HOMMELETTES

Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux.
Les femmes ont peur que les hommes les tuent.
– Margaret Atwood.

Ça fait un bout de temps que je conserve cette citation qui, d’après moi, dit tout, du moins beaucoup beaucoup, sur le sort actuel du monde.

De cette gang de ptits gars insécures devenus glands – politiciens et autres gnomes de toutes sortes d’affaires, notamment de guns et de guerres – qui runnent le monde avec un front de durs à cuire et qui font dans leur froc – we see you little men – en tentant de montrer au monde entier – comme à eux-mêmes – qu’ils sont des rough and tough. Qu’ils ont raison, qu’ils sont les plus forts, qu’ils sont en contrôle et qu’ils savent ce qu’ils font.

Et ce matin, comme je le fais souvent le vendredi matin quand je me souviens que c’est flyday – je suis allé lire la toujours pertinente chronique de JoBlo dans le Devoir et elle cite ces meme maux de Margaret Atwood. En avouant qu’elle a peur. Par ici si ça vous dit: https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/948507/fabrique-peur

Alors je l’ai pris comme un signe pour me délier la langue autour de cette citation Atwoodienne à propos de laquelle mes doigts et mon cerebelum accompagnaient ma langue dans sa démangeaison depuis bébelle lurette.

Mais pour dire quoi au juste ? Je ne sais pas encore à ce point-ci, mais ça veut parler.

Tout d’abord, avouer que, comme JoBlo, je trouve le monde épeurant ces temps-ci comme jamais auparavant. Bref, que j’ai peur.

Notamment depuis la semaine dernière aux États avec le meurtre de Renée Nicole Good par les glaciaux agents bullies du ICE du gros buffle en chef (désolé pour les buffles) et de ses sbires de Proud boys etc. givrés de pouvoir artificiel. On est clairement et littéralement en train de tuer le bien. Le mal va super bien ces temps-ci et comme on dit, ceux qui font le mal le font très bien.

Peur depuis longtemps aussi pour le sort des femmes et des filles en Afghanistan dont on ne parle même plus tant la fan à schnout déborde de partout ailleurs. Car oui, la schnoutt hittent surtout les femmes. Mollo les mollahs.

Peur avec ce qui se passe en Iran où, paraît-il, les morts et les mortes se comptent par milliers en cette autre courageuse tentative de révolution humaine contre les holy shit boys du Régime. Tiens celle-ci est pour elles.

Peur aussi pour les citoyens de Gaza – femmes, hommes et enfants – qui continuent de vivre dans des conditions inhumaines et de qui on parle aussi de moins en moins.

Imaginez, j’ai peur et je suis un homme, blanc, qui vit en retrait dans sa forêt ici, dans une partie du monde confortable et encore privilégiée. Encore, pour le moment.

En fait, j’ai peur par procuration, pour les plus vulnérables, pour les plus démunies. Au fond, non, j’ai peur pour moi et pour les autres. J’ai peur pour l’humanité en nous.

Et je suis gêné d’être un homme.

Alors que je ne peux même pas imaginer la réalité des filles et des femmes d’un peu partout sur terre, ici comme ailleurs, issues de minorités, dans ce monde de bullies machos fachos de moins en moins gênés d’afficher publiquement leur côté froid et carrément givré à la ICE.

Élevé par une mère de famille mono, abandonné par un père qui a sacré le camp sans prendre ses responsabilité$ d’homme digne, j’ai vu, quotidiennement, son courage, sa détermination, sa force de caractère. Comme tant d’autres femmes l’ont fait et le font encore. Et imaginez, je ne l’ai même pas vu accoucher, encore moins fait moi-même. Comme toutes les femmes le font et comme tous les hommes ignorent. Si ce n’est que pour ça, chapeau bien bas. Et grippe de gars.

J’ai deux filles qui sont devenues des femmes, et j’ai quand même encore peur pour elles en ce monde bien bas. En fait, depuis que je suis devenu père, j’ai toujours une contraction dès que le téléphone sonne, de peur qu’il leur soit arrivé quelque chose. Peur de père.

De la même façon, j’ai en quelque sorte peur pour toutes les femmes du monde quand je vois ce que les hommes sont, et ce que certains hommes font.

Je constate, impuissant, ces féminicides et j’ai froid dans le dos, comme dans le reste de toute la gamme des émotions, surtout celles qu’on dit négatives. J’ai mal jusque dans mon ombre de gars. En fait, j’ai souvent honte d’être un homme.

Je vois comme vous, depuis ces années, Rozon le ptit comique de pas drôle qui ne nous fait pas rire du tout, ni de rien, nier tout tort et affirmer candidement, sans rire, accusant toutes ces femmes qui ont eu le courage de parler, que ce sont toutes des menteuses assoiffées d’argent. En les poursuivant en justice même. If you can beat them, sue them. Pôve tit-homme.

Bien sûr, on doit mettre l’emphase sur la lumière, sur l’espoir, sur la beauté, sur la bonté humaine. Bien sûr. Mais ces temps-ci, tout ça est mis à rude épreuve par une armée de masculinistes et de vieux monsieurs qui exploitent la peur et l’isolement. Et les femmes.

Évidemment, je n’ai pas plus de solutions brillantes que personne d’autre. Je constate et je me questionne.

Mais peut-être que j’écris seulement pour lancer ma petite bouteille à la mer, pour dire ma peur à moi aussi.

Courage lecteurs/trices.

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