ÊTRE SOI – MESSY BEAUCOUP

On m’a dit: sois simplement toi-même…
mais c’est ainsi que je me suis retrouvé dans ce pétrin
.
– Rodney Norman

Une partie de nous veut faire comme tout le monde, se conformer, rentrer dans le rang, jouer safe.

Une autre veut suivre son gut feeling, écouter son intuition, bifurquer de l’autoroute et rouler sur les routes secondaires, les chemins de terre, les chemins moins fréquentés comme le disait le best seller. Au risque de s’y perdre. Et de découvrir. D’apprendre.

On aime dire qu’on doit penser en dehors de la boîte. Mais paraît qu’il n’y a pas d’autres boîtes que celles qu’on nous offre, ou celles qu’on s’invente. Pensez-y pas.

Je parlais hier avec un ami qui est sur le point d’entreprendre une aventure qui comporte une certaine part de risque et d’inconnu. S’il y pense, ça ne fait pas trop de sens. Mais s’il le feel, ça prend tout son sens et c’est certain qu’il va sauter dans le vide et partir. Au risque et péril de l’aventure. Épeurant, ou excitant, c’est selon. Pas de boîte.

Notre discussion me rappelait quelques décisions que j’ai prises lorsque j’étais plus jeune. Certaines des plus fofolles et des plus risquées ont été les plus payantes. Pas en termes financiers, en termes d’expériences de vie, de vraies richesses, celles qu’on conserve au coeur et celles qui restent gravées dans la peau.

Et si c’était à refaire, je replongerais. Je me revoyais en lui hier. En fait, même au seuil de la retraite officielle, je me sens prêt à replonger dans l’inconnu, dans l’inespéré et l’inattendu, dans l’aventure. Hi ha !

D’ailleurs, on dit que c’est lorsqu’on arrête de prendre des risques qu’on commence à vieillir. Même s’ils sont probablement plus calculés que jadis – quoi que, disons possiblement alors – très plausible que ce soit le goût du risque et de l’inconnu qui nous garde en vie. Sinon on se stationne dans la file d’attente de la mort.

Le goût du risque ne se manifeste pas toujours nécessairement en actions concrètes. C’est davantage une attitude, une disposition intérieure, une façon d’aborder soi-même et le monde. C’est oser douter, se remettre en question, se placer dans des situations nouvelles et inconnues, considérer les choses autrement. Autrement qu’on les a toujours pensées, voir la vie autrement qu’on l’a toujours ou déjà vue.

Le goût du risque, c’est aussi oser considérer les deux côtés de toutes les médailles. Oser les croquer même pour voir si c’est du vrai or. C’est oser échanger avec des gens qui ont des idées à l’opposé des nôtres, et tenter de comprendre leur point de vue. Même si on est en profond désaccord. C’est écouter sans tout de suite vouloir réagir. C’est répondre plutôt que de toujours réagir automatiquement justement.

Oser être soi-même, tout un défi. Face au monde, face à soi. Et en même temps, cela est inévitable si on veut découvrir dans et par l’action concrète qui nous sommes vraiment dans ces situations qui nous indisposent et nous sortent de notre zone de confort. Hein confort ?

On dit que la vie propose, et que nous, on dispose.

Voyons voir ce que la suite du monde nous proposera. Et comment on en disposera.

Trois petites perles ci-bas pour stimuler votre réflexion.

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L’idée d’une dimension personnelle de l’Être est rarement abordée dans les enseignements spirituels.
On la retrouve notamment chez les soufis, au sein de la tradition soufie.

Ils l’évoquent et parlent même d’un véritable ego.
D’autres mentions apparaissent ailleurs, mais rares sont celles qui en soulignent l’importance, si bien qu’elle reste souvent négligée.
Il en va de même pour toute chose.
Si nous ne concevons pas l’existence d’une chose, il est peu probable que nous la percevions, qu’elle soit en nous ou hors de nous.
Comme vous le voyez, tel est-il ?
Tel est le cours des choses.
Tel que nous concevons, telle est notre perception.

Diverses analogies ont été utilisées dans le passé, comme celle de la perle, présente dans le soufisme, le taoïsme et le christianisme.
Cette analogie est pertinente, car les perles se forment à partir d’une particule étrangère qui trouve sa place à l’intérieur de sa coquille, à l’image du développement de la véritable personne de l’Être à partir du sentiment d’être une personne.
Grâce à ce développement, il devient possible de participer à la vie humaine de manière authentiquement personnelle.
Ainsi, tout en demeurant impersonnel, l’Être devient personnel.
Ou, de notre point de vue, toute notre vie personnelle finit par s’intégrer à l’Être.
Qu’est-ce qui me fait penser… comment disait-on déjà ?

Le royaume des cieux est comme un marchand qui, ayant trouvé une perle de grand prix, vendit tout ce qu’il possédait et l’acheta.

Comme les enseignements d’une grande partie de la spiritualité tendent à ignorer, rejeter ou minimiser la dimension personnelle, beaucoup de gens ne peuvent adhérer pleinement à ce qu’ils ont à offrir, car pour eux, être une personne et avoir une vie personnelle définissent naturellement leur existence.
Ce faisant, malgré toute la valeur de leur contribution, ils ont involontairement détourné les gens de ce à quoi ils les appelaient précisément, en omettant de reconnaître un élément central qui fait de la vie humaine ce qu’elle est unique.
Il y a la personnalité et la personne.
Il y a le sentiment d’être personnel propre à la personnalité et la qualité personnelle de la personne de l’Être.
La première est une imitation, un reflet ou un écho de la seconde.
C’est un développement limité qui attend de se reprendre, si l’occasion se présente.
Il existe un vrai vous, votre vrai moi.
La possibilité de s’épanouir pleinement en tant que personne authentique est bien réelle.
C’est ce qui nous permet d’être notre vraie nature tout en restant profondément humains et personnels.
Sans cela, nous ne pourrions expérimenter que l’Être impersonnel, une expérience elle aussi bien réelle : les dimensions universelles de l’amour impersonnel, de la conscience et du vide.
Les maîtres spirituels, d’hier et d’aujourd’hui, incarnent en grande partie ces dimensions.
Ils sont remarquables, et pourtant, d’une manière peu humaine. Ils sont comme des anges ou des extraterrestres, venus de nulle part.

