
– Jack Rosenberg
J’avais commencé une chronique sur un tout autre sujet. Mais je viens d’apprendre qu’une connaissance a fait son passage hier. Il est mort quoi. Il a quitté ce plan. Pas un ami intime mais quelqu’un de notre église au Brésil que j’avais rencontré il y une quinzaine d’années lors de ma première visite là-bas. Pas un ami proche, une connaissance. Mais quand même. Vole haut l’ami.
À chaque fois qu’on apprend le passage de quelqu’un, soit qu’on connait ou même inconnu de nous personnellement, quelqu’un de public, on reçoit toujours un ptit choc au coeur. Ou est-ce à la tête ? Plus ou moins grand selon notre degré de proximité et d’intimité mais toujours un ptit choc au coeur. Qui nous rappelle que la vie est une grande roulette russe et que, plus certainement que le vante Loto-Québec, un jour ce sera notre tour.
Chaque fois, un ptit choc dans le bassin d’incertitude qui vient avec la vie. En fait, un rappel de la certitude de la mort qui fait partie intégrante de la vie, même si on l’oublie – trop – souvent. Même si on aimerait mieux l’oublier. Et juste vivre comme si. Ou comme ça.
Avec les années qui passent, la mort se rappelle davantage, et plus souvent, à nous, elle s’approche toujours de plus en plus près de nous. Elle s’immisce dans notre vie. De la mort éloignée des autres quand nous sommes enfant, elle devient graduellement une possibilité, une plausabilité puis une probabilité, notre mort à nous. Jusqu’à atteindre le niveau de certitude par le ralentissement graduel de notre corps qui nous y mène.
La vie qui va. La vie qui mord. La mort qui vit, et nous fait vivre. Maintenant. Totalement.
Notre mort potentielle, notre mort à venir. De laquelle on peut soit avoir peur, ou pas, mais de laquelle on peut être certain.e. Même si, lorsqu’on est jeune, la réalité de notre mort est plus éloignée de notre conscience. Avec le temps, elle finit par nous rattraper. Et nous dépasser même. Coquine va.
J’allais cabotiner sur un sujet quelconque plus tôt ce matin et subitement la mort s’est rappelée à moi par le passage de Joel. On vit parfois sans trop savoir clairement où l’on s’en va, ce que l’on doit faire pour la suite de la route, ni pourquoi. Puis à l’occasion la mort nous réveille, nous éveille, nous brasse la vie par en-dedans. Comme ce matin.
La mort nous rappelle qu’il n’y a pas de temps à perdre. Pas de temps du tout en fait. Que maintenant. Ni de raison pour retarder l’appréciation et la création de la beauté dans notre vie. Pas de raison de retarder le partage de la beauté en soi et autour de soi. Et pour sentir la compassion en notre coeur.
D’où la citation de Jack Rosenberg ci-haut qui nous invite à porter la compassion en notre coeur et à créer de la beauté malgré les difficultés. Les difficultés du monde entier, comme nos petites et grandes difficultés personnelles qui sont inévitables malgré le privilège de vivre nos vies ici dans cette partie du monde.
Ces temps-ci, de retour du Brésil, j’ai le privilège de pouvoir prendre quelques jours avant de repartir dans l’aventure sacrée de nos travaux spirituels et de la musique. Quelques jours, à l’aube de mes 65 ans à venir en avril, pour du silence en solo, et du flottement dans le vide. Du temps et du silence pour réfléchir, méditer, me laisser être sans rien faire, ou si peu.
Quand on se permet de se laisser descendre dans le silence, on touche à toutes sortes de choses en soi qu’on enterre trop souvent sous du bruit et de l’action. Ou du défilement de réseaux sociaux.
On dit que le silence est le son le plus assourdissant qu’on puisse entendre car il a la capacité de nous rappeler tout doucement tout ce qui nous fait peur.

Et ce matin, la mort de cet ami du Brésil me met en contact avec ce souvenir particulier. Un souvenir à venir. Et une balise précieuse sur le chemin. Pour me permettre de descendre encore un peu plus creux dans ce qui se cache dans le silence, pour monter un peu plus haut sur les ailes de ce silence.
Aho !
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Une profonde tristesse, parce que rien ne dure.
Un amour ardent, car tous les êtres sont ma famille bien-aimée.
Une ouverture lucide, car cet esprit ordinaire est pleinement éveillé.
Une joie pure, car tout ça est vrai.
~ Chökyi Nyima Rinpoche.
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Et si jamais, mercredi prochain, vous avez envie ou besoin de silence, on y goûtera en masse. En ligne, ensemble.

