
– Bashar
Un autre diction veut que si tu as peur du crocodile, laisse-le te dévorer. Tu feras alors partie du crocodile, tu vivras en lui. Fallait y penser non ? C’est la première bouchée qui est la pire, il parait.
On dit que la douleur est inévitable mais que la souffrance est optionnelle. Pensez-y.
On dit aussi qu’on ne peut éviter la souffrance dans la vie, qu’on ne peut que passer au travers, on doit la vivre, l’incarner. Osho recommandait aussi que lorsqu’une douleur traversait notre corps, qu’on devrait suivre la sensation sans la juger, la cataloguer, la définir. Simplement la ressentir neutre, comme une simple sensation. La laisser passer.
C’est en ce sens peut-être qu’on transforme une souffrance en simple douleur. La douleur serait davantage une sensation, tandis que la souffrance serait une résistance à cette douleur.
Le monde est en guerre. Prenons cette guerre en nous. Car à trop vouloir la paix dans un monde en guerre, on se trouve dans le déni, en conflit. Le monde est en guerre, that’s it that’s all, for now. Je sais, dur à digérer et à admettre. Mais c’est l’état du monde en ce moment. Qu’on aime ou pas.
Moi aussi je voudrais qu’on arrête d’investir autant dans l’armement et la destruction. Qu’on prenne soin de tous les enfants du monde. Que les milliardaires partagent les ressources. On peut tendre vers. Et poser des gestes en ce sens dans notre quotidien.
Mais on doit tout d’abord accepter le monde dans lequel on vit tel qu’il est, imparfait. Différent de nos idéaux, de ce qu’il devrait être. Mais il est ce qu’il est. Fou, sauvage, en bonne partie inhumain.
Mais on ne doit pas oublier que la plupart des gens qui peuplent le monde sont des gens de bonne volonté. Que la plupart des gens prennent soin de leur père et mère, frères et soeurs, de leurs enfants. Une pognée de fous furieux out there aussi. Eux qui font le plus de bruit, et de tort.
Imparfaitement parfait le monde, malgré ce qu’on en pense, malgré ce que l’on souhaiterait.
Alors peut-être qu’en effet, la solution consiste à prendre le monde entier dans ses propres bras, à tour de bras, à tour de coeur. Respirer la misère et la folie du monde entier dans nos coeurs, laisser brûler tout cela au feu de notre amour, au coeur de notre rage, et transformer le monde à partir de cette énergie. Comme Kali. Comme Krishna. Car parfois la vie est une bataille, un combat à mener. Même pour nous, pacifistes de coeur et d’esprit.
Et quand on regarde autour, on peut avoir le coeur plein déjà.

On peut soit haïr, ou utiliser cette puissance pour changer le monde autour de soi, en transformant cette rage, ce dégoût, cette colère et cette révolte. Au moins ne pas nier ces sensations, les reconnaître puis les transformer. Sinon ça se retourne contre soi et ça finit par nous manger. Comme un crocodile. Peut-être qu’on peut aussi manger le crocodile avant qu’il ne nous mange ?
Eat you in a while.
Je racontais il y a quelque temps qu’on avait demandé à quelqu’un ce qu’elle voudrait le plus dans la vie, et de quoi elle aimerait être le plus soulagée. En y réfléchissant, elle a réalisé que la source du malheur résidait exactement dans ces deux questions. Vouloir que les choses soient différentes. En plus, ou en moins. Plutôt que ce qui est soit. Tout simplement.
Comme chantaient les chanteurs, if you can’t be with the ones you love, love the ones you’re with.
Alors, if you can’t live in the world you want, want the world you live in.
Prenons le monde dans nos bras, embrassons-le toutt toutt toutt, pas juste les ptits bouttes qui nous plaisent. Embrasons le monde. Mettons-y le feu de notre passion, infusons-le de notre amour du monde, de la flamme de nos coeurs.
Keep the flame alive disait notre amie Paule.

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En ce temps d’effroi, je vais t’aider, mon Dieu.
Je vais t’aider à ne pas t’éteindre en moi…
Une chose m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider.
Et ce faisant, nous nous aidons nous-mêmes.
C’est tout ce qui nous est possible de sauver en cette époque, et c’est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu.
Peut-être pourrons-nous aussi contribuer à te mettre au jour dans les cœurs martyrisés des autres.
Tu ne peux pas nous aider, mais c’est à nous de t’aider et de défendre jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous.
– Etty Hillesum, Une vie bouleversée
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À l’Amour très haut, tout Mon être j’ai consacré
Que je perde ou que je gagne,
Lui seul en porte tout le poids
Que m’est-il advenu ?
Je ne suis plus à moi-même,
En lui je suis tout engloutie…
– Hadewijch d’Anvers