C’est une question essentielle.
L’exclusion d’une dimension personnelle indissociable de la véritable nature de la réalité a semé la confusion à travers l’histoire.
Mais il n’y a pas lieu de s’inquiéter.
Non seulement il est possible de réaliser notre vraie nature de multiples façons, mais il est aussi possible de l’intégrer à notre vie personnelle.
Les personnes spirituelles ont tendance à réagir négativement à la question de la personnalité, car leur seul point de référence est la perception qu’elles et les autres en ont.
Elles ne peuvent la rattacher qu’à la personnalité.
Ils n’ont pas les outils nécessaires pour voir, pour reconnaître que l’Être peut se manifester sous forme de personne et fonctionner de manière personnelle.
C’est aussi simple que cela.

– Bernard Guy

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Un autre aspect de la Condition Innée est qu’elle n’a ni psyché, ni mémoire, ni identité propre fondée sur la mémoire, ni expérience psycho-physique, ni archétypes, ni images, ni pensée, ni concepts, ni langage, ni nombres.
Elle n’est confondue avec rien.
Voyez-vous ?
Elle n’est emmêlée avec rien.
Mais la Pratique parfaite consiste à s’y habituer, à accepter le Bien dans son intégralité.
Vous êtes habitué à avoir une psyché.
Il reste donc une sorte d’association périphérique.
Vous entrez et sortez de l’association directe, mais elle est toujours là.
Voyez-vous ?

Mais pas dans votre propre position, elle n’y est pas du tout.
Ainsi, plus vous êtes établi dans Cela, ou plus Cela est amplifié, plus on arrive au point où il devient parfaitement acceptable de n’avoir aucune psyché, aucune pensée.
Alors que dans vos moments ordinaires, vous êtes constamment actif dans vos rêves, psychiquement actif, la stimulant sans cesse.
C’est une sorte d’addiction.
Ça continue encore et encore.

Vous vous demandez comment y mettre fin, comment se détendre ?
Mais naturellement, rien de tout ça ne se produit.
Ainsi, la « Pratique Parfaite » consiste aussi à se surpasser, à transcender le corps et l’esprit.
Vous n’avez besoin d’aucune association, vous n’en imaginez aucune.
Pleinement conscient, pleinement éveillé.
Voilà la paix.

Une autre caractéristique de l’état naturel est l’équanimité innée, une « conductivité » parfaite, sans stress ni anxiété.
Si vous ne vous établissez pas dans cet état, vous ne vous ressourcez jamais, vous ne le savez jamais.
Vous entrez parfois en contact superficiel avec lui, vous le ressentez un peu, mais vous n’êtes pas établi en lui.
Comment pouvez-vous vous offrir ce luxe si vous ne vous y investissez pas ?
Souvenez-vous-en jusqu’à ce que vous y soyez si profondément connecté qu’il devienne naturel.

Vous n’avez pas besoin d’un corps et d’un esprit.
Vous n’avez pas besoin d’une psyché.
Vous devez grandir dans cette transcendance, mais intrinsèquement, ce n’est pas nécessaire.
Vous l’exigez dans votre effort corporel et mental, mais vous, en vous-même, n’en avez pas besoin.
Ça n’y est pas associé.
Cette réalisation doit se transformer en sagesse et en concentration absolue jusqu’à ce que vous voyiez ce point émerger en vous et se traduire dans l’état de conscience lui-même.
D’une certaine façon, s’éveiller au Témoin revient donc à se traduire dans le Domaine Divin.
La démonstration finale, septième et dernière étape, reste la même chose.

Donc, si vous pouvez vous investir, vous ressourcer en Cela, vous pouvez vous investir, vous ressourcer avec intrépidité, paix et béatitude.
Laissez Cela rayonner dans votre vie, dans votre « vie dans son ensemble », non pas en vous y attachant davantage, mais en remplaçant cet attachement par cet état originel.

Ainsi, ça rayonne dans votre vie dans son ensemble, mais
Ça vous en libère.

– Adi Da Samraj, Le couple de l’attention

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Plusieurs personnes pensent que la méditation demande beaucoup d’efforts et qu’il faut la conquérir.
On s’accroche à cette idée qu’il faut se forcer à méditer et qu’au bout du compte, on réussira ou on échouera.
Or, je crois qu’il est essentiel de comprendre que ce n’est absolument pas le cas.
C’est juste l’ego qui veut devenir méditant.

Tout le secret de la méditation réside dans l’apprentissage de la pleine présence au moment présent, dans un état d’ouverture et de relaxation totales.
Il ne s’agit pas de gagner, mais de perdre, de lâcher prise, de lâcher prise, de lâcher prise.
Je pense que c’est vraiment très important, surtout à notre époque où on est tous conditionnés à vouloir obtenir quelque chose, que l’important n’est pas ce qu’on gagne, mais ce qu’on perd.


~ Jetsuma Tensin Palm

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