eux, nous ne pouvons rien atteindre du tout : nous n’avons aucun retour d’information, nous n’avons rien sur quoi travailler, absolument rien.
Ainsi, en un sens, tout ce qui se passe dans notre monde, toutes les irritations et tous les problèmes, sont cruciaux.

– Chogyam Trungpa Rinpoché

CYNIQUEMENT DÉCONNECTÉ.E.S

Entre un stimuli et une réponse, il y a un intervalle. Et dans cet intervalle se situe notre capacité de choisir notre réponse. Et selon la qualité de notre réponse se trouve notre croissance et notre liberté.

Nous ne sommes peut-être pas cliniquement morts, mais nous sommes cyniquement handicapé.e.s socialement.

À force de percevoir le monde à-travers des écrans, en le vivant par médias interposés, nous finissons par nous désensibiliser, par perdre le contact avec le vrai monde.

Nous nous protégeons des horreurs qu’on nous rapporte dans les médias par la méfiance, le cynisme, l’arrogance et l’insolence. Et ensuite on a tendance à généraliser et à projeter le mal sur tout le monde. On finit par oublier que la majorité du monde est bon, que la plupart des personnes sont gens de coeur.

Comme plusieurs de nos rapports sociaux passent désormais par un clavier et un écran, nous sommes en train de devenir des avatars, des mots sans corps, des images sans vie. Nous nous dématérialisons, nous nous déhumanisons lentement mais inévitablement.

Essentiel alors de garder un contact régulier avec la nature, avec la matière, avec du vrai monde. Pour échanger des expressions faciales, des vibes humaines, des émotions 3D incarnées plutôt que de seuls emojis cannés.

À force de voir les horreurs du monde et les messages en canne de tant de politiciens qui ne résonnent plus rien de vrai, on finit par se couper, par s’emmurer, par perdre notre capacité de répondre. Et on réagit par automatisme.

Car comment vivre en paix dans un monde en guerre ? En sachant que des enfants sont bombardés à tous les jours ? Que des gens sont affamés intentionnellement ? Que des territoires entiers sont démolis et des peuples évacués ?

On fini par se créer un mur de protection, une chape de cynisme, une armure d’arrogance qui nous coupe du monde, et qui nous fait vivre dans notre tête, coupée.s. de notre coeur et de notre humanité partagée.

De retour de la tête au coeur.

___
Vous avez raison de vous inquiéter de votre cynisme croissant et vous devez agir pour vous protéger et protéger votre entourage, en particulier vos enfants.
Le cynisme n’est pas neutre et, bien qu’il ne nous demande presque rien, il est hautement contagieux et incroyablement destructeur.
À mon avis, c’est le mal le plus courant et le plus facile.
Je le sais car j’ai passé une grande partie de mon enfance à mépriser le monde et ses habitants.
C’était une attitude à la fois séduisante et complaisante.
En vérité, j’étais jeune et je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait.
Je manquais de connaissances, de clairvoyance, de conscience de moi-même.
Je ne savais tout simplement pas.
Il a fallu une catastrophe pour m’apprendre la valeur de la vie et la bonté fondamentale des êtres humains.
Il a fallu une catastrophe pour révéler la précarité du monde, de son âme même, pour comprendre qu’il criait à l’aide.
Il a fallu une catastrophe pour comprendre l’idée de valeur mortelle, et il a fallu une catastrophe pour trouver L’espoir.
Contrairement au cynisme, l’espoir est durement gagné, exigeant et peut souvent sembler l’endroit le plus indéfendable et le plus solitaire au monde.
L’espoir n’est pas non plus une position neutre. Il est conflictuel.

C’est l’émotion guerrière qui peut anéantir le cynisme.
Chaque acte rédempteur ou aimant, aussi insignifiant soit-il, comme lire une histoire à votre petit garçon, lui montrer un objet que vous aimez, lui chanter une chanson ou lui mettre des chaussures, maintient le diable au fond de son trou.
Il affirme que le monde et ses habitants ont de la valeur et méritent d’être défendus.
Il affirme que le monde mérite qu’on y croie.
Avec le temps, nous finissons par comprendre qu’il en est ainsi.
~Réponse de Nick Cave à un lecteur de « The Red Hand Files »
Numéro 190 / Avril 2022

___
Il faut bien comprendre ceci : la haine a besoin de votre inconscience.
C’est là qu’elle puise sa force, et c’est là qu’elle se nourrit.
Alors, ne faites rien contre la haine, agissez simplement sur votre conscience.
Prenez davantage conscience de vos actes, de vos pensées, de vos humeurs – de tout ce qui se passe.
Un être conscient n’est ni haineux ni aimant.

