FERVEUR DISCRÈTE

Parfois, très discrètement et sans qu’on le remarque, certaines personnes posent de bonnes actions dans le monde.

Ferveur, quel beau mot.

Mais en cherchant ses définitions et ses synonymes, je trouvais qu’on définissait le terme un peu excessivement, un peu trop flamboyamment.

On le divisant grosso modo en deux catégories :

1- Ardeur passionnée, élan enthousiaste,
avec les synonymes chaleur, effusion, enthousiasme, exaltation.

2- Zèle ardent, animé par un vif sentiment religieux,
avec dévotion, recueillement et piété comme synonymes.

Déjà, même si elle réfère à la religion – gros mot chargé qui, pourtant, signifie simplement relier– la 2ème catégorie est plus soft et relaxe, plus intérieure et introspective.

On nourrit beaucoup – trop et excessivement – le négatif dans l’espace public. On dénigre, on décrie, on cherche les scoops juteux et les scandales. On bitche contre les politiciens, on cherche les bibittes et on les trouve aisément. Puis on finit par se construire un monde avec un fort penchant sur le sombre et le glauque. Et on finit par se méfier de tout et de tous.

Je radote un peu, j’avoue, mais la plupart des gens sur terre sont des gens de bonne volonté. Et plein de projets sont mis sur pied pour aider, supporter, s’entraider, se soutenir et collaborer. On en entend seulement trop peu parler. Pensons notamment aux milieux communautaires qui font un travail essentiel mais quasi invisible et dont on ne parle que trop peu.

On parle davantage de guerre, d’abus et de transgressions. Ça vend, ça punche, ça bait le click, ça rentre dans le dash de notre quête d’attention médiatique. Ça nous en met plein les yeux et ça nous titllle le regard. Comme l’affirme Yuval Harari, les médias sociaux jouent sur trois émotions principales pour capter notre attention : la peur, la colère et la haine. Et ça marche.

Pour cette raison, les bonnes nouvelles passent souvent sous le radar. Pas assez catchy, pas suffisamment punchées. Pas vendeuses.

Oui il y a la guerre, il y a des êtres corrompus, il y a des crimes qui se commettent chaque jour. On ne peut ni ne doit le nier, ni détourner le regard. Et on doit conserver toute notre compassion et notre empathie au cœur pour ceux et celles qui subissent les injustices et les horreurs, ceux et celles qui en souffrent, qui sont en manque.

Mais le monde est plein de choses magiques, attendant patiemment que nos sens se raffinent.
– W.B. Yeats

Car on ne voit que ce que l’on peut – ou veut – voir.

Ainsi, en arrière-scène de ces scènes de guerre et ce monde qui s’écroule, règne une magie et du beau et oeuvrent des tonnes de gens de coeur et de ferveur. Et derrière le rideau, discrètement, se prépare un monde meilleur pendant qu’au-devant de la scène, la destruction et l’horreur attirent l’attention, une certaine attention du moins, celles des médias vendeurs d’horreurs. La plus brute, la plus évidente à l’oeil public, à l’oeil nu.

Alors ne perdons pas notre vision plus fine, l’oeil du coeur, qui voit et reconnait la beauté et la bonté, le nez qui sniffe et sent le bien et l’humain dans le monde. Ne perdons pas non plus notre ferveur, cette ferveur discrète du bon et du don qui est toujours à l’œuvre sous un couvert de neige éternelle au coeur des hommes et des femmes de bonne volonté.

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La révolution ne consiste pas à détruire, mais à faire émerger.
Si vous passez votre temps à penser à ce que vous attaquez, vous vous y enfermez.
Il faut trouver en soi la ferveur nécessaire et la manifester.

– Joseph Campbell

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