S’ÉVITER SOI-MÊME

Les gens feraient n’importe quoi, peu en importe l’absurdité, pour éviter de faire face à leur propre âme.
– Carl G. Jung

Nous sommes drôles les humain.e.s. Dans le sens de bizarres, étranges, évitants et pas évidents. On dit tous que l’on veut se connaître et se découvrir, aller au fond des choses, découvrir son vrai visage – original face.

Mais dès que ça brasse le moindrement dans sa baraque, on ouvre les yeux, on s’échappe et on s’évade et on sacre le camp. Pas mal toujours notre premier réflexe devant l’adversité, la première réaction. On veut le beurre, l’argent du beurre, le couteau à beurre, le beurrier, la vache et la ferme au complet, mais on n’est pas prêt à faire la job de bras pour soutenir tout ça.

Dès qu’on fait face à quelque chose de rough and tough, de déplaisant, d’inconfortable, on part, on disjoncte, on déconnecte, et on va voir ailleurs. Au lieu de plonger et de chercher à aller au coeur de l’inconfort, de la douleur, on split et on se divertit. On rock and scroll. On regarde en dehors. On se projette sur et dans le monde. On s’intéresse à autre chose.

Dès qu’on rencontre ce qui peut ressembler à un obstacle, en soi ou en dehors de soi, on cherche à l’éviter, à le contourner. Pourtant, comme le dit ce proverbe Zen, les obstacles n’entravent pas le chemin, ils sont le chemin.

Sans chercher les obstacles à tout prix, ni courir après, on peut au moins arrêter de les éviter et les reconnaître comme des occasions d’allègement, de clarification. Je sais, plus facile à dire qu’à faire. Mais les obstacles ne sont peut-être que ce qui empêche la lumière de rayonner à sa pleine mesure. This little light of mine, I’m gonna let it shine.

On dit tous/tes qu’on veut vivre dans le moment présent. Mais on vit la plupart du temps dans le passé – avec regrets ou nostalgie – ou à penser et à préparer l’avenir – avec inquiétude et incertitude. Oui pour le moment présent. mais pas celui-ci. Passez au suivant. Ce que font les moments.

Nous sommes nombreux à vouloir devenir illuminé.e.s, éveillé.e.s, ou du moins à vouloir croître personnellement. Beaucoup moins nombreux par contre à simplement s’assoir avec soi-même dans l’ordinarité de la vie pour se rendre au point où même notre identité s’ennuie et sacre le camp.

Cute non ? Oui. Mais long. Mais bon, on a le temps right ? Une éternité de moments présents. Celui-ci, et celui-là et…

___
La vérité n’est pas belle ; elle est réelle.
Les gens désirent la beauté, ils recherchent des consolations, ils aspirent à des illusions – quand on apporte la vérité, elle est souvent mal accueillie.
La vérité est comme un couteau aiguisé : elle blesse, et l’on a peur d’être blessé.e.
– Osho

___
La prison la plus difficile à quitter est celle que nous nous construisons pour nous sentir en sécurité – comme autant de certitudes, qui marqueront donc une séparation entre soi et le monde.
Face à la découverte des limites de cette architecture traumatique, nous commençons à entendre l’appel du dehors – du plus grand que soi.
Ce murmure venu d’ailleurs, ou peut-être depuis « en-dedans », nous poussera à desceller une à une, les pierres de notre prison, comme autant de nos convictions, pour envisager de bâtir des ponts plutôt que des murs.
Quelle aventure que de chercher à se regarder précisement-là ou nous avions justement besoin d’être aveugle pour survivre…

– Stephan Schillinger

___
J’ai cessé d’enseigner l’Advaita Vedanta il y a plus de 15 ans, car je ne pensais pas que cela fonctionnait.
Je me suis rendu compte que les gens n’étaient pas prêts pour l’introspection.
Ils n’avaient pas préparé leur esprit à ce qu’ils allaient découvrir.
Alors j’ai commencé à examiner mon propre parcours pour voir ce que j’avais fait pour préparer mon esprit à l’éveil…
J’avais fait beaucoup de choses.
Mon esprit avait déjà appris à lâcher prise avant l’éveil.
Un esprit capable de lâcher prise peut favoriser l’éveil.
Je n’enseigne plus l’Advaita Vedanta pur, de loin.
Car je ne pense pas que cela fonctionne pour les gens ordinaires.
Cela a fonctionné pour Ramana Maharshi, mais il a vécu dans une grotte pendant de nombreuses années, cela fonctionne pour quelques individus, mais c’est très difficile à appliquer dans le monde réel…
J’enseigne donc une méthodologie à deux volets : la méditation, l’introspection, soit le volet de la discipline, mais aussi la voie du cœur, l’ouverture, qui est essentielle.
Parce que je pense que dans la vie de tous les jours, sur la place du marché, la discipline intérieure n’est pas seulement ce dont nous avons besoin.
Il nous faut les deux ailes pour pouvoir voler.

– Vishrant

Laisser un commentaire