– Osho

___
L’attitude est primordiale.
Les attitudes négatives nient la vie.
Il est bon de mourir, mais pas de vivre.
La vie a besoin d’attitudes positives.
La vie s’en nourrit.
Car elles rendent non seulement heureux, mais aussi créatif.
Il était une fois une vieille femme, mais plus elle vieillissait, plus elle se sentait jeune.
Car la jeunesse n’a rien à voir avec l’âge.
C’est une attitude.
Et avec l’âge et sa richesse, on peut vraiment être plus jeune que les jeunes.
La vieille femme était si joyeuse et créative que tout le monde l’admirait.
« Mais vous devez avoir des nuages ​​dans votre vie », dit un visiteur.
« Des nuages ?» répondit-elle. « Pourquoi, bien sûr ? S’il n’y avait pas de nuages, d’où viendraient les averses bénies ?»
En présence de difficultés, et il y a des difficultés dans la vie, l’esprit positif se fait pousser des ailes, mais d’autres achètent des béquilles.
Poussez des ailes et n’achetez pas de béquilles…
– Osho

ART HUMAIN

Le monde est violent et cyclique – il fera ce qu’il veut de toi. Nous ne sommes épargné.e.s que par l’amour investi dans le type d’art que nous choisissons de partager: être parent, écrire, peindre, être un.e ami.e. Nous vivons dans un monde qui brûle sans cesse et ce que nous devons protéger, toujours, c’est l’amour.
– Tennessee Williams

Merci cher Tennessee !

Oui, le monde est violent et cyclique et il fera ce qu’il veut de toi, si tu le laisses faire. Si tu réagis plutôt que de répondre. Si tu vis à partir d’en dehors de toi, pour les autres, si tu le suis plutôt que d‘être.

Nous ne sommes épargné.e.s que par l’amour investi dans le type d’art que nous choisissons de partager: être parent, écrire, peindre, être un.e ami.e.

Nous vivons dans un monde qui brûle sans cesse et ce que nous devons protéger, toujours, c’est l’amour.

L’amour, l’amour, toujours l’amour, encore l’amour. Pour nos proches, pour les petites choses, les petites attentions, pour notre façon d’être, notre art d’être humains, et humaines. Car oui, l’amour est toujours dans les petites choses. La vie est une foule de petites choses.

Le monde semble rock n roll ces jours-ci. Il le semble car pour nous, au quotidien, dans nos ptites vies d’artistes de l’ordinaire, à peu près rien n’a changé. Un des avantages de ne pas avoir d’investissements en bourse est que l’on a bien peu à perdre. Nous savons que dès que nous avons un toit, un peu à manger, et un peu de chaleur, humaine ou calorifique, nous sommes déjà riches.

Il ne nous reste qu’à continuer de développer notre art d’humanité, et de ne pas oublier ceux et celles qui en ont moins que nous, ceux et celles qui ont plus besoin que nous. Que cela devienne notre art de vie. Faire en sorte que tout le monde en ait au moins assez.

___
Nous ne contrôlons pas les actes des autres.

Nous ne contrôlons pas leurs mensonges.
Nous ne contrôlons pas leurs abus de pouvoir.
Nous ne contrôlons pas leurs tromperies.
Nous ne contrôlons pas leurs attaques ou leurs persécutions.
Nous ne contrôlons pas leur diffusion de fausses informations.

Mais nous contrôlons certainement si nous faisons ces choses – ou plutôt si nous ne les faisons pas.

Alexandre Soljenitsyne a vécu une terrible tyrannie et a refusé de se laisser corrompre.
Il savait qu’il était impossible à un individu de lutter contre le mal et la corruption omniprésents.
Pourtant, disait-il, notre devoir était simple.
Notre credo doit être : « Que le mensonge vienne au monde, qu’il triomphe même. Mais pas par moi.»

Ce peut aussi être nous aujourd’hui, quel que soit l’avenir.
Nous devons résister à l’inversion morale qui glorifie l’égoïsme et récompense la malhonnêteté.
Nous devons résister aux forces culturelles qui encouragent la cruauté et dégradent la vérité.
Nous devons rester fermes, inflexibles, dans notre refus de tout compromis sur ce que nous savons être juste.

Nous le faisons personnellement.
En insistant sur ce qui est juste.
En agissant correctement.
En vivant avec vertu.
Les autres feront ce qu’ils veulent… nous ne le ferons pas.

– Daily Stoic

AMOURAGE

La rage que tu ressens provient du même endroit en ton coeur d’où vient l’amour.
C’est pourquoi tu refuses d’accepter un monde où la cruauté règne et où le feu consume tout.
Tu as connu l’espoir, la joie et la bonté comme tu as connu l’eau.
Et la justice est une rivière qui requiert de ne pas abandonner.

– Nikita Gill

Il y a parfois de ces images qui heurtent, révoltent, lèvent le coeur, autant cette partie du coeur qui aime, que celle qui rage.

Le petit Yazan, 7 mois, a été retrouvé vivant sous les décombres, dans les bras de sa mère, en train de téter. Il ne connaîtra jamais sa mère.

