
– Bashar
Il y a un dicton qui dit quelque comme ça : si tu as peur du crocodile, laisse-le te bouffer et tu deviendras le crocodile.
J’aime l’idée que plutôt que de se considérer comme victime d’un monde complètement fou et souffrant, on puisse ingérer cette douleur en soi, et la faire sienne, l’assumer complètement. Car au fond, c’est notre monde. C’est le monde de chacun.e de nous. Nous sommes tous et toutes responsables d’au moins un ptit bout de ce monde. On ne peut pas toujours blâmer complètement les autres.
Ce que l’on voit en dehors de soi nous appartient. Du moins en partie. Du moins ce que l’on en fait et en fera.
Ce qui se passe dans le monde extérieur peut s’avérer un déclencheur de réactions et de réponses très diverses pour chacun.e. Découragement, dégoût, rage, désespoir, name it.
Facile de se décourager devant la situation actuelle de notre monde. En fait, quand on ouvre les yeux, la première réaction est soit qu’on a peur, soit on est triste, soit on est en colère. Et quelques autres possibilités et variants.
On fait de ce que l’on voit et perçoit du monde ce que l’on veut en faire, ou ce que l’on peut en faire.

Je ne sais pas si on crée réellement nos pensées mais on peut sûrement les diriger et les utiliser, les transformer en actions concrètes. De pensées à intentions et d’intentions à réalité. Sans nier, sans fantasmer. En acceptant, en ressentant.
On constate ces temps-ci que diverses réalités peuvent co-exister à partir des mêmes faits sociaux. La vérité et la réalité ont appris à faire le grand écart, elles font facilement la split désormais. Tout peut être vrai, faux, et son contraire.
On ne peut plus vraiment se fier seulement à nos yeux car la réalité est devenue virtuelle, et l’intelligence, artificielle. Et la stupidité, très naturelle chez certains. On doit trouver une autre perspective en soi pour percevoir le monde, quelque chose qui ressemble à une intuition supérieure, à un pied d’estale existentiel.
Dans le monde mais pas du monde.
On peut recevoir et prendre ce qui se passe dans le monde et le faire sien, et à partir de là, voir comment on peut le transformer et lui donner sens. Ou non-sens. Trouver ce que l’on peut faire à partir de cette folie du monde. Processus alchimique s’il en est un.
Personnellement, je vois poindre de cette folie ambiante une nouvelle énergie, une obligation de transformer une inhumanité en humanité, l’isolement en soutien et en solidarité.
Nos réponses et nos réactions aux événements du monde se manifestent en mots et en émotions, que nous pouvons et devons transformer en actions.
Peut-être qu’il est possible de transformer la folie et l’inhumanité en créativité et en une nouvelle humanité.
Peut-être que nos divisions et notre polarisation peuvent mener aussi loin qu’à une nouvelle solidarité humaine. Peut-être qu’il est inévitable de passer par là.
C’est vers cela que j’aimerais que l’on se dirige. En faisant nôtre la folie du monde et en utilisant nos mots et nos coeurs comme outils de changement.
Aho !
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Estomaquée depuis plusieurs jours
Devant ce vidéo que j’ose à peine ouvrir
Pas tant capable de trouver un mot clair pour décrire la tempête que ça fait naître
Dans ma tête dans ma gorge dans mon ventre de mère
Ah pis oui je sais c’est partout en train de craquer
Pis faut continuer à faire un repas pis un autre
Même que des fois il faut plier le linge lancer la balle au chien
Y a des micro-résistances qui s’organisent autour de moi
Des poétiques de l’espoir qui refuse de mourir
Des textes qui s’écrivent ici et là qui donnent envie de faire ensemble
Notre indignation est une arme nécessaire
Un système d’alarme qui peut encore nous sauver
Faut refuser chaque injustice
S’y prendre d’avance avec le cœur
Avec ce non ben chargé qui nous habite pas mal tout le monde
L’avertissement a quitté la chambre d’écho
Il est là en lettres majuscules
Partout où on regarde
Pis faut avoir le bouton déni enfoncé ben profond
Pour pas le voir
Il faut refuser que la haine organisée s’installe ici
Pis c’est une bataille du quotidien du réel
Une affaire qui se chuchote au coin des rues au coin des portes
Plus on va refuser la haine
Plus on va organiser l’amour pis la solidarité
Plus on va se donner quelque chose comme le pouvoir de résister à ce qui se présente
Pis ça sonne peut-être mièvre ça dégouline peut-être de naïveté
Mais j’aime mieux faire sonner quelque chose
Que juste garder le silence
Pis si moi c’est par les mots que j’arrive à me sentir en mouvement
Vous pouvez mille fois trouver votre façon à vous
– Rébecca Deraspe
