VIVRE ET SE LAISSER VIVRE

Chaque chose se mêle aux autres et et ne peut être saisie. Le but consiste à voir les choses pour et comme elles sont, à les observer telles qu’elles sont et à tout laisser aller comme ça va.
– Shunryu Suzuki

Quel défi de regarder le monde en ce moment sans réagir. D’accepter ce qui s’y passe, de laisser aller le monde. Surtout quand on regarde vers le sud car c’est tout près, et c’est complètement fou.

Si God is an American – dixit JP – le monde est sûrement plus près de l’enfer que du paradis en ce moment, du moins pour plusieurs personnes. Plus rien ne fait sens depuis quelque temps. Je ne sais pas si cela en a déjà fait, mais on dirait que tout – disons plusieurs choses que l’on tenait pour acquises – sont virées sur le top. Sans entrer dans les détails, disons que la plus stricte et minimale humanité est grandement remise en question.

Alors ? Quoi faire ? S’offusquer ? Se fâcher ? Manifester ? Ou regarder et accepter ?

On a l’impression qu’on doit faire quelque chose devant l’injustice. Mais quand cette injustice est nettement plus grande que nous, et qu’elle se passe ailleurs où l’on ne veut aller, que faire ? Il ne nous reste qu’à observer, prendre note et accepter ce qui est.

Et au mieux, changer le monde ici, à notre toute petite et bien humble échelle.

On est en droit d’être inquiets par ce qui se passe actuellement, que ce soit sur le plan des droits humains, de l’environnement, de l’itinérance, du coût de la vie, name it. Et peut-être surtout en lien avec une certaine déshumanisation de la vie en général.

Mais va-t-on laisser la peur ou le découragement nous submerger ?

Va-t-on se boucher la vue et regarder ailleurs ?

Va-t-on privilégier son seul petit bonheur personnel ?

Les choix sont vastes, et multiples. Mais peut-être que la situation actuelle est tellement insensée et cacophonique qu’elle constitue un laboratoire idéal pour observer sans juger, pour revenir à sa respiration sans présumer de la suite car elle est totalement imprévisible et quelque peu inquiétante.

Alors, à suivre, à vivre, et à survivre.

Et en avant la musique.

___
On ne peut pas dire : « Je ne vivrai que si je suis heureux.
Si je ne suis pas heureux, je ne vivrai pas.
Vous pouvez adopter cette attitude, mais elle ne fera qu’accroître votre souffrance.
N’oubliez pas que personne ne choisit la souffrance.
Vous vous demandez pourquoi on a choisi de souffrir.
Personne n’a choisi de souffrir.
Vous avez choisi de ne pas souffrir, vous avez choisi d’être heureux, et vous avez fait ce choix avec force.
Vous faites tout pour être heureux et c’est pourquoi vous souffrez, pourquoi vous n’êtes pas heureux.
Alors, que faire ?
Souvenez-vous que la vie est un tout.
On ne peut pas choisir : il faut vivre sa vie pleinement.
Il y aura des moments de bonheur et des moments de souffrance, et il faut vivre les deux ; on ne peut pas choisir.
Car la vie est faite des deux – sinon, le rythme se perdrait, et sans rythme, il n’y aurait pas de vie.
C’est comme la musique. Vous écoutez de la musique : il y a des notes, des sons, et après chaque son, il y a le silence, un intervalle.
C’est grâce à cet intervalle, ce silence, et au son – grâce à ces deux contraires – que la musique est créée.
Si vous dites : « Je ne retiendrai que les sons et je ne tiendrai pas compte des silences », il n’y aura pas de musique.
Ce sera monotone, ce sera mort.
Ces silences donnent vie au son.
C’est là la beauté de la vie : elle existe par les contraires.
Son et silence, son et silence – voilà ce qui crée la musique, le rythme.
Il en va de même pour la vie.
Souffrance et bonheur sont deux contraires.
On ne peut pas choisir.

Osho : Vigian Bhairav ​​Tantra, vol. 2

___
Maharaj : Tant que vous demeurez captivé par ce monde manifesté vous n’avez pas la possibilité d’atteindre sa racine.
Sa racine est la conscience apparue lorsque vous étiez un nouveau-né.
La racine de toutes vos activités actuelles est cet instant de votre petite enfance dont vous n’avez pas souvenir.
Dans ce petit enfant la qualité essentielle – l’élément de base, la conscience – a pris une photographie.
À partir de ce moment vous avez commencé à accumuler les informations et le savoir et c’est nourri par tout cela que vos activités ont vu le jour.
Mes visiteurs sont tellement intéressés par ce qu’ils entendent ici qu’ils ne prennent pas le temps de découvrir ce qu’est cette conscience de la petite enfance.
Ce n’est pourtant que lorsque vous serez stabilisé dans la conscience qu’il vous sera possible de connaître cette conscience de la petite enfance.
C’est l’unique moyen.

VISITEUR : Cette conscience de l’enfance me semble impliquer une rétrogression par rapport à la conscience de l’adulte. Parce qu’enfin, cet état une fois atteint il n’y a plus que l’être… on ne peut pas aller plus loin !

M : Il n’existe aucune différence entre la conscience adulte et la conscience de la petite enfance.

V : si l’espace du petit pot est le même que l’espace du grand pot, comment reconnaître le petit pot.

M : La graine de l’univers est sans dimension.
La conscience apparaît, mais en découvrant le corps elle s’identifie à lui, alors qu’en fait il n’y a que conscience manifestée animant tout de sa propre évidence.

« J’aime », voilà ce qu’est la manifestation.
Au niveau de l’univers il ne peut être question de perte ou de gain, cette question n’apparaît qu’à partir de l’identification à un corps, à une personne.
Quand vous absorbez de la nourriture, qui mange ?
Le sentiment « Je suis ».
La nourriture aussi contient « Je suis », donc en l’absorbant vous entretenez votre « Je suis ».
Mais bien qu’il y ait du « Je suis » dans la nourriture absorbée, personne ne s’identifie à elle.
Vous dites « je ne suis pas mon déjeuner, je mange c’est tout ! », seulement une fois absorbé et devenu un élément de votre corps vous dites « je suis ce corps ». Voilà l’erreur !

– Nisargadatta Maharaja, À la Source de la Conscience, via Jean Bouchart D’Orval

Laisser un commentaire