C’est avec cette rage et cet amour au coeur que l’on doit considérer l’état actuel comme la suite de notre monde si inhumain.

Bien sûr que le massacre du Hamas en octobre 2023 était horrible, inhumain, un acte de terreur. On ne peut défendre aucune horreur. Mais depuis, cette même terreur continue de prendre place quotidiennement, sous nos yeux si on ose le moindrement regarder. Mais parfois, c’est trop.

Nous sommes ici, impuissant.e.s, dégoûté.e.s, à voir un massacre prendre place en direct, à savoir que des enfants et leurs mères, comme leurs pères et autres innocents, sont tuée.s à tous les jours., qu’un peuple est affamé, malade, isolé. Intentionnellement.

Et nous, on continue notre vie dans un confort plus que relatif, en tentant de faire du sens d’une humanité en déroute, et en essayant aussi de ne pas trop ressentir de culpabilité, mais ne pouvant toutefois nier une certaine part de responsabilité devant cette horreur car nous y participons aussi d’une certaine façon. Mais sommes-nous capables de répondre adéquatement à l’horreur plutôt que seulement réagir ?

Et tout cela se passe pendant que le principale responsable des atrocités de Gaza est accueilli en grandes pompes chez nos voisins du sud. Parfois la rage veut sérieusement tasser l’amour. L’amour doit tenir bon, et faire le fort.

Alors que faire devant l’horreur ?

À part s’indigner, s’informer et poster des photos et des faits ?

La question se pose mais les réponses ne se présentent pas simplement.

Ce matin, le petit tapis blanc d’avril qui recouvre tout ne réussit pas à adoucir la rage de mon amour, la pulsation sauvage de mon coeur, les cris que ce dernier voudrait émettre. Alors que quelques écrits. Que ces quelques mots pour consumer cette grande flamme d’amour qui veut dire et faire quelque chose, mais qui se sent bien impuissante.

Qu’un souhait alors: que notre humanité s’éveille.

___
Indignez-vous ?
de Christian Vézina, Le Devoir 8/4/25

Oui, je sais. Normalement, cette sentence se termine par un point d’exclamation. Mais il se trouve que je souhaite aujourd’hui questionner cette vertueuse injonction. Évidemment j’en comprends l’origine. Pour survivre au bombardement d’informations que nous subissons, tout en restant sains d’esprit, nous devons mettre une distance entre la violence des actualités et notre émotion.

Mais le danger est réel que cette marge de protection se distende peu à peu en une large plaine menant à l’insensibilité. Je ne parle même pas ici d’indifférence mais d’un regard distancié à tel point que l’émotion ne puisse se mettre en mouvement, tristesse, colère, indignation s’écrasant dans un même sentiment d’impuissance.

Le célèbre « Indignez-vous! » se dresse donc pour faire barrière à l’insensibilité rampante et calmer un instant notre sentiment d’impuissance. C’est tout bon tout ça, pensez-vous? Permettez-moi d’émettre quelques doutes.

L’indignation, contrairement à la peur par exemple, est une émotion essentiellement morale; elle naît lorsque des valeurs qui nous sont fondamentales s’avèrent bafouées. Mais il se trouve que nous n’avons pas tous le même système de valeurs et cela implique que nous n’aurons pas les mêmes indignations…

L’un sera indigné que l’État démocratique impose des limites à l’entreprenariat, même par souci de santé publique. L’autre, au contraire, se scandalisera de ce que le grand capital gonfle comme baudruche pendant que le Trésor public s’étiole en peau de chagrin.

Certains encore s’indigneront de la diversité des orientations sexuelles pendant qu’en face, on sera outré par l’intolérance, la cruauté et le rejet qu’elles suscitent. Et, de part et d’autre, chacun sera persuadé que son vis-vis est un indécrottable décadent. Il m’apparaît donc que le recours systématique à l’indignation, loin d’être une planche de salut, ouvre plutôt une voie royale à la polarisation extrême de toute discussion. Discussion polarisée, en voilà un bien triste et stérile oxymore; il faut quitter les pôles pour se parler sans hurler.

Le théâtre digital

Nous vivons dans un monde de représentations. Depuis un siècle, ces représentations prennent de plus en plus de place dans nos vies, parfois même davantage que des éléments importants de notre réalité personnelle; bien des voisins ou même de vieux parents et amies, aimeraient être l’objet d’un dixième de l’empathie projetée sur certains personnages de nos séries télé.

Les moyens de communication modernes nous ont colonisés en profondeur, altérant sérieusement notre rapport à l’autre et au monde. Le succès de la télé-réalité (intéressant substantif) repose, en grande partie, sur le fait que ce qu’on voit à l’écran nous semble avoir plus de valeur que le réel lui-même. Autrement comment expliquer que tant de gens aient été prêts à aller se brosser les dents ou s’épiler le poitrail devant des caméras les filmant nuit et jour? L’enjeu est clair : si tu passes à la télé, tu existes plus fort! Pitoyable magie que cet illusionnisme.

