
– Lao Tzu
En effet, on ne peut plus simplement croire ce que l’on voit de nos yeux désormais.
Jadis on disait il faut le voir pour le croire. D’autres prétendaient au contraire qu’il fallait le croire pour le voir. En effet, c’est selon.
Mais de nos jours, même voir est devenu trompeur et trompe l’oeil. Trump peur même. TRUTH SOCIAL. Hé hé…
La prétendue réalité visuelle peut s’inventer dorénavant grâce aux machines créées par certains Tech (little) boys et il est devenu presque impossible de distinguer le vrai du faux. Créatifs quand même ces humains. Pour le meilleur il faut le dire. Et pour le pire, on peut le lire. Et le voir. Et le croire.
D’autre part, la distinction entre doute et foi est si mince.
Le doute est essentiel dans la vie car rien n’est certain et trop grande certitude peut nous jouer de mauvais tours. Mais le doute a ses limites. Comme la foi j’imagine. Car si la foi est essentielle, il me semble qu’elle doit s’accompagner de gestes concrets. Mince nuance en effet.
Si on ne peut pas voir la vérité, pas plus que la réalité d’ailleurs, je crois qu’on peut toutefois la ressentir en soi, deep down. Mais pour ça il faut être en contact avec quelque chose de juste en soi, quelque chose de plus grand que soi.
Tel que l’affirmait hier Maurice Zundel sur cet écran :
Dieu est ce secret d’amour dont notre cœur est l’écrin.
Dieu ne peut pas se faire jour autrement qu’à travers le silence.
Il s’agit donc d’entretenir en nous ce silence et d’y revenir constamment (…)
Et cela ne constitue pas une job de bras, mais plutôt une grosse job de coeur. Les yeux du coeur. Même et surtout en pleine crise de foi telle que celle que nous connaissons ces temps-ci. Aucun doute là-dessus
Ci-bas, quelques mots de mon amie (virtuelle) Joan qui en parle aussi.
Bon ouiquènne
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Qu’est-ce que le doute ?
Le doute est parfois sage et important.
Mais il peut aussi devenir une habitude, un moyen de s’accrocher au connu, de ne pas lâcher prise et de se laisser submerger par l’immensité insaisissable de ce qui dépasse les mots.
J’ai moi-même souffert de ce genre de doute, et peut-être certains d’entre vous aussi.
Il n’y a pas de ligne claire entre le doute sage et le doute addictif, mais on peut apprendre à les distinguer.
Qu’est-ce que la foi ?
Par la foi, on entend souvent croyance, mais ce n’est pas ce que je veux dire par là.
À mon avis, la croyance est l’antithèse de la vraie spiritualité.
La croyance relève des idées et de l’idéologie.
C’est une sorte de filet de sécurité, ou ce que Marx appelait l’opium du peuple.
Elle se transforme facilement en fondamentalisme et en les pires aspects de la religion.
La foi est tout autre chose.
Je dirais que la foi est une confiance en ce que nous savons profondément et intuitivement, une confiance qui naît de l’expérience directe, et non de la croyance.
Mais cette immense ouverture que je désigne ne peut jamais être saisie, circonscrite ni prouvée scientifiquement.
Et parfois, même si elle n’est jamais vraiment absente, il nous arrive de perdre contact avec elle.
Elle peut donc facilement être sujette au doute, très souvent à ce doute addictif qui nous paralyse.
David Steindl-Rast, un moine catholique, décrit la foi comme suit :
La foi est une confiance radicale — confiance en la vie et confiance en Dieu…
Avancer dans la foi n’est pas comme prendre le train -où il suffit de monter et où il nous mène à destination – c’est plutôt comme marcher sur l’eau.
Par Dieu, il ne parle pas d’un vieil homme dans le ciel.
Frère David parle de Dieu comme du « Grand Mystère » ou de la « Réalité Ultime » et comme de « notre être le plus profond ».
Et qu’est-ce qu’il veut dire par « marcher sur l’eau » ?
Je ne pense pas qu’il parle de marcher littéralement sur l’eau.
Je pense qu’il fait référence à l’esprit d’une histoire sur Jésus.
Le passage ci-dessous, tiré de ce livre, décrit un événement qui s’est produit en 2017, alors que j’étais hospitalisé à la suite d’une opération à la suite d’un cancer.
J’allais bientôt commencer la radiothérapie et la chimiothérapie, et on m’avait décrit la radiothérapie comme très douloureuse.
J’étais terrifiée.
Voici ce que j’ai écrit :
Une des infirmières qui s’occupait de moi était née aux Philippines, et un après-midi, on a longuement discuté de tout et de rien.
Je lui ai confié ma peur des douleurs liées à la radiothérapie.
Elle m’a dit que pour surmonter la douleur, il fallait garder les yeux rivés sur Jésus.
« C’est là que Pierre s’est trompé », m’a-t-elle dit.
« Sur la mer, alors qu’il marchait sur l’eau, il a détourné le regard de Jésus et a commencé à couler.
Il faut garder son attention focalisée sur Jésus.
« Je me suis souvenue que, dans l’histoire, Pierre avait été distrait par la violence du vent, pris de peur et de doute, et avait perdu la foi.
Dans mon esprit, j’ai traduit « Jésus » dans ma propre langue, selon ma compréhension : Présence, Conscience, Ici-Maintenant, Dieu.
Et peut-être que « le vent » représente le jeu incessant des pensées, des émotions, des circonstances, et aussi ce qu’une amie appelle « l’application du doute » : cet esprit qui doute, se sent séparé de la vie et donc en danger, cet esprit qui perd la foi.
Pas la foi en quelque chose d’extérieur ou en un système de croyances (une chaîne dorée), mais la foi en ce qui est réellement digne de confiance : cette présence consciente, ouverte, spacieuse et inconditionnelle, ici et maintenant.
Alors je lui ai dit que j’étais d’accord, que c’était la clé, rester concentré sur Jésus, même si ce n’est pas toujours facile.
Elle a acquiescé.
« Pas toujours facile, mais c’est le chemin. »
– Joan Tollifson
