
La tête veut une destination, l’âme, elle, veut de la profondeur
– Rumi
J’avoue, je n’ai pas fait une proper translation. Comme dans le film. Mais me suis-je perdu pour autant ? Ah well boswell ! So be it, ainsi soit-il et que sera sera. And here we go again.
J’aurais dû, ou pu, traduire mind par esprit, ou encore par mental, car en français, l’esprit sonne plus grand que notre simple intellect, notre mind. Le terme esprit concerne quelque chose de plus vaporeux et éthérique que le simple mental, il s’apparente à l’âme si vous voulez mon avis. Même si vous ne le voulez pas le voici. Never mind.
Esprit saint et sain d’esprit.
Alors que j’ai traduit soul par âme, ce qui est proper. Mais j’aurais pu utiliser coeur plutôt qu’âme car je pense sincèrement que le coeur est dépositaire du ptit bout d’âme que l’on nous attribue à la naissance pour ce parcours spécifique de vie sur terre en corps que l’on nous donne à vivre. Car la vie passe et se passe entre la tête et le coeur, dans la tête et dans le coeur, par la tête et le coeur. Et ailleurs aussi bien sûr. Dedans comme dehors. Mais beaucoup par la tête et le coeur.
Mais quand elle nous passe dans le corps, la vie, ce sont les deux grands pôles par lesquels elle circule. Les deux centres extrêmes. Drôles de pôles et tête sur les épaules.
Rumi dit que si la tête cherche une mission, le coeur – le coeur récipient de l’âme – cherche plutôt du sens. Ça fait du sens non ? Une affaire de réglée alors. Car une affaire de coeur la vie surtout je trouve.
Il dit aussi que si la tête est en général en quête d’une destination, le coeur/âme cherche surtout de la profondeur. Ou de l’élévation si je peux me permettre d’ajouter aux mots de Rumi. Et je me permettrai. Ce que je ferai très très humblement car Rumi parle si bien et loin de moi l’idée de vouloir jouer dans sa ligue. Qu’avec les mots que je veux jouer. Même si le rumi est aussi un jeu de cartes. Never mind ici aussi, et rions de bon coeur.
Mais comme on dit, tout ce qui monte redescend et, comme on dit moins souvent mais ça se dit aussi, tout ce qui descend doit sûrement chercher à remonter. Tout est une question de déséquilibre qui cherche l’équilibre. Comme nous recherchons un ptit remontant dans les ptits creux de la vie. Profondeur, élévation, et juste milieu.
Ce qui m’amène aux concepts de gauche et de droite avec lesquels plusieurs personnes se battent ces temps-ci dans la sphère publique des réseaux. Je suis conscient que l’on change d’axe ici. Mais justement, c’est le temps de changer d’axe me semble.
Si je peux me permettre, et je le fais encore, j’ai sincèrement l’impression que ces deux concepts de droite et de gauche ne tiennent plus la route depuis belle et laide lurette. Trop gauche et maladroit. Surtout depuis qu’ils logent dans leurs extrêmes. Car on dirait bien que les gens ont tendance à jouer dans les extrêmes when the going get rough and though comme les temps le sont ces temps-ci. Plus tough qu’easy.
Je ne suis pas un expert en politicailleries, mais il me semble que l’on pourrait davantage séparer le monde entre gens de tête et gens de coeur plutôt qu’en gauche et droite. Question de perspective, de profondeur et d’altitude. Tout est trop brouillé et brouillon à la surface, descendons en nos coeurs.
La société semble séparée entre gens de tête, les idéologues avec une mission, et d’autres, les gens de coeur et d’émotions, de ressentis, des êtres davantage préoccupés par les enjeux humanitaires.
Mais pour ne pas vous perdre, ni moi-même d’ailleurs, j’arrêterai ici car j’ai besoin de réfléchir un peu avant de taper n’importe quoi autour de ça, j’y reviendrai. Pour taper n’importe quoi quand même. Avec mon coeur, et avec ma tête. Car les deux sont essentiels.
Et comme on dit, vaut mieux un tête à coeur qu’un tête à queue. OK, j’arrête ici et je vais aller me demander à moi-même ce que je veux dire par là. Ou pas.
Mais vaut-il mieux avoir mal au coeur ou à la tête ? Koan koan koan.
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Il est clair qu’une partie essentielle du cheminement consiste à laisser de côté nos connaissances, à mettre notre mental de côté, afin de vivre la réalité plus intimement.
Il s’agit seulement de les mettre de côté, et non pas de les rejeter ou de les écarter – comprenons-nous bien.
L’esprit est nécessaire pour saisir la vie, les aspects pratiques inhérents à l’existence humaine.
Pourtant, il n’est pas essentiel, simplement qu’il soit tel quel.
En ce qui a trait à notre vraie nature, c’est le cœur qui sait.
Qui la touche et qui est touché par celle-ci.
Qui la goûte.
On notera que si l’on demande aux gens de se désigner, tous/toutes pointeront leur poitrine. Personne n’indique sa tête.
Bien que l’esprit gouverne la vie de la plupart d’entre nous, chacun reconnaît spontanément qu’être soi-même est une affaire de cœur, et que le cœur est au cœur de la vie.
On parlait l’autre jour de notre amour de la vérité, de notre désir de la connaître.
Analysons ça : aimer, c’est le cœur ; connaître, c’est le mental ; la vérité, c’est la vérité sur ce qui se passe, sa réalité ou sa vraie nature.
Nous avons besoin des deux, du cœur et de l’esprit (mental/tête), et de leur collaboration, de leur harmonie, pour accéder à la vérité. Le cœur est irrésistiblement attiré par la vérité, tandis que l’esprit, tel un phare, éclaire notre expérience du regard et nous apporte discernement.
Il est significatif que certaines traditions considèrent le cœur comme l’esprit, et les désignent même par le même nom.
Plutôt que de les percevoir comme distincts, ils sont vus comme les deux côtés d’une même pièce.
Si, pris séparément, ils ont tendance à échouer, ensemble, ils se soutiennent mutuellement.
Ils fonctionnent comme les ailes déployées d’un oiseau, le portant avec aisance au gré du vent.
J’ai entendu dire que, rendu à un âge avancé, le mollah Nasruddin était devenu aveugle. Il vivait paisiblement dans une forêt avec un vieil ami qui avait perdu ses jambes à la guerre.
Un jour, un feu s’est déclaré dans la cheminée de leur cabane et s’est propagé rapidement, mettant leurs vies en danger.
Pris de panique, son ami s’écria : « On est perdus, Nasruddin ! Je ne peux pas m’échapper assez vite et tu ne vois pas d’issue !
Nasruddin s’est tourné vers lui et, tout en s’approchant, a répondu calmement : « N’aie crainte, mon ami, il existe une solution. Voici comment nous allons faire : je te porterai sur mes épaules et tu seras nos yeux, nous indiquant le chemin, tandis que je serai nos jambes, nous menant en lieu sûr.
– Bernard Guy, traduit de l’anglais
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La misère humaine contient le secret de la sagesse divine, et non pas le plaisir.
Toute recherche d’un plaisir est recherche d’un paradis artificiel, d’une ivresse, d’un accroissement.
Mais elle ne nous donne rien, sinon l’expérience qu’elle est vaine.
Seule la contemplation de nos limites et de notre misère nous élève.
Qui s’abaisse sera élevé.
– Simone Weil – La pesanteur et la grâce, via Cristina RJ