Et ça, c’était avant. On a progressé. Les réseaux sociaux nous attendaient tapis dans l’ombre. Maintenant nous n’avons même plus « à passer dans l’journal » . Chacun est son journal et sa télé et, de fait, chacun a choppé le virus médiatique du sensationnalisme, des gros titres, de l’abandon des nuances et du prêt à tout pour se démarquer. L’indigné aussi, ça va de soi, veut qu’on entende son cri, pour de vertueuses raisons, certes, mais aussi pour se sentir exister. Il prendra donc les moyens qu’il faut, plus souvent ceux de l’outrance que de la réflexion.

Voilà pourquoi j’ai voulu replacer l’indignation dans le cadre où elle surgit et s’exprime au quotidien: ce monde numérique où la représentation du réel semble importer plus que le réel lui-même, bref, où paraître révolté importe plus que la révolte… Car, à l’heure de l’économie du clic, du j’aime et du retweet, l’indignation, il est facile d’en faire métier, d’en tirer profit et capital médiatique mais pire encore, de s’en contenter : la simple posture morale nous tenant lieu d’action – comme c’est pratique – dans notre petit théâtre digital.

Pour ma part, je crains que cet ersatz d’engagement, à petit prix et à grand bruit, finisse de nous engourdir d’un illusoire sentiment d’avoir agi, en plus d’intoxiquer la réflexion collective à force d’exclamations assourdissantes. Crier permet de libérer nos tensions, évidemment; mais que veut l’indigné? Soigner sa douloureuse émotion ou mettre à bas l’inacceptable injustice qui en est la cause?

Avant de terminer ce texte, je tiens à préciser que je ne dénigre ni ne rejette en rien cette précieuse émotion qui vient me chambouler de fond en comble plus souvent qu’à mon tour. Tellement que le jour où je ne la ressentirai plus, vous pourrez mettre un miroir devant ma bouche et constater que je ne fais plus de buée. Je serai un humain mort.

Mais comme nous le souligne l’étymologie, émotion vient de mouvement : ex-movere. Elle est un mouvement du coeur qui appelle le geste, celui du corps, celui de l’esprit. Ainsi en est-il de l’indignation. La vertueuse tartufferie ne lui sied guère. S’indigner ne vaut que comme préambule à la rébellion. La rébellion des esprits qui remettent tout en question – en particulier les fatalités économique et sociale – et recherchent ardemment des solutions. La rébellion des corps qui se rassemblent, marchent, manifestent, s’opposent comme samedi dernier à Blainville, sous la pluie battante et glacée d’avril… Nous étions plusieurs centaines, trempés mais déterminés, à dire haut et fort que nous n’acceptons pas la trahison du gouvernement provincial obligeant cette municipalité à faire d’une tourbière une décharge de produits toxiques made in USA.

PS : il y aura d’autres manifs.

Avis aux indigné.e.s qui veulent se rebeller.

PICK A BOO WE SEE YOU

Mémo pour tous les marchands de guerre, agent.es de division et de peur, sans coeur de profession sans foi ni loi. De toute façon c’est vous qui faites les lois des hommes.

À vous, obsédé.e.s par vos profits davantage que par les gens, le monde ordinaire, par nous, le peuple. Nous, comme vous, qui sommes aussi nos/vos frères et nos/vos soeurs, nos/vos pères et nos/vos mères, nos/vos enfants à tous. Nous, qui ne sommes qu’un et une.

Mais plutôt que de souhaiter ta mort, votre mort, vos morts, espérons que vous vous réveillez à temps dans cette vie-ci et bientôt pour éviter l’écueil de votre lit de mort qui sera possiblement très pénible au moment du grand passage.

Yes, we are many dreamers.

Car tout ce que vous possédez maintenant, tout ce que vous avez acquis au dépend de la vie humaine, ce que vous pensiez conserver pour toujours, ce qui vous fais sentir si vivant.e.s, vous le perdrez assurément et à tout jamais, et votre dignité avec. Ce que vous pensiez vous rendre vivant.s. vous tue à petit feu, et vous fait perdre votre propre respect pour la vie. On dit que l’on ne peut conserver pour toujours seulement ce que l’on donne gratuitement, vous devriez y penser.

Ci-bas, l’intégralité de cette chanson coup de poing au coeur, traduite en français, au tu, car ça doit être personnel.
Merci Bobby !

Toi qui n’as jamais rien fait d’autre que de construire pour détruire
Tu joues avec mon monde
Comme si c’était ton petit jouet
Tu mets un flingue dans ma main
Et tu te caches de mes yeux
Et tu te retournes et cours plus loin
Quand les balles sifflent

Comme Judas autrefois
Tu mens et tu trompes
Une guerre mondiale peut être gagnée
Tu veux que je croie
Mais je vois à-travers tes yeux
Et je vois à-travers ton cerveau
Comme je vois à travers l’eau
Qui coule dans mon égout

Tu appuies sur toutes les détentes
Pour que les autres tirent
Puis tu restes assis et regarde
Quand le nombre de morts augmente
Tu te caches dans ton manoir
Pendant que le sang des jeunes
Coule de leurs corps
Et est enterré dans la boue

Tu as créé la pire peur
Qui puisse exister
Celle de mettre des enfants
Au monde
Pour avoir menacé mon bébé
À naître et sans nom
Tu ne mérites pas le sang
Qui coule dans tes veines

Que sais-je ?
Je parle peut-être à-travers mon chapeau
Tu pourrais dire que je suis jeune
Tu pourrais dire que je suis ignorant.e
Mais il y a une chose que je sais
Bien que je sois plus jeune que toi
C’est que même Jésus ne te pardonnerait jamais
Ce que tu fais

Laisse-moi te poser une question
Ton argent est-il si bon ?
Peut-il te payer le pardon ?
Penses-tu que oui ?
Je pense que tu réaliseras
Sur ton lit de mort
Que tout l’argent que tu as gagné
Ne rachètera jamais ton âme

Et j’espère que tu mourras
Et ta mort viendra bientôt
Je suivrai ton cercueil
Par le pâle après-midi
Et je te regarderai descendre
Sur ton lit de mort
Et je me tiendrai au-dessus de ta tombe
Jusqu’à ce que je sois sûr que tu es mort

L’AMOUR À TUE-TÊTE

La haine a parlé trop fort depuis trop longtemps. L’avidité a parlé trop fort depuis trop longtemps. Les menteurs ont parlé trop fort depuis trop longtemps. L’amour doit arrêter de chuchoter.
– Marianne Williamson

Nous avons sous les yeux, que dis-je en pleine face, de multiples manifestations de haine, d’avidité et de mensonges. Depuis trop longtemps. Sans parler d’une bonne dose de stupidité. On dirait qu’il faille que l’ombre aille faire un tour sous les lampadaires du regard public pour se révéler au grand jour. Le dévoilement est en cours.

Et pour se révéler, elle se révèle l’ombre humaine ces temps-ci. En nous aveuglant toutefois un peu temporairement au moment de sa révélation. Mais peut-être que cette mise à jour est nécessaire, essentielle même pour que la lumière déloge l’ombre.

Pour que les choses changent. Enfin. Pour que les vieilles valeurs de séparation, d’opposition, de compétition culminent et se transforment face à la mort possible d’une civilisation. Parfois, aux grands maux les grands moyens.

Veeresh avait l’habitude de nous dire que le changement provient soit de la répétition, ou du choc. L’histoire s’étant répétée souvent depuis des millénaires, cette fois c’est le choc qui nous réveillera peut-être. Car la grossièreté et la barbarie sont devenues trop évidentes, trop criantes.

Alors l’amour doit ouvrir la bouche et s’exprimer plus fortement que jamais auparavant. L’amour doit apprendre à crier, à hurler, à prendre sa place, sa juste place, toute sa place, toute la place. L’amour doit envahir le monde.

Et comme le dit si bien Osho : Personne ne peut nous enseigner l’amour. L’amour nous devons le trouver nous-même, en nous, en élevant notre conscience à des niveaux supérieurs.

Et avec la folie ambiante qui sévit actuellement, nous n’avons plus le choix et ne pouvons plus attendre: on doit élever notre niveau d’amour, d’empathie, de compassion, d’implication.

Devant les diverses manifestations de folies qu’on voit prendre place sous nos yeux via les médias du monde entier, nous, le peuple, sommes appelés à prendre action, à nous manifester, à nous organiser et à nous unir. Nous n’avons plus le choix. Périr ou bouger. Mourir de passivité ou crier d’amour.

Le problème n’est pas un manque de ressources, que ce soit l’argent, la nourriture, l’eau ou la terre. Le problème est que nous avons laissé le contrôle de ces ressources à un groupe de psychopathes avides qui désirent davantage maintenir leur pouvoir qu’aider l’humanité.
– Bill Hicks

Alors, les temps actuels sont un grand wake-up call. Sans lendemain. Et on ne peut plus attendre un sauveur, un Messie.

Car le prochain Christ, le prochain Bouddha ne prendra pas la forme d’une personne, il prendra plutôt la forme d’une communauté, une communauté qui pratique une bonté de compréhension et d’amour, une communauté qui pratique un style de vie conscient. Cela sera probablement la chose la plus importante pour la survie de la Terre.

Car si l’amour ne peut rien faire, rien ne peut se faire sans amour.

Alors, laissons l’Amour crier à tue-tête pour qu’il réveille le coeur de notre humanité.

___
Aujourd’hui, plus qu’à tout autre moment de l’histoire, l’humanité doit saisir l’occasion qui lui est offerte de créer un monde plus sain et plus aimant.
Cela nécessitera la transformation intérieure radicale d’une conscience propre à l’ego vers une conscience totalement nouvelle.’

– Eckhart Tolle, Nouvelle Terre

LET’S GO FOR LOVE

L’amour ne peut rien faire, mais sans amour, on ne peut rien faire.
– Krishnamurti

Et le cirque continue. Décidément, gros printemps. Verglas, froid, gris et un gros monsieur qui prend ben de la place dans l’inimaginable collectif.

Définitivement, on n’a pas le choix, on n’a plus le choix, we must go for love.

Un peu koan/esque (1) d’avancer comme le fait Krishnamurti ci-haut que l’amour ne peut rien faire, mais en même temps, que sans amour, on ne peut rien faire. Ça nous remet la responsabilité à nous alors, à chacun.e de nous. On doit infuser le monde d’amour.

Car sans amour, la vie est plate et flat comme un 7-up avec pas de bulles. Et en même temps, vrai aussi que l’amour à lui seul ne fait rien, ne peut rien faire. Un amour flottant non-identifié. L’amour doit s’incarner, que ce soit dans les humain.e.s, les animaux, les plantes ou dans toutes les autres formes de vie connues et inconnues. Et on va avoir besoin d’aide pour apprendre, alors youhou ! là-haut, montrez-nous plise !

Si je me souviens bien, ou si j’ai bien compris, pour certains peuples anciens, il n’y a pas d’expression spécifique pour désigner l’amour. Il n’existe que le verbe aimer. L’amour doit inévitablement s’incarner pour exister. L’amour part inévitablement du personnel et tend vers l’universel.

Car on invoque l’amour, on l’appelle, on le veut, on veut recevoir de l’amour mais peut-être qu’on ne peut recevoir que ce que l’on est capable de donner, que ce que l’on émane ?

Tout le monde parle de l’amour, mais qu’en sait-on vraiment de cet amour ? Une présence, du coeur, une intention, une totalité d’être ? Faut le vivre pour le découvrir j’imagine. Et si on dit découvrir, c’est peut-être qu’il est déjà ici, inévitable, sous-jacent, seulement recouvert. Caché sous la séparation, l’individualisme, la peur ?

On dit que l’amour est le parfum qu’une fleur dégage quand on lui marche dessus. On dit aussi que l’amour cherche l’amour. J’espère qu’il cherchera à se trouver. Et tous les humain.e.s on its way.

S’aimer alors. En commençant par soi-même bien sûr – car on dit que l’on ne peut aimer autrui que comme l’on s’aime soi – mais surtout en ne s’arrêtant pas là. Car l’amour propre sans qu’il ne déborde et se répande partout, pour tous/tes et pour tout, sans que ça nous sorte par toutes les pores de la peau, cet amour limité à soi n’est qu’amour propre, donc pas très clean. Ils sont quelques-unes à nous l’illustrer publiquement en ce moment. Merci pour la leçon de ne quoi pas faire, de comment ne pas être messieurs.

Donald qui ? déjà ? le gros monsieur qu’on voit partout et qui semble s’aimer beaucoup lui-même…

(1) Koan : une courte phrase ou brève anecdote absurde ou paradoxale utilisée dans certaines écoles du zen comme objet de méditation ou pour déclencher l’éveil.

___
J’aurais voulu être professeur de vie.
J’aurais appris aux enfants, aux adultes aussi, tout ce qui n’est pas dit dans les livres.
Je leur aurais appris les choses délicates de la vie… qu’un amour entretenu ne s’use pas, que la seule liberté qui vaille d’être vécue est la liberté d’être, qu’il est important de prendre le temps de regarder un nuage, de suivre le vol d’un oiseau, de se laisser surprendre par l’infime des choses de la vie.
Qu’il est important d’apprendre à s’aimer, à se respecter, à se définir.
Qu’il est encore plus important de ne pas se laisser enfermer dans les jugements, de résister aux rumeurs, aux idées toutes faites, aux modes.

J’aurais essayé de leur apprendre à remettre en cause leurs croyances quand elles sont devenues des certitudes, pour laisser plus de place à l’imprévisible de la vie.

– Jacques Salomé, N’oublie pas l’éternité

ÉTAT UNI

Tu dois trouver un lieu où aller, dans ton coeur, ton esprit ou ta maison, là où tu ne dois rien à personne, et où personne ne te dois rien, un lieu qui permet simplement la possibilité de quelque chose de nouveau et de prometteur.
– Joseph Campbell

Oui, plus que jamais, on doit trouver, ou créer ? – des safe spaces, des espaces sécuritaires, qu’ils se trouvent au coeur de soi, en esprit ou en notre home. Ou dans la nature.

Des endroits, comme le dit bien Mr Campbell, où l’on ne doit rien à personne, et où personne ne nous doit rien non plus, mais où et d’où l’on se sent lié.e.s, connecté.e.s, ensemble. Car nous le sommes bel et bien, lié.e.s.

Chacun.e de notre côté, nous vivons dans nos propres petits univers, au sein de la même grande trame existentielle.

Plus de 8 milliards de petits mondes au sein d’un même grand univers. Des milliards de planètes humaines, animales, végétales et minérales en orbite les unes autour des autres, dansant ensemble parfois, s’entrechoquant aussi à d’autres moments. Un chaos créatif, avec une certaine dose de destruction et de reconstruction constante, éternelle transformation. Un grand chantier de multiples sources de vie en permanentes rénovations.

Même si on doit trouver chacun.e son lieu, un état uni en soi et en soie, doux doux doux là là là, on doit aussi rester ouverts et perméables aux lieux des autres. Car des milliards de lieux où l’on ne se doit rien, ni l’un.e ni l’autre, dans ce grand lieu commun partagé.

Pas toujours facile ni simple la vie dans un corps d’humain.e. avec un coeur, un esprit et une part de grand mystère. On l’apprend un peu plus chaque jour qui passe alors que le corps physique se rappelle à nous de plus en plus, et que le monde tourne plus ou moins rondement autour de nous.

Ce matin, je vais limiter mes mots pour vous offrir ceux, puissants, ci-bas, de Bert Hellinger, créateur de l’approche des Constellations familiales.

Aho, bien bas.

___
La vie va retirer ce que vous avez, jusqu’à ce que vous arrêtiez de vous plaindre et que vous commenciez à remercier.
La vie envoie des personnes conflictuelles pour vous soigner, pour que vous arrêtiez de regarder dehors et que vous commenciez à refléter ce que vous êtes à l’intérieur.
La vie vous permet de tomber et de retomber eeencore et encore, jusqu’à ce que vous décidiez d’apprendre la leçon.
La vie vous éloigne de la route et vous présente des carrefours, jusqu’à ce que vous arrêtiez de vouloir tout contrôler et que vous couliez comme une rivière.
La vie met des ennemis sur la route jusqu’à ce que vous arrêtiez de ′réagir.
La vie vous fait peur et vous fera peur autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce que vous perdiez la peur et que vous retrouviez votre foi.
La vie vous éloigne des gens que vous aimez, jusqu’à ce que vous compreniez que nous ne sommes pas ce corps, mais l’âme qu’elle contient.
La vie se moque de vous plusieurs fois, jusqu’à ce que vous arrêtiez de tout prendre si au sérieux et que vous puissiez rire de vous-même. La vie vous brise autant de parties autant que nécessaire, pour que la lumière pénètre en vous. La vie vous confronte aux rebelles jusqu’à ce que vous arrêtiez d’essayer de contrôler. La vie répète le même message, si nécessaire avec des cris et des couvercles, jusqu’à ce que vous l’entendiez enfin. La vie envoie des éclairs et des tempêtes pour vous réveiller.
La vie vous humilie et parfois elle vous défait encore et encore jusqu’à ce que vous décidiez de laisser votre ego mourir.
La vie vous refuse des biens et une grandeur jusqu’à ce que vous arrêtiez de vouloir des biens et de la grandeur et commenciez à servir.
La vie coupe vos ailes et élague vos racines, jusqu’à ce que vous n’ayez plus besoin d’ailes ou de racines, que vous disparaissiez juste dans les formes et que votre être vole.
La vie vous refuse des miracles, jusqu’à ce que vous compreniez que tout est un miracle.
La vie raccourcit votre temps, pour que vous vous pressiez d’apprendre à vivre.
La vie vous ridiculise jusqu’à ce que vous vous ne fassiez plus cas de rien, ni personne, pour qu’alors vous deveniez tout.
La vie ne vous donne pas ce que vous voulez mais ce dont vous avez besoin pour évoluer.
La vie vous blesse et vous tourmente jusqu’à ce que vous lâchiez vos caprices et vos colères et appréciez votre respiration.
La vie vous cache des trésors jusqu’à ce que vous appreniez à sortir dans la vie et à les chercher.
La vie vous refuse Dieu, jusqu’à ce que vous le voyiez en tous et en tout.
La vie vous réveille, vous élague, vous brise, vous déçoit… mais croyez-moi, c’est pour que votre meilleur moi se manifeste… jusqu’à ce que seul l’amour reste en vous.
– Bert Hellinger

___
Il n’y a pas de fuite.
Il n’y a qu’une possibilité dans une existence humaine, c’est la traversée de la matière.

La traversée par toutes les antennes de nos sens …
Vous croyez que cette Vie, elle est à fuir ?
Que ce monde, il est à fuir?
Il est à imprégner de tendresse ce monde, il est à imprégner d’esprit.
Et vous êtes ici, hommes, femmes, tendus entre la terre et le ciel, antennes de communication.
Vous êtes choisis.
Et vous n’échapperez pas à cette mission qui vous est donnée de faire entrer dans la matière l’esprit, la tendresse, l’attention, la douceur, la présence.
Nous sommes là pour métamorphoser le monde qui nous entoure, pour l’emplir de notre amour de toutes les manières imaginables.

– Christiane Singer, via Tatie MF

COMPLICITÉ RELATIVE

Si quelqu’un ou quelque chose réussit à te déclencher, saches que tu es complice de cette provocation.
– Épictète

Oui le monde est pas mal déclenchant ces temps-ci. Grossièretés et démonstrations d’inhumanité à tour d’écrans et tout le tour de la terre. Partout, et en même temps.

Alors devant une telle situation, que fait-on ? On se bouche les yeux ? On se réfugie dans le divertissement ou la création artistique ? On détourne le regard ? On pogne les nerfs et on monte au front ? On décroche et on part vivre dans son propre pays imaginaire ? Ou on observe et on prend note de ce qui monte ? Pour voir ensuite ce que l’on fait avec tout ça. Car y a de l’énergie là-dedans.

La réponse vous appartient, nous appartient. La réponse ou la réaction, c’est selon et les deux sont très différentes. La réaction est automatique, animale, instinctive, elle monte avant la pensée, elle poppe up, alors que la réponse relève de notre responsabilité, de notre habileté à répondre. Input, output.

Le monde est étrange, du moins ce que l’on nous rapporte qu’il s’y passe. En fait ce que l’on choisit de regarder parmi tout ce que l’on nous montre. On nous présente souvent le pire, le moins beau, le plus grossier, le plus choquant et le plus injuste.

Certains affirment qu’on veut nous impressionner, nous faire peur, nous contrôler, nous manipuler. On dirait que ça fonctionne car nous sommes nombreux/ses à être inquiets et à jouer le jeu.

Hier je postais justement comme starter de chronique un meme qui disait que : Dans la vie, vous devez vraiment être déterminé.e.s à vouloir voir la beauté, sinon vous serez obnubilé.e.s par la terreur.

Non, en effet, j’avoue, pas toujours facile de trouver de la beauté dans ce monde bien différent de ce que l’on imagine qu’il devrait être, ou que l’on souhaiterait qu’il soit.. Mais il est ce qu’il est ce monde, parfaitement imparfait, qu’on aime ou pas, qu’on apprécie ou pas. On doit fouiller pour arriver à la déceler cette beauté, on doit la vouloir, la désirer, la créer. On doit remplir nos yeux de beauté. On doit ça à ceux et celles qui nous suivent, à nos enfants, à nos amour.e.s.

Malgré les horreurs de guerre, malgré les injustices, malgré les tremblements de terre et les cataclysmes, on doit se souvenir que le monde est aussi et surtout rempli de gens courageux, du bon monde, du monde ordinaire qui, comme nous, toi, vous et moi, vivent leur ptite vie ordinaire, en faisant du mieux que l’on peut, avec ce que la création nous a déposé au coeur, en tête et dans les mains lors de notre naissance. Certain.e.s plus que d’autres.

Oui, le monde est fou, maybe baby.

Mais c’est le seul monde dans lequel on peut vivre pendant ces quelques années de vie terrestre qu’on nous a offert de vivre. J’aime l’idée que l’on nous a offert de vivre ici, et que l’on a accepté, sinon on n’y serait pas, ou on serait ailleurs, en un autre temps.

Oui probablement qu’il y a des gens mal intentionnés sur cette planète, une certaine élite mondiale qui veut tout contrôler, tout s’approprier. So be it et ainsi soit-il à vous. Chacun.e ses buts, chacun.e ses visées, chacun.e sa drive de vie. Si ça vous rend heureux.

Mais une réalité probable est que si l’on s’attache aux choses et aux formes, éventuellement on sera bien déçu.e.s. Et ceux qui possèdent beaucoup ont beaucoup à perdre. Et l’une des certitudes de la vie réside dans le simple fait qu’ils le perdront, soit à la mort du corps, soit avant. Quelle peur cela doit être. Courrez courrez, avancez par en avant, mais la ligne d’arrivée approche.

Et comme disent plusieurs peuples anciens, nous ne sommes que des visiteurs en ces temps et en ces lieux, nous ne faisons que passer, notre but est d’observer, apprendre grandir et aimer puis ensuite de retourner à la maison.

En chemin, on peut y semer un peu de beauté, un peu d’espoir, et une bonne dose d’humanité. En toute simplicité, en tout humilité. C’est ce que je nous souhaite en ce premier avril. Tout dépend si l’on y croit ou pas dit-on. Crémez crémez pas.

Alors enwèye à maison. Ici, maintenant, depuis toujours et à tout jamais.